COMPTE-RENDU, critique, concert. PARIS, salle Cortot, le 2 déc 2019. Le temps retrouvé / Li-Kung Kuo (violon), Cédric Lorel (piano)

COMPTE-RENDU, critique, concert. PARIS, salle Cortot, le 2 déc 2019. Le temps retrouvé / Li-Kung Kuo (violon), Cédric Lorel (piano). Au cœur du chambrisme français. Chausson, Saint-Saëns, Hahn, Ysaÿe… le duo Li-Kung Kuo (violon), Cédric Lorel (piano) à la faveur de leur récent cd édité par Cadence Brillante, intitulé « Le temps retrouvé » (récompensé par le CLIC de CLASSIQUENEWS), souligne l’âge d’or de la musique de chambre en France au temps de Proust dont ils ont proposé une certaine idée du goût musical, propre à la Belle-Epoque. Il n’y a aucun doute sur la qualité de cette musique évocatrice e poétique et l’on s’étonne toujours de ne pas l’écouter plus souvent dans les salles de concert.

 

 

Mille et une nuances du chambrisme français

 

 

Cédric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvéSur les traces de la légendaire et très littéraire Sonate de Vinteuil, mythe proustien par excellence, les deux artistes abordent plusieurs auteurs du programme de leur cd, mais dans un ordre différent, terminant par Eugène Ysaÿe dont il trace ainsi un portrait complet, comme interprète et comme compositeur.
 A l’époque de Proust, le chant de l’âme vibrante et désirante s’exprime au violon ainsi : virtuosissime (Caprice opus 52 n°6, d’après Saint-Saëns d’Ysaÿe) ; âpre et profond, jusqu’à l’expiration enivrée (très wagnérien et tristanesque Poème de Chausson opus 25 ; extatique éperdu en une volupté heureuse (Nocturne de Hahn) …
Le sommet du récital à Cortot étant la Sonate n°1 de Saint-Saëns (opus 75) de 1885, sa petite mélodie aérienne, fruit d’un génie français de 50 ans, qui aura certainement inspiré Marcel, lequel n’hésitait jamais, comme pour mieux brouiller les pistes, à dire sa détestation de… Saint-Saëns justement. C’est pourtant bien cet air qui semble jaillir de l’enfance, naturel et coulant en une innocence, intacte et vive qui surgit comme second thème du premier mouvement, saisissant par sa simplicité et son intensité sincère. Proust y détecte comme un leit motiv emblématique de La Recherche du temps perdu, la « masse » du piano sous la ligne violonistique, écrit-il transporté, « multiforme, indivise, (…), la mauve agitation des flots que charme et bémolise le clair de lune ». Au cœur de l’inspiration proustienne, la musique qui a ce don de jaillir comme une source fécondante, continue. Tout le génie de Camille s’exprime alors, organisant la forme Sonate en un diptyque qui marque les esprits par son souffle, ses crépitements vifs argents, son charme « intérieur », ce « chic à la française » qui surpasse même l’élégance viennoise par sa profondeur et la sensualité de ses couleurs… que Cédric Lorel, remarquable de couleurs fauves en effet, par son toucher suggestif, … « proustien », réactive d’un bout à l’autre au clavier.
Sa complicité et son écoute offrent une assise souple et articulée au chant direct et intense du violoniste taiwanais Li-Kung Kuo dont la franchise sonore sait libérer la tension et maintenir l’expressivité du son de façon continue. Et c’est peu dire que le violoniste aborde avec une superbe chauffée à blanc la séquence ivre de doubles croches qui s’électrise en cascades irradiantes jusqu’au finale, éblouissant de santé apollinienne. Du cran et de la constance marque ce programme régénérant. Un bain de romantisme français d’une hallucinante maturité poétique.
Le Chausson (que créa Ysaÿe) culmine dans l’évocation de paysages crépusculaires où plane l’idée d’un envoûtement mystérieux.

UN AGE D’OR de la musique française… Rien n’est semblable à l’acuité expressive des compositeurs français que marque alors une nette volonté d’affirmer l’écriture nationale vis à vis des germaniques. Si Chausson, mort trop jeune, se forme en vérité en copiant les quatuors de Beethoven et de Schumann, saine vocation pour celui que son père força au droit, il nous laisse (avec Franck), une alternative au wagnérisme inévitable, que les deux interprètes ce soir, dévoilent avec une sûreté musicale et une grande finesse.
Et quelle belle idée de terminer le concert en jouant Lili Boulanger, très inspirée dans ce Nocturne (qui semble ainsi répondre à celui de Reynaldo Hahn, joué en ouverture). En un mot, superbe concert que l’auditeur retrouve dans le cd opportunément intitulé « le temps retrouvé ».

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

LIRE aussi notre critique du cd Le temps retrouvé par Li-Kung Kuo (violon), Cédric Lorel (piano), édité en novembre 2019 chez Cadence Brillante.

