Bayreuth 2015 : triste routine…

Bayreuth 2015. Quelles sont les temps forts du festival de Bayreuth cette annĂ©e ? La magie Bayreuth serait-elle cassĂ©e ? C’est un festival Ă  l’Ă©conomie et plutĂ´t restreint qui s’affiche en aoĂ»t 2015 : un total de 30 soirĂ©es lyriques rĂ©parties entre 7 ouvrages wagnĂ©riens.

Festspielhaus BayreuthLe Ring toujours Ă©videmment et comme depuis 2013, soit pour sa 3ème Ă©dition dĂ©jĂ , dans la production signĂ©e du très gadget Frank Castorf, dont le manque de souffle comme de poĂ©sie est attĂ©nuĂ© par la direction fièvreuse et dramatique donc très efficace du chef russe Kirill Petrenko, rĂ©cemment nommĂ© (21 juin) nouveau directeur musical du Berliner Philharmoniker (en succession de Simon Rattle Ă  parti de 2018). Ouverture en fanfare par la nouvelle production de Tristan und Isolde dans la mise en scène de la codirectrice Katharina Wagner (depuis 2008), arrière petite fille du vĂ©nĂ©rable compositeur sous la direction de Christian Thielemann (les 25 juillet,, 2,7,13,18,23 aoĂ»t 2015 : avec Sthephen Gould et Anja Kampe dans les rĂ´les-titres) ; après sa propre mise en scène des MaĂ®tres chanteurs (2007-2011), l’hĂ©ritière Katharina prĂ©sente ainsi sa seconde rĂ©alisation ambitieuse sur la Colline Verte. Suit Lohengrin (les 26 juillet, 4,16,20,27 aoĂ»t dans la mise en scène de Hans Neunfels (production crĂ©Ă©e in loco depuis 2010 et prĂ©sentĂ©e chaque annĂ©e depuis), avec le chevalier descendu du ciel, angĂ©lique et racĂ© de Klaus Florian Vogt, l’antithèse du noir et rauque Jonas Kaufmann, autre Lohengrin de feu et de braises intĂ©rieures.
A partir du 27 juillet, place au Ring (jusqu’au 26 aoĂ»t, prĂ©sentĂ© en 3 cycles entiers), hĂ©las affichĂ© en discontinuitĂ© : impossible de se programmer uniquement les 4 soirĂ©es de la TĂ©tralogie sur 4 jours d’affilĂ©, puisque la direction a intercalĂ© entre les volets soit Le Vaisseau FantĂ´me (31 juillet), soit Tristan und Isolde (13,23 aoĂ»t). MĂŞme si l’on comprend l’obligation de diversitĂ©, l’intention de Wagner Ă©tait quand mĂŞme de donner son Ring dans la continuitĂ© d’un espace rĂ©alisĂ© uniquement pour cela : les voeux du compositeur architecte n’y sont pas prĂ©cisĂ©ment respectĂ©s. Il est vrai aussi avouons le que après les trois premières JournĂ©es (L’or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried, les chanteurs très sollicitĂ©s, ont bien besoin de se reposer… d’oĂą une journĂ©e de repos avant d’attaquer la montagne magique – orchestralement la plus aboutie du cycle, Le CrĂ©puscule des Dieux).

