EXPOSITION : LE GRAND OPÉRA, 1828 – 1867, LE SPECTACLE DE L’HISTOIRE, les 5 volets clĂ©s de l’exposition

exposition-grand-opera-specacle-de-l-histoire-palais-garnier-BNF-opera-de-paris-annonce-critique-visite-presentation-classiquenews-CLASSIQUENEWSEXPOSITION : LE GRAND OPÉRA, 1828 – 1867, LE SPECTACLE DE L’HISTOIRE – PARCOURS DE L’EXPOSITION ; les 5 volets clĂ©s de l’exposition parisienne. AmorcĂ© sous le Consulat, le grand opĂ©ra Ă  la française se prĂ©cise Ă  mesure que le rĂ©gime politique affine sa propre conception de la reprĂ©sentation spectaculaire, image de son prestige et de son pouvoir, instrument phare de sa propagande. Le genre mĂ»rit sous l’Empire avec NapolĂ©on, puis produit ses premiers exemples aboutis, Ă©quilibrĂ©s
Ă  la veille de la RĂ©volution de 1830. La « grande boutique » comme le dira Verdi Ă  l’apogĂ©e du systĂšme, offre des moyens techniques et humains considĂ©rables – grands chƓurs, ballet et orchestre, digne de sa crĂ©ation au XVIIĂš par Louis XIV.
Les sujets ont Ă©voluĂ©, suivant l’évolution de la peinture d’histoire : plus de lĂ©gendes antiques, car l’opĂ©ra romantique français prĂ©fĂšre les fresques historiques du Moyen Âge et de la Renaissance.
Louis-Philippe efface l’humiliation de Waterloo et du TraitĂ© de Vienne et cultive la passion du patrimoine et de l’Histoire, nationale Ă©videmment. Hugo Ă©crit Notre-Dame de Paris ; Meyerbeer compose Robert le Diable et Les Huguenots. Les hĂ©ros ne sont plus mythologiques mais historiques : princes et princesses du XVIĂš : le siĂšcle romantique est passionnĂ©ment gothique et Renaissance.

A l’opĂ©ra, les sujets et les moyens de la peinture d’Histoire

Comme en peinture toujours, les faits d’actualitĂ© et contemporain envahissent la scĂšne lyrique ; comme GĂ©ricault fait du naufrage de la MĂ©duse une immense tableau d’histoire (Le Radeau de la MĂ©duse), dans « Gustave III », Auber et Scribe narrent l’assassinat du Roi de SuĂšde, survenu en 1792, tout juste quarante ans auparavant. Cela sera la trame d’un Bal MasquĂ© de Verdi.

AprĂšs la RĂ©volution de 1848, l’essor pour le grand opĂ©ra historique faiblit sensiblement. Mais des Ɠuvres capitales aprĂšs Meyerbeer sont produites, souvent par des compositeurs Ă©trangers soucieux d’ĂȘtre reconnus par leur passage dans la « grande boutique », sous la DeuxiĂšme RĂ©publique et le Second Empire. Le wagnĂ©risme bouleverse la donne en 1861 avec la crĂ©ation parisienne de TannhĂ€user, qui impressionne l’avant garde artistique parisienne, de Baudelaire Ă  fantin-Latour, et dans le domaine musical, JonciĂšres, militant de la premiĂšre heure.
Le goĂ»t change : Verdi et son Don Carlos (en français) huĂ© Salle Le Peletier en 1867 (5 actes pourtant avec ballet), est oubliĂ© rapidement ; car 6 mois plus tard, le nouvel opĂ©ra Garnier et sa façade miraculeuse, nouvelle quintessence de l’art français est inaugurĂ©e. C’est l’acmĂ© de la sociĂ©tĂ© des spectacles du Second Empire, encore miroitante pendant 3 annĂ©es jusqu’au traumatisme de Sedan puis de la Commune (1870).

 

 

Le parcours de l’exposition est articulĂ© en 5 sĂ©quences.