PARIS, Cortot, 2 dĂ©c 2019. Proust et la Belle Époque : la Sonate de Vinteuil Ă©lucidĂ©e. Li-Kung Kuo (violon) – CĂ©dric Lorel (piano)

le-temps-retrouve-disque-img- li kung kuo cedric lorel violon et piano cd review annonce concert cd critique classiquenews CLIC de classiquenews 450PARIS, Cortot, ce soir, 20h30. 2 dĂ©c 2019. La Sonate de Vinteuil élucidĂ©e… Li-Kung Kuo (violon) – CĂ©dric Lorel (piano) / 1 cd Cadence Brillante. A la recherche de Proust, et tout autant de la figure centrale d’Eugène YsaĂże, le violoniste Li-Kung KUO et le pianiste CĂ©dric LOREL mĂŞlent avec intelligence et avec un vrai goĂ»t des filiations et des correspondances quatre compositeurs français aux tempĂ©raments distincts ; tous se rejoignent sur un point : l’expression la plus juste et la plus prĂ©cise du sentiment intĂ©rieur. A la fois expressifs (et mesurĂ©s), et introspectifs (sans appuis excessifs), les deux interprètes ressuscitent un âge d’or de la musique de chambre française Ă  l’époque d’A la recherche du temps perdu. Musique et littĂ©rature dialoguent ici naturellement. De fait, dans cette vivacitĂ© aiguĂ« qui creuse la charge Ă©motionnelle de chaque morceau, sans rien omettre de chaque enjeu poĂ©tique, le duo rend justice Ă  l’esprit Belle Epoque, sorte de romantisme tardif transcendĂ©. S’affirment surtout deux sommets du chambrisme français (avec en volet final de ce triptyque imaginaire, le Trio de Ravel, absent ici car il faudrait un 3è complice) : le Poème de Chausson et la Sonate n°1 de Saint-SaĂ«ns, entre gravitĂ© et ravissement.

Le premier morceau (Caprice d’après La Valse de St-Saëns) affirme la virtuosité directe enflammée dont Ysaÿe était coutumier, habile à s’approprier chaque partition, avec une intensité et une articulation percutante, vive, précise, mordante. La personnalité inspire l’ensemble du programme ; c’est lui qui créa des pièces aussi prestigieuses que le Quatuor de Debussy, le Poème de Chausson. Avec Raoul Pugnol (piano), Ysaÿe joua la Sonate de Saint-Saëns dont il déduit une étude elle aussi saisissante par son nuancier expressif, ses crépitements d’une très haute virtuosité.

CHAUSSON, SAINT-SAËNS…
un âge d’or du chambrisme français

Chez Debussy, on relève dès « l’Allegro vivo » l’activité filigranée, inscrite dans le repli et la conservation du souvenir (chant et ligne du violon). « Intermède » est exprimé comme une pantomime, légère, d’une nervosité arachnénenne, précisément expressive, pure instant de poésie évocatoire, aux imprévisibles intentions, aux humeurs esquissées, changeantes.
« Très animé » laisse s’exprimer une agitation enivrée tout en délicatesse intérieure et pudique pourtant (réitération du thème de l’Allegro vivo), mais aussi presque lascive (hispanisme comme endeuillé et plein de panache).

Le piano choisi (Bechstein 1898) captive par sa qualité de rebond, velours allusif en particulier dans le climat de pluie suspendue qui installe ce calme inquiet et langoureux du Poème de Chausson. Préalable qui est amorce suspendue, d’une tristesse mesurée, elle aussi productrice d’un vrai climat poétique qui est propice à faire jaillir le sentiment : la ligne du violon est longue, sur le souffle, d’une infinie gravité, d’une profonde tendresse, d’un rayonnement peu à peu lumineux qui s’embrase littéralement. C’est sous les doigts du taiwanais Li-King Kuo, le déploiement de cette sensibilité claire et transparente, ligne éperdue, étirée jusqu’aux confins du souffle, essentiellement française.

CLIC D'OR macaron 200Puis s’accomplit le miracle du Saint-Saëns (Sonate n°1, modèle présumé de la fameuse Sonate de Vinteuil): très complices, et même fusionnels, piano et violon réussissent dans le premier mouvement « Allegro agitato », le plus long (7 mn), agité en effet et même crépitant, d’une activité que l’on penserait rien que bavarde, jusqu’à l’émergence de la « petite phrase », motif chantant dans l’aigu, vrai jaillissement d’un souvenir de ravissement fugace, qui apaise du fait même de son énoncé. La suggestion, l’allusion, l’infini mélancolie qui portent au rêve et à l’abandon, contrasté avec les passages plus tendus voire âpres, structurent une partition qui relève du génie de Saint-Saëns. Même s’il n’aimait pas le compositeur, Proust a dû irrésistiblement être vaincu par l’infinie tendresse de la mélodie centrale, désormais entêtante et emblématique de tout son œuvre littéraire. Les interprètes laissent à l’œuvre de superbes plages de dialogues feutrés, comme enveloppés par la question et le sens du souvenir et de la mémoire. C’est un temps rétrospectif et intime, mais aussi dans la réalisation, une formidable énergie active qui résoud et libère (réitération du motif « mauve » dans le dernier « Allegro molto »).
D’un bout à l’autre on goûte le velouté diaphane du piano, son crépitement crépusculaire (« mauve » et lunaire, aurait dit Marcel Proust, in texto) ; comme le chant en extase d’un violon qui caresse ses souvenirs, accepte, s’émerveille. En phrases étendues, éperdues (Adagio). En crépitement halluciné, roboratif (dernier Allegro molto). La qualité du chant du violon (Testore 1700, « ex Galamian ») s’épanouit sans emphase en toute complicité avec le Bechstein, le piano préféré de Debussy.
La qualité d’articulation et de chant du violon, se manifeste pleinement enfin dans l’extase mélodique du Hahn, évidement un « Nocturne » pour mieux se glisser et dialoguer avec le motif crépusculaire de la petite phrase inventée par Saint-Saëns.

