CRITIQUE, opéra. TOURS, le 30 sept 2022. MASSENET : Werther. Mas, Timoshenko, Lys. Laurent Campellone, direction / Vincent Boussard, mise en scène.

CRITIQUE, opéra. TOURS, le 30 sept 2022. MASSENET : Werther. Mas, Timoshenko, Lys. Laurent Campellone, direction / Vincent Boussard, mise en scène.   -   Cohérent et concentré, Vincent Boussard fait un Werther froid et subtil, un songe hivernal déroulé comme un cauchemar embué, épuré, surréaliste.
L’ouvrage qui a fait le succès des tĂ©nors fameux Roberto Alagna chez DG (Pappano, 2011), Jonas Kaufmann Ă  Paris, est Ă  Tours mais dans la version [que nous prĂ©fĂ©rons], celle pour baryton. A Lausanne (mai 2022) le tĂ©nor Jean-François Borras avait convaincu dans cette mise en scène ainsi crĂ©Ă©e en Suisse.
Après Hamlet de Thomas, Boussard convainc par son Ă©pure théâtrale, la lisibilitĂ© des sĂ©quences qui, sans le fatras des gadgets habituels, laisse Ă  l’inverse respirer ici le langage des corps dans un espace Ă©thĂ©rĂ©. En l’occurrence des boĂ®tes ou lieux fermĂ©s qui disent tous l’enfermement et l’asphyxie bourgeoise qui fait suffoquer les 2 cĹ“urs Ă©pris, Charlotte et Werther. Vincent Boussard dĂ©voile l’onirisme tragique du mythe goethĂ©en.
« Ange du devoir », l’hĂ©roĂŻne adorĂ©e par Werther, a la droiture d’une colombe blessĂ©e au riche tourment intĂ©rieur ; tout conspire chez elle vers une frustration croissante qui submerge, vers le basculement final. C’est assurĂ©ment l’un des emplois de mezzo parmi les plus troublants qui aborde avec un rĂ©alisme voluptueux les contours d’une psychĂ© complexe particulièrement active sur scène (moins dans la gestuelle que dans regards et attitudes).
MĂŞme intensitĂ© intĂ©rieure chez Werther mais alors que l’on attendait Ă  Tours, ambivalence et phrasĂ©s suggestifs, force hĂ©las est de dĂ©couvrir un hĂ©ros, mal dĂ©grossi, brut, trop vertement contrastĂ© dès le dĂ©but, de surcroĂ®t aux pianos trop rares et au vibrato envahissant. Dommage. La subtilitĂ© si proche du théâtre et sa prosodie, sĹ“ur de la mĂ©lodie, conçues par Massenet, sont absentes.
Pourtant chanter Werther en baryton joue sur la proximitĂ© avec la couleur vocale d’Albert, Ă©poux solide, placide de la belle Charlotte, ainsi pĂ©trifiĂ©e avant d’avoir vĂ©cu. Le huis clos scellant le destin de la mezzo, tiraillĂ©e entre les deux barytons, promettait un grand moment. De ce point de vue, avouons notre dĂ©ception.

 

 

 

Massenet à l’Opéra de Tours

Epuré, surréaliste
Le Werther envoûtant poétique de Vincent Boussard

 

 

 

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 Héloïse Mas / Mikhail Timoshenko, Charlotte et Albert : DR

 

 

D’autant que les autres rĂ´les sont loin de dĂ©mĂ©riter. Sophie (Marie Lys), en jeune double dĂ©vergondĂ©e de son aĂ®nĂ©e Charlotte (Ă  l’inverse bien sage), chante avec une sincĂ©ritĂ© touchante son air agile et fleuri, vrai prière au bonheur  (II : « Du gai soleil, plein de flamme… »), s’entĂŞtant Ă  dĂ©clarer joyeuse et lĂ©gère une soirĂ©e qui est son exact contraire quand Werther exprimant ses premiers Ă©lans suicidaires, dit sa souffrance, son impuissante solitude, sa frustration immense, insupportable.

Albert rentre idĂ©alement dans la vision cauchemardesque de Boussard ; pantin lunaire d’une froideur de serpent, ses baisers Ă  Charlotte sont comme les signes d’une emprise qui ronge et dĂ©vore sa proie raidie par le devoir. MikhaĂŻl Timoshenko a pu après Lausanne, polir et unifier son personnage ; la rondeur impavide du chant, assumĂ©e, maĂ®trisĂ©e jusqu’à la fin, incarne parfaitement cette figure marmorĂ©enne, d’une inflexible rectitude, Ă  la fois protectrice et Ă©touffante pour Charlotte. Et aussi clairvoyante car il sait (et il le dit) que Werther aime sa femme… Il sait mais  n’agit pas en consĂ©quence ni de façon explicite : voilĂ  qui est parfaitement incarnĂ© et rend le personnage ambivalent, dĂ©routant, fascinant.

