CD, CLIC “audacieux” de CLASSIQUENEWS. Arthur Lavandier : La Symphonie Fantastique d’après Berlioz (2013) – 1 cd Le Balcon

lavandier berlioz cd symphoniqe fantastique cd review cd critique classiquenews LE BALCON maxime pascal Cover_V2bWEBCD, CLIC “audacieux” de CLASSIQUENEWS. Arthur Lavandier : La Symphonie Fantastique d’après Berlioz (2013) – 1 cd Le Balcon. La Fantastique par le Balcon, collectif hors normes et toute liberté, dont classiquenews célèbre ici l’audace, car après tout il n’est pas facile de s’attaquer à un pilier du patrimoine musical français, surtout de réussir sa réécriture, sans trahir son esprit. C’est donc un CLIC “audacieux” ainsi décerner en septembre 2016 — Genre : Romantique experimental … Déjà transcripteur pour Prélude à l’après midi d’un faune de Debussy,  des Mirages de Fauré, de Shéhérazade de Rimsky…, l’arrangeur compositeur Arthur Lavandier (né en 1987) aborde l’intégralité de la Fantastique de Berlioz;  dramatiquement sobre, et d’une texture raffinée, sa version ici enregistrée par Le  Balcon en effectif chambriste, sait sculpter la matière incandescente de la partition révolutionnaire de 1830, tout en activant les champs de réflexion et de travail de l’ensemble dirigé par Maxime Pascal : l’instrumentation, la spatialisation, l’actualisation des oeuvres et des dispositifs de la performance… Comme souvent, le geste musical appliqué à l’orchestre tout entier, décloisonne les pratiques et “ose” investir l’ensemble entier de la salle du concert. Il faut avoir assisté à une performance du Balcon pour mesurer sa capacité mobile et spatiale.

 

 

Berlioz réorchestré

 

En vertu du fort dramatisme du texte qui structure la Symphonie originelle, ici chaque mouvement ou épisode poétique a son propre instrumentarium et dans une spatialisation particulière car le programme enregistré également donné en concert entend respecter la nature réformatrice du propos berliozien : c’est à dire réinventer la forme du concert et en soulignant la puissante théâtralité du jeu lui-même ; renouveler aussi un dispositif et des emplacements différents pour chaque séquence selon ses atmosphères.

La relecture qui en découle loin des restitutions organologiquement fouillées, historiquement informées, propose une relecture / réécriture complète du manuscrit qui gagne étrangement en vivacité nouvelle, soulignant la profonde modernité de l’oeuvre avec des brillances (timbres essentiellement) imprévues surprenantes mais non moins enivrantes : début du premier motif émergeant par le violon solo;  l’inespéré jaillit et fait tous les délices de la scène du bal où un orchestre jazzy swingué s’invite dans la valse romantique ainsi actualisée; avec la complicité des instrumentistes du Balcon, Lavandier joue constamment du décalage poétique et délirant inscrit dans les gènes de la partition : symphonie de visions irréelles, digressions multiples, glissements constant du réel vers l’étrange… N’oublions pas que la Fantastique est l’expression des songes et des rêves du poète sous l’effet de drogues : Berlioz amoureux transi de la belle actrice irlandaise Harriet Smithson lui écrit sans réponse pendant 3 ans ; pour faire son deuil, le compositeur écrit un cycle symphonique en cinq actes, où le désespéré, absorbe de l’opium, divague, rêve qu’il la tue …
Et il faut le second volet d’un diptyque orchestral, c’est à dire l’accomplissement du cycle final intitulé “Lelio ou le retour à la vie” (très rarement donné dans la continuité de la Fantastique), pour que le flux musical, dans le plan de Berlioz, réinvestisse le réel. Ainsi la Scène aux champs est d’une irréalité diaphane au caractère très juste. Tandis que la marche au supplice en sa fanfare mordante – avec batterie (un peu trop systématique selon nous) assène une ivresse martelée, finalement trop swinguée. Certes on a bien compris l’intervention du collectif Tonton a faim, invité partenaire du Balcon, comme élément imposé par la commande (ainsi intervenant dans les 2 dernières sections : l’écriture permet à des musiciens amateurs de jouer avec les instrumentistes classiques du Balcon).
En conclusion, tout l’imaginaire sonore d’Arthur Lavandier s’invite dans un grand festin délirant et orgiaque pour le Songe d’une nuit de sabbat à la fragmentation / implosion sardonique.
Impertinente, iconoclaste, intégrant les paramètres du concert moderne et les nécessités imposées par le festival commanditaire  (La Côte Saint-André, 2013), respectant donc à la lettre, les interventions des musiciens amateurs (prérequis de la dite commande), cette Fantastique revisitée, souligne en définitive la saveur toujours surprenante d’une oeuvre manifeste. Après l’écoute du Balcon l’oreille qui s’est ainsi laissée surprendre puis séduire, recherche dans sa continuité à réécouter un orchestre classique traditionnel  (version Markevitch fiévreuse électrisée par exemple) : l’approche du Balcon en sort gagnante car elle est porteuse d’une irrévérence propice aux imaginaires sonores, recréatrice de l’écoute ; c’est un geste musical qui reprend en compte l’idée du mouvement et de la théâtralité des instruments ; une conception qui réinvente la forme du concert (comme Berlioz à son époque), et tout à fait emblématique d’un collectif atypique dont l’espèce n’aurait pas été reniée par Berlioz lui même : expérimentale, comme lui. Surprenant, déroutant, rafraîchissant, convaincant. Vive l’audace !

 

 

CLIC_macaron_2014CD, CLIC “audacieux” de CLASSIQUENEWS. Arthur Lavandier : La Symphonie Fantastique d’après Berlioz (2013), arrangement pour ensemble de chambre sonorisé — pour mieux comprendre le concept spatialisé du projet, l’éditeur dans le coffret du cd, inclut aussi un lien pour télécharger la version binaurale, 3D sonore à écouter au casque (saisissante). 1 cd Le Balcon. Les plus convaincus par le geste du Balcon, interprète des univers d’Arthur Lavandier retrouveront compositeur et collectif instrumental à l’Opéra de Lille, où les 6, 8, 9 novembre 2016, ils présenteront un nouveau spectacle intitulé « Le Premier meurtre », en création

 

 

 

 

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