CD coffret, compte rendu critique. THE MONO ERA (51 cd édition limitée Deutsche Grammophon)

deutsche grammophon mono era coffret box announce compte rendu critique review classiquenews the mono era 1948 - 1957CD coffret, compte rendu critique. THE MONO ERA (51 cd Ă©dition limitĂ©e Deutsche Grammophon). DĂ©buts monographiques. C’est un peu Deutsche Grammophon avant Deutsche Grammophon… A l’Ă©poque oĂč la prestigieuse marque jaune lance ses premiers microsillons (33 tours vinyles), au dĂ©but des annĂ©es 1950, la pĂ©riode est Ă  l’Ă©dification de son catalogue : dĂ©velopper une offre riche et diversifiĂ©e, en prenant en compte les diffĂ©rents profils artistiques approchĂ©s et fidĂ©lisĂ©s. Le marketing comme actuellement n’est pas aussi dĂ©veloppĂ© mais l’intuition des responsables du label impose une exigence dĂšs les origines. C’est l’enjeu de ce coffret en 51 cd en Ă©dition limitĂ©e qui publiĂ© sous le titre de “L’ERE MONO” (The mono era) regroupe quelques uns des enregistrements d’alors, les plus significatifs de cette Ăšre originelle, soit juste aprĂšs la guerre, entre 1948 et 1957. Surfant sur la nouvelle avancĂ©e technologique de l’enregistrement (microsillons), le label impose peu Ă  peu ses tulipes stylisĂ©es (Ă  partir de 1949), comme sa couleur solaire (mais sous la forme d’une large rayure verticale jaune centrĂ©e sur la couverture, avant qu’elle ne soit ensuite placĂ©e en haut et horizontalement). Le coffret Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon donne une indication des choix artistiques Ă  la fin des annĂ©es 1940.

DG aprĂšs guerre : premiers monos (1948-1957)

Avant la guerre, Polydor avait affirmĂ© avec austĂ©ritĂ© ses bandes publiĂ©es en 78 tours (Ă  partir de 1949). AprĂšs la guerre DGG, Deutsche Grammphon Gesellschaft, impose son ambition de qualitĂ©, en jaune, dĂ©diĂ©e surtout au piano, aux programmes symphoniques, (rĂ©vĂ©lant dĂ©jĂ  l’excellence des orchestres internationaux), mais aussi Ă  la musique de chambre et Ă  l’opĂ©ra, sans omettre l’Ă©criture chorale. ParallĂšlement Ă  la musique ancienne (surtout prĂ©romantique), Ă©ditĂ© par le label Archiv Produktion (tout en argent dĂšs 1947), le “grand rĂ©pertoire” (dont les contes parlĂ©s) est confiĂ© Ă  DGG et sa parure jaune, dĂšs 1946. Pionnier, le Quatuor Amadeus fait paraĂźtre dĂšs 1949, le Quatuor en sol majeur de Schubert en trois 78 tours… mais les premiers albums microsillons sortent vĂ©ritablement en 1951 avec leur couverture arborant une large bande vertical jaune d’oĂč se dĂ©tache la marque couronnĂ©e de son bouquet de tulipes stylisĂ©es – 23 tulipes banches au total- ; ainsi les Amadeus pour le nouveau support enfin commercialisĂ©, rĂ©enregistrent l’Ɠuvre D887 en 1951 (cd1), auparavant les membres du Quatuor Koeckert enregistrent le Quatuor amĂ©ricain de Dvorak opus 96 dĂšs novembre 1950 Ă  Hanovre (cd 28)… Et l’un des premiers enregistrements fondateurs de DGG reste Tsar et charpentier d’Albert Lortzing de septembre et octobre 1952 (Orchestre de Stuttgart dirigĂ© par Ferdinand Leitner), ici Ă©ditĂ© en premiĂšre mondiale (cd 22 et 23, solide distribution, direction fluide et vivante de Leitner). En 1953 sort le premier 45 tours, idĂ©al pour les rĂ©citals lyriques ou les Ɠuvres plus courtes. Tout cela dynamise un marchĂ© naissant et florissant oĂč aprĂšs la guerre, tout est Ă  reconstruire.

deutsche grammophon coffret box the mono era 51 cd review announce compte rendu critique classiquenewsUn rĂ©seau d’artistes et d’interprĂštes participent alors Ă  l’Ă©dification du premier catalogue DGG : les orchestres germaniques Ă©videmment ; Bamberg juste composĂ© en 1946, Berlin, Stuttgart, surtout le nouvel orchestre de la Radio Bavaroise d’Eugen Jochum, crĂ©Ă© en 1949 et dont tĂ©moignent les cd 20 et 21 (Symphonies de Mozart et Beethoven, de 1951-1955 : frappantes par leur Ă©nergie, mais la grĂące fluide subtile d’un Krips en moins – Te Deum de Bruckner en 1950 ; DGG enregistre aussi la Philharmonie TchĂšque et ici Karel Ancerl, passĂ©s Ă  l’Ouest (entre autres, dans un Chostakovitch Ăąpre, brĂ»lĂ© – Symphonie n°10 opus 93 de 1956)… En 1952, la productrice Elsa Schiller rĂšgne sans partage imposant une direction clairement structurĂ©e oĂč pĂšsent les figures des pianistes (elle-mĂȘme jouait du clavier), tels que Kempff (ayant pactisĂ© avec les nazis, et artistes dĂ©jĂ  ancien), Elly Ney, Conrad Hansen, les polonais Stefan Askenaze, Halina Czerny-Stefanska, le volubile Shura Cherkassky (Concertos de Tchaikovski, cd5, 1952-1957), Monique Haas, Clara Haskil, Adrian Aeschbacher, et surtout Sviastoslav Richter, Ă©lectrique / cinglant, percussif (dĂ©buts discographiques avec son rĂ©cital Schumann : Waldszenen opus 82 et extraits de FantasiestĂŒcke opus 12, de 1957).