Somptueuse et juste de bout en bout, la Charlotte d’Héloïse Mas aux robes signées Christian Lacroix, incarne idéalement la figure de l’Aimée, à la fois vibrante et inaccessible pour Werther ; prisonnière silencieuse, attachée, démunie désormais à son époux. Le timbre est profond, riche, articulé : qui sait faire jaillir quand on ne l’attend pas, la force d’un drame aussi intense qu’il est tu ; d’autant que l’intelligibilité permet de saisir toutes les situations qui s’imposent à elle. C’est de loin la meilleure Charlotte que nous ayons écoutée depuis longtemps.

Trop imprécis parfois, dur souvent, on a dit notre déception pour le Werther de Régis Mengus, pas aussi nuancé et trouble que sa partenaire.

L’Orchestre est le 3ème personnage du drame [après Werther et Charlotte] ; aux couleurs et accents de la psychĂ© si convulsive et tragique dans le cas prĂ©sent, riche en prĂ©ludes et pauses Ă©vocatrices, le collectif dirigĂ© par Laurent Campellone, directeur musical des lieux, force lui aussi les contrastes d’une partition qui perd Ă  sonner parfois trop dur ou trop âpre. Le chant souterrain des sentiments s’efface dans une vision d’opposition et d’exacerbation oĂą la rĂ©elle fusion instruments et voix se fait attendre, mĂŞme si Ă  mesure que l’action avance, le chef se montre de plus en plus attentif aux dĂ©tails, nuances, couleurs… Parvenant Ă  peine Ă  exprimer la morsure d’un amour malheureux, au poison tragique : opĂ©rant une machination implacable et cliniquement exposĂ©e, Massenet bien souvent se souvient de Wagner comme de Tchaikovsky [Ce Werther ne serait-il pas un « Eugène OnĂ©guine » Ă  la française ?].  Massenet observe et analyse ici les causes du mal-ĂŞtre amoureux, comme le diagnostic d’un mĂ©decin attendri mais affĂ»tĂ©.

Malgré nos réserves, la production est scéniquement et esthétiquement cohérente, à voir absolument. A l’affiche de l’Opéra de Tours, les dim 2 puis mardi 4 octobre 2022
: https://billetterie.operadetours.fr/seances/61%20https://operadetours.fr/fr/programmation/werther-jules-massenet-1842-1912

 

 

 

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. TOURS, le 30 sept 2022. MASSENET : Werther. Mas, Timoshenko, Lys. Orc Symph RĂ©gion centre-Val de Loire / Tours – Laurent Campellone, direction / Vincent Boussard, mise en scène.

Jules MASSENET : WERTHER  –  Drame lyrique en 4 actes et 5 tableaux

Livret de Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann
D’après le roman éponyme de Johann Wolfgang von Goethe (1774)
Créé en allemand à l’Opéra de Vienne le 16 février 1892
Créé en français à l’Opéra-Comique le 16 janvier 1893
Nouvelle production, version baryton
DurĂ©e : 2h45  – Photo HĂ©loĂŻse Mas / Mikhail Timoshenko, Charlotte et Albert : DR OpĂ©ra de Tours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Approfondir

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VOIR ici un portrait de Mikhail Timoshenko (jeune acadĂ©micien Ă  l’OpĂ©ra de paris, 2017) : https://www.youtube.com/watch?v=1ZZODf0zxM0

 

 

VOIR ici Mikhail Timoshenko / Mahler : Chant d’un compagnon errant… Holst, Wolf… Concours Wigmore Hall, octobre 2019 : https://www.youtube.com/watch?v=E-Lpq9ze_B8

 

 

 

 

 

 

 

TOURS, OpĂ©ra. MASSENET : WERTHER, version baryton. 30 sept – 4 oct 2022

Massenet jules cherubin Jules_Massenet_portraitTOURS, OpĂ©ra. MASSENET : WERTHER. 30 sept – 4 oct 2022. Sous la direction de Laurent Campellone (Vincent Boussard, mise en scène), l’OpĂ©ra de Tours affiche Werther de Massenet dans la version pour baryton (et non pas pour tĂ©nor). Avec RĂ©gis Mengus dans le rĂ´le-titre et HĂ©loĂŻse Mas (Charlotte), Mikhail Timoshenko (Albert)…

Fleuron du romantisme tragique allemand conçu par Goethe, Werther inspire Massenet qui en fait un drame lyrique d’une efficacitĂ© immĂ©diate. PassionnĂ©, entier, le jeune Werther, idĂ©aliste suicidaire, aime Charlotte, promise Ă  un autre. Après l’étĂ© de la rencontre, s’inscrit l’automne du doute amer, de la frustration dĂ©pressive : Werther s’abĂ®me dans le « mal du siècle », spleen mĂ©lancolique et tragique. Le librettiste Edouard Blau, souligne combien la quĂŞte radicale de Werther s’oppose aux convenances bour­geoises de Charlotte dans leurs duos d’une irrĂ©sistible sĂ©duction. Sur la scène tourangelle, HĂ©loĂŻse Mas et RĂ©gis Mengus interprĂ©teront le couple romantique, maudit, insatisfait : 2 âmes foudroyĂ©e par la machine sociale, celle des convenances, la mĂŞme qui sacrifie chez Tchaikovski, OnĂ©guine et Tatiana…