Dans une lecture rien que dĂ©calĂ©e, qui importe les recettes Ă©limĂ©es du théâtre berlinois postmoderniste (trublion nĂ© en 1951 originaire de RDA, Castorf dirige la VolksbĂĽhne de Berlin), les spectateurs venus du monde entier se dĂ©lecter de l’acoustique unique (il ne reste plus que cela pour dĂ©fendre l’unicitĂ© du lieu et de l’Ă©vĂ©nement) retrouvent emblèmes du Ring Castorf (des symboles forts facilement comprĂ©hensibles et Ă©tendards d’autant plus affirmĂ©s qu’ils participent au Ring du bicentenaire Wagner 2013) : un canard jaune en plastic -mais Ă  roulettes-, pour l’Or du Rhin, un samovar vieille Ă©poque pour la Walkyrie, une kalachnikov pour Siegfried, un briquet lance flamme pour Le CrĂ©puscule des Dieux… Chacun jugera devant un spectacle certes théâtral non dĂ©nuĂ© d’humour (autre sacrilège Ă  Bayreuth) mais qui manque singulièrement de poĂ©sie : Castorf aime dĂ©construire, Ă©videmment choquer (Siegfried et Brunnhilde donnent Ă  manger Ă  deux crocodiles en caoutchouc… un classique repris par Caurier et Leiser dans leur Giulio Cesare de Handel Ă  Salzbourg pour Bartoli!). VoilĂ  bien des travers de théâtreux qui se servent de la musique plutĂ´t qu’ils ne la servent en rĂ©alitĂ©. Pas sĂ»r que cette mise en scène de Castorf copieusement huĂ©e Ă  chaque reprise, après sa crĂ©ation en 2013 ne s’impose comme celle de ChĂ©reau de 1976 (pour le Centenaire Wagner) elle aussi sĂ©rieusement chahutĂ©e, mais qui, elle, Ă©tait devenue culte jetant la sidĂ©ration dès 1980… Attendons 2016 donc pour constater l’Ă©volution du goĂ»t des spectateurs (pour autant que Bayreuth ne nous l’inflige Ă  nouveau). Ce qui agace ici c’est essentiellement la vision fragmentĂ©e entre chaque volet de la TĂ©tralogie, contrevenant avec la conception unitaire de Wagner et la direction plus affinĂ©e et cohĂ©rente de Kirill Petrenko (vrai champion plus qu’isolĂ©, dans cette galère du Ring).

Das Rheingold compte des vĂ©tĂ©rans wagnĂ©riens dĂ©jĂ  bien identifiĂ©s et solides mais en cours d’usure (entre autres, Albert Dohmen, participant du Ring version Bastille pour Alberich et que l’on retrouve encore dans Le CrĂ©puscule des dieux, 4è volet prĂ©sentĂ© Ă  Bayreuth 2015). Peu de grandes voix (il y a bien longtemps que les meilleurs chanteurs wagnĂ©riens ont dĂ©sertĂ© la Colline, surtout dans le Ring : voyez par exemple de quoi Ă©tait capable le festival grande Ă©poque, celle de Wieland Wagner dans les annĂ©es 1955, avec dans la fosse le français AndrĂ© Cluytens : un rĂ©cent coffret Ă©ditĂ© par Membran vient de paraĂ®tre pour nous rappeler la cohĂ©rence d’une vraie Ă©quipe intelligemment rĂ©unie…). Pour l’heure, ce Ring ne brille ni par ses chanteurs ni surtout par la mise en scène : heureusement la direction musicale de Kirill Petrenko sauve les meubles.
De mĂŞme faible production pour le Vaisseau FantĂ´me sous la direction de Axel Kober (avec les ciseaux repères de la mise en scène de JP Gloger). Signe des temps, pas de Parsifal cette annĂ©e. Patience ou raison gardĂ©e : les heures glorieuses de Bayreuth ne sont pas d’aujourd’hui, … alors pour demain ?
CD. Pour vous consoler, Deutsche Grammophon vient d’Ă©diter les opĂ©ras par Karajan dont son fameux Ring de Berlin en 1966-69 : une splendeur avec des chanteurs acteurs dans une conception chambriste, Ă  la fois sensuelle et intellectuelle d’un fini exceptionnel : la claire alternative au Ring de Solti amorcĂ© Ă  Londres avec le Wiener Philharmoniker dès 1958, d’une cohĂ©rence elle, hollywoodienne.
Indiscutablement, Bayreuth 2015 n’est pas une annĂ©e mĂ©morable. A dĂ©faut d’y aller (il reste des places), surveillez les retransmissions radiophoniques ou Ă  la tĂ©lĂ© ici et lĂ  annoncĂ©es. Voir la home dĂ©diĂ©e de classiquenews : radio, tĂ©lĂ© (Ă©tĂ© 2015)…

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