CD, coffret. Jonas Kaufmann : So great arias (4 cd Decca)

jonas_kaufmann_coffret so great ariasCD, coffret. Jonas Kaufmann : So great arias (4 cd Decca). Bête de scène (il l’a confirmé encore par ce chant irradié, félin, sauvage, idéalement dyonisiaque, dans la dernière production d’Ariane Auf Naxos – de surcroît dans sa version originelle de 1912, présentée en 2012 au festival de Salzbourg : un inoubliable événement s’il n’était la direction certes fluide mais désincarnée et peu subtil de Daniel Harding). Mais ce charisme tendu, viril, érotique qui passe dans le fil d’une voix animale demeure le plus grand apport sur la scène musicale et lyrique au carrefour des deux siècles. Decca réédite en un coffret incontournable la quintessence d’un  chant investi, affiné, subtil, celui  d’un immense interprète fin et intense, au timbre cuivré toujours époustouflant. Vérisme, wagnérisme, chambrisme aussi en diseur schubertien (de première classe pour les lieder récemment, mais aussi déjà audacieux pour l’une de ses premières apparitions sur scène dans Alfonso und Estrella, l’opéra oublié de Schubert et que l’Opéra de Zurich remontait avec justesse…). Sa franchise scénique, son autorité vocale, son éloquence nuancée qui en font un superbe Lohengrin, un étonnant Parsifal, embrasé, spirituel, fraternel et éloquemment là encore compatissant chez Wagner, et aussi évidemment, un étonnant Florestan pour le Fidelio de Beethoven.

CLIC D'OR macaron 200A Zurich, comme Bartoli, Jonas Kaufmann, en artisan, a pu colorer, et ciseler un chant filigrané jamais couvert par le chef : la fosse complice permet ici au chanteur d’articuler plutôt que  de projeter comme un porte voix : le caractère et l’intention plutôt que le volume à tout prix. La largeur et la richesse harmonique naturelle dans le registre médian feront de lui certainement comme Placido Domingo, après de nouveaux accomplissement en heldentenor, le grand baryton de demain. Mais pour l’heure sachez savourer ce talent délectable qui se dédie pour le moment aux grands rôles romantiques et véristes, de Verdi à Wagner et passant le temps d’un programme intitulé « verismo arias », par Zandonai, Cilea (Adriana Lecouvreur qu’il a chanté sur scène avec « La Georghiu »), Leoncavallo, surtout Arrigo Boito (superbe Mefistofele) et en particulier Giordano dans un non moins excellent et si ardent Andrea Chénier.

4 récitals Jonas Kaufmann : JK, le ténor divin

En 2014, Jonas Kaufmann, né munichois en 1969, a la quarantaine radieuse : son palmarès est remarquablement réalisé, dont l’intelligence des choix nous touche totalement. Pour se reposer de tant de prises de rôles en particulier verdiens (il nous annonce un prochain Otello étonnant, crépusculaire et furieusement shakespearien, déjà amorcé dans son album Sony classical intitulé sobrement mais intensément « Verdi Album »), le grand Jonas qui sait prendre le recul et le temps nécessaires, approfondit l’univers allusif, évocateur, murmuré du lied Schubertien avec le pianiste Helmut Deutsch (plusieurs albums sont également parus chez Sony classical).

Aujourd’hui passé de Decca / Universal à Sony classical, le divin ténor joue les oeillades plus légères sur le ton du crooner berlinois des années 1920 : détente, allègement dramatique, cure de dédramatisation lyrique vers la comédie légère non moins investie… on lui pardonne si c’est pour mieux revenir aux incarnations scéniques déjà attendues. Le disque vient de sortir à l’automne 2014 sous le titre : Du bist die Welt für mich (Tu es le monde pour moi / You mean the entire world to me) d’après Richard Tauber : une déclaration amoureuse personnelle ?

Kaufmann jonas cd sony du bist die weltPour revivre le grand frisson, voici donc en un coffret de 4 cd (avec pochettes d’origines et un livret notice réécrit commun aux quatre), l’incomparable, l’inégalable « JK » : Romantic arias (cd1, 2007) souligne combien son soleil à lui est noir, d’une incandescente finesse, comme a contrario, celui de Pavarotti était lumineux et étincelant… Chez Massenet : voici Werther et DesGrieux en force et en grâce, le suicidaire et fauve José (Carmen), et Faust chez Berlioz (invocation à la nature de La Damnation) ; puis en 2008 (cd2), un programme germanique (Mozart, Schubert, Beethoven, Wagner) en des hauteurs orfèvres grâce aussi à la direction scintillante transparente de Claudio Abbado et du Mahler chambre orchestra, entre autre pour son Siegmund de La Walkyrie réellement anthologique) ; virage en 2010 en italien avec « Verismo arias » (cd3), qui révèle et souligne l’intensité de l’acteur ; enfin  (cd4), figurant en couverture de son récital Wagner, tel un bad boy, inspiré par un sombre et romantique dessein, JK éblouit tout autant par un programme d’une cohérence absolue enchaînant des rôles taillés pour son métal humain, âpre, passionné ett toujours magnifiquement, supérieurement articulé : le Schwert monolog de La Walkyrie, Siegfried, Rienzi, Tannhaüser, Lohengrin et au sommet d’une musicalité tendre et enivrée, les 5 Wesendonck lieder, dont le dernier Traüme plonge dans les langueurs du poison émotionnel conçu par Wagner au delà de nos attentes. ne serait ce que par ces 4 disques là, le génie vocal du plus grand ténor actuel nous est révélé. Coffret lyrique indispensable.

CD, coffret. Jonas Kaufmann : So great arias (4 cd Decca)

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