1. GÉNÉALOGIE DU GRAND OPÉRA
2. LA RÉVOLUTION EN MARCHE
3. MEYERBEER : LES TRIOMPHES DU GRAND OPÉRA
4. DERNIÈRES GLOIRES
5. UN MONDE S’ÉTEINT

 

 
 

 

Illustration : Esquisse de dĂ©cor pour Gustave III ou Le bal masquĂ©, acte V, tableau 2, opĂ©ra, plume, encre brune, lavis d’encre et rehauts de gouache. BnF, dĂ©partement de la Musique, BibliothĂšque- musĂ©e de l’OpĂ©ra © BnF / BMO

 

 
 

 

DATES ET HORAIRES
Du 24 octobre 2019 au 2 février 2020
Tous les jours de 10h à 17h (accùs jusqu’à 16h30), sauf fermetures exceptionnelles.
LIEU
BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra
Palais Garnier – Paris 9e
EntrĂ©e Ă  l’angle des rues Scribe et Auber
INFORMATIONS PRATIQUES
TARIFS
Plein Tarif : 14€ Tarif RĂ©duit : 10€

 

 

 

EXPO. PARIS, Palais Garnier, Le grand opĂ©ra 1828-1867, jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020.

exposition-grand-opera-specacle-de-l-histoire-palais-garnier-BNF-opera-de-paris-annonce-critique-visite-presentation-classiquenews-CLASSIQUENEWSEXPO. PARIS, Palais Garnier, Le grand opĂ©ra 1828-1867 : Le spectacle de l’Histoire, jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020. A partir du 24 octobre 2019, le Palais Garnier Ă  Paris (BibliothĂšque musĂ©e de l’opĂ©ra), accueille sa nouvelle exposition intitulĂ©e « Le grand opĂ©ra, 1828-1867, le spectacle de l’Histoire ». L’exposition cĂ©lĂšbre les 350 ans de la naissance de l’Institution de l’OpĂ©ra, ex AcadĂ©mie de musique, royale ou impĂ©riale
 selon les rĂ©gimes. C’est une nouvelle initiative de cĂ©lĂ©bration Ă  laquelle participe aussi l’exposition du MusĂ©e d’Orsay : Degas Ă  l’OpĂ©ra. Le Palais Garnier expose tableaux, maquettes de dĂ©cors, manuscrits musicaux qui composent une traversĂ©e analytique et critique sur la crĂ©ation lyrique et chorĂ©graphique – entre 1828 et 1867. La prĂ©cĂ©dente exposition «  Un air d’Italie » (jusqu’au 1er septembre 2019) Ă©voquait l’histoire de l’OpĂ©ra de Paris de Louis XIV Ă  la RĂ©volution, et retraçait l’histoire de la premiĂšre scĂšne lyrique française de 1669 Ă  1791 ; le nouvel accrochage « le grand opĂ©ra » prend la relĂšve et prĂ©cise l’histoire lyrique de la pĂ©riode suivante, c’est Ă  dire l’évolution de l’opĂ©ra, Ă  la fois genre et lieu de crĂ©ation tout au long du XIXĂš, soit le spectacle de l’Histoire, qui explore la pĂ©riode de 1828 Ă  1867.

Le parcours musĂ©ographique souligne les liens entre le sujet (le grand opĂ©ra Ă  la française) et le siĂšcle – le XIXe – et la ville – Paris – ; le grand opĂ©ra français se caractĂ©rise aussi par une scĂ©nographie fastueuse et la prĂ©sence du ballet (trĂšs attendu des abonnĂ©s qui y font leur « marché »  ce que reprĂ©sente suggestivement Degas Ă  la fin du siĂšcle).

Sous le Premier Empire, Médée de Cherubini et La Vestale de Spontini font figure de premiers modÚles. En 1828, Auber, avec La Muette de Portici, puis Rossini en 1829, inaugurent véritablement le grand opéra français.

Meyerbeer donne au grand opĂ©ra un nouveau souffle : Robert le Diable, Les Huguenots, Le ProphĂšte rencontrent leur public : et sont cĂ©lĂ©brĂ©s par les spectateurs (bien oubliĂ©s aujourd’hui).
Equivalent sur les planches lyriques de la peinture d’histoire, le grand opĂ©ra tĂ©moignent aussi des passions du temps : A l’époque oĂč MĂ©rimĂ©e, Guizot ou Viollet-le-Duc valorisent l’idĂ©e du patrimoine national, la France de Louis-Philippe, se passionne pour l’Histoire ; le roi crĂ©e Ă  Versailles son MusĂ©e « à toutes les gloires de la France ». L’opĂ©ra français suit la mĂȘme direction : l’histoire s’invite sur la scĂšne parisienne Ă  travers la musique et la danse.

