Compte rendu critique, Opéra. Paris, L’Athénée, le 11 décembre 2017. HAHN : L’ILE DU REVE. Olivier Dhénin / Julien Masmondet

HAHN reynaldo_hahn_2015_Compte rendu critique, Opéra. Paris, L’Athénée, le 11 décembre 2017. HAHN : L’ILE DU REVE. Olivier Dhénin / Julien Masmondet. La Polynésie, à sa simple évocation semble bien plus que ce paradis de carte postale et de réclame de tour operator. Immortalisée par Jacques Brel et Paul Gauguin, la magie des iles du Pacifique a bercé les rêves languissants du monde occidental. Malgré des débuts complexes avec le Supplément du Voyage de Bougainville de Diderot, la relation littéraire de la Polynésie et de la Métropole a vu le XIXème siècle, en quête d’exotisme, développer un fantasme étonnant.

“La fleur de Pomaré”

Le plus grand conteur des terres équinoxiales est Pierre Loti, né Louis-Marie Julien Viaud, il doit son nom de plume au surnom que lui donna une des dernières souveraines de Tahiti, Pomaré IV (1827-1877). Loti est une des plus belles fleurs de Tahiti, une de ces pétulantes floraisons qui jaillissent tels des bijoux au coeur des frondaisons.

Enrobé de poésie, avec des dorures incroyables, l’Ile du Rêve de Reynaldo Hahn a été composée pour l’Opéra Comique et demeure la première oeuvre lyrique de Hahn. C’est un ouvrage aux contrastes riches et au lyrisme particulièrement touchant, une sorte d’estampe précieuse. La musique du jeune Reynaldo Hahn se pare de couleurs, la partition est une redécouverte majeure dans la musique lyrique Française, non seulement par sa thématique mais par la maîtrise de Hahn de l’orfèvrerie narrative et des volutes passionnantes de sa créativité.

Le prodige de cette recréation est possible grâce à l’enthousiasme de Julien Masmondet. Ce chef, ancien assistant de Paavo Järvi à l’Orchestre de Paris, est un des plus passionnants artistes de sa génération. Maniant la baguette avec précision et énergie, il insuffle à l’orchestre contemplation et les plus vives couleurs de la palette orchestrale. De plus, il dirige le Festival “Musiques au Pays de Pierre Loti” dans le Rochefortais. Julien Masmondet est un directeur artistique courageux et n’hésite pas à offrir au public des raretés du répertoire Français. Son engagement pour la recréation est louable et c’est de cette énergie que devra se nourrir la culture pour survivre. Le retour de l’Ile du Rêve de Reynaldo Hahn est un exemple vivifiant d’un renouveau notable dans l’intérêt de ces musiques, totalement ignorées depuis près d’un siècle. Nous ne pouvons qu’encourager nos lectrices et lecteurs à courir à Rochefort pour les prochaines lueurs Lotiennes avec Julien Masmondet.

Ce spectacle est aussi un ravissement visuel. A la fois par ses couleurs et l’évocation toute en nuances et raffinement, la mise en scène d’Olivier Dhénin porte l’onirisme inhérent à la partition. Conjuguant des gestes simples et des figurations de la religion polynésienne, le rêve devient réalité, nous sommes transportés dans un autre monde et la musique est sublimée. Sans pêcher d’exagération, la mise en scène de l’Ile du Rêve surpasse de beaucoup les réalisations actuelles.

Servie par des chanteurs exceptionnels, la musique de Reynaldo Hahn se déploie tel un papillon formidable. Le fringant et fantastique Loti d’Enguerrand de Hys nous touche au plus profond avec une incarnation généreuse. Marion Tassou est l’héroïne Mahénu, touchante, vibrante de passion et d’une fragilité florale qui rappelle facilement le rôle de Lakmé. Eléonore Pancrazi a un des timbres les plus beaux de la distribution et sa voix toute en dramatisme nous évoque le drame humain de l’intrigue avec émotion. Safir Behloul et Ronan Debois sont des interprètes louables et aux voix bien calibrées.

Nous rêvons encore pendant les minutes de marche qui séparent cette salle mythique de l’Athénée. La contemplation du ciel de Paris nous fait chavirer tout de suite dans les contrées méridionales et tout en fredonnant les mélodieuses beautés de Reynaldo Hahn, l’on a tout à coup envie de vivre le destin de Julien Viaud, de Jacques Brel et de Paul Gauguin, de rêver des fleurs qui ne meurent jamais sous les tropiques.

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Compte rendu critique, Opéra. Paris, L’Athénée, le 11 décembre 2017. HAHN : L’ILE DU REVE. Olivier DHenin / Julien Masmondet.

Pierre Loti – Enguerrand de Hys – ténor
Mahénu – Marion Tassou – soprano
Téria/Oréna – Eleonore Pancrazi – mezzo-soprano
Tsen-Lee – Safir Behloul – ténor
Taïrapa – Ronan Debois  - ténor

Mise-en-scène : Olivier Dhénin

Orchestre du Festival Musiques au Pays de Pierre Loti
direction : Julien Masmondet

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