CLIC_macaron_2014L’IDEAL en MONO. La prise mono de DGG est assurĂ©e par un micro situĂ© 3m au dessus de la tĂȘte du chef, plus un 2Ăšme micro pour capter l’espace de la salle. Cette esthĂ©tique peaufinĂ©e, fixĂ©e dans le courant des annĂ©es 1950 et autoproclamĂ©e “parfaite”, entre “art et technologie” dĂ©fendue par la DGG est parfaitement incarnĂ©e par le geste efficace du chef Ferdinand Leitner, artisan d’une solide vitalitĂ© dans l’opĂ©ra de Lortzing dĂ©jĂ  citĂ© et les Symphonies RhĂ©nane de Schumann et Ecossaise de Mendelssohn (cd 31, de 1954 et 1955). Un standard typique de l’Ă©poque. MĂȘme Ă©quilibre convaincant dans les Symphonies La Grande D 944 de Schubert et n°88 de Haydn enregistrĂ©es par Wilhelm Furtwangler Ă  Berlin en dĂ©cembre 1951 (et le Berliner Philharmoniker) : d’un souffle tout olympien, Ă  la fois puissant et profond, d’une urgence grandiose unique.

Surprises et dĂ©couvertes pour beaucoup, les lectures symphoniques suivantes, autres arguments du prĂ©sent coffret inestimable : 2Ăšme de Brahms et Variations et Fugue d’aprĂšs Mozart de Reger par le chef Karl Boehm (Berliner Philharmoniker, cd4) ; Les (autres) Variations de Reger d’aprĂšs Hiller par le chef Paul Van Kempen (cd25) ; les dĂ©buts du jeune Lorin Maazel, de mars Ă  juin 1957, dans un programme intense et dramatique, d’une furieuse vitalitĂ© quasi fĂ©line et enivrĂ©e (Berlioz), entiĂšrement dĂ©diĂ© au mythe des amants tragiques RomĂ©o et Juliette : Berlioz, Tchaikovsky, Prokofiev (Berliner Philharmoniker, cd 34) ; Paul Hindemith par lui-mĂȘme, le chef jouant le compositeur dans le cd17 : Symphonie Mathis le peintre, Les Quatre tempĂ©raments, Symphonie MĂ©tamorphoses d’aprĂšs Weber (Berliner Philharmoniker, ).


fricsay ferenc deutsche grammophon classiquenews review critique cd ferenc_fricsay2-max_jacoby_dgFleurons du coffret
: les prĂ©sence du baryton Dietrich Fisher Dieskau, timbre de miel (lieder de Wolf, Brahms, Schumann, dĂ©buts discographiques de, respectivement 1951, 1954 et 1957), et du chef Ferenc Fricsay, tous deux signĂ©s en 1949 par la DGG. La verve et l’Ă©loquence ciselĂ©e, finement habitĂ©e de Fricsay captivent dans les cd 10 (facĂ©tieux, pĂ©tillant Rossini de La boutique fantasque puis la sensuelle Scheherazade de Rimsky, deux enregistrements Ă  Berlin de 1955 et 1957) et cd 11 (fameux Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© avec Rita Streich de 1951 avec le Berliner Philharmoniker)…

markevitch deutsche grammophon creation hadyn oratorio deutsche grammophon review cd critique classiquenews Igor-Markevitch.Majeure aussi Ă  notre avis, – et Ă©ditĂ©e en premiĂšre mondiale ici : La CrĂ©ation de Haydn dirigĂ©e par Igor Markevitch avec le Berliner Philharmoniker et Irmgard Seefried (Eve; Gabriel, et ses deux partenaires ne sont pas si mal : la basse Kim Borg en Adam / Raphael ; le tĂ©nor Richard Holm en Uriel – CD 37 et 38), enregistrĂ©e Ă  Berlin, Ă©glise JĂ©sus Christ en mai 1955 : travail en finesse et trĂšs imaginatif du chef, exploitant toutes les ressources de l’orchestre, dans un son presque spatialisĂ© et pour du mono, rĂ©ellement impressionnant : soit une prise Ă  la mesure du sujet… Ă©pique / cosmique. Tout le trait vif, acĂ©rĂ© du pĂ©nĂ©trant Markevitch s’Ă©coute ici avec un sens du drame franc, direct mais subtil.

Autres arguments du coffrets : la 2Ăšme de Rachmaninov par l’assistant du mythique Mravinsky, Kurt Sanderling (cd45, Philharmonique de Leningrad, 1956)

streich-rita-soprano-deutsche-grammophon-soprano-review-critique-cd-classiquenews-the-mono-era-classiquenews-CLIC-de-classiquenewsLa musique française et les interprĂštes français sont prĂ©sents en ces annĂ©es de guerre froide : Ă©coutez le pĂ©tulant Markevitch avec l’Orchestre Lamoureux dans la Symphonie Haffner de Mozart (cd36); surtout le Quatuor Lowenguth (Alfred Lowenguth, premier violon), dans un rĂ©cital exclusivement romantique français, ici publiĂ© en premiĂšre mondiale (Quatuors exceptionnellement ciselĂ©s de Debussy, Ravel de 1953, et surtout Albert Roussel, enregistrĂ© dĂšs 1950).

