CD, compte rendu critique. Martin Romberg : Homeriade (1 cd Klarthe 2016)

HOMERIADE Ulysse homere robin renucci martin romberg clic de classiquenews janvier 2017 choc kla033couv_lowCD, compte rendu critique. Martin Romberg : Homeriade (d’aprĂšs les poĂšmes de Dimitris Dimitriadis. Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence. Samuel Jean, direction (1 cd Klarthe — Avignon, janvier 2016). HOMERE LE GRAND INTERROGATEUR ou LE DESTIN GREC EN QUESTION. Un hĂ©ros de la mythologie offre le prĂ©texte d’un questionnement pertinent sur le sens de l’histoire grecque actuelle Ă  travers le prisme de son histoire
 homĂ©rique. Ainsi paraĂźt, se raconte Ulysse lui-mĂȘme dans le premier volet : « Je suis rentrĂ©. Personne ne m’attendait, ne m’a reçu. Personne ne m’attendait. Elle seule m’attendait comme personne ne m’attendait. J’étais arrivĂ© Ă  Ithaque mais je suis arrivĂ© nul part ». Dans le premier chapitre du programme, intitulĂ© « Ulysse », le chant des instruments comme le timbre du narrateur, Robin Renucci, murmurĂ©, caressant expriment le sort qui unit en liens obsessionnels le hĂ©ros qui fait retour, et l’üle d’Ithaque, lieu du dernier Ă©pisode d’une vie usĂ©e, esseulĂ©e, dĂ©truite. Robin Renucci, en une narration naturelle sans aucune affectation, d’une neutralitĂ© pure, toute en intĂ©rioritĂ©, donne sa voix au voyageur fatiguĂ© qui Ă©voque les sentiments qui l’habitent au moment du retour et de la grande confrontation avec ceux qui l’ont oubliĂ© : il y a l’attente de l’amoureuse indĂ©fectible et loyale figure conjugale, PĂ©nĂ©lope. Mais, l’épouse paraĂźt comme une ombre fugitive qui s’efface devant la figure omniprĂ©sente, incontournable, rĂ©pĂ©titive d’Ithaque. L’orchestre dit le dĂ©sespoir, la lamentation solitaire du hĂ©ros grec qui 20 ans aprĂšs Troie revient sur Ithaque. Elle et lui. Ulysse et son Ăźle : l’épisode orchestral sous la voix du rĂ©citant tourne autour de la relation muette mais indĂ©racinable qui scelle le destin des deux forces : l’humain, le territoire. L’üle magicienne qui ensuite suscite tout le dĂ©veloppement Ă©nigmatique et flottant du volet central de ce triptyque aux couleurs et chantournements mĂ©lodiques Ă  l’orientalisme Ă  peine voilĂ©s.
D’ailleurs, le second Ă©pisode orchestral intitulĂ© « Ithaque », le plus long (plus de 23 mn) rĂ©alise les attentes et souhaits artistiques de l’équipe productrice dont Olivier Py qui en voulant commander un « mĂ©lodrame », rĂ©cit parlĂ© sur une musique Ă©vocatrice, a immĂ©diatement pensĂ© au style du poĂšte grec Dimitris Dimitriadis, dont le lyrisme incantatoire et Ă©motionnel rĂ©active la lyre ardente des hĂ©ros de la mythologie, soulignant comment le hĂ©ros est attachĂ© malgrĂ© lui Ă  l’esprit et au lieu de sa terre natale, son Ăźle, source de tout commencement et de toute fin. Dans ce second volet, c’est Ithaque, en une voix maternelle, qui prend la parole Ă  l’inverse du premier Ă©pisode : de sorte qu’il s’agit de la mĂȘme relation fusionnelle mais vĂ©cue par l’üle personnifiĂ©e. Le spectacle prĂ©sentĂ© au ThĂ©Ăątre Grand-Avignon, en clĂŽture du festival d’Avignon 2015, est ici enregistrĂ© en janvier 2016.

 

 

HOMERIADE : le destin grec en question

 

homere homeriade martin rombergAux cĂŽtĂ©s du rĂ©citant, d’une intonation trĂšs juste, l’orchestre est le grand acteur de ce mĂ©lodrame en trois instants / mouvements. L’écriture du norvĂ©gien nĂ© Ă  Oslo en 1978, Martin Romberg, – Ă©lĂšve de Michael Jarell, est d’une indiscutable sĂ©duction, et mĂ©lodique et sonore. Le tonalisme souvent enivrĂ©, berce et semble rĂ©parer une identitĂ© mise Ă  mal rĂ©cemment car au delĂ  du rapport de Ithaque et Ulysse, c’est en Ă©cho Ă  la crise grecque, la relation des grecs Ă  leur État / nation / histoire qui paraĂźt aussi. A rebours de toute syncope ou convulsion, l’écriture de Romberg plonge dans les eaux homĂ©tiques avec une voluptĂ© instrumentale d’un grand raffinement. Il en dĂ©coule un oratorio symphonique avec rĂ©citant en trois volets des plus enchanteurs ; convoquant les hĂ©ros d’un drame universel, avec un retour nostalgique du poĂšte, pĂšre pour tous, HomĂšre dont le flux orchestral restitue la grandeur onirique et le souffle dramatique. C’est surtout le dernier volet « HomĂšre » qui suscite notre adhĂ©sion : le chant des instruments solistes, violon, basson, hautbois semble questionner l’hĂ©ritage homĂ©rique aujourd’hui. Comme si les Grecs Ă  travers le texte de Dimitriadis ne pouvaient aujourd’hui que faire le constat d’une terre dĂ©vastĂ©e, ruinĂ©e, de fait en crise, ayant interrompu le lien avec son histoire pourtant exemplaire. L’activitĂ© hypnotique de la musique – dĂ©roulĂ©e, dĂ©veloppĂ©e dans ce troisiĂšme et ultime Ă©pisode comme une Ă©ternelle interrogation-, le chant et la parole du rĂ©citant ne cessent de nourrir la question du destin grec aujourd’hui. Qui a dit que la culture et l’acte musical n’étaient que divertissants ? « Je questionne parce que j’ai eu la question Ă  toute rĂ©ponse. J’ai appris. J’ai tant appris  » dit ici Ă  lui-mĂȘme (et pour nous) HomĂšre. Tout s’organise autour de cette aspiration au questionnement primitif et final : OĂč allons nous ? Que devenons nous ? OĂč devons-nous aller ? 
 vers ce rien et ce vide sidĂ©ral dont HomĂšre a la secrĂšte conscience. Belle leçon d’humilitĂ©, d’humanitĂ©. Magistral. Le fini et la force allusive de la musique de Martin Romberg appellent Ă  une Ă©coute exclusive de la seule musique sans la voix, tant et surtout dans ce dernier volet, le raffinement suggestif de l’orchestre rĂ©alise un parure orchestrale idĂ©ale. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier et fĂ©vrier 2017.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. Martin Romberg : Homeriade (d’aprĂšs les poĂšmes de Dimitris Dimitriadis. Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence. Samuel Jean, direction. Robin Renucci, rĂ©citant (1 cd Klarthe records — Avignon, janvier 2016). CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier et fĂ©vrier 2017.

 

 

 

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