 

 

 

PARIS, exposition « Le grand opĂ©ra, spectacle de l’Histoire », Palais Garnier, bibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra de Paris – Du 24 octobre 2019 au 2 fĂ©vrier 2020. Tous les jours de 10h Ă  17h (accĂšs jusqu’à 16h30), sauf fermetures exceptionnelles.

BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra
Palais Garnier – Paris 9Ăšme
EntrĂ©e Ă  l’angle des rues Scribe et Auber
TARIFS : Plein Tarif : 14€ Tarif RĂ©duit : 10€

 

 

 

PALAIS GARNIER BIBLIOTHÈQUE-MUSÉE DE L’OPÉRA du 24 octobre 2019 au 2 fĂ©vrier 2020

Illustration :
Esquisse de dĂ©cor pour Gustave III ou Le bal masquĂ©, acte V, tableau 2, opĂ©ra, plume, encre brune, lavis d’encre et rehauts de gouache. BnF, dĂ©partement de la Musique, BibliothĂšque- musĂ©e de l’OpĂ©ra © BnF / BMO

ENTRETIEN avec LEIF OVE ANDSNES : Mozart rĂ©inventé  1/2

andsnes-leif-ove-mozart-concertos-critique-reveiw-concerts-classiquenews-MOZART-opera-concert-Leif-ove-andsnes-piano-mozart-concertos-classiquenewsENTRETIEN avec LEIF OVE ANDSNES : Mozart rĂ©inventé  plus romantique et moderne que vraiment « classique ». Le pianiste Leif Ove Andsnes questionne pendant quatre ans avec les instrumentistes du Mahler Chamber Orchestra, l’écriture concertante de Mozart, Ă  travers son nouveau projet musical intitulĂ© « MOZART MOMENTUM 1785/1786 ». AprĂšs un cycle dĂ©diĂ© aux Concertos de Beethoven, le pianiste Leif Ove Andsnes interroge le sens et la modernitĂ© des Concertos de Mozart dont il Ă©claire l’écriture personnelle, classique certes, mais surtout prĂ© romantique. Un tĂ©moignage qui passionne l’interprĂšte dont les compĂ©tences s’élargissent Ă  la direction d’orchestre car il retrouve le MAHLER CHAMBER Orchestra, en une sĂ©rie de concerts et de propositions musicales d’un nouveau genre
 Entretien exclusif pour classiquenews.com

 

 

 

andsens piano concert review critique classiquenews decembre 2015 leif-ove-andsnes

 

 

 

CNC : Beethoven est considĂ©rĂ© comme l’ultime figure du triumvirat classique Ă  Vienne, aprĂšs Haydn et Mozart. Suite Ă  votre « Beethoven Journey » avec le Mahler Chamber Orchestra, pourquoi aujourd’hui (re)venir Ă  Mozart ?

Leif Ove Andsnes : Cela a beaucoup Ă  voir avec ma collaboration avec le Mahler Chamber Orchestra / MCO : notre travail autour du Beethoven Journey, s’est traduit par plusieurs enregistrements et concerts. C’est une sensation unique de travailler exclusivement avec un ensemble pendant des annĂ©es. Pour les concerts, je dirigeais l’orchestre depuis le piano. J’ai senti pour la premiĂšre fois de ma vie ce que les grands chefs accomplis doivent ressentir : une sorte d’osmose, de complicitĂ© totale avec l’orchestre par rapport aux Ă©motions, aux couleurs, dans la plus grande spontanĂ©itĂ© et une libertĂ© totale. En tant qu’artiste en rĂ©sidence chez MCO, on s’est questionnĂ© par rapport aux projets et dans le contexte, il nous a paru tout a fait naturel et logique chez Mozart, voire encore plus que chez Beethoven, de diriger l’orchestre depuis le piano.

