GSTAAD MENUHIN Festival 2021 : Zuzana Markova chante Elvira des Puritani de Bellini

london londres gstaad menuhin festival 2021 christoph muller annonce programm festival classiquenewsGSTAAD MENUHIN Festival, le 28 aoĂ»t 2021. BELLINI : I Puritani (1835). Le dernier opĂ©ra de Bellini crĂ©Ă© Ă  Paris (ThĂ©Ăątre Italien, janvier 1835). Bellini, virtuose de la vocalitĂ  Ă©vanescente, filigranĂ©e, arachnĂ©enne s’inspire avec son librettiste (Carlo Pepoli) du roman français « TĂȘtes rondes et cavaliers » d’Ancelot et Saintine. ÉprouvĂ©e, folle, l’hĂ©roĂŻne retrouve nĂ©anmoins son fiancĂ© en fin d’action aprĂšs la dĂ©faite du clan royaliste dans lequel elle a Ă©tĂ© Ă©levé 
ANGLETERRE, XVIIĂš / AprĂšs la mort de Charles Ier Stuart (1649), Elvira Valton (du parti pro Cromwell, lequel a succĂ©dĂ© Ă  Charles Ier), soprano, aime Arturo Talbot (catholique, partisan des
 Stuarts), tĂ©nor. Aussi lorsque ce dernier exfiltre la veuve du Roi (Henriette de France) pour qu’elle rejoigne Paris, « abandonnant » sa fiancĂ©e Elvira, celle ci 
 perd la raison et devient folle dĂšs la fin du I. Rival d’Arturo, Riccardo (baryton) se fĂ©licite de le voir ainsi partir. Au II, le tuteur et oncle d’Elvira (Giorgio Valton) raconte la folie de sa niĂšce et demande Ă  Riccardo de se venger d’Edgardo sur le champs de bataille oĂč le clan Valton / Forth (les Puritains) pourront vaincre. Au III, malgrĂ© les gardes puritains, postĂ©s tout autour du chĂąteau Valton, Edgardo rejoint Elvira dans un duo d’amour qui permet Ă  la jeune femme de recouvrer la raison. Ils sont encerclĂ©s et alors qu’on annonce la dĂ©faite des Stuarts, Cromwell dĂ©clare l’amnistie gĂ©nĂ©rale et la paix civile. Les amants pourront vivre leur bonheur.

callas-elvira-i-puritani-puritains-bellini-1949-1953-opera-classiquenewsA Londres, la crĂ©ation des Puritains assoit dĂ©finitivement la lĂ©gende bellinienne, grĂące Ă  un quatuor de solistes exceptionnels : Guilia Grisi, Giovanni Battista Rubini, Antonio Tamburini et Luigi Lablache dans les rĂŽles d’Elvira, Edgardo, Riccardo et Giorgio Valton. Bellini a Ă©crit 4 rĂŽles idĂ©alement caractĂ©risĂ©s, chacun ayant un fort relief Ă©motionnel, exprimĂ© en une Ă©criture vocale des plus fines, Ă  la fois agile et dramatique. A travers l’épisode historique opposant le parti des Stuarts et celui de Cromwell, Bellini s’intĂ©resse surtout Ă  l’intimitĂ© des protagonistes, leurs conviction profonde, leurs motivations souvent non dites mais prĂ©sentes dans le texte musical. Plus que tout autre opĂ©ra, – exceptĂ© Norma-, le compositeur sait dĂ©velopper des mĂ©lodies exquises
 AprĂšs Paris et Londres, Bellini compose une nouvelle version oĂč le personnage d’Elvira devient mezzo soprano afin que la Malibran puisse l’incarner sur la scĂšne.
Belcantiste de la premiĂšre heure, aprĂšs la seconde guerre, la Callas chante Elvira Ă  La Scala en 1953 sous la direction de Tullio Serafin (superbe intĂ©grale Ă©ditĂ© par Emi, mais aussi audible sur YOUTUBE ici : https://www.youtube.com/watch?v=o19-WXsYWyU) – Plus rĂ©cemment, la mezzo romaine Cecilia Bartoli s’est emparĂ©e du rĂŽle avec une conviction tout aussi saisissante. Photo : Callas, Elvira, 1949 DR

