vendredi, décembre 9, 2022

Toulouse. Théâtre du Capitole, le 11 décembre 2011.Verdi : Falstaff. Mise en scène : Nicolas Joel. Alessandro Corbelli : Falstaff… Daniele Callegari, direction

A ne pas rater
Comme le temps passe sans que parfois l’on s’en aperçoive ! Cette production de Falstaff de Nicolas Joel date de 1991 ! Elle n’a pourtant pas pris une ride. Les beaux et imposants décors et les riches costumes de Carlo Tommasi nous déplacent dans la Renaissance de Shakespeare et ses commères de Windsor. Les lumières sont bien réglées et nous transportent de la taverne au jardin puis à l’intérieur d’Alice, mais c’est le parc de Windsor qui, avec son arbre à l’immense feuillage dans une ambiance nocturne, réserve les instants de pure poésie si favorable aux fées.

Stéphane Roche réalise la mise en scène en lui gardant son efficacité et sa simplicité. On sent un beau travail permettant aux chanteurs de jouer la comédie avec délectation. Seul Ludovic Tézier garde un quand à soi… privé d’humour, même au dernier acte.

Car tous ces fabuleux chanteurs sont de très habiles acteurs. Surtout le très beau Falstaff d’Alessandro Corbeli. Il est rare de trouver un interprète aussi à l’aise vocalement que scéniquement. Dès le premier tableau, le spectateur est littéralement saisi par la puissance vocale, la beauté de la voix, la distinction de la ligne de chant.


Falstaff a de l’esprit pour nous tous

Ce Falstaff ne se départira jamais d’une certaine classe. Il s’agit bien d’un noble, déchu certes, et tombé bien bas, mais qui garde quelque chose de sa conscience de caste. Le ridicule ne l’atteint pas jusqu’au plus bas de sa déchéance. Mouillé comme un coucou, il a quelque chose de l’empereur romain en toge… le jeu est très naturel, jamais outré ce qui fait que le personnage gagne facilement la sympathie du public. Le chanteur est suprême avec une ligne vocale parfaitement tenue sans aucune recherche d’effets faciles. Et quelle belle voix de tête, souple et lumineuse !

Tous les autres personnages, ceux à qui il donne l’esprit, sont des partenaires de grande classe. Les deux acolytes Pistola et Bardolfo sont des acteurs réactifs et des chanteurs généreux. Sur les quatre reprises de cette production c’est bien ce trio qui ouvre la comédie avec le plus d’efficacité vocale. Emanuele Giannino en Bardolfo et Diogenes Randes en Pistola sont de magnifiques artistes. L’orchestre peut ainsi aborder sans craintes les nuances les plus fortes. Les autres messieurs sont parfaits en particulier le Ford, chanteur verdien accompli, de Ludovic Tézier. Le Fenton à la longue silhouette de Gregory Bonfatti est une incarnation marquante d’autant que la voix lyrique est souple et le timbre est riche. Ce ténor au physique élégant fera une belle carrière.

Les dames sont la crème des commères. Bonnes ménagères solides, ne laissant pas passer la possibilité de s’amuser et de berner ce pauvre Ford. Leur complicité fait plaisir à voir. Soile Isokoski est une Alice Ford de grand format. Le riche soprano s’épanouit dans les quelques belles lignes que Verdi lui a offertes mais sait s’alléger pour les moments aux rythmes endiablés. Adriana Kucerova est une Nanetta également de belle envergure. Le timbre est même assez corsé et permet de deviner quelle rouée commère elle deviendra à son tour. Les sons filés sont exquis, la ligne de chant élégante est planante. Le couple avec Fenton fonctionne, mais c’est elle qui domine. Enkelejda Shkosa en Meg Page a une présence charmante. La voix de mezzo est riche et sa robe noire la met en beauté. Vocalement et scéniquement Janina Baechle est une Mrs Quickly de rêve. Stature généreuse et voix d’airain avec des graves abyssaux.

La direction de Daniele Callegari est efficace, la mise en place permet de déguster en toute tranquillité les ensembles les plus périlleux écrits par Verdi. L’humour des doubles chœurs avec le cantus firmus central du ténor fait merveille à l’acte un. Verdi l’anticlérical se moque de la musique religieuse avec esprit. Et la fugue finale est un véritable monument. Certes on peut rêver par endroits plus de nuances et de couleurs, mais cet orchestre garde une faculté d’animation très théâtrale pour le dernier tableau avec les couleurs féeriques attendues. Les chœurs ont des actions ponctuelles pondérées, d’une grande subtilité. Le chœur des fées semble sorti… d’un rêve. On l’aura compris, cette reprise a été très aimée du public. L’héritage de Nicolas Joel est magnifié, même la distribution est de haute école. Un Falstaff de belle allure, comme hors du temps.

Toulouse. Théâtre du Capitole, le 11 décembre 2011. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Falstaff, comédie en trois actes sur un livret d’Arrigo Boito d’après Shakespeare. Mise en scène : Nicolas Joel. Décors et costumes : Carlo Tomasi. Lumières : Vinicio Cheli. Avec : Alessandro Corbelli : Falstaff ; Ludovic Tézier : Ford ; Joel Prieto : Fenton ; Gregory Bonfatti : Dr. Caius ; Emanuele Giannino : Bardolfo ; Diogenes Randes : Pistola ; Soile Isokoski : Alice Ford ; Adriana Kucerova : Nanetta ; Janina Baechle : Mrs Quickly ; Enkelejda Shkosa : Meg Page ; Chœurs du Capitole ; Chef de Chœur : Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole. Daniele Callegari, direction.

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