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Opéra de TOURS : WERTHERboutonreservation
Les 30 sept, 2, 4 oct 2022
RĂ©servez votre place
https://billetterie.operadetours.fr/seances/61
https://operadetours.fr/fr/programmation/werther-jules-massenet-1842-1912

WERTHER – Drame lyrique en 4 actes et 5 tableaux de Jules Massenet
Livret de Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann
D’après le roman Ă©ponyme de Johann Wolfgang von Goethe (1774)
CrĂ©Ă© en allemand Ă  l’OpĂ©ra de Vienne le 16 fĂ©vrier 1892
CrĂ©Ă© en français Ă  l’OpĂ©ra-Comique le 16 janvier 1893
Nouvelle production, version baryton
Durée : 2h45

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A noter : conférence préliminaire
Samedi 17 septembre – 14h30 | Salle Jean Vilar

CD, critique. MOZART : Betulia LIberata (Talens Lyriques, 2 cd Aparte 2019)

Betulia-Liberata-mozart-talens-lyriquesCD, critique. MOZART : Betulia LIberata (Talens Lyriques, 2 cd Aparte 2019). Betulia liberata, K. 118 (1771), azione sacra ou drame sacrĂ©, est l’oeuvre d’un compositeur de … 15 ans. Etonnante prĂ©cocitĂ© et maturitĂ© de Wolfgang, qui y approfondit dĂ©jĂ  une hypersensibilitĂ© Ă©motionnelle ; la langue est traversĂ© d’éclairs sturm und drang et de formules europĂ©ennes apprises dans l’esprit de Mannheim (arias fermĂ©s da capo empruntĂ©s Ă  l’opĂ©ra seria). La Betulia est Ă©crite pour le Prince d’Aragon Ă  Padoue, mais n’y fut probablement jamais donnĂ©e. Vivaldi avait dĂ©jĂ  traitĂ© le sujet de la juive Judith, dĂ©capitant le gĂ©nĂ©ral assyrien Holopherne afin de libĂ©rer BĂ©thulie. Les Talens Lyriques sculptent la matière dramatique de l’oratorio avec toute l’expressivitĂ© requise, et les solistes savent caractĂ©riser chaque profil du Livre de Judith (Ancien Testament) : le gouverneur Ozias, la noble Amital, et la voluptueuse Judith (convaincante Teresa Iervolino), visage exaltĂ©, passionnĂ© et bras armĂ©, victorieux des IsraĂ©lites contre l’Assyrien. Les instrumentistes Ă©clairent cette Ă©volution majeure dans l’écriture mozartienne qui propre aux annĂ©es 1770 « prĂ©classiques », rĂ©alisent les premiers opĂ©ras ciselĂ©s, menant d’ Ascanio in Alba (Milan, oct 1771) au dĂ©jĂ  romantique et très goĂ©thĂ©en Lucio Silla (mars 1774, contemporain des Souffrances du jeune Werther). A travers les types bibliques, Wolfgang devient Mozart, peintre unique du cĹ“ur humain, vertiges et passions, mais ici fortement individualisĂ©s selon la capacitĂ© spĂ©cifique de chaque chanteur avec lequel il travaille et sait s’accorder. Lecture prenante qui s’appuie sur une distribution très homogène et crĂ©dible. + d’infos sur le site des Talens Lyriques : https://www.lestalenslyriques.com/discographie/betulia-liberata/ – parution : 25 sept 2020.

DVD. Massenet : Werther (Alagna, 2005)

roberto-alagna_ massenet dvd werther_DVD. Massenet : Werther (Alagna, 2005). Turin, 2005 : comme tout grand tĂ©nor français qui se respecte, Roberto Alagna prend Ă  bras le corps, le rĂ´le qui lui a valu dĂ©jĂ  une reconnaissance justifiĂ©e : Werther de Massenet. Un rĂ´le rĂ©cemment rĂ©ussi par ses cadets, Rolando Villazon et l’immense Jonas Kaufmann qui y offrait toute l’Ă©tendue de son mĂ©tal fauve (OpĂ©ra Bastille, 2010 sous la direction de Michel Plasson). Seul au disque, l’enregistrement dirigĂ© par Pappano immortalisait le Werther d’Alagna. A contrario du sombre et angoissĂ© Kaufmann, Alagna irradie d’une couleur toujours saine et dĂ©clamatoire aux phrasĂ©s impeccables, Ă  la diction enivrante.  Le chant souverain empĂŞche certainement une conception plus intĂ©rieure et trouble comme celle de ses cadets.
La mise en scène est plutĂ´t classique et discrĂŞte, parfaite donc pour souligner le chant des acteurs : aux cĂ´tĂ©s d’Alagna, Kate Aldrich fait une Charlotte sans failles et sans dĂ©fauts patents, mais sans troubles non plus… Nathalie Manfrino se montre plus convaincante en Sophie (le vibrato est davantage maĂ®trisĂ© en 2005), et Marc Barrard (Albert) comme Michel Trempon (le bailli) assurent l’Ă©clat d’une diction racĂ©e enfin intelligible. Massenet : Werther (Alagna, 2005), 1 dvd Deutsche Grammophon