GSTAAD MENUHIN Festival, le 28 août 2021, 19h30
I Puritani, BELLINI, tente de GSTAAD -
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2021/28-08-21-opera-concertant

 Zuzana Markovå, soprano (remplaçant Lisette Oropesa souffrante)
Francesco Demuro, ténor
Erwin Schrott, baryton
Annalisa Stroppa, mezzo-soprano
George Petean, baryton
Antonio di Matteo, basse
Patrizio Saudelli, téneor
ZĂŒrcher Sing-Akademie, choeur
Orchestre de la Suisse Romande
Domingo Hindoyan, direction
Extraits de l’opĂ©ra «I puritani»: airs, chƓurs et intermĂšdes orchestraux / SĂ©lection: Domingo Hindoyan / durĂ©e : 2h15

INFOS ici :
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2021/28-08-21-opera-concertant

Anna Netrebko chante Elvira des Puritains au Met (2007)

netrebko anna elvira Met 2007 I puritani BelliniMezzo Live HD : 6 > 24 octobre 2014. Anna Netrebko chante Elvira des Puritains de Bellini (Metropolitan Opera de New York 2007). PassionnĂ©ment romantique, l’Europe et les grands Ă©crivains se mettent au diapason italien
 la Mignon de Goethe chante sa fascination pour le spectacle d’un oranger florissant ; Stendhal surtout et sa Chartreuse de 
 Parme, et mĂȘme Heine choisissent entre autres Florence et Rome comme dĂ©cors de leurs intrigues romanesques. Et le russe, Glinka se ressource dans l’opĂ©ra italien pour forger l’élan vital de ses propres ouvrages lyriques. En 1835, Bellini avant d’expirer Ă  Puteaux livre son manuscrit d’un nouvel opĂ©ra destinĂ© au ThĂ©Ăątre Italien: I Puritani, sommet du gĂ©nie de Catane, crĂ©Ă© la mĂȘme annĂ©e Ă  Paris, par quatre des plus grands chanteurs de l’heure, la Grisi, Rubini, Tamburini et Lablache 
 quatuor vocal lĂ©gendaire qui demeure depuis emblĂ©matique du Paris romantique. Puritains contre royalistes. L’intrigue est trĂšs librement et dĂ©corativement inspirĂ© du conflit entre Puritains et Royalistes dans l’Angleterre du XVIIe siĂšcle. Elvira, fille d’un gouverneur puritain Ă  Ă©tĂ© promise en mariage Ă  Riccardo, mais elle est finalement donnĂ©e Ă  Arturo, secret partisan des Stuart dont elle est Ă©prise. Cela grĂące Ă  l’intervention de son oncle Giorgio auprĂšs du pĂšre. Peu avant leur cĂ©rĂ©monie de mariage, Arturo retrouve la veuve du roi Enrichetta, reine d’Angleterre : il dĂ©cide de fuir avec elle. Elvira sombre dans la folie, atteinte et dĂ©truite pendant deux actes, jusqu’au retour d’Arturo et sa mort imminente. Les sympathisants des Stuart sont au final pardonnĂ©s et le couple retrouve le bonheur. TrĂšs peu de drame alors, mais presque 3 heures de belle musique.

