CD, coffret. Rachmaninov : the complete works, integrale (32 cd Decca)

decca-rachmaninov-the-complete-works-box-coffret-32-cd-ashkenazy-jarviCD, coffret. Rachmaninov : the complete works, integrale (32 cd Decca). Serge Rachmaninov (1873-1943) a longtemps souffert d’un surplus de pathos miĂšvre et sirupeux que bon nombre de ses interprĂštes au disque comme au concert semblent vouloir toujours et encore nous assĂ©ner… en toute mĂ©connaissance profonde de sa personnalitĂ© comme de sa sensibilitĂ©. Quand certains aiment souligner avec force effets de poignets au clavier ou Ă  la direction, ce romantisme classicisant, sentimental et outrageusement pathĂ©tique, d’autres comme Vladimir Ashkenazy ont cultivĂ©, comme pianiste et comme chef, une voie mĂ©diane, plus dĂ©licate, mais plus juste dĂ©fendant un Rachma, dĂ©finitivement et essentiellement pudique, Ă©lĂ©gant, d’une mesure suggestive, spĂ©cifiquement allusive (en rien dĂ©monstrative).

Tel peut-ĂȘtre l’enseignement de ce coffret somptueux et finalement rĂ©capitulatif qu’Ă©dite Decca, comme un hommage Ă  l’affinitĂ© de l’interprĂšte pour un compositeur qu’il a servi avec une indĂ©fectible Ă©nergie, dĂ©fendant avec la mĂȘme ardeur, l’Ă©clat lunaire, voire mĂ©lancolique et mĂȘme saturnien d’un compositeur russe aussi mĂ©connu que peuvent ĂȘtre mieux servis Ă  l’inverse, ses contemporains, les modernes Stravinsky et Prokofiev.

CLIC_macaron_2014Rachmaninoff_1906Les 32 cd de cette intĂ©grale impressionnante par sa cohĂ©rence artistique et sa grande unitĂ© esthĂ©tique offre une palette complĂšte, le legs d’une recherche interprĂ©tative qui dans le cas de Vladimir Ashkenazy remonte Ă  40 ans, les premiers enregistrements au piano datant du milieu des annĂ©es 1970 (1975 pour le premier cd : les 24 PrĂ©ludes, enregistrĂ©s entre 1974 et 1975) et les plus rĂ©cents remontant Ă  2012 (cd 8 comprenant Morceaux de salon opus 10, 3 Nocturnes, 4 PiĂšces opus 1). Aux cĂŽtĂ©s d’Ashkenazy, le coffret prĂ©sente Ă©galement des alternatives complĂ©mentaires fameuses : ainsi dans le CD3, les variations sur un thĂšme de Chopin par Jorge Bolet (1986), ou la Sonate n°1 en rĂ© mineur opus 28 par Alexis Weissenberg (1987), … Ă©galement entre autres, la complicitĂ© devenue lĂ©gendaire Ă  deux pianos d’Argerich et Freire dans la transcription des Danses Symphoniques opus 45 (2009). SimultanĂ©ment Ă  ses enregistrement des Ɠuvres pour piano seul (septembre 1974), Ashkenazy enregistre les mĂ©lodies avec Elisabeth Sodeström, soit un cycle de 3 cd Ă©blouissants, d’une profondeur et d’une sincĂ©ritĂ© intactes, rĂ©alisĂ©s jusqu’en 1980.

Mais les premiers enregistrements rĂ©alisĂ©s par Ashkenazy chez Decca concerne les Concertos pour piano mis en boĂźte dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1970 : ainsi le n°1 (1970) comme soliste avec le London Symphony Orchestra sous la direction d’AndrĂ© PrĂ©vin, puis l’annĂ©e suivante, en 1971, les n°2,3 et 4. Le coffret comprend aussi les versions originales des n°1 et 4 enregistrĂ©es par Ashkenazy chef d’orchestre (soliste : Alexander Ghindin) avec le Philharmonique d’Helsinki en mars 2001.

Les pages symphoniques suivent l’enregistrement des Concertos pour piano ; Ashkenazy enregistrant les Symphonies 1 et 3 dans les annĂ©es 1980. Et aussi la Symphonie Jeunesse de 1891 en 1983 avec le Concertgebouw Orchestra.  ComplĂ©tant le volet strictement symphonique, la Symphonie n°2 (opus 27) est ici celle dirigĂ©e par Edo de Waart, enregistrĂ©e dĂšs mai 1973. Parmi les fresques orchestrales, les plus rĂ©ussies citons les Danses Symphoniques opus 45 (1983), surtout les sublimes Cloches – Kolokola opus 35 d’aprĂšs Edgar Allan Poe (1984) enregistrĂ© avec le mĂȘme Concertgebouw Orchestra.

