Lors d’une croisière, une ancienne Kapo SS (Lisa) reconnaît une survivante d’Auschwitz qu’elle a bien connue (Marta) : un temps d’horreur resurgit dans sa mémoire, entre déni, oubli et remords, agacement aussi… À partir du récit autobiographique de la romancière polonaise Zofia Posmysz et à l’instigation de Chostakovitch, le compositeur Mieczysław Weinberg signe un opéra majeur du XXe siècle, La Passagère dont le Capitole réalise ainsi en janvier 2026, la création française. Nouvelle production événement. Par Alban DEAGS.
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photo : La Passagère © Mirco Magliocca
Mieczysław Weinberg
Chantre de la mémoire
Né en 1919 à Varsovie, d’un père violoniste et compositeur, le compositeur juif MIECZYSLAW WEINBERG (1919-1996) rejoint le Conservatoire de Varsovie alors dirigé par… Karol Szymanowski. Mais à 20 ans, en 1939, quand l’Allemagne nazie envahit la Pologne, le jeune homme quitte son pays, sa sœur rejoignant leurs parents, tous seront exterminés au camp de Trawniki. L’œuvre du compositeur profondément marqué par la perte et la fragilité, questionne le sens de l’histoire, la direction de l’humanité, la transmission de la mémoire… d’autant plus à notre époque où les derniers témoins du nazisme s’éteignent et que resurgissent partout en Europe la crispations et les tensions extrêmistes.
En 1943, Weinberg qui a adressé le manuscrit de sa première symphonie à Chostakovitch, reçoit de celui ci une invitation à Moscou. Il est impressionné voire bouleversé par l’écriture de son cadet de 13 ans : gravité, tension, présence d’une indicible menace. De 1943 à 1948, Weinberg compose une série de chefs d’œuvre dont ses quatuors (n°3 à 6), le Quintette et la Sonatine pour clarinette… un éclair génial, brutalement interrompu par une nouvelle terreur… stalinienne. Weinberg est même arrêté et incarcéré à Loubianka (7 février 1953), et son œuvre taxée de « nationaliste bourgeois juif ».
Propre aux années 1960, l’opéra « La Passagère » qui dans une série de flashbacks, interroge le traumatisme de l’Holocauste et l’œuvre culpabilisante du refoulement, est son sommet lyrique, qui profite aussi de l’accomplissement des symphonies. En janvier 2026, l’Opéra du Capitole de Toulouse prolonge le formidable et très légitime coup de projecteur porté par Salzbourg en 2024, avec la recréation de l’Idiot (créé en 1991), par le Philharmonique de Vienne, dans la mise en scène de Warlikowski.
Vie brûlée, mémoire brûlante
D’après le roman de Sofia Posmysz (survivante d’Auschwitz), La Passagère fusionne l’horreur des camps et le drame familial vécu par Weinberg. Programmée en 1968 au Théâtre Bolchoï, la partition est finalement censurée et interdite à cause de la souffrance juive trop exposée. A travers le personnage de Lisa, qui voyage alors avec son mari vers le Brésil, jaillissent les souvenirs acides de sa fonction comme gardienne SS à Auschwitz, au moment où parmi les passagères elle reconnaît une ancienne prisonnière polonaise juive, Marta. L’humanité et la dignité de cette dernière ne cesse d’irriter Lisa… d’autant que se greffe aussi une histoire de jalousie amoureuse car Marta est aimée de Tadeusz, sculpteur talentueux, qui partage la même grandeur morale que celle de sa fiancée… Lisa essaye de manipuler le couple… en vain. Weinberg a le génie de l’évocation subtile, mordante, aussi bouleversante qu’insupportable. La pudeur, la finesse sont ses modes de composition ; Weinberg prolonge d’une certaine manière Chostakovitch dans l’œuvre et l’activité des forces souterraines, quand les mécanismes de la psyché révèlent la vérité au risque de perdre la raison…
La nouvelle production présentée à Toulouse saura-t-elle exprimer le rythme spécifique produit par la construction de l’ouvrage ? Entre climat privilégié des cabines luxueuse de la croisière et la désolation terrifiante du camp d’extermination soit deux temporalités qui s’entrelacent, s’électrisent, luttent en permanence, relançant la tension d’une action au souffle cinématographique…
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TOULOUSE, Théâtre National du Capitole
WEINBERG : La Passagère
Opéra en 2 actes et un épilogue
– Livret d’Alexander Medvedev, d’après le roman de Zofia Posmysz.
Composé en 1968, créé en version de concert le 25 décembre 2006 au théâtre de musique
Stanislavski et Nemirovich-Danchenko de Moscou et en version scénique le 21 juillet 2010 au festival de Bregenz – 4 représentations événements
vendredi 23 janvier 2026, 20h
dimanche 25 janvier 2026, 15h
mardi 27 janvier 2026, 20h
jeudi 29 janvier 2026, 20h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site du Théâtre National du Capitole de Toulouse : https://opera.toulouse.fr/la-passagere-7818117/
Production du Tiroler Landestheater d’Innsbruck, Autriche (2022), sacrée « meilleure production d’opéra » par le Prix autrichien du Théâtre musical 2023.
PREMIÈRE FOIS EN FRANCE / NOUVELLE PRODUCTION
Direction musicale: Francesco Angelico
Mise en scène : Johannes Reitmeier
Scénographie : Thomas Dörfler
Costumes : Michael D. Zimmermann
Lumières : Ralph Kopp
Lisa : Anaïk Morel
Walter : Airam Hernández
Marta : Nadja Stefanoff
Tadeusz : Mikhail Timoshenko
Katja : Céline Laborie
Krystina : Victoire Bunel
Vlasta : Anne-Lise Polchlopek
Hannah : Sarah Laulan
Yvette : Olivia Doray
Bronka : Janina Baechle
Une vieille femme : Ingrid Perruche
1er SS : Damien Gastl
2e SS : Baptiste Bouvier
3e SS : Zachary McCulloch
Kapo, Surveillante principale : Manuela Schütte
Comédien : Frédéric Cyprien
Orchestre national du Capitole
Chœur de l’Opéra national du Capitole
Photo : Théâtre National du Capitole de Toulouse, création française de La Passagère de Weinberg, janvier 2026 DR
Lire aussi le dossier spécial du Capitole sur MIECZYSLAW WEINBERG :
https://www.calameo.com/toulouse/read/005971811759400fbc501
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