________________________________________________________________________________________________

CD, Ă©vĂ©nement, critique. Le Temps retrouvĂ©. Li-Kung Kuo (violon) - CĂ©dric Lorel (piano) (1 cd Cadence Brillante) – parution le 15 novembre 2019

________________________________________________________________________________________________

LIRE aussi notre prĂ©sentation du cd LE TEMPS RETROUVÉ – Li-Kung Kuo (violon) - CĂ©dric Lorel (piano)

________________________________________________________________________________________________

AGENDA

 

 

CONCERT A PARIS

________________________________________________________________________________________________

Concert de lancement
PARIS, Salle Cortot,
Lundi 2 décembre 2019, 20h30

Li-Kung Kuo (violon)
CĂ©dric Lorel (piano)

RÉSERVEZ

https://www.billetweb.fr/kuo-lorel-le-temps-retrouve

 

 

Programme :

Reynaldo Hahn (1874-1947)
Nocturne pour violon et piano

Claude Debussy (1862-1918)
Sonate pour violon et piano

Ernest Chausson (1855-1899)
Poème op. 25

Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Sonate pour violon et piano n°1 op. 75

Eugène Ysaÿe (1858-1931)
Caprice d’après l’Etude en forme de valse op. 52 n°6 de Saint-SaĂ«ns

 

 le-temps-retrouve-disque-img- li kung kuo cedric lorel violon et piano cd review annonce concert cd critique classiquenews CLIC de classiquenews 450

 

 

________________________________________________________________________________________________

GRAND ENTRETIEN

CĂ©dric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvĂ©LIRE notre entretien avec le violoniste Li-Kung Kuo et le pianiste CĂ©dric Lorel. Le duo explique l’enjeu artistique de leur premier album Ă©ditĂ© par Cadence Brillante : ressusciter l’engagement d’une personnalitĂ© musicale de premier plan, en lien Ă©troit avec la composition et les auteurs de son temps… Eugène YsaĂże et les compositeurs de son temps : la Belle Epoque (Hahn, Chausson, Saint-SaĂ«ns, Debussy…)

Propos recueillis en novembre 2019

________________________________________________________________________________________________

 

 

TEASER VIDEO

________________________________________________________________________________________________

 

 

________________________________________________________________________________________________

PARIS, Cortot, 2 déc 2019. Le Temps retrouvé. Li-Kung Kuo (violon) - Cédric Lorel (piano) (1 cd Cadence Brillante)

le-temps-retrouve-disque-img- li kung kuo cedric lorel violon et piano cd review annonce concert cd critique classiquenews CLIC de classiquenews 450PARIS, Cortot, 2 dĂ©c 2019. Le Temps retrouvĂ©. Li-Kung Kuo (violon) – CĂ©dric Lorel (piano) / 1 cd Cadence Brillante. A la recherche de Proust, et tout autant de la figure centrale d’Eugène YsaĂże, le violoniste Li-Kung KUO et le pianiste CĂ©dric LOREL mĂŞlent avec intelligence et avec un vrai goĂ»t des filiations et des correspondances quatre compositeurs français aux tempĂ©raments distincts ; tous se rejoignent sur un point : l’expression la plus juste et la plus prĂ©cise du sentiment intĂ©rieur. A la fois expressifs (et mesurĂ©s), et introspectifs (sans appuis excessifs), les deux interprètes ressuscitent un âge d’or de la musique de chambre française Ă  l’époque d’A la recherche du temps perdu. Musique et littĂ©rature dialoguent ici naturellement. De fait, dans cette vivacitĂ© aiguĂ« qui creuse la charge Ă©motionnelle de chaque morceau, sans rien omettre de chaque enjeu poĂ©tique, le duo rend justice Ă  l’esprit Belle Epoque, sorte de romantisme tardif transcendĂ©. S’affirment surtout deux sommets du chambrisme français (avec en volet final de ce triptyque imaginaire, le Trio de Ravel, absent ici car il faudrait un 3è complice) : le Poème de Chausson et la Sonate n°1 de Saint-SaĂ«ns, entre gravitĂ© et ravissement.

Le premier morceau (Caprice d’après La Valse de St-Saëns) affirme la virtuosité directe enflammée dont Ysaÿe était coutumier, habile à s’approprier chaque partition, avec une intensité et une articulation percutante, vive, précise, mordante. La personnalité inspire l’ensemble du programme ; c’est lui qui créa des pièces aussi prestigieuses que le Quatuor de Debussy, le Poème de Chausson. Avec Raoul Pugnol (piano), Ysaÿe joua la Sonate de Saint-Saëns dont il déduit une étude elle aussi saisissante par son nuancier expressif, ses crépitements d’une très haute virtuosité.

