vendredi, décembre 9, 2022

Tours. Grand-Théâtre, le 10 avril 2011. Charles Gounod : Faust. Luca Lombardo, Nicolas Testé, Rié Hamada. Jean-Yves Ossonce, direction. Paul-Émile Fourny, mise en scène

A ne pas rater
Voilà seize ans que le Faust de Gounod n’avait plus été représenté sur la scène de l’Opéra de Tours. C’est chose faite, dans la production maintenant bien connue de Paul-Emile Fourny, qui sillonne les scènes françaises depuis quelques années déjà, et que nous avions découverte à Massy il y a maintenant deux ans.


Faust convaincant, en noir et gris

Elle n’a rien perdu de son caractère sombre, presque désabusé, contant l’histoire du Docteur Faust dans des tons allant du gris au noir et dans une atmosphère tendue, celle qui précédait la Première Guerre Mondiale. Peu d’enchantement, peu de merveilleux dans cette vision, jusque dans l’amour qui naît entre Faust et Marguerite : tout semble vu à travers le regard du diable, de Méphistophélès, comme le prisme des malheurs à venir. Très dépouillée, elle rend tangibles les rapports qui lient les personnages, seule la scène de l’Eglise manquant quelque peu de force et de terreur.
La distribution réunie ici sait servir le chant français. Le Faust de Luca Lombardo se révèle, fidèle à son habitude, un véritable styliste. L’émission est haute et claire, la diction magnifiquement ciselée, dans une véritable tradition française. Il se montre à son meilleur dans le premier acte, en Faust vieillissant épatant de crédibilité et d’impact vocal, ainsi que dans tout le second acte, celui dit du jardin, durant lequel il sculpte une superbe cavatine – une transposition courante lui permettant, avec raison, d’éviter un ut périlleux – et un duo où il démontre son art de la voix mixte, d’un raffinement exquis. Seul le dernier acte le voit quelque peu fatigué, mais il se sort avec les honneurs de ce rôle ardu et multiple.
Sa Marguerite est superbement incarnée par la japonaise Rié Hamada, qui connaît ce rôle sur le bout des doigts et sait en traduire les différentes facettes. L’air des bijoux la sent comme gênée par cette virtuosité cristalline que demande la partition, et c’est durant la seconde partie de la représentation qu’elle se révèle pleinement. La scène de la chambre lui donne enfin l’occasion de déployer le velours et la puissance de son grand soprano lyrique, ainsi que la scène de l’Eglise, et surtout le trio final, où elle s’impose avec éclat, emplissant la salle de ses aigus glorieux, et éclipsant presque ses partenaires.
Méphisto joueur et ironique, presque dandy dans son jeu, Nicolas Testé semble vocalement en retrait, mal à l’aise dans l’aigu et forcé dans un grave qu’il semble ne pas totalement posséder. C’est ainsi avec surprise qu’on l’entend dominer avec aisance la scène de l’Eglise, clairement là où on ne l’attendait pas, impressionnant d’impact et de mordant.
Le baryton canadien Etienne Dupuis semble vocalement un peu jeune et léger pour le rôle de Valentin, mais il assure ses notes avec aplomb et campe un personnage ferme et décidé.
Le jeune et touchant Siébel est croqué avec fraicheur par la mezzo française Julie Robard-Gendre, à l’émission cependant un peu alourdie et manquant de clarté, mais le personnage est très attendrissant.
Marthe Keller incarne avec drôlerie la rusticité bienveillante de Dame Marthe, et semble s’amuser follement dans sa scène de séduction avec Méphisto.
Bon Wagner de Ronan Nédélec et chœurs précis et sonores, qui complètent cette équipe d’excellent niveau.
Dans la fosse, Jean-Yves Ossonce effectue, comme toujours, un remarquable travail avec son Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, aux sonorités superbes, servant admirablement une œuvre qu’il semble aimer profondément. Ravi, le public tourangeau a salué ce retour de Faust dans son théâtre d’une véritable ovation, amplement méritée.

Tours. Grand-Théâtre, 10 avril 2011. Charles Gounod : Faust. Livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après Goethe. Avec Faust : Luca Lombardo ; Méphistophélès : Nicolas Testé ; Marguerite : Rié Hamada ; Valentin : Etienne Dupuis ; Siébel : Julie Robard-Gendre ; Dame Marthe : Marie-Thérèse Keller ; Wagner : Ronan Nédélec. Chœurs de l’Opéra de Tours ; Chef de chœur : Emmanuel Trenque ; Orchestre Symphonique Région Centre-Tours. Jean-Yves Ossonce, direction musicale ; Mise en scène et scénographie : Paul-Émile Fourny. Décors : Poppi Ranchetti ; Costumes : Véronique Bellone ; Lumières : Jacques Chatelet ; Chef de chant : Vincent Lansiaux

Prochaine production événement à l’Opéra de Tours: Simon Boccanegra de Verdi, nouvelle production, sous la direction de Jean-Yves Ossonce. Gilles Bouillon, mise en scène. 3 dates à ne pas manquer: les 13, 15 et 17 mai 2011. Réservez

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