CD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (Purcell Choir, Vashegyi – 1 cd Glossa, Budapest janvier 2017)

conti-cd-missa-sancti-pauli-gyorgyi-vashegyi-purcell-choir-orfeo-orchestra-cd-critique-cd-review-critique-cd-par-clasiquenews-CLIC-de-classiquenewsCD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (Purcell Choir, Vashegyi – 1 cd Glossa, Budapest janvier 2017). La Messe MISSA SANCTI PAULI en sol mineur de 1715, – contemporaine de la mort de Louis XIV, Ă©tonne par son sens de la grandeur, son dramatisme continu. A 34 ans, le florentin Conti, thĂ©orbiste avĂ©rĂ©, dĂ©montre une science Ă©vidente, un art de la diversitĂ© dĂ©jĂ  prĂ©classique, dont la verve comme l’esprit de construction et d’équilibre Ă©difient une architecture sacrĂ©e qui annonce les grandes Ɠuvres de la fin du XVIIIĂš, Ă  Vienne, celle de Haydn et de Mozart (superbe construction du coeur fuguĂ© « Et vitam venturi », oĂč brillent la volontĂ© de clartĂ© du chef et la soliditĂ© du chƓur). Son goĂ»t reste Ă©minemment italien, adepte des arabesques et vocalises quitte Ă  rompre la ligne du texte, et pourtant sans jamais dĂ©vier du grand plan architectural global. A Vienne dĂšs 1701, Conti devient aussi membre de la Filarmonia de Bologne (1708). NommĂ© compositeur de la cour impĂ©riale des Habsbourg, Conti affirme un talent thĂ©Ăątral indiscutable. Son seconde Ă©pouse fortunĂ©e, Maria Landini, Ă©tait la diva la plus adulĂ©e de la Cour viennoise.
DĂ©cĂ©dĂ© en 1732, il fut Ă©lĂšve de Fux Ă  Vienne, rejoint trĂšs vite la cour de Dresde, Cour extrĂȘmement mĂ©lomane (autant que les Habsbourg viennois)
 Le raffinement et la culture de Conti, la complexitĂ© et l’ambition de son Ă©criture (25 opĂ©ras, 10 oratorios au moins) ont inspirĂ© directement JS Bach et aussi Haendel (dont le pasticcio Ormisda reprend partie de l’opĂ©ra de Conti : Clotilda rĂ©prĂ©sentĂ© Ă  Londres en 1707).
VoilĂ  une autoritĂ© musicale qui est jouĂ©e partout en Europe de Hambourg Ă  Brunswick, Brno et Breslau sans omettre Dresde). La MISSA SANCTI PAULI a Ă©tĂ© copiĂ©e Ă  Vienne, au convent de l’Abbaye de Lambach (Autriche), Ă©videmment Ă  Dresde oĂč le manuscrit paraĂźt dans la collection personnelle de Zelenka (qui sĂ©journe Ă  Vienne de 1717 Ă  1719) auquel la Messe a Ă©tĂ© un temps attribuĂ©e. Zelenka rapporte le manuscrit Ă  Dresde et enrichit encore la texture instrumentale (ajout de hautbois dans les tutti, enrichissement du continuo), et modifie le rythme du  Miserere (Gloria).

Le chef Györgyi VASHEGY s’entend Ă  merveille dans la direction de la masse chorale, jamais Ă©paisse, toujours trĂšs active et articulĂ©e ; on a pu depuis quelques annĂ©es Ă©valuer sa maĂźtrise dans le baroque français, en particulier Rameau
 (voir notre discographie rĂ©cente du chef Györgi Vasegyi en fin d’article). Ici, chez Conti, l’effectif est plutĂŽt important ; il s’avĂšre idĂ©al pour porter la charge trĂšs dramatique de cette Ɠuvre qui sonne solennelle et mĂȘme colossale. Mais au mĂ©rite de Conti revient un style ample et dramatique qui n’ennuie jamais car elle reste servante des affetti humaines.

Ainsi dans l’élucidation du GLORIA, entre autres, le Miserere nobis (9) plus dissonant, et grave exprime parfaitement la terreur Ă  peine masquĂ©e face Ă  la mort, oĂč le quatuor vocal et le choeur entament une prise de conscience saisissante, – sĂ©quence trĂšs prenante de l’ensemble. MĂȘme sentiment d’effroi sidĂ©rĂ© dans le sublime Crucifixus, Ă©conome, court, intense (plage 18). Que contrepointe l’exaltation de la RĂ©surrection (19) qui suit immĂ©diatement. Plus dĂ©veloppĂ© musicalement, et presque syncopĂ©. Languissant comme une priĂšre aussi inquiĂšte que fragile, l’implorant « Et in Spiritum » affirme une mĂȘme maturitĂ© oĂč soprano et alto masculin tissent leurs nƓuds (les voix sont parfois instables)
Conti paraĂźt tel un vĂ©ritable dramaturge dans la coupe et les accents harmoniques de cette large section, rĂ©ellement impressionnante : accents justes et expressivement saisissants mĂȘme qui montrent combien cette MISSA est la premiĂšre illustration des « messes du Credo », partition dont l’expressivitĂ© de fait, se concentre dans l’articulation du texte de cette partie, il est vrai la plus spectaculaire, Ă©voquant la Passion du Christ. On y remarque immĂ©diatement la caractĂ©risation permanente du texte ; la forte, puissante et riche dĂ©clamation exigeant de chacun des solistes du quatuor vocal. Nous sommes alors Ă  l’opĂ©ra.

