CD, compte rendu critique. ELGAR : The Dream of Gerontius / Le songe de Gerontius: Andrew Staples,Daniel Barenboim – 2016 – 1 cd DECCA

barenboim elgar the dream of gerontius decca cd annonce sur classiquenews critique cd cd review classiquenews1540-1CD, compte rendu critique. ELGAR : The Dream of Gerontius / Le songe de Gerontius: Andrew Staples,Daniel Barenboim – 2016 – 1 cd DECCA. NĂ© Ă  Worcester, Edward Elgar (1857-1934), conquĂȘte rĂ©cente de la musicologie moderne, doit Ă  ses Variations Enigma, ses deux symphonies, – Ă©galement jouĂ©es par Barenboim et la Staatskapelle de Berlin (Symphonie n°1, 1908), mais aussi ses deux concertos instrumentaux, pour violon et pour violoncelle, une stature dĂ©sormais internationale, depuis sa rĂ©surrection au dĂ©but du XXIĂš. Nul doute que le cycle monographique que lui dĂ©die Daniel Barenboim aujourd’hui, assure au compositeur britannique jugĂ© rien que victorien donc majestueux et ampoulĂ©, une nouvelle rĂ©putation : fin orchestrateur, architecte dramaturge, idĂ©aliste et esthĂšte, d’une exigence rare. Un tempĂ©rament aussi digne d’intĂ©rĂȘt que Henry Purcell et Benjamin Britten.

ELGAR Edward_Elgar-200x200Sur les traces impressionnantes pour le plus commun des auteurs, d’un Haendel, Elgar rĂ©gĂ©nĂšre le genre de l’oratorio, format populaire en Grande Bretagne et qui, rĂ©putĂ© noble et ambitieux, nĂ©cessite une maĂźtrise exemplaire des masses : chorales, orchestrales, aux cĂŽtĂ©s des solistes. Ainsi son grand oratorio, The Dream of Gerontius (Le Songe de Gerontius) innove sur un sujet non biblique mais intensĂ©ment spirituel. Son dĂ©roulement est celui d’un voyage dans l’audelĂ , aprĂšs la purgatoire. Pour l’an 1900, le festival de Birmingham, creuset du genre, lui commande un oratorio inĂ©dit. Le format de la partition, qui suit le poĂšme du cardinal Newman, nĂ©cessite un temps de prĂ©paration et de rĂ©pĂ©tition pour les musiciens, qui au moment de la crĂ©ation Ă  l’hĂŽtel de ville de Birmingham, ne donnent pas tout le potentiel de l’oeuvre : la qualitĂ© de Gerontius, dĂ©nommĂ©e cantate sacrĂ©e par Elgar, se dĂ©voilera aprĂšs la crĂ©ation de 1900. Par exemple dĂšs dĂ©cembre 1901 Ă  Dusseldorf sous la direction de Julius Buths, directeur du festival rhĂ©nan Niederrheinisches Musikfest, qui ne cache rien sa fascination pour l’oeuvre d’Elgar, et en traduit le livret en allemand pour assurer son adaptation en terres germaniques. Dusseldorf assoit le triomphe de Gerontius. AdulĂ©, honorĂ©, Elgar reçoit du festival de Birmingham, la commande des deux autres oratorios: The Apostles, en 1903, et The Kingdom, en 1906. Une troisiĂšme oeuvre The Last Judgement ne dĂ©passera pas le stade d’ébauche.

Un Parsifal britannique

En deux parties, Le Songe de Gerontius imagine d’abord l’ici-bas (premiĂšre partie), puis l’au-delĂ  (seconde partie). Ainsi le tĂ©nor, hĂ©ros central de l’épopĂ©e, perd son combat contre la mort ; puis entreprend le voyage dans l’au-delĂ , grĂące Ă  l’aide de l’ange (mezzo soprano). La basse requise, assure le personnage du prĂȘtre (premiĂšre partie) puis de l’ange de la mort (seconde partie). D’une curiositĂ© symphonique, Elgar cite Mahler, Strauss et bien sĂ»r, postromantisme oblige, surtout au passage du XXĂš, Richard Wagner. Celui de Parsifal surtout, entend et dĂ©couvert en 1892 Ă  Bayreuth.

La partie 2 s’émancipe du format arioso et rĂ©citatif avec orchestre, ample monologue accompagnĂ© oĂč le chant trĂšs exposĂ© du tĂ©nor exprime les inquiĂ©tudes et interrogations de l’ñme errante, inquiĂšte. Les Ă©lĂ©ments du discours comme les thĂšmes exprimĂ©s par le rĂ©citant acteur s’organisent de façon plus dramatique, comme une vaste scĂšne d’opĂ©ra, oĂč l’orchestre tisse l’étoffe d’un flux psychologique, suscitant peu Ă  peu le climat d’une lĂ©gende orchestrale et lyrique ; la voix du soliste, confrontĂ©e en situation avec le soprano ardent (charnelle et maternelle, parfois trop vibrĂ© de Catherine Wyn-Rogers dans le rĂŽle de l’ange) comme au choeur sardonique, voire glaçant, puis angĂ©lique et plus Ă©thĂ©rĂ© des choristes, laisse envisager une issue finale plus apaisĂ©e. Las, l’immense baryton Thomas Hampson n’est plus que l’ombre de lui-mĂȘme (voix usĂ©e, sans timbre et trop peu Ă©paisse).
Peu Ă  peu les horizons cĂ©lestes, promesse d’une Ă©ternitĂ© lumineuse et pacifiĂ©e se prĂ©cisent, apportant le rĂ©confort d’une Ăąme en quĂȘte d’apaisement.
Daniel Barenboim, dĂ©fenseur rĂ©cent d’Elgar, dontil tend Ă  faire l’Ă©gal sur le plan de la poĂ©tique orchestrale de Puccini et R. Strauss (ses contemporains et Ă©quivalents stylistiques), poursuit son Ă©tonnante exploration de l’orchestre elgarien, sachant gommer toute l’épaisseur et le grandiose pompeux d’un style souvent grandiloquent. Ses Symphonies 1 et 2, rĂ©cemment rĂ©alisĂ©es avec l’Orchestre de Dresde ont soulignĂ© la sensibilitĂ© d’un chef inspirĂ©, heureux d’allĂ©ger, de dĂ©tailler (noblesse ciselĂ©e des bois et des vents) sans perdre la construction d’ensemble. On adhĂšre. D’autant que les solistes surtout le tĂ©nor Andrew Staples (Gerontius) trouve une issue lumineuse et apaisĂ©e aprĂšs des tourments vertigineux, parfois bavards mais dont le chef restitue l’éclat parsifalien. Et ici contrairement Ă  Wagner et son poison insoluble, Gerontius Ă  force de tĂ©nacitĂ© volontaire et d’autodĂ©termination, vainc les accents sombres voire lugubre du fatum.

 

 

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CD, compte rendu critique. ELGAR : The Dream of Gerontius / Le songe de Gerontius (1900). Andrew Staples, Catherine Wyn-Rogers, Thomas Hampson. RIAS Kammerchor, Staatskapelle BERLIN. Daniel Barenboim, direction – 2016 – 1 cd DECCA 0 28948 31585

 

 

 

 

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