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 12 février 2014. Jules Massenet : Werther. Abdellah Lasri, Karine Deshayes, Jean-François Lapointe, Hélène Guilmette. Michel Plasson, direction musicale. Benoît Jacquot, mise en scène

Abdellah_Lasri_Revelation_classique_Adami_2010Pour la dernière de cette reprise du Werther de Massenet dans la production de Benoît Jacquot, l’Opéra de Paris a eu la main heureuse en confiant le rôle-titre à un jeune ténor franco-marocain que nous suivons depuis longtemps déjà : Abdellah Lasri. Nous l’avions découvert tout à fait par hasard en 2008 dans une production de Don Giovanni montée par le CNSM de Paris, au sein de laquelle il incarnait un saisissant Ottavio – aux côtés d’Alexandre Duhamel et Gaëlle Arquez, respectivement Leporello et Zerlina –, portant déjà en lui la marque des très grands. Après son prix dans cette même institution, remporté haut la main, nous avons continué à suivre de loin une carrière s’étoffant lentement mais sûrement de l’autre côté du Rhin, le jeune artiste préférant l’apprentissage concret que permet le système allemand grâce aux troupes. Et c’est avec bonheur que la nouvelle de ses débuts sur les planches de l’Opéra Bastille – et quels débuts ! – nous est parvenue, le faisant succéder à Roberto Alagna pour cette unique soirée. Une seule et unique date, chance autant que gageure. Chance, car la fatigue n’a pas le temps de faire son œuvre ; gageure, car l’erreur n’est pas permise.

Un Werther vient de naître

Et c’est un coup de maître. Dès les premières phrases, on mesure combien ce jeune artiste fait jeu égal avec ses plus illustres aînés : le timbre est d’une rare couleur mordorée, immédiatement reconnaissable, lait et miel à la fois, d’une chaleur enveloppante dans sa texture qui fait penser à Luciano Pavarotti, ainsi qu’une égalité dans la ligne de chant, un sens des nuances et un ciselé dans la diction qui rappellent rien moins que Georges Thill.
Après un premier acte très assuré, c’est au deuxième, dans « Quand l’enfant revient d’un voyage » que le ténor déploie toute sa voix, en un superbe crescendo émotionnel. Au troisième acte, son « Pourquoi me réveiller », très attendu, déchaîne l’enthousiasme de la salle par l’élégance de son phrasé et l’éclat de son aigu, avant de se donner tout entier à la fin de la scène, fuyant vers son suicide. Mais c’est dans la scène finale que le drame se fait leçon de beau chant, l’émotion affleurant par la seule splendeur de la vocalité et le poids des mots, d’une épure dans les effets qu’on n’avait plus entendue depuis des lustres, laissant au loin toute tentation « naturaliste », pourtant souvent commode à ce moment de la soirée. Une mort bouleversante par sa sobriété et son raffinement, l’interprète paraissant simplement parler sur des notes, comme libéré du besoin de passer l’orchestre, du très grand art.
Le comédien apparaît quant à lui moins à l’aise, visiblement gêné par l’inclinaison de la scène rendant ses déplacements périlleux, et semble par instants n’avoir pas pu répéter suffisamment la mise en scène, mais au paroxysme de la passion, il se laisse simplement porter par la musique et trouve ainsi les gestes justes. Et c’est tout naturellement qu’il recueille au rideau final une spectaculaire ovation… dont il se montre le premier heureusement surpris.
Nous avons assisté ce soir à la naissance d’un grand Werther, et, plus généralement, à l’éclosion d’un ténor idéal pour les emplois de demi-caractère français, et promis, cela paraît désormais une évidence, à un brillant avenir. Gageons que les grandes maisons de la planète ne vont pas tarder à se pencher sur Abdellah Lasri, c’est le meilleur qu’on lui souhaite.
C’est de ces vœux que nous profitons pour espérer prudemment que, malgré sa prestation à saluer bien bas, le rôle de Werther ne lui soit pas trop vite confié dans d’autres maisons de la taille du vaisseau parisien et face à un orchestre aussi largement exposé. Pareille écriture vocale donne l’impression de le pousser parfois dans ses retranchements en matière de largeur et d’impact, surtout dans ces conditions sonores particulières, et il serait regrettable qu’un instrument aussi brillant et souple, si sain dans sa construction et sa vibration, en vienne à perdre de si belles qualités. Prudence est mère de sûreté, dit-on. C’est en tout cas notre credo, et celui qui, on l’espère, guidera la carrière de ce jeune ténor riche de promesses.
Face à lui, des chanteurs chevronnés, maintenant cette représentation à un très haut niveau. Pour sa première Charlotte, Karine Deshayes fait valoir sa fougue et la beauté de son timbre, incarnant avec vérité la femme déchirée entre l’amour et le devoir. Néanmoins, plus le temps passe, plus la voix paraît vouloir monter vers le registre supérieur, son centre de gravité semblant nettement se déplacer vers le haut. Le médium se révèle ainsi très peu sonore, et le grave semble étrangement poitriné, comme pas encore totalement ouvert et connecté. En revanche, le haut-médium et l’aigu impressionnent par leur puissance et leur facilité, augurant à notre sens de très beaux emplois parmi les rôles de soprano lyrique.
Nous ne pouvons nous empêcher d’émettre la même remarque au sujet de Jean-François Lapointe, qui donne vie de façon très crédible à la figure peu sympathique d’Albert, mais à la couleur vocale tirant très nettement vers le ténor central plutôt que le baryton annoncé, malgré un réel effort d’assombrissement du timbre et de l’émission. Là aussi, le centre de gravité de l’instrument apparaît audiblement plus haut que celui de l’écriture vocale qu’il sert. Saluons toutefois cet artiste, qui paie comptant et chante franchement.
Adorable Sophie, Hélène Guilmette croque avec malice ce personnage attachant et attendrissant, usant de la finesse de sa voix avec naturel et évidence, virevoltant sur scène comme un oiseau, toujours le sourire aux lèvres, un rayon de soleil au milieu du drame.
Efficaces et parfaitement à leur place, le Bailli de Jean-Philippe Lafont ainsi que les compères Schmidt et Johann incarnés par Luca Lombardo et Christian Tréguier, tous complètement idéalement une distribution soignée qui sert avec les honneurs ce répertoire et le style qui lui est propre.
La mise en scène de Benoît Jacquot, devenue déjà un classique, donne à lire l’intrigue telle que Massenet et ses librettistes l’ont voulue, ni plus ni moins. Et l’atmosphère toute germanique qui teinte cette scénographie rappelle l’origine goethéenne de cet opéra.
De retour aux commandes de cette œuvre, Michel Plasson confirme, s’il était besoin, son amour profond pour cette musique, dont il souligne toutes les teintes et fait naître les atmosphères comme un peintre devant sa toile, suivi comme un seul homme par l’orchestre maison, à la pâte sonore somptueuse. Le chef français rend en outre à certains tempi leur justesse, ramenant Massenet à lui-même, pour notre plus grand plaisir.
Une révélation qui porte un nom, Abdellah Lasri, et dont le succès ressemble fort à un envol.