stader maria deutsche grammophon the mono era review critique cd classiquenewsLes chanteurs et l’opĂ©ra ne sont pas omis dans cette Ă©vocation historique : prises dĂ©sormais lĂ©gendaires, celles de la soprano Maria Stader (CD46) dans Mozart (Exsultate jubilate, voix angĂ©lique, finement nasalisĂ©e comme le fut aussi une Schwarzkopf, avec suffisamment de fragilitĂ© pour vibrer avec justesse, – un angĂ©lisme que sa Konstanz de l’EnlĂšvement au sĂ©rail colore d’accents plus fiĂšvreux et dramatiques, Ăąme juste et pure, sous la direction de Ferenc Fricsay et son orchestre RIAS Orchester Berlin, en janvier et mai 1954) ; le rĂ©cital lyrique et symphonique de la lumineuse et stratosphĂ©rique Rita Streich (cd47) (Mozart, Rossini, Donizetti, Weber, Verdi… compilation de prises diverses rĂ©alisĂ©es entre 1953 et 1958 ; ce sont aussi, les (immenses et lĂ©gendaires) chanteurs wagnĂ©riens en 1954 et 1955 : Astrid Varnay (BrĂŒnnhilde) et le tĂ©nor incandescent Wolfgang Windgassen (Siegmund, Siegfried), orchestre de la Radio Bavaroise (cd48) ; on retrouve le fabuleux tĂ©nor, timbre intense et fin, musicalement idĂ©al, d’un hĂ©roĂŻsme acĂ©rĂ© dans un album Wagner (cd49), rĂ©sumant son Ă©clatante carriĂšre ici windgassen tenor wagner Wolfgang Windgassen 1914-1974 deutsche grammophon the mono era critique cd review classiquenewsentre 1953 et 1956 (Rienzi, Tristan, Siegfried, Parsifal, Lohengrin, TannhaĂŒser, Walther des MaĂźtres Chanteurs : une leçon d’ardente finesse oĂč le chant wagnĂ©rien Ă©tait thĂ©Ăątre et phrasĂ©s avant d’ĂȘtre (comme trop souvent aujourd’hui), projection hurlante. La direction affĂ»tĂ©e et sans lourdeur de Ferdinand Leitner (avec les Symphoniques de Bamberg et de MĂŒnich) ajoute aussi Ă  ce somptueux accomplissement que tous les wagnĂ©ristes autoproclamĂ©s devraient Ă©couter et rĂ©Ă©couter : Wunderlich par son style racĂ©, cet hĂ©roisme acĂ©rĂ©, vif argent est un helden tĂ©nor wagnĂ©rien de premier intĂ©rĂȘt. Inoubliable prĂ©sence de l’acteur (son Tristan de 1953 est Ă  ce titre stupĂ©fiant)… qui fait regretter la durĂ©e trop chiche de chaque sĂ©quence : le travail sur la gradation dramatique et psychologique de chaque personnage aurait mĂ©ritĂ© des pistes plus longues, plus respectueuses d’une incarnation millimĂ©trĂ©e.

BĂ©mol : mĂąte et tendue, la sonoritĂ© Ăąpre ne rend pas rĂ©ellement service aux prises de Hans Rosbaud dirigeant le Berliner Philharmoniker (Concertos pour violon de Mozart avec en soliste Wolfgang Schneiderhan, en 1956) ; ses Haydn (Symphonies Oxford et Londres, cd44 en 1957 sont plus intĂ©ressantes : autour du Viennois, l’orchestre travaille un son, une transparence plus ambivalente (l’humour et l’Ă©lĂ©gance). Fischer-Dieskau, Fricsay, Markevitch, le jeune Maazel, Stader, Streich et Wunderlich, le son des orchestres allemands d’aprĂšs guerre… tout cela constitue un premier hĂ©ritage unique voire exceptionnel, et mĂȘme en prise mono, parfaitement audibles, voire dĂ©taillĂ©s et d’une indiscutable prĂ©sence Ă  l’Ă©coute. Coffret Ă©vĂ©nement, CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier et mars 2016.

CD coffret, compte rendu critique. THE MONO ERA (51 cd Ă©dition limitĂ©e Deutsche Grammophon). CLIC de CLASSIQUENEWS.COM de fĂ©vrier et mars 2016. Illustrations : Ferenc Fricsay, Igor Markevitch, Rita Streich, Maria Stader et Wolfgang Windgassen ‘DR)

 

CD, compte rendu critique. Coffret Ă©vĂ©nement : Ferenc Fricsay, Complete recordings on Deutsche Grammophon. Vol. 2 : Operas, choral works. 37 cd Deutsche Grammophon. CLIC de classiquenews.com d’aoĂ»t 2015

fricsay ferenc complete recordings on deutsche grammophon volume 2 operas, choral works, review compte rendu critique annonce classiquenews, coffret cd CLIC de classiquenews aoĂ»t 2015 4794641CD, compte rendu critique. Coffret Ă©vĂ©nement : Ferenc Fricsay, Complete recordings on Deutsche Grammophon. Vol. 2 : Operas, choral works. 37 cd Deutsche Grammophon. CLIC de classiquenews.com d’aoĂ»t 2015. Le prĂ©sent coffret dĂ©voile les coulisses et l’hĂ©ritage d’un gĂ©ant hongrois devenu artisan majeur de la “forge berlinoise”, expert du mĂ©tier lyrique et choral, nĂ© Ă  Budapest en 1914, qui au lendemain de la guerre, capable de remplacer et Klemperer (La Mort de Danton de Gottfried von Einem Ă  Salbourg Ă©tĂ© 1947), et aussi Jochum Ă  la tĂȘte du Philharmonique de Berlin, s’impose par sa capacitĂ© de travail hors norme (comme Karajan), une conscience architecturĂ©e spectaculaire, capable de diriger les plus grands plateaux mais en prĂ©servant toujours la tension, la clartĂ©, l’Ă©loquence du drame humain.

Idole Ă  Salzbourg, Ferenc Fricsay diirge l’OpĂ©ra de Munich (dĂšs 1956), s’impliquant sans compter au risque de la rupture physique (en novembre 1958, premiĂšre attaque du cancer qui allait le ronger inexorablement). Puis c’est le Stadtische Oper de Berlin qui lui ouvre les portes comme directeur musical en avril 1960 : Ferenc Fricsay devait s’Ă©teindre trois annĂ©es plus tard en fĂ©vrier 1963. Mais auparavant que d’accomplissements rĂ©alisĂ©s.