CHAUSSON, SAINT-SAËNS…
un âge d’or du chambrisme français

Chez Debussy, on relève dès « l’Allegro vivo » l’activité filigranée, inscrite dans le repli et la conservation du souvenir (chant et ligne du violon). « Intermède » est exprimé comme une pantomime, légère, d’une nervosité arachnénenne, précisément expressive, pure instant de poésie évocatoire, aux imprévisibles intentions, aux humeurs esquissées, changeantes.
« Très animé » laisse s’exprimer une agitation enivrée tout en délicatesse intérieure et pudique pourtant (réitération du thème de l’Allegro vivo), mais aussi presque lascive (hispanisme comme endeuillé et plein de panache).

Le piano choisi (Bechstein 1898) captive par sa qualité de rebond, velours allusif en particulier dans le climat de pluie suspendue qui installe ce calme inquiet et langoureux du Poème de Chausson. Préalable qui est amorce suspendue, d’une tristesse mesurée, elle aussi productrice d’un vrai climat poétique qui est propice à faire jaillir le sentiment : la ligne du violon est longue, sur le souffle, d’une infinie gravité, d’une profonde tendresse, d’un rayonnement peu à peu lumineux qui s’embrase littéralement. C’est sous les doigts du taiwanais Li-King Kuo, le déploiement de cette sensibilité claire et transparente, ligne éperdue, étirée jusqu’aux confins du souffle, essentiellement française.

CLIC D'OR macaron 200Puis s’accomplit le miracle du Saint-Saëns (Sonate n°1, modèle présumé de la fameuse Sonate de Vinteuil): très complices, et même fusionnels, piano et violon réussissent dans le premier mouvement « Allegro agitato », le plus long (7 mn), agité en effet et même crépitant, d’une activité que l’on penserait rien que bavarde, jusqu’à l’émergence de la « petite phrase », motif chantant dans l’aigu, vrai jaillissement d’un souvenir de ravissement fugace, qui apaise du fait même de son énoncé. La suggestion, l’allusion, l’infini mélancolie qui portent au rêve et à l’abandon, contrasté avec les passages plus tendus voire âpres, structurent une partition qui relève du génie de Saint-Saëns. Même s’il n’aimait pas le compositeur, Proust a dû irrésistiblement être vaincu par l’infinie tendresse de la mélodie centrale, désormais entêtante et emblématique de tout son œuvre littéraire. Les interprètes laissent à l’œuvre de superbes plages de dialogues feutrés, comme enveloppés par la question et le sens du souvenir et de la mémoire. C’est un temps rétrospectif et intime, mais aussi dans la réalisation, une formidable énergie active qui résoud et libère (réitération du motif « mauve » dans le dernier « Allegro molto »).
D’un bout à l’autre on goûte le velouté diaphane du piano, son crépitement crépusculaire (« mauve » et lunaire, aurait dit Marcel Proust, in texto) ; comme le chant en extase d’un violon qui caresse ses souvenirs, accepte, s’émerveille. En phrases étendues, éperdues (Adagio). En crépitement halluciné, roboratif (dernier Allegro molto). La qualité du chant du violon (Testore 1700, « ex Galamian ») s’épanouit sans emphase en toute complicité avec le Bechstein, le piano préféré de Debussy.
La qualité d’articulation et de chant du violon, se manifeste pleinement enfin dans l’extase mélodique du Hahn, évidement un « Nocturne » pour mieux se glisser et dialoguer avec le motif crépusculaire de la petite phrase inventée par Saint-Saëns.

________________________________________________________________________________________________

CD, Ă©vĂ©nement, critique. Le Temps retrouvĂ©. Li-Kung Kuo (violon) - CĂ©dric Lorel (piano) (1 cd Cadence Brillante) – parution le 15 novembre 2019

________________________________________________________________________________________________

LIRE aussi notre prĂ©sentation du cd LE TEMPS RETROUVÉ – Li-Kung Kuo (violon) - CĂ©dric Lorel (piano)

________________________________________________________________________________________________

AGENDA

 

 

CONCERT A PARIS

________________________________________________________________________________________________

Concert de lancement
PARIS, Salle Cortot,
Lundi 2 décembre 2019, 20h30

Li-Kung Kuo (violon)
CĂ©dric Lorel (piano)

RÉSERVEZ

https://www.billetweb.fr/kuo-lorel-le-temps-retrouve

 

 

Programme :

Reynaldo Hahn (1874-1947)
Nocturne pour violon et piano

Claude Debussy (1862-1918)
Sonate pour violon et piano

Ernest Chausson (1855-1899)
Poème op. 25

Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Sonate pour violon et piano n°1 op. 75

Eugène Ysaÿe (1858-1931)
Caprice d’après l’Etude en forme de valse op. 52 n°6 de Saint-SaĂ«ns

 

 le-temps-retrouve-disque-img- li kung kuo cedric lorel violon et piano cd review annonce concert cd critique classiquenews CLIC de classiquenews 450

 

 

________________________________________________________________________________________________

GRAND ENTRETIEN

CĂ©dric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvĂ©LIRE notre entretien avec le violoniste Li-Kung Kuo et le pianiste CĂ©dric Lorel. Le duo explique l’enjeu artistique de leur premier album Ă©ditĂ© par Cadence Brillante : ressusciter l’engagement d’une personnalitĂ© musicale de premier plan, en lien Ă©troit avec la composition et les auteurs de son temps… Eugène YsaĂże et les compositeurs de son temps : la Belle Epoque (Hahn, Chausson, Saint-SaĂ«ns, Debussy…)