A LA CHARNIERE DES ANNEES 1785 – 1786
 Ceci est d’autant plus lĂ©gitime qu’il y a ce dialogue entre le piano et l’orchestre chez Mozart, qui est vraiment parfait pour ce contexte, comme une sorte de musique de chambre augmentĂ©e, mĂȘme s’il y a quand mĂȘme un soliste. Donc on a dĂ©cidĂ© Mozart, et j’ai proposĂ© de choisir une pĂ©riode prĂ©cise de la vie de Mozart, les annĂ©es 1785 / 1786, qui sont trĂšs particuliĂšres. Je crois que quelque chose de remarquable s’est passĂ© en 1785, avec son Concerto pour piano n° 20, qui est, d’abord, son premier dans une tonalitĂ© mineure, trĂšs dramatique, aux couleurs sombres, par rapport aux prĂ©cĂ©dents, mais au-delĂ  de ça, encore plus remarquable est le fait que l’orchestre commence avec une musique complĂštement diffĂ©rente par rapport au piano. L’orchestre dĂ©bute de façon exubĂ©rante et le piano, lui, entre en une voix Ă  la fois intime et solitaire ; c’est la premiĂšre fois que cela arrive dans le genre. L’usage est que l’orchestre commence le concerto, puis le piano reprend la mĂȘme musique et la dĂ©veloppe ensuite. Cela a dĂ» ĂȘtre trĂšs surprenant pour l’audience de Mozart, et je pense il a bien aimĂ© l’effet, parce qu’il a continuĂ© Ă  utiliser ce procĂ©dĂ© dans ses concertos ultĂ©rieurs.

 

 

 

L’intimitĂ©, la solitude…

MOZART invente un nouveau canevas dramatique pour le Concerto pour piano

 

 

 

andsnes-leiv-mozart-concerts-annonces-critique-entretien-mozart-classiquenewsLes compositeurs aprĂšs lui, de toute Ă©vidence, ont bien aimĂ© cette idĂ©e, comme Beethoven, qui fait des choses de plus en plus radicales par rapport Ă  l’entrĂ©e du piano dans ses concertos. C’est un peu la graine du futur concerto « hĂ©roĂŻque », plutĂŽt romantique, oĂč le soliste s’exhibe « Here I am ! » (Je suis lĂ ), comme chez Schumann. Mozart fait ainsi grandir la narration, l’histoire
 le concerto pour piano devient quelque chose de beaucoup plus complexe, avec l’apparition d’un drame psychologique oĂč l’individu (le soliste) parle Ă  la sociĂ©té  Et il a aussi donnĂ© des rĂŽles importants aux instruments, notamment aux vents, ce qui rĂ©vĂšle davantage, bien sĂ»r, l’influence de l’opĂ©ra. Mozart Ă©tait alors en train d’écrire Les Noces de Figaro.

 

 

 

CN : Mozart est l’icĂŽne par excellence du Classicisme musical ; pourtant les annĂ©es 1780 dĂ©voilent une grande diversitĂ© et complexitĂ© dans sa crĂ©ation. En particulier les piĂšces Ă©crites entre 1784 et 1786. A ce titre, certains musicologues estiment que Mozart est le premier compositeur romantique. Qu’en pensez-vous ?