CLIC D'OR macaron 200VoilĂ  qui montre un parcours marquĂ© par le travail, l’exigence, une pensĂ©e esthĂ©tique surtout d’une inflexible maturitĂ©, s’appuyant sur la connaissance experte des oeuvres et des partitions abordĂ©es. Le chef impressionne par son sens du dĂ©tail, la clartĂ© de ses conceptions d’ensemble, des trouvailles instruments/ voix, qui en une association harmonieuse et Ă©quilibrĂ©e rĂ©alisent l’accord toujours recherchĂ©, trop peu atteint chez ses autres confrĂšres, entre voix et orchestre. La profondeur, des tempi larges, profonds, ralentis, un sens de la phrase musicale qui suit surtout la respiration et l’acuitĂ© naturelle du texte s’affirment ainsi de gravures en gravures. Son rĂ©pertoire est large : Bartok (chantĂ© en allemand), Verdi, Beethoven, surtout Mozart (un legs phĂ©nomĂ©nal) et quelques essais isolĂ©s mais d’une justesse poĂ©tique stupĂ©fiante : Stravinsky (Oedipus Rex), Wagner (Le Vaisseau FantĂŽme), Gluck (OrphĂ©e, chantĂ© en allemand), … Ne parlons que de nos coups de cƓur au sein d’un coffret exceptionnellement captivant.

CD 37. Il est un artiste avec lequel Fricsay s’est montrĂ© d’une amoureuse complicitĂ© : le baryton Dietrich Fischer Dieskau : le chef lui rĂ©serve de superbes rĂŽles ; il enregistre aussi en 1951 et 1961, nombre de scĂšnes lyriques extraites de divers opĂ©ras : leur Falstaff de 1951, ample scĂšne de plus de 17 mn reste mĂ©morable par l’instinct stylĂ© du diseur comme l’imagination orchestrale du maestro qui veille Ă  la clartĂ© colorĂ© du discours… Mais leur profonde comprĂ©hension de la psychologie s’affirme davantage encore dans l’air de Zurga des PĂȘcheurs de Perles de Bizet dont on reste frappĂ©s par la puretĂ© des phrasĂ©s et sa rĂ©sonance orchestrale. Ses Verdi ont la juvĂ©nilitĂ© ardente et lumineuse de Toscanini : une source Ă  laquelle Abbado plus tard saura s’abreuver (scĂšne de Don Carlo dans La Forza del destino)… c’est peu dire que le souffle seul de l’acteur, exceptionnellement articulĂ©, conduit le drame grĂące Ă  un chef qui s’ingĂ©nie Ă  le porter, l’accompagner, sublimer le relief de son texte. Dietrich Fischer Dieskau a bien parlĂ© de l’Ă©volution du maestro : acuitĂ© des contrastes ciselĂ©s mordants au dĂ©but puis contours tendres et amoureux justement dans les annĂ©es 1950 et 1960. Ce cd 37 est un modĂšle d’Ă©lĂ©gance et de sensibilitĂ© et le français, comme l’italien du baryton mythique est stupĂ©fiant de sobriĂ©tĂ© et d’intĂ©rioritĂ©. VoilĂ  l’un des apports les plus saisissants du chef trop tĂŽt fauchĂ© en 1963 Ă  48 ans.

Le directeur gĂ©nĂ©ral de la musique de l’OpĂ©ra d’Etat de Berlin (StĂ€dtische Oper de Berlin) depuis 1960 engage un Ăąge d’or lyrique offrant toujours Ă  son baryton vedette de nombreuses prises de rĂŽles dont le coffret tĂ©moigne ici : Papageno (1955) ; OrphĂ©e de Gluck (chantĂ© en allemand en 1956) ; surtout Don Giovanni de 1958 ; Le Comte Almaviva des Noces de Figaro en 1960…

Fricsay, une passion lyrique

CD 13 Ă  26. Mozart : une source jaillissante intarissable. Ce sont les Mozart qui occupent le centre nĂ©vralgique d’une gĂ©ographie Ă©motionnelle et esthĂ©tique d’un immense pouvoir d’attraction. Fricsay Ă  Salzbourg comme Ă  Berlin, s’y dĂ©voile d’une finesse exemplaire, Ă©lĂ©gante et profonde, subtile et dramatique. Un Ă©quilibre d’une sĂ©duction immĂ©diate et qui se rĂ©vĂšle d’Ă©coute en Ă©coute, d’une justesse parfois plus grande que Boehm.

Nos prĂ©fĂ©rĂ©s sont Don Giovanni, Les Noces : deux sommets du geste Fricsay, de surcroĂźt sublimĂ©s par la prise aĂ©rĂ©e en stĂ©rĂ©o : le duo, complice jusqu’Ă  l’acharnement Dieskau / Kohn en Giovanni / Leporello, celui tragique composĂ© par Anna et Ottavio (Sena Jurinac et Ernst Haefliger) atteint le sublime : entre eux quelle science de la caractĂ©risation grĂące au geste particuliĂšrement ductile et fin, mystĂ©rieux et cristallin d’un Fricsay idĂ©alement Ă©quilibrĂ©, articulĂ©, dramatique (pilotant les instrumentistes du RSO Berlin, d’un gant de fer); sans omettre non plus, La FlĂ»te…, Idomeneo et l’EnlĂšvement au sĂ©rail. On rĂȘve de ce qu’aurait pu donner Cosi (hĂ©las absent du catalogue, le maestro Ă©tant mort avant d’avoir pour rĂ©aliser son projet de trilogie Da Ponte Ă  Berlin). Comme accusant encore l’affinitĂ© du chef avec la subtilitĂ© mozartienne, l’Idomeneo, live de Salzbourg fin juillet 1961 (CD22-23), exceptionnel par la ciselure Ă©motionnelle de chaque protagoniste Ă  une Ă©poque oĂč les seria du jeune Wolfgang n’intĂ©ressaient personne : Pilar Lorengar, Ernst Haefliger, Elisabeth GrĂŒmmer, Waldemar Kmentt incarnent avec une sincĂ©ritĂ© palpitante respectivement Ilia (vrai personnage principal), Idamante, Elettra, Idomeneo… Une gravure qui fait le prestige et l’excellence mozartienne de Salzbourg,avant que Harnoncourt et ses Viennois dĂ©poussiĂ©rant ne viennent rĂ©volutionner l’approche de l’ouvrage, l’un des plus passionnants de Mozart.

Une autre perle doit aussi ĂȘtre soulignĂ©e : l’exceptionnel Oedipus Rex de Stravinsky (CD 30), travail de ciselure instrumental encore, avec le passionnant Ernst Haefliger, un autre pilier de la sonoritĂ© dramatique Fricsay (1960).