Propos recueillis en novembre 2019

________________________________________________________________________________________________

 

 

TEASER VIDEO

________________________________________________________________________________________________

 

 

________________________________________________________________________________________________

ENTRETIEN avec Li-Kung Kuo (violon) et Cédric Lorel (piano). Le Temps retrouvé…

le-temps-retrouve-disque-img- li kung kuo cedric lorel violon et piano cd review annonce concert cd critique classiquenews CLIC de classiquenews 450ENTRETIEN avec Li-Kung Kuo (violon) et Cédric Lorel (piano). Le Temps retrouvé… Annoncé le 15 nov prochain, le CD «  Le temps retrouvé » suit les traces du violoniste légendaire Eugène Ysaÿe : un guide qui inspire ainsi le violoniste Li-Kung Kuo et le pianiste Cédric Lorel. Le duo explique l’enjeu artistique de leur premier album édité par Cadence Brillante : ressusciter l’engagement d’une personnalité musicale de premier plan, en lien étroit avec la composition et les auteurs de son temps… Si Ravel trouvait leurs natures difficiles à faire dialoguer, les deux instrumentistes déploient a contrario une étonnante complicité qui fait chanter les partitions choisies : Ysaÿe, Saint-Saëns, Chausson, Debussy… A deux voix, Li-Kung Kuo et Cédric Lorel ressuscitent un âge d’or de la musique de chambre française. Entretien avec les deux musiciens à propos de leur premier album dont le programme est aussi le sujet d’un concert exceptionnel le 2 décembre 2019, à Paris, Salle CORTOT.

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

 Cédric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvé

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Que nous transmet aujourd’hui la figure du violoniste Eugène Ysaÿe ?

Li-Kung Kuo et CĂ©dric Lorel : « Artiste aux dons multiples, immense interprète, professeur recherchĂ© et compositeur de talent, Ysaye a suscitĂ© nombre de crĂ©ations et de collaborations artistiques Ă  travers toute l’Europe. Il incarne un idĂ©al de musicien qui dĂ©passe les frontières, tout en Ă©tant profondĂ©ment attachĂ© Ă  son pays et sa culture d’origine. Ses six sonates pour violon constituent un monument du rĂ©pertoire pour l’instrument, aux cĂ´tĂ©s de celles de Bach et des caprices de Paganini. Par ailleurs son style est très reprĂ©sentatif de l’école franco-belge du dĂ©but du siècle, avec une personnalitĂ© très marquĂ©e qui donne un caractère unique Ă  ses interprĂ©tations. Ysaye demeure aujourd’hui encore une rĂ©fĂ©rence et un modèle pour tous les violonistes ».

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Quels aspects du musiciens souhaitez-vous Ă©clairer Ă  travers votre programme ?

Li-Kung Kuo et CĂ©dric Lorel : « L’inspirateur, par son art unique de violoniste, de certains des plus grands compositeurs de son temps (Ă©tant le dĂ©dicataire et le crĂ©ateur de nombre de chefs-d’Ĺ“uvre, Ă  commencer bien sĂ»r par le Poème d’Ernest Chausson). Egalement, son talent -plus mĂ©connu- de compositeur Ă  travers son « caprice en forme de valse » d’après Saint-SaĂ«ns, un aspect de son art que nous aimerions davantage mettre en avant, peut-ĂŞtre pour un futur projet d’enregistrement… ; Ses poèmes symphoniques, rarement jouĂ©s et enregistrĂ©s, mĂ©ritent Ă©galement d’être redĂ©couverts ».

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Pouvez-vous nous présenter en quelques mots les défis et le caractère général des oeuvres de Chausson, Saint-Saëns, Debussy ?

Li-Kung Kuo et CĂ©dric Lorel : « Dans la sonate de Debussy, il faut trouver les couleurs et l’atmosphère si typiques de ce compositeur, en gardant une certaine libertĂ© dans le discours musical -un peu comme si l’on voulait donner l’impression d’une improvisation- mais tout en respectant Ă  la lettre les très nombreuses indications. Ceci est rendu encore plus dĂ©licat par la brièvetĂ© et la densitĂ© de l’œuvre, et par le caractère volontiers fantasque du discours musical.

Pour le poème de Chausson, outre sa durĂ©e (environ un quart d’heure, d’un seul tenant) et la richesse de l’Ă©criture violonistique, un des dĂ©fis est de maintenir la tension (et l’attention !) de la première Ă  la dernière note. InspirĂ©e par la nouvelle de Tourgueniev « Le chant de l’amour triomphant », la pièce est en effet d’un post-romantisme exacerbĂ© et parfois mĂŞme dramatique. Une autre difficultĂ© est bien sĂ»r de faire sonner au mieux la partie de piano transcrite Ă  partir de l’orchestre, en conservant le souffle et l’esprit de cette Ĺ“uvre si originale.

Le discours musical de la sonate de Saint-SaĂ«ns est plus simple et direct, et l’effet sur l’auditeur immĂ©diat – la difficultĂ© rĂ©side surtout dans la prĂ©cision de la mise en place et l’Ă©criture très virtuose pour les deux instruments, notamment dans l’Ă©tourdissant final. Qu’est ce qui en fait le lien ?