Paris. Opéra Bastille, 12 février 2014. Jules Massenet : Werther. Livret d’Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann d’après Johann Wolfgang von Goethe. Avec Werther : Abdellah Lasri ; Charlotte : Karine Deshayes ; Albert : Jean-François Lapointe ; Sophie : Hélène Guilmette ; Le Bailli : Jean-Philippe Lafont ; Schmidt : Luca Lombardo ; Johann : Christian Tréguier ; Kätchen : Alix Le Saux ; Brühlmann : Joao Pedro Cabral. Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris. Orchestre de l’Opéra National de Paris. Michel Plasson, direction musicale. Mise en scène : Benoît Jacquot ; Décors et lumières originales : Charles Edwards ; Costumes : Christian Gasc ; Lumières : André Diot

Illustration : Abdellah Lasri (DR)

Compte rendu, OpĂ©ra. Paris. OpĂ©ra National de Paris (OpĂ©ra Bastille), le 22 janvier 2014. Massenet : Werther. Roberto Alagna, Karine Deshayes, Jean-François Lapointe… Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris. Michel Plasson, direction. BenoĂ®t Jacquot, mise en scène.

Paris, OpĂ©ra Bastille : Werther de Massenet. Alagna, Deshayes, jusqu’au 12 fĂ©vrier 2014. La production parisienne sous la direction de Michel Plasson s’avère incontournable, confirmant le succès de cette reprise …  Werther de Massenet (1892) revient sur la scène de l’OpĂ©ra National de Paris dans la cĂ©lèbre mise en scène de BenoĂ®t Jacquot. Michel Plasson dirige l’Orchestre maison avec Ă©lĂ©gance et raffinement. Roberto Alagna incarne le rĂ´le-titre avec une passion et un abandon Ă  fondre les cĹ“urs. Karine Deshayes compose une Charlotte dramatique et d’une grande dignitĂ©.