Le Vaisseau FantĂŽme (mono berlinois de novembre 1952, CD 34-35) s’impose tout autant par l’Ă©nergie printaniĂšre (toscaninienne) de l’orchestre : une vision trĂšs sĂ»re, et structurĂ©e sur laquelle glissent littĂ©ralement le parlĂ©/chantĂ© des solistes, dont le sens du verbe et l’articulation du texte (y compris pour l’excellent choeur) font merveille : la Senta solide et incisive, vrai cƓur ardent d’un romantisme embrasĂ© et si proche du texte de Annelies Kupper est Ă©poustouflante. Outre la tenue des aures solistes dont l’Erik d’Ernst Haefliger, le Höllander de Josef Metternich, la direction vive et percutante, la maĂźtrise des masses (choeurs et solistes) dĂ©voilent lĂ  encore la sensibilitĂ© du maestro.

Cependant que Les Saisons de Haydn (deux versions ici prĂ©sentĂ©es : CD 7-8 / CD 9-10) sĂ©duisent immanquablement par la profondeur des couleurs orchestrales que le chef sait y apporter, toute la science du narrateur, de l’architecte spatial au service d’une Ă©vocation pastorale de plus spirituelle (introduction schubertienne de l’Hiver) s’affirme avec une dĂ©licatesse et une respiration intĂ©rieure des plus captivantes. Le choix des solistes fait aussi toute la valeur des deux lectures de plus en plus investies et introspectives d’un Fricsay, sĂ©duit autant par l’Ă©clat suave que le chant sombre et intĂ©rieur. Avouons finalement par sa puissance et son souffle, sa certitude intĂ©rieure, la seconde version (live Berlinois de novembre 1961 : CD 9-10) avec des complices familiers Maria Stader (Hanne), Ernst Haefliger (Lukas), et l’excellente basse Josef Greindl (Simon… qui fait aussi un excellent Osmin dans l’EnlĂšvement au sĂ©rail). AcuitĂ© des inflexions les plus sensibles (vocales et instrumentales), tempi larges et pleinement investis, lumiĂšre intĂ©rieure : tout Fricsay est lĂ  qui place Haydn Ă  la plus grande place, hĂ©ritier des oratorios de Haendel, du drame humain de Mozart et par sa carrure symphonique, prĂ©curseur de Schubert et de Beethoven.

La Messe en ut KV427 de MOZART : un sommet irrésistible

CĂŽtĂ© oeuvres chorales, outre le Stabat Mater de Rossini et les deux versions du Requiem de Verdi, c’est assurĂ©ment la Grande Messe en ut de Mozart, – stĂ©rĂ©o berlinois d’octobre 1959 (CD13), qui se distingue : s’y dessinent une ferveur et un recueillement progressif absolument passionnant, en rien Ă©pais ni solennel : mais humain et intime (l’ange radieux de Maria Stader en introduction, se fait caresse immĂ©diate et naturelle, que ni les Bohm ni les Karajan ne sauront ensuite Ă©galer par l’intensitĂ© naturelle, investie par la grĂące. La pertinence des voix (les deux sopranos associĂ©s : Stader/Töpper et le tĂ©nor Ernst Haefliger produisent des joyaux vocaux, Ă©tincelles et fusions attendries et percutantes (sublime Quoniam tu solus sanctus, l’un des moments les plus bouleversants de la partition, avec Ă©videmment le cĂ©lestre “Et incarnatus est” pour soprano I)-, l’Ă©loquence de l’orchestre et du chƓur, la conception globale affirme Fricsay Ă  son meilleur. Le sens de l’architecture qui va crescendo sans jamais perdre ni la clartĂ© ni la sincĂ©ritĂ© restent superlatif. Un sommet mozartien. L’annĂ©e suivante la mĂȘme Maria Stader prĂȘte sa voix plus Ăąpre et dĂ©vorĂ©e par l’angoisse d’une mort de souffrance dans la seconde lecture du Requiem de Verdi (CD 32-33) : une expĂ©rience collective aux dĂ©flagrations subtiles qui place l’homme face Ă  lui-mĂȘme dans un cycle d’une violence et d’une tendresse rares (d’autant que le complĂ©ment de ce Verdi inoubliable comprend aussi les Quatre piĂšces sacrĂ©es de 1952 rĂ©alisĂ©es avec le mĂȘme choeur berlinois : RIAS Symphonie Orchester Berlin (la seconde sĂ©quence Stabat Mater avec orchestre, bouleverse par son humanitĂ© franche, la sobriĂ©tĂ© et la justesse de la direction). Ne serait ce que pour ces deux seuls accomplissements, le prĂ©sent coffret mĂ©rite le meilleur accueil. Une somme musicale et esthĂ©tique inestimable Ă  Ă©couter de toute urgence.

En bonus et non des moindres, car voir le geste de Fricsay est une expĂ©rience aussi formatrice que voir Carlos Kleiber, Kubelik ou Karajan, l’Ă©diteur ajoute des complĂ©ments irrĂ©sistibles eux aussi : rĂ©pĂ©titions et performances finales de l’Apprenti sorcier de Paul Dukas (1961), la Suite Hary Janos de Kodaly (1961), deux sessions complĂštes comprenant rĂ©pĂ©titions prĂ©alables puis performances, rĂ©alisĂ©es Ă  Berlin. Coffret incontournable.