Le caractère cyclique de l’Ă©criture musicale : chez Debussy et Saint-SaĂ«ns, certains thèmes et Ă©lĂ©ments mĂ©lodiques se retrouvent d’un mouvement Ă  l’autre, parfois de manière Ă©vidente, parfois beaucoup plus subtilement.
Chez Chausson, le thème principal apparaĂ®t Ă  plusieurs reprises tout au long de l’oeuvre, instrumentĂ© ou harmonisĂ© diffĂ©remment. Dans les trois cas, ceci assure une grande unitĂ© Ă  des Ĺ“uvres Ă  la forme apparemment très libre. Mais le lien peut-ĂŞtre le plus Ă©vident est bien sĂ»r l’admiration et l’amitiĂ© qu’ont nourri chacun de ces compositeurs pour YsaĂże ».

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Vous évoquez Proust et la Sonate de Vinteuil… quel serait les caractéristiques principales de la musique française à l’époque de Proust, dont Vinteuil serait l’emblème ?

Li-Kung Kuo et Cédric Lorel : « Par rapport à la période romantique qui tire à sa fin et dont Saint-Saëns pourrait représenter un des derniers témoignages (tout en évitant certains de ses excès…), le tournant du siècle voit la musique se libérer et s’ouvrir à de nouvelles formes et influences : dégagée de l’emprise de Wagner – bien que son influence soit encore assez sensible chez Chausson, par exemple- un parfum fortement exotique (d’Asie notamment – effet des expositions universelles, mais aussi d’Espagne) imprègne nombre de compositions. Dans le même temps, l’exploration de nouvelles harmonies, un certain équilibre et des dimensions plus « raisonnables » se conjuguent heureusement avec un renouveau de la musique de chambre, dû d’abord principalement à César Franck , et qui poursuivra son accomplissement chez Chausson, Fauré, et nombre de compositeurs de première importance, inspirés et stimulés par des virtuoses exceptionnels ».

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Comment s’est formé votre duo ? Quels sont les caractères qui permettent votre complicité ?

Li-Kung Kuo et CĂ©dric Lorel : « Nous nous sommes rencontrĂ©s Ă  l’occasion des concerts d’inauguration du Centre de Musique de Chambre de Paris auxquels Li-Kung participait, en 2015. Ayant en commun une prĂ©dilection pour certaines oeuvres et le dĂ©sir d’explorer un rĂ©pertoire moins courant et frĂ©quentĂ©, nous avons rapidement eu envie de dĂ©chiffrer et jouer ensemble.

Li-Kung a Ă©galement Ă©tudiĂ© le piano et a une grande connaissance de l’instrument, son rĂ©pertoire et ses interprètes, ce qui permet Ă  mon avis une Ă©coute encore plus attentive et une parfaite comprĂ©hension mutuelle lors de notre travail. Pour ma part, j’avais dĂ©jĂ  pas mal d’expĂ©rience de musique de chambre, notamment dans la formation violon/piano, mais je n’avais que rarement eu l’occasion de travailler si en dĂ©tails, en profondeur et sur la durĂ©e, ces Ĺ“uvres magnifiques et passionnantes, mais Ă´ combien exigeantes Ă©galement.

Ravel pensait que le violon et le piano étaient par nature des instruments tellement différents qu’il était extrêmement difficile de les assortir… nous essayons pour notre part d’aller toujours plus loin pour trouver l’harmonie nécessaire et rendre cohérent un tel ensemble. »

 

 

 Propos recueillis en novembre 2019

________________________________________________________________________________________________

LIRE notre prĂ©sentation du cd Le Temps retrouvĂ© par Li-Kung Kuo (violon) - CĂ©dric Lorel (piano) / (1 cd Cadence Brillante) – Parution le 15 nov 2019. Concert exceptionnel de lancement, Paris, salle Cortot, lundi 2 dĂ©cembre 2019, 20h. RĂ©servez votre place ici :

https://www.billetweb.fr/kuo-lorel-le-temps-retrouve

 

 

 

 

NOUVEAU CD

________________________________________________________________________________________________

Parution du cd « Le temps retrouvé »
le 15 novembre 2019

+ d’infos sur le site Cadence Brillante :
http://cadencebrillante.com

 

Cédric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvé

 

 

CONCERT A PARIS

________________________________________________________________________________________________

Concert de lancement
PARIS, Salle Cortot,
Lundi 2 décembre 2019, 20h30

Li-Kung Kuo (violon)
CĂ©dric Lorel (piano)

RÉSERVEZ

https://www.billetweb.fr/kuo-lorel-le-temps-retrouve

 

 

Programme :

Reynaldo Hahn (1874-1947)
Nocturne pour violon et piano

Claude Debussy (1862-1918)
Sonate pour violon et piano

Ernest Chausson (1855-1899)
Poème op. 25

Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Sonate pour violon et piano n°1 op. 75

Eugène Ysaÿe (1858-1931)
Caprice d’après l’Etude en forme de valse op. 52 n°6 de Saint-SaĂ«ns

 

 le-temps-retrouve-disque-img- li kung kuo cedric lorel violon et piano cd review annonce concert cd critique classiquenews CLIC de classiquenews 450

  

 

 

________________________________________________________________________________________________

TEASER VIDEO

 

 