 

mezzo logo 2014une-anna-netrebko-une-tele-320-470Notre avis. Dans la production du Metropolitan, c’est moins la contribution des hommes que la jeune et jolie Anna Netrebko, vive, ardente, certes pas d’un bel canto prĂ©cis et idĂ©alement nuancĂ©, surtout dans les cabalettes emportĂ©es voire Ă©chevelĂ©es oĂč la diva patine avec des aigus et des intervalles pas toujours trĂšs stables, qui pourtant Ă©blouit. Sa candeur, son angĂ©lisme blessĂ© touchent particuliĂšrement. Quand il s’agit d’incarner un cƓur amoureux dĂ©truit, abandonnĂ©, la soprano donne tout ce qu’elle a (scĂšne de folie, dĂ©but du II, soit une demi heure d’extase vocale suspendue oĂč l’hĂ©roĂŻne trahie par Arturo – c’est du moins ce qu’elle croit, pense monter Ă  l’autel pour son mariage qui aurait du avoir lieu au I… si Arturo ne l’avait pas abandonnĂ© subitement…). Avec le recul sa Leonora verdienne (Ă©vĂ©nement de Berlin en dĂ©cembre 2013 puis Salzbourg Ă  l’étĂ© 2014) a frappĂ© par sa profondeur et sa justesse expressive (le dvd vient de sortir, dans la version berlinoise sous la direction de Barenboim chez DG); en 2007, soit 7 ans avant, la Netrebko est dĂ©jĂ  une cantatrice assurĂ©e, un sacrĂ© tempĂ©rament
 Etoile du Met, d’une vĂ©ritĂ© souvent dĂ©chirante. La rĂ©alisation est d’un classicisme… qui a les avantages de ses inconvĂ©nients : pas de mise en scĂšne trĂšs pertinente mais sa neutralitĂ© sans surprise laisse parfaitement lisible le dĂ©roulement de l’action. BONUS : au moment de l’entracte entre les deux actes, RenĂ© Fleming joue les intervieweuse et pose des questions sensĂ©es Ă  la jeune diva austro-russe dans sa loge : ” mĂȘme si je chante pendant 70% de mon texte, Reviens reviens Arturo, je fais attention Ă  mon jeu sur scĂšne” (d’autant que les camĂ©ras guettent la moindre maladresse), prĂ©cise l’envoĂ»tante Anna… On lui sied grĂ© de chanter et de jouer : sa performance n’en a que plus de charme.

 

 

 

Paris, 1835 : le dernier opéra de Bellini. Un hymne pacifiste

L’intrigue se dĂ©roule dans l’ Angleterre baroque du XVII eme. Au deuxiĂšme acte, parce qu’elle se croit abandonnĂ©e et trahie par celui qu’elle aime-, Elvira paraĂźt folle, exhalant une mĂ©lodie d’une dĂ©chirante puretĂ© qui inspirera un nocturne Ă  FrĂ©dĂ©ric Chopin. La vogue des Puritains emporta tout avec elle et mĂȘme Bellini qui fatalement s’éteignit quelques mois aprĂšs la crĂ©ation en France non loin de Paris, curieusement abandonnĂ© de tous. Le gĂ©nie lyrique ne laissait pas alors son ultime ouvrage : il s’agissait aussi d’ un nouveau sommet de l’opĂ©ra romantique italien marquant dĂ©finitivement l’histoire de l ‘opĂ©ra Ă  Paris. Quelques mois plus tard, les parisiens recoivent un second choc bellinien avec la crĂ©ation parisienne de Norma : Bellini Ă©tait mort mais il n’avait jamais Ă©tĂ© plus cĂ©lĂ©brĂ© dans la Capitale française.

Bellini_vincenzo_belliniLe dernier opĂ©ra de Vincenzo Bellini (portrait ci-contre) indique clairement de nouvelles Ă©volutions pour l’opĂ©ra italien romantique des annĂ©es 1830: rĂŽles plus aigus, foisonnement dramatique de l’orchestre et vocalitĂ  aĂ©rienne et suspendue voire crĂ©pusculaire d’une puretĂ© absolue, celle lĂ  mĂȘme qui captiva Chopin. Le vrai dĂ©fi des Puritains comme pour Norma, reste les chanteurs
 vrais dĂ©tenteurs de ce bel canto si difficile Ă  rĂ©aliser. Comment retrouver cette couleur et ce style qui n’a rien de commun avec Rossini, qui ne peut se satisfaire de l’abattage verdien ou du vĂ©risme pathĂ©tique puccinien? Il s’agit bien de retrouver cet art fragile (morbidezza) entre vocalitĂ  et agilitĂ  qui s’éloigne de l’idĂ©al rossinien, sans possĂ©der encore le dramatisme verdien.