CD, compte rendu critique. Coffret Ă©vĂ©nement : Ferenc Fricsay, Complete recordings on Deutsche Grammophon. Vol. 2 : Operas, choral works. 37 cd Deutsche Grammophon. CLIC de classiquenews.com d’aoĂ»t 2015

Coffret événement, annonce. Ferenc Fricsay : complete recordings on Deutsche Grammophon. Volume 2 : Operas, choral works. 37 cd Deutsche Grammophon.

fricsay ferenc complete recordings on deutsche grammophon volume 2 operas, choral works, review compte rendu critique annonce classiquenews, coffret cd CLIC de classiquenews aoĂ»t 2015 4794641Coffret Ă©vĂ©nement, annonce. Ferenc Fricsay : complete recordings on Deutsche Grammophon. Volume 2 : Operas, choral works. 37 cd Deutsche Grammophon. 2014 avait marquĂ© le centenaire de la naissance de Ferenc Fricsay (nĂ© Ă  Budapest le 9 aoĂ»t 1914). Deutsche Grammophon avait alors Ă©ditĂ© un somptueux premier coffret dĂ©diĂ© Ă  l’intĂ©grale des Ɠuvres orchestrales. A l’Ă©tĂ© 2015, paraĂźt le second et (hĂ©las) dernier coffret… dĂ©diĂ© Ă  ses enregistrements lyriques et choraux. La baguette dĂ©taillĂ©e voire millimĂ©trĂ©e du maestro hongrois, Ă  la façon de son cadet Carlos Kleiber (nĂ© Ă  Berlin en 1930), Ă©tincelle ici de mille feux, tant par son aisance et sa finesse expressive que sa vision architecturĂ©e et son souci de cohĂ©rence voix/orchestre. On y dĂ©cĂšle un mĂȘme appĂ©tit poĂ©tique, un mĂȘme esprit d’Ă©quipe et de “troupe” qui fondent le miracle de la direction du chef lĂ©gendaire dont ses partenaires furent entre autres les sopranos Leonie Rysaneck, Sena Jurinac,  Imrgard Siegfried, Maria Stader ou Rita Streich, la mezzo Elisabeth GrĂŒmmer, les tĂ©nors Waldemar Kmentt, Ernst Haefliger, Wolfgang Windgassen, les barytons Eberhardt Waechter et Dietrich Fischer Dieskau, … soit les tenants du beau chant germanique alors affirmant une sorte d’Ăąge d’or au lendemain de la guerre, Ă  Berlin, dans les annĂ©es 1950 et 1960. Le coffret Deutsche Grammophon recueille les rĂ©alisations les plus profondĂ©ment poĂ©tiques et les plus orchestralement abouties de Fricsay, depuis sa Fliedermaus de 1949 (vĂ©ritable opĂ©ra radiophonique dont le sens et l’articulation du texte demeurent exemplaires), les tĂ©moignages fragmentaires de Carmina Burana (mĂȘme annĂ©e : un dĂ©fi pour cet auteur ayant portĂ© allĂ©geance aux nazis!), ses premiers Bartok (Le ChĂąteau de Barbe Bleue de 1958, chantĂ© alors en allemand ; surtout cantate profane de 1951), son Requiem de Mozart (1951), sa premiĂšre version des saisons de Haydn de 1952 dont il Ferenc Fricsay : maestro opĂ©rasublime l’ascĂšse primordiale pour une ferveur sincĂšre immĂ©diate que n’Ă©gale pas sa seconde version de 1961)… jusqu’aux derniers accomplissements d’une rare sincĂ©ritĂ© miroitante : sans omettre le Fidelio de 1957 (somptueusement enregistrĂ©), sa Carmen de 1958, et la somme des Mozart dont le gĂ©nie opĂ©ratique aura particuliĂšrement inspirĂ© Ferenc Fricsay : L’EnlĂšvement au sĂ©rail de 1954 (mono), La FlĂ»te enchantĂ©e de 1955 (mono), l’excellent Don Giovanni de 1958 (stĂ©rĂ©o), les Ă©tincelantes Noces de Figaro de 1960 (stĂ©rĂ©o, avec entre autres tempĂ©raments vocaux irrĂ©sistibles le Comte de DFDieskau ou la Susanna d’Irmgard Siegfried…), Idomeneo de 1961 (live mono de Salzbourg), … le coffret Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon ne fait pas que complĂ©ter le prĂ©cĂ©dent, purement instrumental : il confirme la finesse d’un maestro nĂ© narrateur et subtil psychologue, d’une imagination orchestrale aujourd’hui exceptionnellement juste. Le Stabat Mater de Rossini (mono de 1954), les deux Requiem de Verdi (1953 et 1960), Oedipus Rex de 1960 ; ou encore, joyaux d’une collection de purs chefs d’oeuvre, Le Vaisseau FantĂŽme de Wagner de 1952 s’imposent aussi Ă  l’Ă©coute attentive du mĂ©lomane curieux d’explorer plus avant l’esthĂ©tique dramatique du chef. Tout indique clairement le gĂ©nie de Fricsay dont la sensibilitĂ© orchestrale s’Ă©coule scintillante, ayant sa vie propre, tout en s’accordant idĂ©alement au relief des voix finement caractĂ©risĂ©es. Coffret Ă©vĂ©nement Ă©ditĂ© Ă  l’Ă©tĂ© 2015. Prochaine critique complĂšte dans le mag cd de classiquenews.

Ferenc Fricsay : complete recordings on deutsche Grammophon. Volume 2 : Operas, choral works. 37 cd Deutsche Grammophon

LIRE notre critique complĂšte du coffret Ferenc Fricsay : complete recordings on deutsche Grammophon. Volume 1 : Orchestral works. 45 cd Deutsche Grammophon

CD. Coffret Ferenc Fricsay : complete recordings vol.1 : orchestral works (45 cd Deutsche Grammophon)

fricsay ferenc complete orchestral works deutsche grammophonCD. Coffret Ferenc Fricsay : complete recordings vol.1 : orchestral works (45 cd Deutsche Grammophon). En 1963 s’Ă©teint prĂ©maturĂ©ment le chef d’orchestre Ferenc Fricsay vĂ©ritable gĂ©nie de la direction que FurtwĂ€ngler prĂ©fĂ©rait pour sa succession Ă  Karajan et Celibidache. A 49 ans fort heureusement le maestro, nĂ© en aoĂ»t 1914, avait laissĂ© un legs discographique colossal et suffisamment significatif pour mesurer son immense talent et aussi juger du discernement de la major qui l’avait tĂŽt reconnu et distinguĂ© : Deutsche Grammophon.  Un hĂ©ritage musical et esthĂ©tique inestimable dont la richesse et l’aboutissement composent toute la valeur de ce coffret de 45 cd,  somme superlative qui cĂ©lĂšbre comme c’est le cas de son contemporain Carlo Maria Giulini, son centenaire en 2014.