LA VRAIE VIE DE VINTEUIL… Entretien avec Jérôme Bastianelli

proustLA VRAIE VIE DE VINTEUIL… Entretien avec Jérôme Bastianelli. Grasset édite en mars 2019, une fiction musicale plus vraie que la réalité et dédiée à l’élucidation d’un mythe autant littéraire qu’instrumental : la Sonate de Vinteuil, invention romantique et romanesque que Proust utilise pour donner vie à sa recherche personnelle et enrichir l’étoffe romanesque de ses personnages. L’auteur Jérôme Bastianelli « ose » reconstruire à partir de sa propre connaissance du texte proustien, la vie supposée du compositeur le plus fameux et le plus mystérieux de la littérature française VINTEUIL dont le prénom serait Georges. En découle son roman inédit « La vraie vie de Vinteuil ». Un texte fictionnel, manifeste romanesque qui cristallise tous les caractères du romantisme musicale entre le XIXè et le XXè et fusionne selon un esthétisme précis les figures de Castillon, Fauré, surtout César Franck, icône centrale de cette évocation poétique majeure. Et si, sous Vinteuil, se cachait le secret du romantisme français le plus « authentique » ? Entretien exclusif pour classiquenews avec Jérôme Bastianelli, premier biographe de Georges V.

________________________________________________________________________________________________

CLASSIQUENEWS : Pour nourrir la vie supposée de Georges Vinteuil, de quels compositeurs réels vous êtes vous inspiré ?

vinteuil-livre-georges-la-vraie-vie-de-livre-critique-par-classiquenews-clicl-de-classiquenews-BASTIANELLI-CJEROME BASTIANELLI : Afin d’être cohérent avec ce que nous raconte Proust sur son personnage, je fais mourir Vinteuil à la fin du XIXe siècle (en 1895, plus précisément), à l’âge de 77 ans. Il a donc traversé tout le XIXe siècle et a pu nouer des relations, voire des amitiés, avec la plupart des compositeurs de son époque, et notamment avec César Franck (Proust disait lui-même, dans l’une de ses lettres, « Vinteuil symbolise le grand musicien genre Franck »). On croise aussi Saint-Saëns (bien sûr !), Fauré, Berlioz, Gounod, Liszt, Wagner, Bizet, et même Alexis de Castillon (qui aurait été l’élève de Vinteuil…), à la fois parce que le concerto pour piano de celui-ci est une œuvre formidable, à redécouvrir, et aussi parce qu’il était originaire de Chartres, où Vinteuil était établi. Certaines critiques de journaux après la création d’œuvres de Vinteuil m’ont été inspirées par de vraies critiques d’œuvres de Bizet (notamment Djamileh), et la supposée phrase de Vladimir Jankélévitch sur les dissonances tolérées dans l’œuvre de Vinteuil s’applique en réalité à la musique de Mompou. Mais la vie de Vinteuil est une vie originale, qui n’est pas directement inspirée par tel ou tel artiste.

________________________________________________________________________________________________

CLASSIQUENEWS : Pour vous, quelle esthétique incarne Georges Vinteuil dans le paysage romantique français ?

JEROME BASTIANELLI : On comprend à lire Proust que la musique de Vinteuil est audacieuse, mélodiquement et harmoniquement. Il faut donc imaginer une esthétique en rupture avec ce qui a précédé, ainsi qu’un goût pour les questions formelles, les formes cycliques, qui semblent avoir retenu l’attention de Proust. Par-delà leurs grandes différences, toutes les sonates qui ont pu inspirer Proust pour décrire celle de Vinteuil, de Franck à Lekeu en passant par Saint-Saëns, Fauré voire Pierné, montrent une esthétique commune, représentative du goût des compositeurs français, à cette époque, pour le duo violon/piano. C’est aussi, naturellement, l’esthétique que l’on doit prêter à Vinteuil.

________________________________________________________________________________________________

CLASSIQUENEWS : Que représente la Sonate de Vinteuil ? Est ce la quintessence de la musique française du XIXe ?

JEROME BASTIANELLI : Comme elle consiste en une sorte d’amalgame de plusieurs sonates écrites entre 1870 et 1910, la Sonate de Vinteuil peut en effet être vue comme la quintessence virtuelle de la musique française du XIXe siècle. Mais on sait que Proust citait aussi Wagner (prélude de Lohengrin), Beethoven (Arietta de l’Opus 111) et même Schubert comme compositeurs lui ayant inspiré telle ou telle description de la Sonate, donc la notion de « musique française » doit être prise avec précaution…

________________________________________________________________________________________________

CLASSIQUENEWS : En tant que lecteur de Proust, pouvez vous nous préciser le sens des épisodes liés à Vinteuil et sa Sonate dans A la recherche de temps perdu ?

JEROME BASTIANELLI : La Sonate de Vinteuil illustre d’abord une forme d’idolâtrie de l’un des personnages, Swann, qui va la considĂ©rer comme « l’hymne national » de son amour pour Odette de CrĂ©cy (Proust nous dit par exemple que « la petite phrase de la Sonate continuait Ă  s’associer pour Swann Ă  l’amour qu’il avait pour Odette »). C’est-Ă -dire qu’il va s’intĂ©resser Ă  cette Ĺ“uvre non pas pour ses qualitĂ©s intrinsèques, mais parce qu’elle lui rappelle son amour pour une jeune femme. C’est prĂ©cisĂ©ment ce que Proust appelle de l’idolâtrie, comportement qui peut nous empĂŞcher de bien saisir la portĂ©e d’une Ĺ“uvre d’art, son enseignement.

