CD critique. GLUCK : ORFEO (Naples 1774),Jaroussky,I Barrochisti, Fasolis 1cd Erato 2016-2017).

GLUCK ORFEO napoli 1774 fasolis jaroussky forsythe cd erato cd review critique cd par classiquenewsCD critique. GLUCK : ORFEO (Naples 1774),Jaroussky,I Barrochisti, Fasolis 1cd Erato 2016-2017). VERSION NAPOLITAINE. Diego Fasolis, en maestro inspirĂ© nous dĂ©voile une version peu connue de l’Orfeo gluckiste donnĂ©e triomphalement Ă  Naples (après sa crĂ©ation originelle Ă  Vienne en 1762) avec danses et arrangements spĂ©cifiques pour rĂ©ussir sa crĂ©ation au moment du carnaval de 1774. D’emblĂ©e la tenue magistrale de l’orchestre sur instruments anciens, dĂ©taillĂ©e, colorĂ©e, vive et subtilement Ă©noncĂ©e impose une parure idĂ©ale Ă  cette version historiquement informĂ©e de l’Orfeo de GLUCK Ă  la mode napolitaine. L’activitĂ© de l’orchestre, très fluide et nerveux, mais sans sĂ©cheresse s’impose de bout en bout. Le dramatisme rond jamais vĂ©ritablement mordant mais parfaitement Ă©quilibrĂ© dans sa caractĂ©risation demeure l’atout majeur de cette lecture très aboutie voire ciselĂ©e : elle n’a pas encore la force dĂ©cuplĂ©e de la version parisienne une dĂ©cennie plus tard (entre autres grâce au morceau qu’ajoute alors Gluck, la fameuse danse des Furies, d’une frĂ©nĂ©sie hallucinĂ©e/nante) mais ici, le souffle que projette dans le tableau des furies justement, et que doit assagir et sĂ©duire l’endeuillĂ© OrphĂ©e (scène III, entrĂ©e aux enfers) le maestro maĂ®tre des rebonds Ă©lĂ©giaques (Ă©vocations des ombres heureuses aux Champs-ElysĂ©es, scène V) ou donc tragiques, Diego Fasolis, suscite notre plein enthousiasme.
Il s’agit de la version pour voix de contre tĂ©nor aigu Ă  laquelle il n’est pas certain que le chant de Philippe Jaroussky, tout en aciditĂ© (souvent peu contrĂ´lĂ©e) et en intonation univoque, malheureusement toujours Ă©gale apportent l’Ă©clairage idĂ©al: on sait la sĂ©duction du timbre du français mais force est de constater l’usure d’une voix de plus en plus aigre aux aigus tirĂ©s dont le mĂ©dium prĂ©serve dĂ©sormais la tessiture inĂ©gale et pleine de contorsions linguistiques assez surprenante.

Face Ă  ce chant limitĂ© et artificiel, l’amour de la soprano Emöke Barath sĂ©duit, envoĂ»te. De mĂŞme, l’Euridice d’Amanda Forsythe est d’une Ă©lĂ©gance mozartienne et l’adjonction de son grand air de bravoure (pour satisfaire les caprices narcissiques de la prima donna et aussi satisfaire aux canons de l’opĂ©ra italien soit l’air peu jouĂ© ailleurs signĂ© Lasnel / Naselli: « tu sospiri ») apporte un Ă©clairage premier, majeur, grâce au timbre suave et idĂ©alement incarnĂ© de la soprano : voilĂ  qui donne une Ă©paisseur inĂ©dite au personnage d’Euridice ; on comprend mieux que dans la scène VI, la ressuscitĂ©e confrontĂ©e Ă  l’apparente froideur de son aimĂ©, provoque son retournement fatal en pleine ascension salvatrice. La jeune soprano vole la vedette au contre-tĂ©nor français. Son chant reste sincère et juste malgrĂ© l’Ă©criture ornementĂ©e, un rien bavarde de Lasnel. L’expression de l’amoureuse perdue, dĂ©munie, dĂ©concertĂ©e est totalement rĂ©ussie.
Le choeur demeure honnĂŞte parfois appliquĂ© mais articulĂ©. Les vrais protagonistes restent les instruments anciens, idĂ©alement canalisĂ©s sous la baguette d’un orfèvre Ă©pris de sensualitĂ© tragique : maestro Fasolis. Pilotant avec flexibilitĂ© et efficacitĂ© ses I Barrochisti, le chef diseur et lui aussi poète, souligne ce qui fait la force de l’opĂ©ra rĂ©volutionnaire de GLUCK aidĂ© de son librettiste Cazalbigi, sa grande cohĂ©sion continue, son souffle unitaire : un chef d’Ĺ“uvre et une Ă©pure dramatico tragique conçue selon les divines proportions d’un relief antique.

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CD, critique. GLUCK : ORFEO (Naples 1774),Philippe Jaroussky, Emöke Barath, Amanda Forsythe, I Barrochisti, Diego Fasolis, 1cd Erato 2016-2017)

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