CD, compte rendu critique. The VERDI ALBUM : SONYA YONCHEVA, soprano (1 cd SONY classical)

yoncheva-sonya-diva-soprano-opera-the-verdi-album-review-presentation-cd-par-classiquenews-critique-cd-par-classiquenewsCD, compte rendu critique. The VERDI ALBUM : SONYA YONCHEVA, soprano (1 cd SONY classical) – Sur les traces d’une Callas au tempérament aigu tranchant, sur ceux plus récents de l’incomparable Anna Netrebko, verdienne imprévue et d’autant plus surprenante / exaltante, (cf son récital VERDI, antérieur à celui de ce récent Yoncheva – Anna Netrebko : VERDI – 2013) … voici en premier air, la soie veloutée, si voluptueuse, de Sonya Yoncheva qui déploie une langueur caressante pour Leonora du Trouvère, accusant le caractère d’amoureuse prête à mourir, sorte d’extase mortifère, avec des aigus parfois tirés et une stabilité de la voix pas toujours totalement assurée. La couleur, l’intonation sont irréprochables ; la diction, l’accentuation, le legato, la précision et parfois la justesse, beaucoup moins. Mais cette faillibilité du timbre, manifeste, évidente… cette fragilité essentielle et viscérale font aussi toute la valeur de cette voix unique aujourd’hui, qui fait partie du diptyque des divas incontournables de l’heure, avec Anna Netrebko justement (et dans le même répertoire).

Anna Netrebko Verdi album leonoraSi l’on compare les deux récitals avouons que l’on préfère nettement la Leonora 1 du Trouvère de Netrebko (plus caractérisée, plus menacée, et comme terrassée) ; les deux divas rejoignent dans l’intensité et la vérité blessée, tragique, noble, dans Elisabetta de Don Carlo ; mais jamais Yoncheva n’ira jusqu’aux défis que s’est lancée Netrebko (Lady Macbeth); et l’on imagien sans aucune réserve quel serait le relief habité, halluciné de Netrebko pour Luisa (Miller).

 

Plus intéressante en effet, la Luisa de Yoncheva (Luisa Miller : « Tu puniscimi, o Signore »), offre une même incarnation radicale d’amoureuse sacrificielle… qui de fait va mourir en un ultime sacrifice : le noir tragique, comme empoisonné propre à la lyre verdienne inspirée par Schiller, lui va à ravir. Soie là encore, somptueuse et veloutée, mais verbe ciselé, plus articulé, plus net (avec des aigus qui exigent moins que Leonora).

Les deux airs qui suivent sont d’opéras moins connus mais d’autant plus intenses qu’ils s’inscrivent dans la période du premier Verdi : Attila (Odabella) puis Lina de Stiffelio. Deux portraits féminins où avant Rigoletto et Boccanegra, Verdi déjà approfondit la relation fille / père. Odabella affiche malgré son destin tragique de femme sacrifiée et trahie, une dernière détermination qui exige un legato d’une ampleur inédite. Entre tendresse (prière avec hautbois et flûte obligés) et angélisme virtuose, Odabella impose la rayonnante candeur, enivrée, échevelée d’une âme embrasée, consumée par l’amour (pour son cher Foresto). Le timbre blessé, d’une intensité lacrymale spécifique, propre à Yoncheva (Lina) rend crédible cette incarnation dont la plénitude lumineuse revivifie l’idéal rossinien et la suspension extatique bellinienne (doublés, sublimés en écho par le timbre de la clarinette fraternelle, compassionnelle).

L’Ave Maria de Desdemone est ce temps suspendu, prière miraculeuse, au cÅ“ur de la tempête qui va précipiter le destin des deux amants – à Gênes. La prosodie de Yoncheva n’a certes pas l’élégance de Kiri Te Kanawa, ni sa précision angélique, mais quel grain charnel mieux équilibré que dans le premier air (Leonora 1, d’Il Trovatore) : de somptueux aigus expriment tout l’éclat d’une épouse fervente et fidèle qui malgré les pressentiments de sa mort, garde l’espérance et une droiture loyale admirable : d’une sobriété directe et franche, le chant emporte toute réserve ; la justesse de l’intention, criante de vérité, d’une noble sincérité (car elle s’adresse à Marie) composent la meilleure interprétation du récital.

