CD. Coffret Ferenc Fricsay : complete recordings vol.1 : orchestral works (45 cd Deutsche Grammophon)

fricsay ferenc complete orchestral works deutsche grammophonCD. Coffret Ferenc Fricsay : complete recordings vol.1 : orchestral works (45 cd Deutsche Grammophon). En 1963 s’Ă©teint prĂ©maturĂ©ment le chef d’orchestre Ferenc Fricsay vĂ©ritable gĂ©nie de la direction que Furtwängler prĂ©fĂ©rait pour sa succession Ă  Karajan et Celibidache. A 49 ans fort heureusement le maestro, nĂ© en aoĂ»t 1914, avait laissĂ© un legs discographique colossal et suffisamment significatif pour mesurer son immense talent et aussi juger du discernement de la major qui l’avait tĂ´t reconnu et distinguĂ© : Deutsche Grammophon.  Un hĂ©ritage musical et esthĂ©tique inestimable dont la richesse et l’aboutissement composent toute la valeur de ce coffret de 45 cd,  somme superlative qui cĂ©lèbre comme c’est le cas de son contemporain Carlo Maria Giulini, son centenaire en 2014.

 

 

 

 

Ferenc Fricsay, génie des années 1950

 

 

ferenc fricsay chefLa famille Fricsay est très mĂ©lomane et compte avant Ferenc plusieurs musiciens professionnels ; son grand père est choriste et son père, Richard, chef respectĂ© d’un orchestre militaire en BohĂŞme. Inscrit dans la classe de composition du Conservatoire Liszt de Budapest, le jeune Ferenc peut recueillir l’enseignement des plus grands : Kodaly, Dohnanyi,  Bartok.  MaĂ®trisant la pratique de plusieurs instruments (violon,  clarinette,  trombone,  percussions. ..), le jeune musicien qui souhaite dĂ©jĂ  devenir un grand chef peut encore assister aux concerts des maestro alors renommĂ©s qui passent par Budapest : Furtwängler,  Mengelberg,  Walter et l’immense Erich Kleiber, -le père de Carlos. A 19 ans, Fricsay qui a dirigĂ© aux pieds levĂ©s l’orchestre paternel, Ă  l’occasion d’un court retard du père,  se voit projetĂ© chef de la Philharmonie militaire de Szeged : remarquĂ© et vite cĂ©lĂ©brĂ©,  le jeune homme voit le nombre des abonnĂ©s de l’orchestre passer de 200 Ă  2000 en seulement une saison. Sa carrière prend son envol surtout après la guerre : invitĂ© par le Philharmonique de Vienne dès 1946,  Ferenc Fricsay (32 ans) se voit nommĂ© assistant de Klemperer au festival de Salzbourg en 1947 pour la crĂ©ation de La mort de Danton de von Einem. Il devait Ă  sa demande diriger au moins 7 rĂ©pĂ©titions : il les pilotera toutes car Klemperer est tombĂ© malade. Dès lors, il approfondit son approchel en profondeur de chaque partition : s’immerger, multiplier les rĂ©pĂ©titions et les sĂ©ances de travail pour saisir et exprimer  l’essence de l’oeuvre selon le voeu manifeste ou secret du compositeur. Une gageure, une vocation dont Fricsay relève le dĂ©fi. De retour Ă  Salzbourg en 1948, il assure la crĂ©ation de 2 nouveaux opĂ©ras, confirmant le très grand chef lyrique en devenir : Le Vin herbĂ© de Frank Martin et Antigone de Carl Orff.