Elle est Ă©galement le symbole de l’individualitĂ© de tout grand artiste, le fait qu’il porte un regard forcĂ©ment nouveau sur le monde, son propre regard. Pour expliquer la singularitĂ© de Vinteuil, Proust nous dit en effet que « chaque artiste semble comme le citoyen d’une patrie inconnue, oubliĂ©e de lui-mĂŞme, diffĂ©rente de celle d’oĂą viendra, appareillant pour la Terre, un autre grand artiste ». C’est l’idĂ©e de Schopenhauer, reprise Ă©galement par Ruskin (deux maĂ®tres Ă  penser de Proust), selon laquelle « l’artiste nous prĂŞte ses yeux pour regarder le monde ».

________________________________________________________________________________________________

LIRE aussi notre critique du livre : La Vraie vie de Vinteuil (Grasset)
http://www.classiquenews.com/livre-critique-jerome-bastianelli-la-vraie-vie-de-vinteuil-grasset/

LIVRE, critique. JĂ©rĂ´me Bastianelli : La vraie vie de Vinteuil (Grasset)

vinteuil-livre-georges-la-vraie-vie-de-livre-critique-par-classiquenews-clicl-de-classiquenews-BASTIANELLI-CLIVRE, critique. JĂ©rĂ´me Bastianelli : La vraie vie de Vinteuil (Grasset). A rebours de la prose poĂ©tique Ă©nigmatique voire trouble et tout du moins souvent ambivalente de Proust, voici lumineuse, prĂ©cise et très documentĂ©e, la biographie du compositeur Georges Vinteuil, soit l’un des meilleurs reprĂ©sentants de la musique française au XIXè, Ă  l’époque du romantisme français Ă  l’épreuve de Wagner, pendant le Second Empire et après la dĂ©faite de 1870… De la fiction sublime de Marcel, l’auteur dĂ©duit un texte dont le contenu atteint l’exactitude de la rĂ©alitĂ©. Il aurait donc rĂ©ellement vĂ©cu ce Vinteuil, personnage Ă  peine esquissĂ© chez son premier gĂ©niteur, Proust ? Ici, Georges Vinteuil ressuscitĂ© est surtout l’ami de CĂ©sar Franck avec lequel il partage une communautĂ© de valeurs et de goĂ»ts ; leur style est d’ailleurs si proches qu’ils en seraient quasi interchangeables (comme Picasso et Braque, dans leur pĂ©riode cubiste de 1911-1912). Ici, dans l’admiration pour l’écriture wagnĂ©rienne et en particulier l’accord de Tristan, Vinteuil compose en 1861 sa fameuse Sonate « pour piano et violon » (notez bien l’ordre des deux instruments ainsi prĂ©sentĂ©s).
C’est l’enfant miraculeux d’un prĂ©curseur gĂ©nial… Vinteuil serait ainsi le premier Ă  inaugurer une vague salvatrice pour notre musique de chambre, avant FaurĂ©, D’Indy, Franck, Dubois… ce bien avant la crĂ©ation de la fameuse SociĂ©tĂ© nationale de musique, nĂ©e après la dĂ©faite de 1870.
Dans le souvenir de Wagner, dans l’influence de Franck et aussi d’Alexis de Castillon dont la figure revient plusieurs fois dans le récit biographique, Georges Vinteuil écrit donc sa Sonate miraculeuse, celle qui occupe une place centrale dans A la recherche du temps perdu ; sa petite phrase (musicale) dans le premier mouvement Andante, cristallise ce phénomène de remémoration immédiate qui électrise véritablement le héros de Proust, Swann. Ainsi est enfin élucidée, l’énigme musicale la plus fascinante de la littérature française.
Si la prose permet d’en témoigner, la musique réalise le mécanisme physique et organique qui permet au sujet d’éprouver ce vertige décisif, entre révélation et extase.
L’auteur qui préside l’association des Amis de Marcel Proust connaît l’œuvre et la vie de Marcel comme personne ; il peut donc croiser les chemins biographiques, intégrer dans la biographie de Georges, les éléments et citations d’A la recherche du temps perdu : ainsi, quand Vinteuil et Franck assistent aux fameux concerts dirigés par Wagner, ils éprouvent exactement en un effet de miroir, de la fiction à la réalité du récit biographique, ce choc que Swann ressent à l’écoute de la fameuse Sonate de Vinteuil.
Si « Proust n’a pas tout su », l’auteur de ce premier roman restitue à l’un de ses personnages clés, une épaisseur fictionnelle aussi vraie que nature. Devenue un mythe musical et littéraire, la Sonate de Vinteuil méritait évidemment cette naissance et cette identité crédibles, enfin restituées.

________________________________________________________________________________________________

LIVRE, critique. JĂ©rĂ´me Bastianelli : La vraie vie de Vinteuil (Grasset). Parution : janvier 2019. 272 pages – EAN : 9782246817291 / Editions Grasset - collection « Le courage ».
https://www.grasset.fr/la-vraie-vie-de-vinteuil-9782246817291