LOA : Oui, d’une certaine façon cela se voit dĂ©jĂ  dans les inventions de Mozart Ă  cette Ă©poque, par exemple dans le Concerto n° 20, l’entrĂ©e du piano avec une voix trĂšs individuelle, c’est un peu le germe du romanticisme musical. Et cette voix est vraiment trĂšs particuliĂšre, trĂšs personnelle, trĂšs touchante. Il y a plein des moments dans les concertos de Mozart oĂč l’on peut entendre cette voix sensible, sentimentale, mais Mozart ne tombe jamais dans une dĂ©marche d’exploitation romantique pleine de douleur et de souffrance exacerbĂ©e comme chez
 Schumann ou Wagner. Ces derniers le font de façon dĂ©libĂ©rĂ©e ; chez eux, c’est formellement fantastique, mais parfois un peu trop Ă©cƓurant. On peut ĂȘtre touchĂ© au plus profond de soi avec Mozart, par exemple dans le mouvement lent du Concerto en La, sans que cela ne soit jamais indigeste. C’est un de morceaux les plus poignants dans la vie, et pourtant il y a une puretĂ© dans l’harmonie, tout Ă  fait classique. Au final qu’est-ce que c’est le romanticisme ? Il y a des gens qui trouvent Mozart romantique grĂące Ă  toutes les Ă©motions prĂ©sentes dans sa musique
 Il y a quelque de cet ordre. Son dĂ©veloppement est impressionnant. J’aime bien quand on se sĂ©pare un peu de l’image du gĂ©nie prĂ©coce et immaculĂ© ; ce qu’il Ă©tait bien Ă©videmment, mais il y a une progression et une maturation Ă©vidente chez Mozart tout au long de sa vie. C’est tout autant impressionnant l’assurance qu’il a dans ces gestes crĂ©ateurs, le dĂ©but de la Symphonie Prague par exemple, est inattendu, d’un formidable impact, et sans le moindre doute. Quelle maĂźtrise ! Par rapport Ă  la question Ă©motionnelle, une chose m’a toujours interpellĂ©e : la capacitĂ© qu’a Mozart Ă  bouleverser de façon soudaine ; on croirait que tout est lisse, que tout va bien, et lĂ  il y a une surprise, souvent courte, oĂč quelque chose d’inattendu se prĂ©sente ; tu ressens alors ton cƓur se serrer sans avertissement. Tous ces bouleversements font partie de la richesse de sa musique, et plus il y a des voix, plus il est capable d’exprimer les contrastes, comme d’Ă©clairer la complexitĂ©.

 

 

 

CN : Liszt est souvent considéré comme la premiÚre rockstar de la musique classique, voire de la musique tout court. Mozart, quant à lui, serait-il alors le premier auto-entrepreneur de la musique populaire ?

LOA : (rires) Peut-ĂȘtre ! J’aurais tout fait pour assister Ă  l’un de ses concerts de son vivant. Parfois il nous est difficile Ă  notre Ă©poque de mesurer Ă  quel point ses piĂšces sont virtuoses
 comparĂ©es Ă  Rachmaninov ou Bartok qui ont Ă©crit des piĂšces extrĂȘmement difficiles. On peut s’imaginer le moment juste avant le dĂ©but d’un Concerto de Mozart, disons le 21Ăšme par exemple, … comment il a du se faire plaisir, page aprĂšs page ; dans la partition se voit clairement la volontĂ© de plaire Ă  son auditoire, une claire ambition d’affirmer ses compĂ©tences. Comment il a fait avancer le piano, c’est impressionnant, notamment en comparaison avec Haydn. Il y a une grande joie chez Mozart, y compris dans sa virtuositĂ©. Je dois aussi dire qu’il y a une joie physique pour le pianiste Ă  interprĂ©ter ces concertos. Un vrai plaisir pour les mains de les jouer. Je pense qu’il Ă©tait un pianiste tout Ă  fait spectaculaire !

 

 

 

ENTRETIEN 2
 suite de notre entretien avec Leif Ove ANDSNES, entretien 2/2

 

 

 

LIRE AUSSI notre annonce du cycle de concerts MOZART MOMENTUM par Leif Ove Andsnes

Propos recueillis en avril 2019 par notre envoyé spécial Sabino PENA ARCIA

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CD. Onslow : 3 Quatuors opus 8 et 10. Quatuor Ruggieri (1 cd Aparté)