La Missa atteste de la grande culture musicale de Francesco Conti en 1715 : stile antico (fuguĂ©), audaces concertantes, figuralismes articulant le texte, dramatisme et harmonies « rares » selon la force du verbe
 autant d’élĂ©ments qui annoncent le classicisme de la fin XVIIIĂš. C’est dire ainsi la prĂ©cocitĂ© de Conti (mort en 1732, avant l’avĂšnement du Rameau d’Hippolyte et Aricie en 1733).

FidĂšle aux recherches de Anna Scholz, le chef toujours trĂšs pertinent dans son approche musicologique, intercale le Motet « Fastos caeli audite », prĂ©sent dans le manuscrit de Conti, ainsi qu’il achĂšve toute l’arche sacrĂ©e par un motet pour voix seule : Pie jesu.
Le Motet « Fastos  », trĂšs articulĂ© et linguistiquement acrobatique exige beaucoup du soliste (ici un alto masculin parfois court) pourtant les cordes captivent par leur agilitĂ© et leur noblesse.
CLIC D'OR macaron 200Ce sentiment de majestĂ© grave se dĂ©ploie surtout dans le dernier Ă©pisode complĂ©tant la Missa proprement dite : l’aria « Pie Jesu » qui touche essentiellement par son souffle grandiose, aux harmonies surprenantes exprimant la prĂ©sence du mystĂšre. C’est trĂšs pertinent de terminer par cette priĂšre intimiste et grave qui convoque l’étrange, imprĂ©visible harmoniquement, dont la ligne vocale recommande souplesse et intensitĂ© et un souffle spectaculaire. VoilĂ  qui dans les arĂȘtes rondes et graves des cordes, le legato implorant du tĂ©nor (lui aussi pas toujours juste ni idĂ©alement galbĂ©) rĂ©tablit cette part d’humanitĂ© et de profonde impuissance humaine dans un programme oĂč l’imaginaire majestueux de « l’orchestre » (si l’on peut employer ce terme : mais l’ambition instrumentale de Conti est indiscutable) indique clairement la vision impressionnante de Conti, prĂ©curseur au dĂ©but du XVIIIĂš, de bien des fresques sacrĂ©es grandioses plutĂŽt mieux documentĂ©es dans le dernier trimestre du XVIIIĂš (compris le Requiem de Mozart). Entre dĂ©votion fervente et arche instrumentale spectaculaire, ondoyante et sensuelle, Conti affirme un gĂ©nie Ă  part au XVIIIĂš. VoilĂ  qui dĂ©voile sa singularitĂ© visionnaire au tout dĂ©but du XVIIIĂš.

 
 
 

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CD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (1 cd Glossa, Budapest janvier 2017) – CLIC de CLASSIQUENEWS « dĂ©couverte », fĂ©vrier 2019.

 
 
 

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Autres CD récents du chef György Vashegyi, et de ses troupes hongroises (Purcell Choir et Orfeo Orchestra) :

vashegyi_gyorgy1222 classiquenewsCD, critique. RAMEAU : NAÏS (1749). György Vashegyi / Orfeo orchestra. DolliĂ©, Martin
 2 cd Glossa, MUPA, Budapest, mars 2017). Dans ce nouvel album de musique baroque française plein XVIIIĂš, – NaĂŻs appartient Ă  la colonie d’oeuvres ramĂ©liennes propres aux annĂ©es 1740 (1749 prĂ©cisĂ©ment s’agissant de la partition crĂ©Ă©e Ă  Paris), oĂč le Dijonais au sommet de ses possibilitĂ©s et de son imagination, favorisĂ© par la Cour de Louis XV dont il est compositeur officiel, sait renouveler un genre naturellement enclin Ă  s’asphyxier, l’opĂ©ra de cour, versaillais. Dans le geste majestueux, souple, dramatique de Gyögy Vashegy, se dĂ©voile le pur tempĂ©rament atmosphĂ©rique, spatial d’un Rameau tout Ă  fait inclassable Ă  son Ă©poque…

rameau-nais-vashegy-critique-cd-review-cd-par-classiquenews-opera-baroque-critique

 

 

  
 
 

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mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sĂ»retĂ© de sa direction, le William Christie Hongrois
 C’est un dĂ©fricheur au tempĂ©rament gĂ©nĂ©reux, surtout Ă  la vision globale et synthĂ©tique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilitĂ© et de goĂ»t : car le chef hongrois goĂ»te et comprend comme nul autre aujourd’hui, Ă  l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

 

  
 
 

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rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd dĂ©coulant de l’annĂ©e Rameau 2014. Le prĂ©sent titre est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il dĂ©voile la qualitĂ© d’une partition finalement trĂšs peu connue et qui mĂ©rite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces annĂ©es 1740 qui marquent assurĂ©ment la plĂ©nitude de son gĂ©nie 
 1745 est une annĂ©e faste pour Rameau.  Aux cĂŽtĂ©s de PlatĂ©e, ces FĂȘtes de Polymnie soulignent une inventivitĂ© sans limites. Le compositeur mĂȘle tous les genres,  renouvelle profondĂ©ment le modĂšle officiel et circonstanciel dĂ©jĂ  conçu et dĂ©veloppĂ© par Lully. En guise d’une Ɠuvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversitĂ© de formes et de genres poĂ©tiques.  Les titres de chaque EntrĂ©e indiquent ainsi les dĂ©veloppements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  fĂ©erie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : Ă  ce titre l’argument et le climat de la troisiĂšme dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© entendu jusque lĂ  tant le dernier volet dĂ©veloppe singuliĂšrement le thĂšme fĂ©erique qui le porte


  
 
 

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