Ann Hallenberg, mezzo. Arias for Marietta Marcolini1 cd Naïve

ann hallenberg marietta marcolinicd, critique. Ann Hallenberg, mezzo. Arias for Marietta Marcolini. Giuseppe Mosca, Carlo Coccia, ou Johann Simon Mayr et Ferdinand Paer (prérossiniens, chantés autour de 1800)… sont quelques uns des compositeurs à l’honneur quand la contralto véronaise Marietta Marcolini embrase la scène, en particulier dans l’art nouveau, sanguin, vif, palpitant du jeune Rossini (rencontré en 1811) ; la cantatrice adulée à son époque en fait son protégé et son amant. Les airs retenus appartiennent tous à la seconde partie de la carrière de la contralto légendaire, soit entre 1810 et 1820. Rossini compose pour celle qui laisse une trace indélébile sur son écriture, pas moins de cinq opéras: L’Equivoco stravagante (1811), Ciro, puis La Pietra del paragone (1812), L’Italienne à Alger (1813), Sigismondo (1814)…


Pour Marietta: un récital jubilatoire

La mezzo Ann Hallenberg propose un récital biographique qui est naturellement un hommage du dire et du chanter de sa géniale inspiratrice; hommage d’une chanteuse d’aujourd’hui à celle qui l’a précédée; surtout célébration d’une interprète à celle qui put colorer, intérioriser, nuancer grâce à son chant de puissance, d’agilité, d’intonation filigranée. S’agissant des Rossini réunis ici, l’élégance et cet idéal poli cèdent le pas à la trépidation facétieuse, cette légèreté savoureuse et si subtilement suave qui font de Rossini jusqu’au Comte Ory (1828), le maître assoluto de la comédie brillante et virtuose.

Outre une technique coloratoure exemplaire (précision et nuances), Ann Hallenberg éblouit par son éloquence sensuelle, la justesse des intonations, le style idéalement médian entre abattage et sincérité; la mezzo apporte de la finesse dans un… monde de pirouettes qui sans ce supplément d’âme pourrait facilement basculer dans la pure démonstration virtuose. Son sens du texte, sa franchise sans aucune affectation l’imposent rossinienne jusqu’au bout des ongles. Les deux airs de l’Italienne à Alger (Venise, 1813) sont lumineux. Et même dans les scènes contemporaines signés Cocia ou Weigl, les instrumentistes du Stavanger Symphony Orchestra trouvent de justes accents sous la baguette attendrie et fluide de Fabio Biondi.
Le sommet du récital en est l’ultime épisode: T’abbraccio, ti stringo de Diro in Babilonia (Ferrare, 1813): air de bravoure et de triomphe malgré le sort funèbre qui attend Cirus… récitatif, cabalette, grand air d’exposition… le soin d’un Rossini sachant maîtriser la lyre tragique et langoureuse atteint la perfection. Ann Hallenberg, sans artifice ni maniérisme d’aucune sorte sait révéler les joyaux émotionnels de cette dernière scène pour le héros sacrifié (articulation et projection sont superbes: ” crudel tiranno “…) ; sa dignité dans la mort égale la subtilité de l’interprète.

Très bon récital rossinien qui de surcroît, grâce au tempérament vocal de l’interprète reste d’une cohérence stylistique remarquable. Ce malgré la disparité des écritures réunies autour du jeune Rossini.

Ann Hallenberg, mezzo. Arias for Marietta Marcolini. Stavanger Symphony Orchestra. Fabio Biondi, direction. 1 cd Naïve V 5309, enregistré en Norvège en août 2011.

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