onslow quatuors par les ruggeri quatuors 8 et 10 AP105-cover-1024x1015CD, compte rendu critique. Onslow : Quatuors. Quatuor Ruggieri (1 cd ApartĂ©). Ils n’ont pas chĂŽmĂ© les Ruggieri (tous instrumentistes transfuges des Talens Lyriques) : enregistrĂ©s en janvier 2015 Ă  Paris, voici quelques mois plus tard, l’enregistrement des 3 Quatuors de George Onslow, le “Beethoven français” : en vĂ©ritĂ© le Français rĂ©alise une trĂšs habile synthĂšse entre les Viennois : Mozart, Haydn, Beethoven et aussi des Ă©lĂ©ments proprement français. Les Quatuors opus 8 (n°1 et 3, le Quatuor opus 10 n°3 appartiennent encore Ă  la premiĂšre pĂ©riode du compositeur, emblĂšmes de son gĂ©nie de jeune autodidacte. L’Ă©lĂ©gance, la nervositĂ©, l’Ă©locution sombre et recueillie, parfois grave (l’Opus 8 n°1 en ut mineur) semble prolonger Haydn et Mozart, et dĂ©jĂ  par l’assise et le jeu entre tension et dĂ©tente, Beethoven en effet. Contrairement Ă  ce qui est dit et dĂ©veloppĂ© ici et lĂ  et jusque dans la notice du cd, Onslow s’inscrit d’emblĂ©e dans le romantisme. A torts on s’obstine Ă  le placer entre deux esthĂ©tiques : classique ou romantique ? Il EST romantique : ne serait-ce que pour deux raisons Ă©videntes : n’a-t-il pas inventer le scherzo romantique fiĂ©vreux et passionnel (avant Beethoven) ? N’a-t-il pas dĂ©montrer cette intention expressive liĂ©e Ă  un accident de vie personnelle dans le fameux Quintette de la balle, aprĂšs son accident de chasse qui faillit lui coĂ»ter le vie et prĂ©cipiter aussi la carriĂšre d’un auteur français majeur ?

 

 

 

Admirateur des Viennois, inventeur du Scherzo romantique

Onslow le romantique

Festivals Onslow Ă  Venise et Ă  Paris (avril, mai et juin 2015)NĂ© en 1784, alors Ă  l’Ă©poque de l’Ăąge d’or musical et lyrique sous le rĂšgne de Marie-Antoinette, Onslow produit ses premiĂšres piĂšces de musique de chambre dont il est une gĂ©nie Ă  redĂ©couvrir, sous l’influence direct des germaniques, Beethoven et aussi Schubert dont on retrouve le goĂ»t pour cette intĂ©rioritĂ© chantante qui fait jaillir l’Ă©loquence intacte de mĂ©lodies populaires (Ă©coutez comment l’auvergnat – par sa mĂšre- intĂšgre dans l’Opus 10, l’air de danse des montagnes d’Auvergne – Minuetto allegro, plage 7). Ce savant colorĂ© de candeur rustique fonde la singularitĂ© d’un compositeur plus introspectif que dĂ©monstratif, en cela vrai “frĂšre” de Franz (subtil et suggestif, si pudique adagio de l’ut mineur). Il faut absolument prĂ©senter Onslow tel un romantique (contemporain de Berlioz et Paganini et non ce maillon secondaire, perdu entre deux eaux (de fait intituler l’un des paragraphes du livret “vous avez dit classique ou romantique?” continue d’alimenter une vaine et inexacte polĂ©mique). Le programme le dĂ©montre clairement. La franchise et la profondeur remarquablement exprimĂ©es attestent de la maturitĂ© d’un maĂźtre compositeur.
D’autant que ce disque est dĂ©jĂ  le second dĂ©diĂ© Ă  Onslow. Le dĂ©but de l’Opus 10 n°3 fait entendre tout ce dont la prodigieuse science et le goĂ»t d’Onslow sont capable : une subtilitĂ© de ton et de passage entre le grave lugubre – Largo-, auquel rĂ©pond enchaĂźnĂ© un allegro des plus Ă©lĂ©gants, recyclant l’esprit viennois d’un Haydn (la facĂ©tie rythmique) et de Mozart (la structure harmonique) : cette profondeur et cette grĂące ne s’entendent que chez les plus grands : c’est pourquoi nous trouvons Onslow non pas tant BeethovĂ©nien que schubertien. Voici donc ce jalon essentiel chez les Français : Ă  ceux qui pensait que la France fut incapable de musique de chambre romantique durant la premiĂšre moitiĂ© du XIXĂš, rĂ©pondez Onslow ! Vous avez dĂ©sormais votre champion, auteur de prĂšs de 70 Quatuors et Quintettes Ă  cordes… enfin presque rĂ©habilitĂ©. La qualitĂ© des 3 Quatuors ici rĂ©vĂ©lĂ©s appellent urgement la redĂ©couverte de ses Symphonies. Pour autant Onslow demeure un compositeur qui se cache et que l’on joue avec parcimonie : alors qu’elle est publiĂ©e dĂšs 1807, sa musique n’est vraiment jouĂ©e Ă  Paris qu’en 1830, alors que l’Allemagne la goĂ»te et la savoure depuis les annĂ©es 1820. La France toujours retardataire Ă  reconnaĂźtre le talents de ses enfants.

