CD, compte rendu critique. BERLIOZ : Symphonie fantastique. Le Balcon (1 cd B-Records).

lavandier berlioz cd symphoniqe fantastique cd review cd critique classiquenews LE BALCON maxime pascal Cover_V2bWEBCD, compte rendu critique. BERLIOZ : Symphonie fantastique. Le Balcon (1 cd B-Records). Le coffret est déjà tout un concept. Dès leur genèse, Le Balcon et la formidable aventure du label B-Records, sont des acteurs majeurs d’une culture en pleine mutation. Plutôt connus pour leur exploration du répertoire lyrique et des superbes créations contemporaines, Le Balcon est un collectif qui réunit tous les acteurs musicaux, des ingénieurs de son au metteurs en scène en passant par des compositeurs, des musiciens et chanteurs: Le Balcon est une maison d’opéra à lui tout seul.

Le Balcon… une maison d’opéra à lui tout seul…
“#VISIONNAIRES” ou XIX-21

Répondant à une commande du Festival Berlioz de la Côte Saint-André, Maxime Pascal et Le Balcon répondent d’une manière plutôt inattendue en métamorphosant un des monuments de la musique symphonique universelle: La Symphonie Fantastique.

Pour répondre aux scepticisme et autres grincements de dents, le produit de ce défi de taille est digne de l’honnêteté artistique du Balcon, généreuse et empreinte de liberté. Toutes les qualités sont réunies pour rendre la Symphonie Fantastique à la jeunesse des temps présents.

L’adaptation incroyable d’Arthur Lavandier est un vrai manifeste de ce que la rencontre musicale de plusieurs influences peuvent apporter à une partition déjà pétrie d’une architecture colossale. S’attaquant aux cinq mouvements en jouant sur des sonorités, sur la transposition sur des instruments inattendus (synthétiseurs, guitare électrique, …) on est saisi encore plus par la modernité de Berlioz. C’est ainsi que le compositeur de 1830, devient en 2017 un de nous, en proie aux mêmes délires et préoccupations qui touchent nos affects. Avec cette adaptation riche, formidable d’équilibre et respectueuse des différents univers de la partition, Arthur Lavandier nous saisit avec une émotion renouvelée. L’on ressent, avec cette version, la force brutale des émotions que le public de 1830 ressentit à la création.

Parmi les moments sublimes de cet enregistrement nous pouvons citer le deuxième mouvement, où le bal fébrile et un peu mièvre de la version de 1830, se transforme dans une bacchanale parisienne des vendredis soir dans quelque bar sympa de Belleville, d’Oberkampf ou de “Répu”. On peut y entendre à la fois les salons confortables et bourgeois bien rangés et les “bands” aux accents de jazz, percussions et guitares électriques à l’appui. On y retrouve à la fois le calme de l’intérieur coquet des grands appartements cossus et l’énergie vive de l’extérieur. Une sorte de Rhapsody in blue mais avec une Tour Eiffel.

L’émerveillement continue avec le 4e mouvement, un des “tubes”. La Marche au supplice est le  zénith du romantisme torturé et tonitruant de Berlioz. Mais dans cette version, avec le concours de l’Académie de Musique de Rue “Tonton a Faim”, cette marche est une sorte de parade ragga, ce qui n’enlève rien au caractère dramatique et même effrayant de l’argument. Au contraire, le rythme est encore plus oppressant et même tourne à l’obsession. Avec les couleurs de la fanfare, la marche de l’artiste vers la guillotine se peuple de figures inquiétantes, comme un rituel mystérieux à l’issue fatale.

La cérémonie s’achève par Un Songe d’un Nuit du Sabbat plus vraie que nature. Désormais, grâce à JK Rowling l’on n’est plus effrayé par des sorcières volant sur des balais, contrairement aux années 1830. Cependant, cette version demeure inquiétante par l’introduction du clavier midi au moment où le diable apparaît au maléfice. Cet instrument donne une couleur semblable aux univers obscurs de la culture pop des années 1980, et aussi, pourquoi pas une couleur certaine des musiques transformées de l’Orange Mécanique de Stanley Kubrick.

Maxime Pascal et les Musiciens du Balcon abordent ce monument refleuri avec l’énergie qui lui sied. On y trouve à la fois la précision et l’équilibre. A aucun moment l’on sombre ni dans l’ennui, ni dans la bizarrerie. Les instruments sont tous intégrés et même les sonorités hors 1830 donnent l’impression d’avoir toujours joué cette partition. Nous saluons cette maîtrise musicale et l’enthousiasme de retrouver La Symphonie Fantastique dans toute sa jeunesse, sa vigueur et l’actualité que tout chef d’oeuvre intemporel porte en lui.

Nous souhaitons vivement entendre cette version des temps présents et futurs en concert. Nous attendons ainsi, la prochaine réalisation du Balcon et de B-Records, toujours un pas en avant pour nous offrir des surprenantes rencontres.

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CD, compte rendu critique. BERLIOZ : Symphonie fantastique. Le Balcon (1 cd B-Records).

HECTOR BERLIOZ (1803 – 1869)

SYMPHONIE FANTASTIQUE
libre adaptation pour orchestre de chambre d’ARTHUR LAVANDIER

LE BALCON & Académie de Musique de rue “Tonton a faim”
dir. Maxime Pascal

CD – BRecords (Florent Derex)

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LIRE aussi notre autre compte rendu critique du coffret CD BRecords / Florent Derex : Berlioz, Symphonie Fantastique par Le Balcon. Par Benjamin Ballifh, CLIC “audacieux” de CLASSIQUENEWS / septembre 2018

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