sergei-rachmaninov-russian-composer1Les 4 opĂ©ras de Rachmaninov. Les raretĂ©s du coffret concernent surtout les opĂ©ras de Rachmaninov, au symphonisme flamboyant dont on ne comprend pas bien pourquoi ils ne sont pas  plus souvent jouĂ©s car leur dramatisme intense y est souvent conjuguĂ© Ă  un dĂ©veloppement condensĂ©, trĂšs efficace ; ainsi : Aleko (1892, composĂ© par l’Ă©tudiant du Conservatoire de Moscou,  dĂ©jĂ  admirĂ© par Tchaikovski), Le chevalier ladre opus 24 (1904, inspirĂ© comme Aleko de Pouchkine) dont l’ouverture saisit immĂ©diatement par le sens de la couleur, le climat de malĂ©diction sombre auquel rĂ©pond des Ă©clairs scintillants d’espoir (c’est un huit clos entre un pĂšre fortunĂ© mais pingre et son fils)…, surtout l’exceptionnel Francesca da Rimini opus 25 (1905) sur le livret de Modeste Tchaikovski, aux poudroiements crĂ©pusculaires … les 3 ouvrages sont enregistrĂ©s de façon trĂšs convaincantes par Neeme JĂ€rvi Ă  l’Ă©tĂ© 1996. On comprend TchaĂŻkovski dĂ©couvrant Ă  Moscou le feu dramatique du jeune Rachma alors Ă©tudiant prĂ©coce de seulemnt 19 ans… S’il n’avait Ă©tĂ© sĂ©duit par d’autres formes, en particulier celles dĂ©rivĂ©es du piano dont il Ă©tait virtuose, Rachmaninov se rĂ©vĂšle passionnant dramaturge. L’opĂ©ra, plus dĂ©veloppĂ© dans son Ɠuvre, aurait probablement atteint le mĂȘme essor que celui de Piotr Illyitch… le compositeur sait en quelques mesures faire surgir le trĂ©fonds des Ăąmes Ă©prouvĂ©es, exprimer tous les enjeux dramatiques de la situation : n’Ă©coutez que le monologue du baron avare, si dur envers son fils Albert (l’introduction orchestrale Ă©gale La Dame de Pique de TchaĂŻkovski), longue tirade tourmentĂ© Ă  l’Ă©criture prĂ©cise et souterraine qui au dĂ©part Ă©tait destinĂ© Ă  l’immense Chaliapine… Rachmaninov s’y montre parfait assimilateur du Wagner de Bayreuth, un modĂšle qui lui inspire une orchestration riche et transparente. C’est pourquoi les 4 opĂ©ras ici regroupĂ©s sont de premiĂšre importance et d’un plaisir inouĂŻ. Le feu trĂšs articulĂ© de JĂ€rvi toujours soucieux de lisibilitĂ© y compris dans les scĂšnes avec choeur, se rĂ©vĂšle passionnant d’autant qu’il rĂ©unit une distribution luxueuse comptant entre autres : le lĂ©gendaire et passionnĂ© Sergei Larin dans le rĂŽle d’Albert fils du baron avare, l’incandescent et phĂ©nomĂ©nal Sergei Leiferkus, Maria Gulhina (leur duo dans la derniĂšre partie de Francesca est captivant-) … ; mĂȘme dĂ©couverte fructueuse avec Monna Vanna, scĂšne 1,2 3 de l’acte I (1907 : dans l’enregistrement rĂ©alisĂ© en 1991 par Igor Buketoff, direction qui en proposait alors Ă  la demande des descendants, la premiĂšre restitution du seul premier acte : en anglais, la distribution n’a pas l’assise ni l’unitĂ© dramatique des JĂ€rvi ; seul Sherrill Milnes en Guido convainc).

Les fleurons de la musique de chambre ne sont pas Ă©cartĂ©s (intĂ©grale oblige) : les 2 trios Ă©lĂ©giaques par le Beaux Arts Trio (1986) ni les Quatuors Ă  cordes n°1 et n°2 (Goldner string Quartet, 2009)… TrĂšs complet le coffret complĂšte l’apport d’Ashkenazy par la lecture d’autres interprĂštes tout autant convaincants, c’est le cas pour les Concertos pour piano de Sviastoslav Richter (n°2, 1959), Argerich / Chailly (n°3, 1982), Zoltan Kocsis (n°4, 1982). Mais rien ne vaut au final, l’Ă©coute du compositeur lui-mĂȘme grand pianiste cĂ©lĂ©brĂ© de son vivant, grĂące au cd32 qui rĂ©unit les fameux enregistrements de Rachmaninov conservĂ©s sur rouleaux Ampico et rĂ©alisĂ©s entre 1919 et 1929 : le compositeur y joue ses propres oeuvres (Morceaux de fantaisie opus 3, Etudes tableaux opus 39 n°4 et 6…) mais aussi plusieurs transcriptions de son cru d’aprĂšs Moussorgksi, Rimsky (le vol du bourdon), Kreisler… le dernier cd comprend un entretien audio avec Vladimir Ashkenazy Ă  propors du “vrai Rachamaninov” (en anglais).

CD, coffret. Rachmaninov : the complete works, integrale (32 cd Decca)

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