 

 

 

Entre savant élégant et populaire rustique, Onslow trouve une voie idéale

Versatilité virtuose

 

CLICK_classiquenews_dec13L’Ă©nergie mordante et mĂȘme Ăąpre de l’Opus 8 n°3 se colore trĂšs vite d’une douceur enivrĂ©e, redevable elle aussi de cette bascule permanente entre gravitĂ© et insouciance, Ă  laquelle Onslow ajoute cette virtuositĂ© recherchĂ©e tant prisĂ©e par l’audience et qui fait aussi une particularitĂ© parisienne (virtuositĂ© des Quatuors concertants hĂ©ritĂ©s de Gossec.
Ces Quatuors de jeunesse (Opus 8,9,10) Ă©taient de toute Ă©vidence Ă  ressusciter. L’amateur compositeur, qui nĂ© aristocrate n’eut jamais Ă  travailler pour gagner et assurer sa pitance, put Ă©crire en toute libertĂ© : sa libertĂ© se lit ici dans la volubilitĂ© parfois imprĂ©visible et dĂ©routante aussi de la modalitĂ© et de l’itinĂ©raire tonal. Onslow nous donne sa singularitĂ© qui prĂ©pare au romantisme fantastique de Berlioz (1830 : Symphonie fantastique), telle une offrande originale et inclassable Ă  mĂ©diter. Ne serait-ce que parce qu’il fait Ă©voluer le scherzo d’un simple mouvement contrepointant le menuet chez Beethoven, vers une forme fiĂ©vreuse et trĂšs vive telle que nous le connaissons aujourd’hui, Onslow affirme son irrĂ©sistible tempĂ©rament de dĂ©fricheur et d’expĂ©rimentateur. GrĂące Ă  lui, la musique de chambre romantique peut se prĂ©valoir d’un niveau encore mĂ©connu, pourtant digne Ă©quivalent des Viennois et de Beethoven. MĂȘme s’il s’agit ici de la premiĂšre pĂ©riode du compositeur (opus 8, 9 et 10), les 3 Quatuors rĂ©unis et exhumĂ©s dans ce programme rĂ©vĂ©lateur, confirme la puissance d’une inspiration supĂ©rieure, d’une profondeur sincĂšre. Les Quatuors de l’Opus, marquent les dĂ©buts des cycles de musique de chambre Ă  Paris (1814) par le violoniste et ami Pierre Baillot auquel ils sont dĂ©diĂ©s. Cette alliance du rustique et de l’Ă©rudition atteste d’un grand maĂźtre dont il faudrait enregistrer les autres Quatuors de l’Opus 10 dont chaque partition intĂšgre avec gĂ©nie, un thĂšme populaire auvergnat. Cette attache provinciale n’attĂ©nue pas la qualitĂ© et la noblesse de l’inspiration : il l’enrichit de façon originale. La sensibilitĂ© frĂ©missante comme trĂšs caractĂ©risĂ©e des interprĂštes suscite le meilleur accueil : c’est donc un CLIC de classiquenews d’avril 2015.

 

 

Onslow : Quatuors (Opus 8, Opus 10). Quatuor Ruggieri (1 cd Aparté)Durée : 1h02mn.

 

 

 

George Onslow (1784-1853)
Quatuor Ruggieri

Quatuor à cordes op. 8 n° 1 en ut mineur / String Quartet in C minor

1. Largo / Allegro agitato
2. Adagio
3. Minuetto allegretto
4. Finale presto

Quatuor op. 10 n° 3 en mi bemol majeur / String Quartet in E-flat major‹(World Premiere)
5. Largo / Allegro con brio
6. Andantino sostenuto
7. Minuetto allegro (air de danse des montagnes d’Auvergne)
8. Allegro vivace

Quatuor op. 8 n° 3 en la majeur / String Quartet in A major (World Premiere)
9. Allegro
10. Andante non troppo lento
11. Minuetto allegro
12. Finale vivace

