Arques la Bataille. Festival de musique ancienne 2012. Eglise d’Arques la Bataille, le 25 août 2012. La Mécanique de la Générale (première). Conception dramaturgique : Morgan Jourdain, Nicolas Vial, Vince

Arques la Bataille, Festival de musique ancienne
Par notre envoyée spéciale à Arques la Bataille, Monique Parmentier
La Mécanique de la Générale : que ne peut-on arrêter le temps !

Après Sablé, c’est à Arques la Bataille pour clore le 15ème festival organisé par l’Académie Bach que nous avons retrouvé le Poème Harmonique avec la création d’un tout nouveau programme : La Mécanique de la Générale.

Tel un funambule sur un fil, rien ne semble empêcher Vincent Dumestre de toujours nous surprendre. En visuel de ce programme une photo en homme orchestre de Buster Keaton. De quoi intriguer, un public venu nombreux et parfois de loin. Difficile d’écrire une chronique sur ce spectacle sans en révéler les secrets de l’illusion. Tout ici est surprise et l’enchantement naît non du mystère mais de l’incroyable, de l’inconcevable transfiguration du Poème Harmonique.


La Mécanique de la Générale

Les Six musiciens de l’ensemble, dont le chef et un comédien, nous y dévoilent un univers musical d’autant plus loufoque et inattendu pour le spectateur, que nous attendions d’eux un concert de musique baroque. Certes, nous la retrouvons, mais le baroque s’affirme bien plus encore dans les extravagances que semblent faire naître le héros de cette fable, interprété par le comédien mime Stefano Amori.

Comme l’indique le programme, tout commence comme un concert « ordinaire » pour un ensemble de musique ancienne. Des œuvres plutôt méconnues, en dehors de la Bergamasque de Marco Uccellini ou d’Andrea Falconiero, nous invitent à un voyage enchanteur aux frontières de l’inconscience. Mis à part quelques petites intrusions, presque imperceptibles comme ce personnage à la mince silhouette, tout de noir vêtu, qui rôde autour de la scène, ou des fous rires difficilement réprimés de la part des musiciens, tout semble s’écouler … de source. Rien ne se passe ou presque et l’on se surprend pourtant progressivement à attendre ce petit rien qui va tout changer… comme un enfant qui suit l’arc en ciel, pour y trouver à ses pieds un passage vers un autre monde. Soudain une chaconne fait surgir sur scène la fantasmagorie la plus burlesque qui soit. Musiciens et comédien, tous apprentis sorciers, découvrent et nous révèlent le vrai pouvoir de la musique. Le temps dès cet instant suspend son vol ; il nous emporte dans un tourbillon fantaisiste, véritable maelström des harmonies.

Ce spectacle qui dès sa première se révèle d’une fabuleuse richesse, tout en possédant -comme tous les spectacles du Poème Harmonique-, un extraordinaire potentiel d’enrichissements, bénéficie du travail conjoint de Nicolas Vial et de Morgan Jourdain, (dont on connaît le surprenant et magnifique « opéra-chanson » La la la). Ils renouvellent sous nos yeux écarquillés le genre des spectacles scéniques. Ici nous n’avons ni un opéra, ni une pièce de théâtre, et surtout pas un concert comme un autre. S’autorisant des audaces inouïes sur le plan musical, Vincent Dumestre libère les idées et la créativité de la mise en scène. Nous sommes ici au royaume de l’impossible.
Stefano Amori se fait plus séduisant que le diable (ou Mickey Mouse, ou Buster Keaton, ou Beethoven,….) lui–même. Il devient le temps du spectacle sous nos regards émerveillés et nos oreilles sidérées un horloger, chef d’orchestre, fantasque et radieux. Son corps à la grâce et à la souplesse indéniable, fait surgir l’émotion et la magie dans nos cœurs.

Les musiciens du Poème Harmonique s’en donnent à cœur joie. Leurs doigts envoûtés libèrent la folle énergie de la musique, transformant la chenille en un effet papillon des plus fous. La Muse jongle avec nos sentiments comme avec les notes… Elle peut tout, même conduire Vincent Dumestre a interpréter un adagietto qui nécessite normalement un orchestre symphonique, ici sans démesure (Adagietto de la Symphonie n°5 de Gustav Mahler). La poésie qui en émane, nous laisse sans voix. Mira Glodeanu virevolte entre bergamasques, rapsodies et thèmes ô combien évocateur de ces petits princes du cinéma muet, avec une grâce ineffable. Son archet est comme la plume de l’oiseau du paradis, multicolore et scintillante. Lucas Peres nous fait découvrir les multiples facettes et voix de la viole, actrice à part entière de la folie sur scène. Son inventivité, son humour élégant, font des bruitages qu’il réalise, un véritable numéro de prestidigitation aux sortilèges envoûtants.

Au royaume des illusions, Vincent Dumestre, joue avec le sable, un tout petit grain qui distend ce temps, dont nous aimerions qu’il dure encore et encore, tant il nous permet de vivre un moment d’allégresse enivrante. Souhaitons à la Mécanique de la Générale, une aussi longue vie qu’à d’autres productions du Poème Harmonique comme le Carnaval Baroque ou le Bourgeois Gentilhomme. Ce programme n’a pas fini de surprendre ni de subjuguer.

Par notre envoyée spéciale à Arques la Bataille, Monique Parmentier

Arques la Bataille. Festival de musique ancienne 2012 (du 21 au 25 août 2012). Eglise d’Arques la Bataille, samedi 25 août 2012. La Mécanique de la Générale, Fantaisie pour cordes. Conception dramaturgique : Morgan Jourdain, Nicolas Vial, Vincent Dumestre. Mise en scène : Nicolas Vial. Stefano Amori, comédien mime. Le Poème Harmonique. Vincent Dumestre, théorbe et direction… avec la complicité d’un grain de sable et d’Euterpe

Illustration: Buster Keaton et son orchestre… une référence subtilement assumée dans La Mécanique de la Générale. Le Poème Harmonique en répétition © Monique Parmentier 2012

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