 

 

Le cas Massenet ou l’investissement rĂ©dempteur des interprètes

Investissement rédempteur des interprètes

 

GetAttachment.aspx Werther est l’un des opĂ©ras les plus cĂ©lèbres et les plus reprĂ©sentĂ©s de tout l’opus lyrique de Massenet. Pourtant, lors de sa première mondiale (en Allemagne, 1892) le public et la critique sont dĂ©routĂ©s par l’aspect acidulĂ© de l’ouvrage. Ceci se comprend facilement, la source du livret Ă©tant un hĂ©ros prĂ©-romantique Allemand de la plume d’un grand gĂ©nie germanique Johann Wolfgang von Goethe. Le roman Ă©pistolaire et subtilement autobiographique de Goethe a fait sensation lors de sa parution en 1774. L’effet Werther se voyait dans le changement de mode vestimentaire, les jeunes hommes et femmes s’habillant comme les protagonistes du roman, mais l’impact de l’œuvre a eu aussi un visage plus profond et glauque : il a en effet dĂ©clenchĂ© une sĂ©rie de suicides qui marqueront fortement la conscience collective.

L’adaptation du roman  par Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann, comme la mise en scène traditionnelle et belle de BenoĂ®t Jacquot, sont d’une grande efficacitĂ©. S’il n’y a pas la profondeur mĂ©taphysique du roman, elle se marie brillamment Ă  la musique de Massenet, en l’occurrence d’une dĂ©licieuse mĂ©lancolie romantique. Cet Ă©tat d’esprit mĂ©langeant finesse diaphane et trouble sentimental est comme celui des protagonistes.

Le rĂ´le de Werther est tenu avec charisme par le tĂ©nor Roberto Alagna. Il compose un personnage rayonnant, captivant et touchant dans sa dĂ©tresse passionnelle. Il incarne avec brio l’exubĂ©rance et la naĂŻvetĂ© du jeune amoureux. Ici Alagna dĂ©lecte l’auditoire avec les apports gĂ©nĂ©reux de son art… : une diction sans dĂ©faut, une science dĂ©clamatoire confirmĂ©e, un souffle facile, un registre aigu lumineux. Quand il chante « Pourquoi me rĂ©veiller ? » au troisième acte, le temps s’arrĂŞte, rien ne paraĂ®t exister dans la salle gargantuesque Ă  part l’ardente et ensorcelante misère du jeune poète. La Charlotte de Karine Deshayes est aussi convaincante par son investissement, son jeu d’actrice engageant, une ligne de chant dĂ©licatement nuancĂ©e comme la psychologie du personnage… Elle est presque suprĂŞme dans la scène des « lettres » au troisième acte. Quand elle implore la pitiĂ© de Werther pendant qu’il l’Ă©treint en criant « Je t’aime !», Ă  la fin du mĂŞme acte, l’effet est impressionnant et les frissons inĂ©vitables. Remarquons Ă©galement l’Albert du baryton Jean-François Lapointe, d’une noblesse et d’une prestance ravissante, aussi en forme vocalement que physiquement, ou encore la Sophie d’HĂ©lène Guilmette pĂ©tillante ma non troppo, au chant charmant, faisant preuve d’une indiscutable candeur vocale et théâtrale.

La direction de Michel Plasson s’accorde somptueusement Ă  la nature de l’opĂ©ra. Il exploite avec douceur les qualitĂ©s de l’Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris et les beautĂ©s de la partition… Un coloris raffinĂ©, dont l’aspect atmosphĂ©riste parfois fait penser Ă  un certain Debussy (!), ou encore la richesse mĂ©lodique dont la simplicitĂ© et la luciditĂ© prĂ©figurent Puccini. Massenet a dit de lui-mĂŞme qu’il Ă©tait « un compositeur bourgeois », ce soir, pourtant, sa musique dĂ©passe l’Ă©pithète mondaine grâce Ă  la performance touchante et surtout rĂ©ussie des interprètes. Encore Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille les 2, 5, 9 et 12 fĂ©vrier 2014. Incontournable.

Werther de Massenet Ă  l’OpĂ©ra Bastille

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Paris, Opéra Bastille. Massenet : Werther. Du 19 janvier au 12 février 2014.

S’il ne dĂ©commande pas c’est Roberto Alagna qui chante Ă  l’OpĂ©ra de Paris – après l’incarnation mĂ©morable de Jonas Kaufmann (!) ce qui sera certainement son dernier grand rĂ´le sur les planches parisiennes : Werther de Massenet (1892) d’après Goethe. A 50 ans, Jules Massenet signe l’un de ses chefs d’oeuvres avec Manon et Esclarmonde. Y pleurent et le jeune hĂ©ros impuissant Ă  aimer et enlever celle qu’il aime de tout son ĂŞtre, et sa bien aimĂ©e Charlotte que le devoir (toujours) et une promesse Ă©noncĂ©e trop vite, obligent Ă  en Ă©pouser un autre (Albert)…  Triste temps pour les amants romantiques, mais il est vrai pas assez rebelles, trop conformes dans leur vie fade et bourgeoise pour oser s’aimer librement… seraient-ils comme Eugène OnĂ©guine et la jeune Tatiana (dans l’OpĂ©ra de TchaĂŻkovski) eux aussi incapables d’agir ? Comme vouĂ©s Ă  une inertie mortelle. Au final, nous voilĂ  bien face Ă  un lent et inĂ©luctable Requiem pour un jeune romantique trop faible et dĂ©calĂ©.
Dans la mise en scène de Benoît Jacquot (créé originellement à Londres en 2004), et sous la conduite ductible, vibrante de Michal Plasson grand connaisseur de la partition, Karine Deshayes est Charlotte, elle aussi, succédant à une précédente mezzo frappante par son intensité vocale : Sophie Koch.

