mercredi, février 1, 2023

CD, compte rendu. Puccini : Turandot (Bocelli, Wilson, Mehta, 2014)

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TURANDOT-puccini-zubin-mehta-500-cd-decca-andrea-bocelli-Dans Turandot pour une fois, le titre de l’opéra indique clairement la prééminence du personnage féminin : si le premier acte la rend absente car il est conduit par le rappel des princes décapités et l’apparition sur scène du nouveau candidat aux épreuves :  Calaf (cet étranger dont l’identité véritable sera au III le prétexte d’une chasse répressive des plus terrifiante), la jeune femme concentre toute l’action aux actes II et III : de gardienne du temple refusant toute sexualité, la fille de l’empereur s’ouvre peu à peu à l’amour. .. de pétrifiée inhumaine, elle devient aimante et humaine : une métamorphose que seule peuvent dévoiler  la psychanalyse et bien sûr, l’opéra. Dans cette production discographique qui fait suite aux représentations ibériques (Valencia, printemps 2014), la maîtrise du conteur Mehta s’impose immédiatement, nimbant toutes les scènes d’un souffle souvent prenant. Car le maestro n’en est pas à sa première Turandot, loin s’en faut…

Zubin Mehta renouvelle avec panache et finesse sa vision de Turandot

Flamboyante Turandot flanquée de ses 3 ministres impétueux, nerveux, palpitants

CLIC_macaron_2014Jennifer Wilson, soprano américaine née en 1966 en Virginie  (Fairfax) affirme une langueur incandescente marquée par une blessure ancestrale, celle de la princesse qui la précédée, humiliée assassinée par un prince étranger, icône douloureuse à laquelle Turandot s’est dédiée en une dévotion exclusive. La cantatrice affirme un tempérament vocal affirmé et sauvage, entre puissance et tempérament de feu dotée d’aigus perçants et soutenus que Zubin Mehta connaît bien pour l’avoir dirigée en Brünnhilde dans son Ring de 2010. Aux 3 énigmes posées la soprano apporte une constance enflammée habitée par l’ombre de son aînée martyrisée.

D’autant que malgré le déséquilibre de la partition, – laissée inachevée apres la mort de Puccini (après la scène de torture de Liu au III), Zubin Mehta impose une baguette généreuse, souvent somptueusement narrative ciselant l’une des partitions les plus spectaculaires et modernes (harmonies et instrumentarium) de Puccini.  Le chef sait exprimer avec un réel souffle les miroitements de ce conte oriental pour lequel le compositeur a  façonné un imaginaire sonore captivant où les percussions sont souveraines (atmosphère létale du début du III comme un rêve qui s’étire et trouve sa résolution avec le fameux Nessun dorma du prince Calaf. …).

German Olvera baryton Pong PUCCINI TURANDOT zubin mehtaTemps  fort antérieur avec la scène des 3 énigmes, l’apparition des trois ministres, leur asujetissement au rituel épuisant de la cour impériale, aux préparatifs de la cérémonie des énigmes, leurs états d’âme portés par trois chanteurs très en verve et en finesse  (ce qui est rare) de surcroît excellemment enregistrés  (avec le Pong tout en finesse grave de German Olvera, un baryton mexicain timbré au phrasé passionnant et qui fait l’honneur du centre de perfectionnement Placido Domingo au Palau de les Arts Reina Sofia de Valencia : retenez ce nom, c’est l’une des révélations de la nouvelle Turandot). D’une constance juvénile à toute épreuve, le chant soutenu parfois dur du ténor vedette Andrea  Bocelli soutient tous les défis de sa partie. Mais à force d’être seulement vaillant en toute circonstance, le ténor manque de nuances et l’on se demande quand même comment à son contact,  la princesse frigide s’infléchit au désir suscité par cet étranger un rien raide.

L’argument principal de cette nouvelle version demeure les chatoiements sonores, le raffinement instrumental que parvient à obtenir Mehta et l’exceptionnelle incarnation des trois ministres impériaux Ping, Pang, Pong (German Olvera, Valentino Buzza, Pablo Garcia Lopez) qui ici gagnent une réelle vérité dramatique, intensifiée par la prise de son très équilibrée) : à chacune de leur intervention, en accord avec un orchestre nerveux et sensuel, la réalisation rend honneur à l’une des partitions les plus enchanteresses du grand Giacomo. Que du bonheur.

Les nouvelles productions sont rares et cette Turandot fait honneur au prestige de la marque jaune. Orchestrale ment intéressante car Mehta exploite très judicieusement l’orchestre espagnol, vocalement honorable voire prenante la version est une belle surprise de cet été 2015. (Parution : 31 juillet 2015).

 

CD. Giacomo Puccini : Turandot. Andrea Bocelli, Jennifer Wilson, German Olvera, Valentino Buzza, Pablo Garcia Lopez… Coro de la Generalitat Valenciana, Orquestra de la Comunitat Valenciana. Zubin Mehta, direction. 2 CDs 0289 478 82930.

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