CD, compte rendu critique. MENDELSSOHN : Elias, 1846 (Hengelbrock, 2016, DHM)

elias-cd-250-250--mendelssohn-thomas-engelbrock-ann-hallenberg-2-cd-deutsche-harmonia-mundi-review-compte-rendu-critique-cd-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-de-janvier-2017-10578102CD, compte rendu critique. MENDELSSOHN : Elias, 1846 (Hengelbrock, 2016, DHM). AprĂšs le succĂšs remportĂ© par son Paulus, Felix Mendelssohn (1809-1847) compose son dernier grand chef-d’Ɠuvre, l’oratorio Elias, en 1846. Le livret s’appuie sur le portrait que fait le rĂ©cit biblique du prophĂšte Élie, au premier livre des Rois, ainsi que sur d’autres textes bibliques (EsaĂŻe, Psaumes, …). Personnage d’une vraie dimension Ă©pique, passionnĂ© et volontaire, Élie Ă©volue au fil de l’oratorio gagnant en confiance, se rĂ©vĂ©lant Ă  lui-mĂȘme et prenant conscience de sa foi dans un rapport de plus en plus sobre et intense Ă  Dieu (idĂ©alement exprimĂ© dans les citations Ă  la flĂ»te et surtout et au hautbois : arioso « Ja, es sollen wohl Berge weichen »., dans l’acte II)
 CrĂ©Ă© au festival triennal de musique de Birmingham (avec pas moins de 400 exĂ©cutants), le drame Ă©difiant, est jouĂ© chaque annĂ©e de 1840 Ă  1930 lors du Three Choirs Festival. Il faut une grande expĂ©rience des effectifs importants et aussi un sens de la dentelle instrumentale autant que vocal (chez les choeurs que chez les solistes) pour rĂ©ussir l’interprĂ©tation de ce dĂ©fi dramatique et sacrĂ©. Inscrit dans l’avant derniĂšre annĂ©e de la courte carriĂšre de Mendelssohn, l’ouvrage ainsi conçu dĂ©voile les derniĂšres recherches du gĂ©nial Felix, conteur Ă©pique autant que fin portraitiste : le portrait d’Elie/Elias revĂȘt dans le cours de l’action, une humanisation de plus en plus admirable, vertueuse et lumineuse. La progression en est l’élĂ©ment moteur. L’humain et le divin, l’histoire et la priĂšre individuelle se rĂ©solvent et fusionnent dans cette vaste peinture musicale particuliĂšrement ciselĂ©e.
En témoignent aux cÎtés des airs du héros, les sections dévolues surtout dans la partie 2, à la soprano (« Höre Israel » air inaugural qui est le plus long : plus de 5mn), et au ténor.
AprĂšs l’ouverture fuguĂ©e Ă  la Bach, se succĂšdent en une narration libre et animĂ©e, 42 numĂ©ros qui racontent le dĂ©fi du prophĂšte Elie lancĂ© Ă  la face des prĂȘtres de Baal: le hĂ©ros, en saint miraculeux y guĂ©rit le fils d’une veuve, et critique sans mĂ©nagement le roi d’IsraĂ«l, Ahab, comme il rĂ©primande la reine JĂ©zabel. Mais celle-ci soulĂšve son peuple contre le suractif prophĂšte
 qui dĂ©montre sa filiation divine et misĂ©ricordieuse en obtenant la pluie tant espĂ©rĂ©e (elle n’était pas tombĂ©e depuis 3 annĂ©es), sur le Mont Carmel. Elie, ardent dĂ©fenseur et proclamateur du monothĂ©isme en des temps chaotiques et barbares, incarne aussi la dĂ©termination provocatrice de l’homme dĂ©sireux d’élever ses semblables: le ProphĂšte n’hĂ©site pas Ă  secouer la somnolence du peuple Ă©lu: “JĂ©rusalem, toi qui tues tes prophĂštes!“. En cela, Elie prĂ©figure cet autre prophĂšte, Jochanaan, qui lui aussi chĂątie sans mesure l’impie, la corruption, la paresse, tous les vices de ses semblables
 Ayant achevĂ© son oeuvre, Elie rejoint le ciel sur un char de feu, au moment oĂč le choeur admiratif entonne un hymne en l’honneur de cet homme admirable qui sut leur montrer la voie par ses actions de grĂące.