Opéra Bastille
Du 19 janvier au 12 février 2014

 

 

 

Requiem pour un jeune romantique

 

 

WertherWerther est d’abord  crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra ImpĂ©rial de Vienne, le 16 fĂ©vrier 1892, en allemand, sous la direction du compositeur. L’ouvrage est crĂ©Ă© en français Ă  Genève le 27 dĂ©cembre 1892. D’après le roman de Goethe, dĂ©couvert par Massenet depuis son sĂ©jour Ă  Bayreuth en 1886, Werther est un opĂ©ra proche de sa source littĂ©raire, contrairement aux adaptations lyriques de Gounod (Faust) et de Thomas (Mignon), plus fantaisistes vis Ă  vis du modèle goethĂ©en.
Massenet cependant rĂ©serve Ă  Charlotte une place aussi importante que Werther, ne rĂ©sistant pas Ă  dĂ©velopper les ressources expressives et dramatiques que permet ce duo amoureux impossible. La non rĂ©alisation  comme dans Eugène OnĂ©guine, est la clĂ© de leur relation; le compositeur rĂ©ussit d’ailleurs un opĂ©ra lumineux par ses dĂ©clarations sombres, ses reports mĂ©lancoliques qui finissent par ronger le coeur du trio Albert/Charlotte/Werther.
Les couleurs de l’orchestre soulignent en dĂ©finitive ce qui reste un opĂ©ra intimiste, Ă  l’Ă©coute des vertiges de l’âme… Ame romantique, donc tourmentĂ©e et en conflit, jamais apaisĂ©e, toujours en quĂŞte d’un idĂ©al inaccessible.

En classique français, Massenet se garde d’adopter le wagnĂ©risme ambiant: son Ă©criture garde cette Ă©lĂ©gance transparente et fine, emblème de son style “XVIIIème”.  A l’origine pour tĂ©nor, le rĂ´le-titre fut ensuite rĂ©Ă©crit par Massenet en 1902, pour le baryton Mattia Battistini. De sorte que nous avons Ă  prĂ©sent, validĂ©es par l’auteur lui-mĂŞme, deux versions de Werther de Massenet, l’une pour tĂ©nor, l’autre pour baryton.

 

 

CD. Massenet: Werther. Rolando Villazon (Pappano, 2011)2 cd Deutsche Grammophon. Rolando Villazon au sommet!

Centenaire Massenet 2012
cd événement
Rolando Villazon “est” Werther !

Londres, Covent Garden, juin 2011. La rage parfois Ă©ruptive du maestro Antonio Pappano restitue les Ă©carts expressifs de la partition de Massenet dont le gĂ©nie climatique Ă©blouit par ses pointes si justes et vraies, vĂ©ritable alternative esthĂ©tique Ă  l’heure du wagnĂ©risme et du vĂ©risme envahissant: ouverture prenante aux vertiges brĂ»lants et contrastes saisissants (comme le prĂ©lude du dernier acte oĂą l’on entend le suicide par pistolet du hĂ©ros goethĂ©en)… c’est un Massenet puccinien, vertigineux et intĂ©rieur que la baguette suit sans la dĂ©naturer: l’orchestre est magnifique, et la direction, d’un engagement exceptionnel.

Retour d’un Villazon au sommet

 

Le vrai pilier de la distribution reste dans un rĂ´le familier (il le
chante depuis 2006) et qu’il met en scène Ă©galement, le tĂ©nor
franco-mexicain, Rolando Villazon: superbe surprise en
vĂ©ritĂ©, de la part d’un artiste dont les excès rĂ©cents avaient imposĂ© la retraite vocale. Les moyens sont presque intacts et dĂ©jĂ  dĂ©lectables: interprète magistral de bout en bout, Rolando maĂ®trise la voix sur l’Ă©tendue de la tessiture, avec des aigus rayonnants et colorĂ©s… Bravissimo Rolando!
Massenet: Werther. Rolando Villazon. Royal Opera House orchestra. Antonio Pappano. 2cd Deutsche Grammophon. Enregistrement réalisé à Londres en juin 2011. ref 00289 477 9340. Parution annoncée: lundi 5 mars 2012

Massenet: Werther. Rolando Villazon (Pappano, 2011)2 cd Deutsche Grammophon. Rolando Villazon au sommet!

Londres, Covent Garden, juin 2011: voici au disque la production de Werther mis en scène par le cinĂ©aste Français Benoit Jacquot, dĂ©jĂ  superbement enregistrĂ© en DVD chez Decca avec un autre tĂ©nor hyperclassieux et magnifiquement convaincant vocalement et scĂ©niquement: l’immense Jonas Kaufmann (cette production avait Ă©tĂ© crĂ©e dès 2004 sur la scène londonienne avant d’ĂŞtre repris en janvier 2010 sur la scène de l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris).


