CD, compte rendu critique. Georg Anton Benda : Sinfonias (Benda, 2015 / 1 cd Sony classical)

BENDA georg anton - christian benda symphonies review compte rendu critique 1 cd Sony classical sony88875186192CD, compte rendu critique. Georg Anton Benda : Sinfonias (Benda, 2015 / 1 cd Sony classical). Georg Anton Benda est comme ses deux frères – Franz et Johann, compositeur pour FrĂ©dĂ©ric le Grand en son château de Sans Souci Ă  Postdam. Le site fut au XVIIIè un haut lieu de crĂ©ation musicale, malheureusement miroir du goĂ»t très conventionnel du souverain prussien (il fut incapable de distinguer le gĂ©nie d’un CPE Bach, pourtant Ă  son service, mais cantonner dans un emploi subalterne de claveciniste et parfois compositeur…). Triste intuition royale qui n’offrit pas Ă  sans-Souci malgrĂ© son ambition, le lustre artistique nĂ©cessaire. Protestant et franc-maçon, Georg Anton n’eut pas la faveur du Roi (portĂ© vers les jeunes garçons) : le musicien bien que compositeur talentueux comme ce disque le montre aisĂ©ment, ne fut Ă  Sans Souci que violoniste de second rang dans l’orchestre de la Cour.

Heureusement Benda put enfin trouver un cadre capable de reconnaĂ®tre et mesurer sa sensibilitĂ© artistique comme crĂ©ateur Ă  la Cour de saxe-Gotha, plus portĂ©e pour la modernitĂ© et le raffinement, dès 1750. Le compositeur retrouvait en la personne de son mĂ©cène principal, le Duc de Saxe-Gotha, un frère maçon. Soucieux de parfaire encore son mĂ©tier, Georg Anton Benda rĂ©alisa son tour d’Italie Ă  l’âge de 43 ans, dĂ©couvrant les styles ultramontains, Ă  Venise, Bologne, Florence et Rome : il rentra ainsi Ă  la Cour de Saxe-Gotha comme… directeur de la chapelle. Son premier opĂ©ra italien, Xindo Riconosciuto fut crĂ©Ă© en 1765, emblème d’une maturitĂ© scrupuleusement recherchĂ©e, enrichie. L’expĂ©rience de Benda Ă  la Cour de SAxe-Gotha se manifeste pleinement dans l’approfondissement de son Ă©criture lyrique : le Duc lui commande nombre d’oeuvres et mĂ©lodrammes inspirĂ©s du style dĂ©fendu par Rousseau : plus de vĂ©ritĂ© et de sĂ©duction mĂ©lodique. Ainsi en 1778, sa MĂ©dĂ©e Ă©crite pour Mannheim Ă©blouit le jeune Wolfgang Mozart qui Ă©crit son admiration Ă  son père. MĂŞme totale adhĂ©sion enthousiaste pour l’autre partition lyrique de benda, Ariadne auf Naxos qui combla le jeune salzbourgeois. La gravitĂ© et l’Ă©lĂ©gance de Benda inspièrent Ă  Mozart nombre de sĂ©quence dans ses oeuvres : Zaide (1780), le prĂ©lude du Requiem (1791). La personnalitĂ© de Benda est attachante car il sut se passionner pour les idĂ©es de la RĂ©volution et la Philosophie, faisant mĂŞme un sĂ©jour (obligĂ©) pour Paris en 1781 oĂą il fit jouer Ariadne.

Belle idĂ©e de jouer ses Symphonies… par l’un de ses descendants actuels, lui qui mourut Ă  73 ans, et laissa 5 enfants tous musiciens ou acteurs. Un clan d’esprits crĂ©atifs… Le père de tous demeure l’esprit le plus audacieux et d’une rare conception synthĂ©tique : car entre Baroque et classicisme, Benda prĂ©pare la maturitĂ© et la conscience d’un Mozart, sachant dĂ©finitivement rompre avec la pensĂ©e contrapuntique d’un JS Bach, pour concevoir un langage nouveau, plus simplement horizontal, oĂą pensĂ©e et sentiment fusionnent au lieu de dialoguer au risque de converser sans ĂŞtre compris : Benda opère l’Ă©quation qui rĂ©tablit l’exposition / explicitation des deux objectifs ; son Ă©poque est celle du Sturm und Drang, – tempĂŞte et passion, esthĂ©tique exaltant les forces psychiques vers la lumière. Dans ses Symphonies, patrimoine central de la musique ancienne de la Bohème Baroque, – et finalement rĂ©cemment dĂ©couvertes : en 1950-, Benda offre un premier terreau Ă  l’expressivitĂ© du sentiment classique prĂ©romantique, oĂą le cycle orchestral en 3 mouvements, soigne surtout (sauf la symphonie VII oĂą il est très court, de passage) le mouvement central, uniquement pour les cordes introspectives. Ici ni trompettes, timbales, clarinettes : mais la vitalitĂ© d’une Ă©criture ciselant le contraste vents et cordes, Ă  laquelle les cordes pincĂ©es, fines, incisives du clavecin toujours prĂ©sent (comme chez Mozart) accentuent le relief rythmique selon l’Ă©lĂ©gance viennoise en cours Ă  l’Ă©poque. Benda participe avant Haydn et Mozart Ă  la formation du langage orchestral tel que Beethoven saura le dĂ©velopper après eux Ă  Vienne et Ă  Bonn.

MĂŞme sur instruments modernes, orchestre et chef savent souligner sans Ă©paisseur la palette expressive d’un Benda hypersensible. L’allant, la motricitĂ© Ă©gale, – malgrĂ© une prise de son trop lointaine et rĂ©verbĂ©rĂ©e, la finesse de la direction, l’excellent sens des contrastes, la vitalitĂ© epressive, qui regarde Ă©videmment vers Gluck et semble dĂ©jĂ  prĂ©figurer Joseph Haydn, rendent ici justice Ă  un premier corpus symphonique qui affirme l’Ă©loquence et la maturitĂ© d’un compositeur actif dans les annĂ©es 1760 et 1770, figure pionnière du langage europĂ©en des Lumières.

CD, compte rendu critique. Georg Anton Benda : Sinfonias. Prague Sinfonia Orchestra. Christian Benda, direction. 1 cd Sony classical, enregistrement réalisé à Prague en novembre 2014.

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