Quatuor Ruggieri
Gilone Gaubert-Jacques, violon/violin
Charlotte Grattard, violon/violin
Delphine Grimbert, alto/viola
Emmanuel Jacques, violoncelle/cello

 

 

 

Livres. Emmanuel Reibel : Comment la musique est devenue ” romantique “

Livres. Emmanuel Reibel : Comment la musique est devenue romantique, de Rousseau Ă  Berlioz (Éditions Fayard)   …   Appliquer Ă  la musique, le vocable ” romantique ” revĂȘt bien des sens divers selon le goĂ»t et les dĂ©bats esthĂ©tiques qui ont cours tout au long du XIXĂš et mĂȘme dĂšs avant la RĂ©volution…

Il y a bien des ” romantismes ” selon le point de vue des auteurs tant l’adjectif romantique signifie de nombreuses particularitĂ©s ici restituĂ©es. Ce n’est pas une acceptation monolithique et stable, mais bien l’expression d’une sensibilitĂ© qui s’est construite pas Ă  pas et de façon mouvante tout au long des dĂ©cennies de la fin du XVIIIĂš et jusqu’aux limites du XIXĂšme ; le romantisme de Rousseau, et donc de Rameau, n’est en rien celui de Berlioz et encore moins des dĂ©fricheurs et redĂ©couvreurs historiographes tels FĂ©tis, Joseph d’Ortigue, Reicha … premiers ” visionnaires ” propres aux annĂ©es 1830, tous soucieux de prĂ©ciser leur propre acceptation du mot, Ă  la lumiĂšre des polĂ©miques esthĂ©tiques de leur temps, selon le champs d’examen permis par leur expĂ©rience musicale. 

 

Un romantisme, des romantismes…

 

reibel_romantique_musique_fayardLe romantisme sensuel italien de Rossini n’a que peu de caractĂšres en commun avec la fiĂšvre et l’imaginaire fantastique de Berlioz (et sa cĂ©lĂšbre Symphonie manifeste), lui-mĂȘme si marquĂ© par E.T.A. Hoffmann…  OpposĂ© au classicisme, le romantisme fait figure d’Ă©trangetĂ© exotique, extĂ©rieure donc suspecte voire dangereuse en raison de sa modernitĂ© scandaleuse tout au moins provocante…
En mettant de cĂŽtĂ©, le cadre ordinairement chronologique du romantisme, – associĂ© depuis ” toujours ” au XIXĂš sentimental-, et plus encore dĂ©tachĂ© de son acceptation contemporaine qui en fait un synonyme de lyrisme exacerbĂ© et thĂ©Ăątral,  l’auteur examine le contexte qui fait naĂźtre et s’affirmer la notion romantique …  Pour suivre et illustrer cette mĂ©tamorphose sĂ©mantique d’un terme qui n’a rien perdu de sa saveur plurielle et polĂ©mique, voici 6 grands chapitres complĂ©tĂ©s par 20 textes sĂ©lectionnĂ©s en annexe qui tĂ©moignent chacun d’une posture intellectuelle et esthĂ©tique spĂ©cifique. Les diverses approches permettent ainsi d’envisager le romantisme de Haydn et de Mozart, la rĂ©ception particuliĂšre du romantisme par Mompou, la musique du paysage romantique, les romantismes de l’Ossiniasme et du mĂ©diĂ©valisme, comment fut reçu (et compris donc interprĂ©tĂ©) le romantisme allemand, le cas Berlioz, l’exemple emblĂ©matique de La Fantastique de Berlioz et du Guillaume Tell de Rossini…
VariĂ©e, documentĂ©e, le plume d’Emmanuel Reibel plutĂŽt que d’Ă©puiser son sujet, l’ouvre au contraire, le fait respirer, lui restitue son essence flottante et d’autant plus riche.  Captivant.

 

Emmanuel Reibel : Comment la musique est devenue romantique, de Rousseau à Berlioz. Collection Les chemins de la musique, Éditions Fayard. EAN :  9782213678498. Parution : le 23/10/2013. 464pages. Format : 135 x 215 mm. Prix public TTC: 25.00 €