Pappano engagé mais décevante Koch

A Londres, la rage parfois Ă©ruptive du maestro Antonio Pappano restitue les Ă©carts expressifs de la partition de Massenet dont le gĂ©nie climatique Ă©blouit par ses pointes si justes et vraies, vĂ©ritable alternative esthĂ©tique Ă  l’heure du wagnĂ©risme et du vĂ©risme envahissant: ouverture prenante aux vertiges brĂ»lants et contrastes saisissants (comme le prĂ©lude du dernier acte oĂą l’on entend le suicide par pistolet du hĂ©ros goethĂ©en); si l’on regrette parfois une surenchère stylistique confinant au pathos, ce que rĂ©ussit Pappano quand il resserre ses effets dans des climats qui fouillent les replis les plus intimes des hĂ©ros, est rĂ©ellement magistral (nous sommes ici aux antipodes du geste plus caressant, plus onctueux aussi d’un Plasson, directeur musical du dvd prĂ©cĂ©demment citĂ©); concernant Pappano, prenez le dĂ©but du cd2, tout le prĂ©lude et l’air des lettres de Charlotte (dĂ©but du III) respire, palpite, tressaille au diapason d’une âme amoureuse possĂ©dĂ©e par une passion muette et tue; c’est un Massenet puccinien vertigineux et intĂ©rieur : l’orchestre est magnifique, et la direction, d’un engagement exceptionnel.

Dommage que l’on ne peut Ă©crire un mĂŞme enthousiasme concernant la Charlotte de Sophie Koch: la mezzo, certes toujours stupĂ©fiante vocalement sur les planches (sa Waltraute dans la TĂ©tralogie wagnĂ©rienne Ă  Bastille) devoile ici, de très dommageables limites et dĂ©fauts dans sa langue: pas une seule note en mezzavoce tenue et colorĂ©e, aucune articulation juste et mesurĂ©e, la chanteuse dĂ©verse une soupe linguistique continument incomprĂ©hensible: un comble pour celle qui parvient Ă  toucher chez Strauss (le Komponist d’Ariadne auf Naxos) et donc Wagner. Mais l’art de dire et de chanter le texte français semble dĂ©finitivement hors de portĂ©e. C’est toute la subtile prose, et les nuances psychologiques du personnage si finement reliĂ©es Ă  la musique qui lui Ă©chappent; trop lointaine du texte, la mezzo s’autorise mĂŞme des ports de voix incontrĂ´lĂ©s, un style surjouĂ© et théâtral, des tics mĂ©caniques outrĂ©s et maniĂ©rĂ©s… qui malheureusement desservent Massenet: très vite, sa conception du rĂ´le tourne en rond et devient insupportable tant elle en fait des tonnes… assenant aussi des notes criĂ©es quand elle ne peut les couvrir.


Retour d’un Villazon au sommet

Le vrai pilier de la distribution reste dans un rĂ´le familier (il le chante depuis 2006) et qu’il met en scène Ă©galement, le tĂ©nor franco-mexicain, Rolando Villazon: superbe surprise en vĂ©ritĂ©, de la part d’un artiste dont les excès rĂ©cents avaient imposĂ© la retraite vocale. Les moyens sont presque intacts et dĂ©jĂ  dĂ©lectables: interprète magistral de bout en bout, Rolando maĂ®trise la voix sur l’Ă©tendue de la tessiture, avec des aigus rayonnants et colorĂ©s, un style Ă  l’opposĂ© de sa partenaire, vĂ©ritable modèle de chant puissant et intelligent: proche du texte, flexible, naturel, nuancĂ©; capable de mezza-voce soutenue, sur le souffle, et ce qu’il partage aujourd’hui avec Roberto Alagna, cet investissement radical sur le plan Ă©motionnel et psychologique, ciselĂ© avec une subtilitĂ© … sans pathos: “Pourquoi me rĂ©veiller… ” est en ce sens littĂ©ralement bouleversant : c’est le chant d’un condamnĂ© qui a dĂ©jĂ  choisi de mourir … Le hĂ©ros romantique pur et rayonnant par son sacrifice tel qu’imaginĂ© par Goethe, trouve une incarnation anthologique… sa seule prestation, malgrĂ© les dĂ©fauts de sa partenaire, justifie l’acquisition urgente de ce coffret indispensable. Ainsi le tenorissimo rĂ©ussit son retour lyrique et dĂ©jĂ  Deutsche Grammophon annonce d’ici la fin de l’annĂ©e un nouvel album dĂ©diĂ© aux hĂ©ros verdiens… Bravissimo Rolando!

Massenet: Werther. Rolando Villazon. Royal Opera House orchestra. Antonio Pappano. 2cd Deutsche Grammophon. Enregistrement réalisé à Londres en juin 2011. ref 00289 477 9340. Parution annoncée: lundi 5 mars 2012