 

 

 

 

Ferenc Fricsay, génie des années 1950

 

 

ferenc fricsay chefLa famille Fricsay est trĂšs mĂ©lomane et compte avant Ferenc plusieurs musiciens professionnels ; son grand pĂšre est choriste et son pĂšre, Richard, chef respectĂ© d’un orchestre militaire en BohĂȘme. Inscrit dans la classe de composition du Conservatoire Liszt de Budapest, le jeune Ferenc peut recueillir l’enseignement des plus grands : Kodaly, Dohnanyi,  Bartok.  MaĂźtrisant la pratique de plusieurs instruments (violon,  clarinette,  trombone,  percussions. ..), le jeune musicien qui souhaite dĂ©jĂ  devenir un grand chef peut encore assister aux concerts des maestro alors renommĂ©s qui passent par Budapest : FurtwĂ€ngler,  Mengelberg,  Walter et l’immense Erich Kleiber, -le pĂšre de Carlos. A 19 ans, Fricsay qui a dirigĂ© aux pieds levĂ©s l’orchestre paternel, Ă  l’occasion d’un court retard du pĂšre,  se voit projetĂ© chef de la Philharmonie militaire de Szeged : remarquĂ© et vite cĂ©lĂ©brĂ©,  le jeune homme voit le nombre des abonnĂ©s de l’orchestre passer de 200 Ă  2000 en seulement une saison. Sa carriĂšre prend son envol surtout aprĂšs la guerre : invitĂ© par le Philharmonique de Vienne dĂšs 1946,  Ferenc Fricsay (32 ans) se voit nommĂ© assistant de Klemperer au festival de Salzbourg en 1947 pour la crĂ©ation de La mort de Danton de von Einem. Il devait Ă  sa demande diriger au moins 7 rĂ©pĂ©titions : il les pilotera toutes car Klemperer est tombĂ© malade. DĂšs lors, il approfondit son approchel en profondeur de chaque partition : s’immerger, multiplier les rĂ©pĂ©titions et les sĂ©ances de travail pour saisir et exprimer  l’essence de l’oeuvre selon le voeu manifeste ou secret du compositeur. Une gageure, une vocation dont Fricsay relĂšve le dĂ©fi. De retour Ă  Salzbourg en 1948, il assure la crĂ©ation de 2 nouveaux opĂ©ras, confirmant le trĂšs grand chef lyrique en devenir : Le Vin herbĂ© de Frank Martin et Antigone de Carl Orff.

CLIC_macaron_2014Puis c’est un Don Carlo de Verdi avec Dietrich Fischer Dieskau Ă  Berlin en 1948 toujours qui reste dans toutes les mĂ©moires. Il prend les rĂȘnes du Symphonique RIAS (Rundfunk in Amerikanischen Sektor, rebaptisĂ© en 1954 : Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin) Ă  l’époque de la guerre froide, exploitant les personnalitĂ©s instrumentales engagĂ©es, venant de l’orchestre de la Staatskapelle ou du Staatsoper
 phalanges qui ne tardent pas Ă  passer dans le secteur de la futur RDA. D’emblĂ©e, s’appuyant sur des professionnels affĂ»tĂ©s et subtils, connaissant le rĂ©pertoire romantique germanique comme leurs poches, Ferenc Fricsay peut affiner sa propre conception de la sonoritĂ© orchestral : lisibilitĂ© et transparence, vivacitĂ© et Ă©locution, surtout naturel et plasticitĂ© poĂ©tique. Deutsche Grammophon signe trĂšs tĂŽt un contrat d’enregistrement exclusif, identifiant chez Fricsay, une sensibilitĂ© Ă©tonnante qui relit toutes les Ɠuvres abordĂ©es comme s’il s’agissait de les crĂ©er 
  Ainsi se constitue une discographie exemplaire, en majoritĂ© rĂ©alisĂ©e Ă  Berlin, avec l’Orchestre RIAS et avec le Philharmonique de Berlin : soit les annĂ©es 1950, une dĂ©cennie miraculeuse oĂč un visionnaire rĂ©gĂ©nĂšre l’approche de tout le rĂ©pertoire symphonique du grand XIXĂš romantique et du XXĂš dont ses lectures inĂ©galĂ©es de Bartok
 qui annoncent et souvent surclasse un autre hongrois, Solti (lui aussi distinct par son Ă©lĂ©gance articulĂ©e, sa frĂ©nĂ©sie subtile et fĂ©line). Les Haydn et les Beethoven de Fricsay surpennent par leur fraĂźcheur recouvrĂ©e ; mais le mĂ©lomane comme l’amateur, Ă©pris de saveurs symphoniques, retrouve ici ses deux compositeurs de prĂ©dilection, Mozart et Bartok (comme aussi en un certain point, Solti). De Mozart, les derniĂšres Symphonies (40 et 41 de 1961 : vĂ©ritable testament esthĂ©tique, entre gravitĂ© tragique et tendresse fraternelle), les Concertos pour pianos 19, 20 et 27 avec Clara Haskil s’imposent Ă©videmment (1955-1957) ; de Bartok (un monde pour lui fraternel, d’une Ă©vidence intime : Fricsay possĂ©dait la partition du ChĂąteau de Barbe-Bleue),  4cd indiquent une passion viscĂ©rale Ă  la clartĂ© poĂ©tique organique confondante : les Concertos pour piano 1-3 (avec Geza Anda), le Concerto pour orchestre, Musique pour cordes, percussion et cĂ©lesta dĂ©voilent l’alchimiste, magicien des alliages de timbres, des architectures scintillantes et profondes. MaĂźtre de la pulsion et orfĂšvre en rythme, Fricsay Ă©blouit aussi chez Stravinsky (Le Sacre, PĂ©trouchka, 1953-1954) ; et le lettrĂ© raffinĂ© et savant sait aussi Ă©paissir le trait tragique et hautement dramatique avec Tchaikovsky dont il livre les Symphonies  4 (1952), 5 (1949) et 6  (1952 et 1959 : avec les deux orchestres berlinois : symphonique radiophonique et Philharmonique respectivement, d’un Ă©gal engagement tous deux) : un souffle magistral.