CLIC_macaron_2014Puis c’est un Don Carlo de Verdi avec Dietrich Fischer Dieskau à Berlin en 1948 toujours qui reste dans toutes les mémoires. Il prend les rênes du Symphonique RIAS (Rundfunk in Amerikanischen Sektor, rebaptisé en 1954 : Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin) à l’époque de la guerre froide, exploitant les personnalités instrumentales engagées, venant de l’orchestre de la Staatskapelle ou du Staatsoper… phalanges qui ne tardent pas à passer dans le secteur de la futur RDA. D’emblée, s’appuyant sur des professionnels affûtés et subtils, connaissant le répertoire romantique germanique comme leurs poches, Ferenc Fricsay peut affiner sa propre conception de la sonorité orchestral : lisibilité et transparence, vivacité et élocution, surtout naturel et plasticité poétique. Deutsche Grammophon signe très tôt un contrat d’enregistrement exclusif, identifiant chez Fricsay, une sensibilité étonnante qui relit toutes les œuvres abordées comme s’il s’agissait de les créer …  Ainsi se constitue une discographie exemplaire, en majorité réalisée à Berlin, avec l’Orchestre RIAS et avec le Philharmonique de Berlin : soit les années 1950, une décennie miraculeuse où un visionnaire régénère l’approche de tout le répertoire symphonique du grand XIXè romantique et du XXè dont ses lectures inégalées de Bartok… qui annoncent et souvent surclasse un autre hongrois, Solti (lui aussi distinct par son élégance articulée, sa frénésie subtile et féline). Les Haydn et les Beethoven de Fricsay surpennent par leur fraîcheur recouvrée ; mais le mélomane comme l’amateur, épris de saveurs symphoniques, retrouve ici ses deux compositeurs de prédilection, Mozart et Bartok (comme aussi en un certain point, Solti). De Mozart, les dernières Symphonies (40 et 41 de 1961 : véritable testament esthétique, entre gravité tragique et tendresse fraternelle), les Concertos pour pianos 19, 20 et 27 avec Clara Haskil s’imposent évidemment (1955-1957) ; de Bartok (un monde pour lui fraternel, d’une évidence intime : Fricsay possédait la partition du Château de Barbe-Bleue),  4cd indiquent une passion viscérale à la clarté poétique organique confondante : les Concertos pour piano 1-3 (avec Geza Anda), le Concerto pour orchestre, Musique pour cordes, percussion et célesta dévoilent l’alchimiste, magicien des alliages de timbres, des architectures scintillantes et profondes. Maître de la pulsion et orfèvre en rythme, Fricsay éblouit aussi chez Stravinsky (Le Sacre, Pétrouchka, 1953-1954) ; et le lettré raffiné et savant sait aussi épaissir le trait tragique et hautement dramatique avec Tchaikovsky dont il livre les Symphonies  4 (1952), 5 (1949) et 6  (1952 et 1959 : avec les deux orchestres berlinois : symphonique radiophonique et Philharmonique respectivement, d’un égal engagement tous deux) : un souffle magistral.

fricsay ferenc1954, soit à peu près 10 ans avant sa disparition, Fricsay quitte le RIAS, passe par Houston, Munich, puis revient à Berlin en 1959… pour les 4 dernières années de sa vie : une dernière période où la vivacité se mue en profondeur d’une humanité déchirante ; malade, amoindri, Fricsay se sentant proche de la mort, comme Claudio Abbado dans les années 2000, et jusqu’à sa mort, étonne et saisit par sa direction sans baguette, à fleur de poésie, sur la crête du souffle, dévoilant l’invisible de la musique, exprimant l’imperceptible… un passeur entre les deux mondes. En 1959, la technique stéréo revivifie un marché du disque déja flamboyant ; ses relectures propres au début des années 1960 frappent par leur profondeur nouvelle : un questionnement fondamental qui creuse chaque mouvement : ici, concernés par une direction transfigurée : la 41ème Jupiter de Mozart de 1961, Ma Vlast  Moldau de Smetana (1960) dont le dernier cd (45) délivre le message lors du concert et aussi grâce à la répétition enregistrée (et filmée simultanément : le film d’archive comme sa bande son sont particulièrement instructifs sur le mode opératoire du chef, sa relation aux musiciens, sa passion pour la compréhension et l’interprétation de la partition (alors qu’il souffre personnellement beaucoup à cause de sa maladie). 35 cd à écouter et réécouter…  Coffret événement.

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