engelbrock-thomas-chef-maestro-elias-mendelssohn-homepage-une-classiquenewsSUBLIME FRESQUE CHORALE. D’un bout Ă  l’autre, l’écoute se nourrit d’un sens dramatique de grande qualitĂ©, grĂące au choeur Ă©patant, Ă  l’orchestre sur instruments d’époque, l’un des meilleurs actuellement et indiscutable mĂȘme dans ce rĂ©pertoire germanique romantique du milieu XIXĂš : Thomas Hengelbrock ne fait pas qu’accompagner et planter le caractĂšre de chaque section : l’orchestre dĂ©fend de bout en bout une suractivitĂ© riche en contre champs qui ourle et nimbe toute la construction dramatique, fouillant l’expressionnisme de toutes les parties, aussi diversifiĂ©es soient-elles, pour le choeur, les courts rĂ©cits des solistes, leurs airs plus dĂ©veloppĂ©s
 Direction Ă©quilibrĂ©e et claire, Ă©loquente et dĂ©taillĂ©e, pourtant trĂšs allante et douĂ©e d’une souple motricitĂ©, le geste de Thomas Hengelbrock peut compter sur les ressources superlatives de ses Ă©quipes Balthasar Neumann Ensemble, – orchestre et choeur. Le maestro fait merveille par son intelligence sonore, sachant vaincre le dĂ©fi des Ă©tagements et des pupitres dĂ©multipliĂ©s : groupes de solistes, solistes, choeur, orchestre. Jamais le nombre n’épaissit la riche texture. Le quatuor des solistes au II (41.a) est de ce point de vue, le plus rĂ©ussi : d’une transparence incarnĂ©e, en cela proche du sentiment qui habita Berlioz, tĂ©moin de la reprise du drame en 1847 : frappĂ© et saisi par le sentiment de recueillement et de ferveur sincĂšre qui Ă©mane d’Elias.

mendelssohn elias cd felix-mendelssohn-bartholdy_jpg_240x240_crop_upscale_q95La ferveur Ă©lectrique, grandiose et sublime sans jamais de solennitĂ© ni de pompe d’un Mendelssohn finalement trĂšs schumannien, se dĂ©ploie ici dans un thĂ©Ăątre sacrĂ© qui exalte la tendresse et comme Schumann, un Ă©lan de l’ñme, viscĂ©ralement ascendant, de plus en plus solarisĂ©. Le relief des personnages est indiscutable, mĂȘme si l’on dĂ©note ici et lĂ , un essoufflement voire un style ampoulĂ© dans l’abattage linguistique (chez la basse Michael Nagy, en particulier dans son air du II: « es ist genug »). Mais au fil de la prise, son intonation trouve l’énoncĂ© juste, de plus en plus assurĂ©. A ses cĂŽtĂ©s : la soprano Genia KĂŒhmeier (timbre habitĂ©, cuivrĂ© et souvent justement hallucinĂ©, constamment sincĂšre, en ce sens le plus bouleversant), la mezzo ardente, articulĂ©e (vrai modĂšle Ă  ce niveau : son dernier cd Farinelli est un must), Ann Hallenberg enthousiasment et hisse le niveau Ă  son plus haut. Le verbe frĂ©mit et les sĂ©quences avec le choeur sont remarquables de prĂ©cision en dynamiques et engagement. Mais c’est assurĂ©ment au niveau de l’orchestre que les pĂ©pites se rĂ©vĂšlent les plus nombreuses : couleurs, accents, nuances, contours des alliances de timbres, suggestion du tissu symphonique sont autant d’aspects qui montrent tout ce que le Schumann de Faust ou La Peri, doit Ă  l’olympisme fervent, tendre et Ă©blouissant de Mendelssohn. Voici l’un des enregistrements d’oratorio romantique germanique rĂ©cent – avec le rĂ©cent Manfred de Schumann par Fabrizio Ventura, parmi les plus convaincants de ces derniĂšres annĂ©es. Chaque dĂ©tail serti sert au souffle gĂ©nĂ©ral, rĂ©vĂ©lant la lyre exaltĂ©e, hallucinĂ©e et infiniment poĂ©tique des Romantiques d’Outre-Rhin. Une rĂ©vĂ©lation assurĂ©ment. D’oĂč notre CLIC dĂ©couverte de fĂ©vrier 2017 pour cet enregistrement en tout point remarquable.

CLIC D'OR macaron 200FELIX MENDELSSOHN: ELIAS
2 CD DHM, DDD, 2015 — 4686880 - Enregistrement rĂ©alisĂ© au Konzerthaus de Dortmund, en janvier 2016

MICHAEL NAGY, Elias
LOTHAR ODINIUS, Ahab/Obadjah
GENIA KÜHMEIER, Witwe
ANN HALLENBERG, Königin
BALTHASAR-NEUMANN-CHOR & -SOLISTEN
BALTHASAR-NEUMANN-ENSEMBLE
THOMAS HENGELBROCK, direction

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http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-schumann-manfred-ventura-1-cd-ars-produktion-2015/

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-farinelli-a-portrait-un-portrait-par-ann-hallenberg-aparte-2011/

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