fricsay ferenc1954, soit Ă  peu prĂšs 10 ans avant sa disparition, Fricsay quitte le RIAS, passe par Houston, Munich, puis revient Ă  Berlin en 1959
 pour les 4 derniĂšres annĂ©es de sa vie : une derniĂšre pĂ©riode oĂč la vivacitĂ© se mue en profondeur d’une humanitĂ© dĂ©chirante ; malade, amoindri, Fricsay se sentant proche de la mort, comme Claudio Abbado dans les annĂ©es 2000, et jusqu’à sa mort, Ă©tonne et saisit par sa direction sans baguette, Ă  fleur de poĂ©sie, sur la crĂȘte du souffle, dĂ©voilant l’invisible de la musique, exprimant l’imperceptible
 un passeur entre les deux mondes. En 1959, la technique stĂ©rĂ©o revivifie un marchĂ© du disque dĂ©ja flamboyant ; ses relectures propres au dĂ©but des annĂ©es 1960 frappent par leur profondeur nouvelle : un questionnement fondamental qui creuse chaque mouvement : ici, concernĂ©s par une direction transfigurĂ©e : la 41Ăšme Jupiter de Mozart de 1961, Ma Vlast  Moldau de Smetana (1960) dont le dernier cd (45) dĂ©livre le message lors du concert et aussi grĂące Ă  la rĂ©pĂ©tition enregistrĂ©e (et filmĂ©e simultanĂ©ment : le film d’archive comme sa bande son sont particuliĂšrement instructifs sur le mode opĂ©ratoire du chef, sa relation aux musiciens, sa passion pour la comprĂ©hension et l’interprĂ©tation de la partition (alors qu’il souffre personnellement beaucoup Ă  cause de sa maladie). 35 cd Ă  Ă©couter et rĂ©Ă©couter
  Coffret Ă©vĂ©nement.

CD. Coffret Ferenc Fricsay : complete recordings vol.1 : orchestral works (45 cd Deutsche Grammophon)

Ferenc Fricsay (1914-1963)

France Musique. Portrait de Ferenc Fricsay, les 31 dĂ©cembre puis 1er janvier 2014, 16h. NĂ© en 1914 et mort prĂ©maturĂ©ment en 1963 Ă  l’Ăąge de 49 ans, Fricsay laisse un hĂ©ritage musical sans dĂ©faut : un instinct et une intuition remarquable qui ont fait de lui cet interprĂšte idĂ©al dans lequel FurtwĂ€ngler, plutĂŽt que les Karajan et Celibidache voyait son seul hĂ©ritier possible… Fils de chef d’orchestre et Ă©lĂšve surdouĂ© Ă  l’AcadĂ©mie Liszt de Budapest, le jeune Fricsay affine son goĂ»t et ses affinitĂ©s artistiques sous l’enseignement de Kodaly, Dohnanyi, surtout de Bartok. Pour approfondir sa connaissance de chaque instrument dans l’orchestre, le pĂšre (Richard) invite son fils Ă  jouer du violon, de la clarinette, du trombone, divers percussions… En outre trĂšs jeune, le jeune musicien observe les grands qui dirigent Ă  Budapest : Mengelberg, Klemperer, Walter, Erich Kleiber (le pĂšre divin mozartien de Carlos). TrĂšs vite Ferenc se destine Ă  la direction : nommĂ© chef militaire Ă  Szeged, il y refonde et perfectionne la Philharmonie locale. Le succĂšs est immĂ©diat : les spectateurs passent de 250 Ă  … 3000.

 

 

 

virtuosité hongroise

 

 

fricsay_ferenc_fricsay_289La reconnaissance vient Ă  Salzbourg : en 1947, assistant de Klemperer pour la crĂ©ation de La mort de Danton de Einem, Fricsay fils dirige toutes les reprĂ©sentations. C’est un triomphe international : il a 33 ans. En 1948, Ferenc Fricsay revient Ă  Salzbourg pour deux crĂ©ations : Antigone de Orff et Vin HerbĂ© de Martin. Une telle sensibilitĂ© instrumentale, un travail prĂ©alable scrupuleux apportent leurs bĂ©nĂ©fices : bourreau de travail, musicien exigeant, Ferenc Fricsay est de la trempe des Carlos Kleiber : pas de projets s’il n’y a pas de rĂ©pĂ©titions fouillĂ©es ni de travail prĂ©paratoire intensif.
C’est Ă  Berlin que la confirmation de son immense sensibilitĂ© et de sa profonde comprĂ©hension du texte musical s’impose encore lorsque l’OpĂ©ra de Berlin le rĂ©clame en 1948 pour jouer Don Carlo de Verdi avec… un jeune baryton miraculeux : Dietrich Fischer Dieskau qui avouera ensuite avoir eu la rĂ©vĂ©lation de Verdi et de sa prosodie spĂ©cifique (coulante et raffinĂ©e grĂące Ă  lui) en travaillant avec Ferenc Fricsay. Superbe hommage de la part d’un chanteur parmi les plus exigeants et qui confirme le talent exceptionnel du chef. Le maestro se charge de composer et de perfectionner l’Orchestre RIAS de Berlin (propre au secteur amĂ©ricain, futur Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin) qui devient sous son aile une formation virtuose dont DG enregistre alors les apports d’une exceptionnelle tenue. Verdi (Rigoletto), Mozart (La FlĂ»te, L’EnlĂšvement au sĂ©rail) et surtout Bartok (Le ChĂąteau de Barbe-Bleue) attestent aujourd’hui d’une baguette vive et Ă©lĂ©gante, superbement articulĂ©e, naturelle, passionnĂ©e et lĂ©gĂšre Ă  la fois, exprimant avec une clartĂ© vif-argent toutes les tensions contraires, troubles du texte musical.

 

 

France Musique, portrait du chef hongrois Ferenc Fricsay, pour les 50 ans de sa disparition (en 1963) et pour son centenaire Ă©galement …
Les mardi 31décembre 2013 et mercredi 1er janvier 2014, 16h. Portrait et évocation en deux volets.