La soie veloutée rayonnante de Yoncheva pour un VERDI tragique & amoureux

Yoncheva-Verdi the diva verdi album review cd critique cd par classiquenews

Les airs qui suivent sont ceux d’âmes moins jeunes et terriblement éprouvées par le destin, Leonora 2 de La Forza del destino (La Force du destin) n’aspire qu’à une peine intérieure bien précaire, déjà rattrapée par ses démons antérieurs ; idem pour Elisabeth / Elisabetta qui a la conscience de toute la vanité du monde terrestre au pied du tombeau de Charles Quint… ampleur du souffle, justesse de la couleur tragique, Sonya Yoncheva confirme l’impression suscitée à l’Opéra Bastille dans la version française de l’opéra verdien qu’elle chantait en dernier (cf notre critique du DON CARLOS en français de Verdi avec Kaufmann et Yoncheva / octobre 2017) : celle d’une interprète taillée pour l’intensité tragique, aux accents douloureux… irrésistibles.

Son Amelia (Simon Boccanegra) exalte la pure énergie d’une âme innocente par contre, non encore éprouvée, apparition rayonnante en sa lumineuse exception féminine, dans un ouvrage dominé par les hommes (Boccanegra / Paolo / Fiesco / Gabriele) : la formidable mécanique rythmique confiée à l’harmonie (bois et flûtes) qui sert de matelas à l’envol de la voix d’une tendresse éblouissante, assure aussi la réussite de la séquence (mais là comme partout dans ce disque, avouons notre manque d’enthousiasme assumé face à la baguette routinière de Massimo Zanetti, aux couleurs ternes de l’Orchestre Münchner Rundfunk). Tout à fait à son aise, dans un ambitus vocal qui correspond à sa voix et à son caractère, Yoncheva irradie de tous ses feux soyeux et cristallins. En revanche, finir le récital par Abigaille de Nabucco, plutôt pour mezzo que soprano, accuse les limites de la tessiture.

Jonas_Kaufmann_verdi_ album_Sony classicalOn se souvient que le ténor Jonas Kaufmann passé de Decca Universal à Sony classical, avait lui aussi marqué le marché discographique avec un ALBUM VERDI phénoménal (2013) qui entre autres, révélait avant de l’incarner sur la scène, son Otello, puissant, habité, tiraillé : à la fois halluciné et tragique. La recette est bonne. Donc même scénario pour la diva bulgare et « son » VERDI album…

Après les divas au timbre charnel devenues légendaires, dont évidemment Renée Fleming, qui demeure plus straussienne que verdienne véritablement, – double crème disaient les plus convaincus en raison de son medium charnu, d’une onctuosité suprême, « La Yoncheva » emprunte aujourd’hui le tremplin de sa contemporaine Anna Netrebko, – qui elle aussi a signé un album Verdi (mais chez Deutsche Grammophon, préfigurant ses prises de rôles sur scène pour Leonora, Lady Macbeth…). Les héroïnes verdiennes défendues par la soprano bulgare ne manquent ni d’intensité ni de couleurs tragiques et sensuelles. C’est donc un récital convaincant dans son ensemble, malgré les limites concernant sa Leonora 1 et son Abigaille finale.

2018 : année Luisa et Imogène. Dans quelques semaines, Sonya Yoncheva incarnera sur scène Luisa (prise de rôle scénique au Metropolitan Opera de New York, à partir du 29 mars 2018), un rôle de jeune femme libre, radicale, amoureuse qu’elle préfigure dans ce récital avec une intensité prometteuse. Les parisiens attendront l’une des étapes de sa tournée Verdi, Concert de Gala, le 1er juin au TCE… L’autre grand RV incontournable pour les amateurs, reste sa prise de rôle suivante, fleuron du répertoire belcantiste le plus exigeant : Imogène dans Il Pirata / Le Pirate de Bellini, à partir du 29 juin à la Scala de Milan. Un nouveau défi et un personnage captivant, – qui fut magnifiquement interprété par la soprano Anna Kasyan, lors du Concours Bellini 2013, rôle qui lui permit de remporter le Grand Prix Bellini : à voir en vidéo, lors de la captation de cet air par le studio CLASSIQUENEWS. A suivre.

 

 

 

 

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CD, compte rendu critique. The VERDI ALBUM : SONYA YONCHEVA, soprano / Il Trovatore, Luisa Miller, Attila, Stiffelio, La Forza del destino, Otello, Simon Boccanegra, Don Carlo, Nabucco – Münchner RundfunkOrchester / Massimo Zanetti – enregistrement réalisé à Munich en avril 2017 (1 cd SONY classical)

 

 

 

 

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