CD, coffret événement. BERLIOZ : La Damnation de Faust : Spyres, Courjal, NELSON (2 cd + 1 dvd ERATO – avril 2019)

BERLIOZ-DAMNATION-FAUST-NELSON-DIDONATO-SPYRES-COURJAL-critique-opera-classiquenews-annonce-critique-dossierCD, coffret événement. BERLIOZ : La Damnation de Faust : Spyres, Courjal, NELSON (3 cd + 1 dvd ERATO – avril 2019). Enregistrée sur le vif à Strasbourg en avril 2019, la production réunie sous la baguette élégante, exaltée sans pesanteur de l’américain John Nelson, réussit un tour de force et certainement le meilleur accomplissement discographique et artistique pour l’année BERLIOZ 2019. Du tact, de la pudeur aussi (subtilité caressante de l’air de Faust : « Merci doux crépuscule » qui ouvre la 3è partie), l’approche est dramatique et d’une finesse superlative. Elle sait aussi caractériser avec mordant comme le profil des étudiants et des buveurs à la taverne de Leipzig, vraie scène de genre, populaire à la Brueghel, entre ripailles et grivoiseries sous un lyrisme libre. Il est vrai que la distribution atteint la perfection, en particulier parmi les hommes : sublime Faust de Michael Spyres, articulé, nuancé (aristocratique et poétique dans la lignée de Nicolas Gedda en son temps, et qui donc renouvelle le miracle de son Enée dans Les Troyens précédents) auquel répond en dialogues hallucinés, contrastés, fantastiques, le Méphisto mordant et subtil de l’excellent Nicolas Courjal (dont on comprend toutes les phrases, chaque mot) ; leur naturel ferait presque passer l’ardeur de la non moins sublime Joyce DiDonato, un rien affecté : il est vrai que son français sonne affecté (et pas toujours exact). Manque de préparation certainement ; dommage lorsque l’on sait le perfectionnisme de la diva américaine, soucieuse du texte et de chaque intonation.

 

 

 

et de deux !, après Les Troyens en 2017,
John Nelson réussit son Faust
pour l’année BERLIOZ 2019

 

 

 

Son air du roi de Thulé, musicalement rayonne, mais souffre d’un français pas toujours intelligible. Mais la soie troublée, ardente que la cantatrice creuse et cisèle pour le personnage, fait de sa Marguerite, un tempérament romantique passionné, possédé, qui vibre et s’embrase littéralement. Quel chant ! Voilà qui nous rappelle une autre incarnation fabuleuse et légendaire celle de Cecilia Bartoli dans la mélodie de la Mort d’Ophélie…
Le chœur portugais (Gulbenkian) reste impeccable : précis, articulé lui aussi. L’Orchestre strasbourgeois resplendit lui aussi, comme il l’avait fait dans le coffret précédent Les Troyens (il y a 2 ans, 2017). Il n’est en rien ce collectif de province et rien que régional ici et là présenté (!) : Frémissements, éclairs, hululements… les instrumentistes, sous une direction précise et qui respire, prend de la distance, confirme dans l’écriture berliozienne, cette conscience élargie qui pense la scène comme un théâtre universel, souvent à l’échelle du cosmos (avant Mahler). Version superlative nous l’avons dit et qui rend hommage à Berlioz pour son année 2019.
CLIC_macaron_2014Les plus puristes regretteront ce français américanisé aux faiblesses linguistiques si pardonnables quand on met dans la balance la justesse de l’intonation et du style des deux protagonistes (Spyres / DiDonato). L’attention au texte, le souci de précision dans l’émission et l’articulation restent louables. La conception chambriste prime avant toute chose, restituant la jubilation linguistique du trio Faust / Marguerite / Méphisto qui conclut la 3è partie… Ailleurs expédiée et vociférée sans précision. A écouter de toute urgence et à voir aussi puisque le coffret comprend aussi en 3è galette, le dvd de la performance d’avril 2019 à Strasbourg. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’hiver 2019.

 

 

  

 

 

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CD, coffret événement. BERLIOZ : La Damnation de Faust (3 cd + 1 dvd ERATO – avril 2019).

Légende dramatique en quatre parties,
livret du compositeur d’après Goethe
Créée à l’Opéra-Comique le 6 décembre 1846

Joyce DiDonato : Marguerite
Michael Spyres : Faust
Nicolas Courjal : Méphistophélès
Alexandre Duhamel : Brander

Chœur de la Fondation Gulbenkian
Les petits chanteurs de Strasbourg

Orchestre philharmonique de Strasbourg
John Nelson, direction

 

 

 

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Enregistré à Strasbourg en novembre 2018
2 cd + 1 dvd – ref ERATO 9482753, 2h

LIRE aussi notre critique complète des TROYENS de BERLIOZ par John Nelson, Michael Spyres, Joyce DiDonato, Stéphane Degout (2017)… :

 

 

 

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berlioz-les-troyens-didonato-spyres-nelson-3-cd-ERATO-annonce-cd-premieres-impressions-par-classiquenewsCD, compte rendu, critique. BERLIOZ : Les Troyens. John Nelson (4 cd + 1 dvd / ERATO – enregistré en avril 2017 à Strasbourg). Saluons d’emblée le courage de cette intégrale lyrique, en plein marasme de l’industrie discographique, laquelle ne cesse de perdre des acheteurs… Ce type de réalisation pourrait bien relancer l’attractivité de l’offre, car le résultat de ces Troyens répond aux attentes, l’ambition du projet, les effectifs requis pour la production n’affaiblissant en rien la pertinence du geste collectif, de surcroit piloté par la clarté et le souci dramatique du chef architecte, John Nelson. Le plateau réunit au moment de l’enregistrement live à Strasbourg convoque les meilleurs chanteurs de l’heure Spyres DiDonato, Crebassa, Degout, Dubois… Petite réserve cependant pour Marie-Nicole Lemieux qui s’implique certes, mais ne contrôle plus la précision de son émission (en Cassandre), diluant un français qui demeure, hélas, incompréhensible. Même DiDonato d’une justesse émotionnelle exemplaire, peine elle aussi : ainsi en est-il de notre perfection linguistique. Le Français de Berlioz vaut bien celui de Lully et de Rameau : il exige une articulation lumineuse.

 

 

 
 

 

 

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