L’art bellinien Ă©tant par excellence celui de la mesure, de la finesse: on est en droit d’attendre de vrais interprĂštes acteurs et chanteurs, pour qui chanter signifie articuler, phraser, colorer, dire, articuler, respirer le texte. Qu’en sera-t-il par exemple du rĂŽle d’ Arturo Talbot, qui exige un tĂ©nor d’agilitĂ  et dramatique, alliant vaillance et angĂ©lisme, naturel et articulation ? De mĂȘme pour Elvira, Ăąme loyale et pure, incarnation fragile des hĂ©roĂŻnes fĂ©minines en proie au dĂ©sĂ©quilibre mental ? Le personnage de cette jeune Ăąme romantique qui est abandonnĂ©e par son fiancĂ©, le jour de ses noces, offre une composition des plus captivantes: OphĂ©lie dĂ©chirante, anĂ©antie
 son dernier air au I oĂč l’abandonnĂ©e, trahie, sombre dans la folie reste un trĂšs grand moment psychologique.
Et qu’espĂ©rer tout autant du rĂŽle de Giorgio Valton (l’oncle d’Elvira); Ă  la fois protecteur et pĂšre de substitution pour une Elivra dont le baryton basse capte les pulsions de folie grandissante


Il y eut I Capuletti e i Montecchi ; ici, les clans opposĂ©s, Puritains rĂ©formistes menĂ©s par Cromwell, Cavaliers royalistes partisans des Stuart (Valton), dĂ©fenseurs comme Arturo de la Reine veuve, se dĂ©chirent. A ce titre, bien que fiancĂ© Ă  la premiĂšre fille des Puritains, Arturo le monarchiste sait jurer sa foi et sa fidĂ©litĂ© Ă  la Reine qu’on emmĂšne Ă  l’échafaud
 Bellini resserre l’effet des contrastes en faisant paraĂźtre la jeune fiancĂ©e, Ă©tendard Ă©motionnel des Puritains en prĂ©sence du duo des royalistes (la Reine et son champion Arturo): exposition simultanĂ©e des tempĂ©raments, totalement gĂ©nial.

Netrebko Anna NetrebkoEcouter les Puritains permet de mesurer le gĂ©nie lyrique et dramatique du dernier Bellini: il ambitionnait de crĂ©er Ă  Paris, l’équivalent de Guillaume Tell, un opĂ©ra romantique français digne de ce nom (l’orchestre est plus colorĂ© et dĂ©licatement caractĂ©risĂ©, Ă©coutez la place des cors nobles et Ă©lĂ©gants dĂšs l’ouverture…). Les Puritains marquent Ă©videmment un cap dans son Ă©criture: l’exposition des caractĂšres n’y est jamais artificielle, comme le seront parfois les premiers opĂ©ras de Verdi. En choisissant d’intituler son opĂ©ra Les Puritains, Bellini se place du cĂŽtĂ© des “mĂ©chants”, ces antiroyalistes (les Valton) dont la mĂ©tamorphose est le sujet central de l’opĂ©ra : pour sauver la santĂ© mentale d’Elvira et son amour, ils savent pardonner Ă  leur pire ennemi Talbot. Un aspect psychologique que l’on oublie souvent (oĂč s’inscrit triomphant telle un nouvel humanisme bellinien dĂ©sormais assumĂ© : le sentiment de fraternitĂ© et de compassion) et qui fait cependant toute la modernitĂ© de cette action inspirĂ©e du roman gothique romantique


Le pardon n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde mais il est comme ici d’un effet salvateur pour la rĂ©solution des affrontements et des haines destructrices. Un modĂšle de message Ă©clairĂ©, philosophiquement Ă©voluĂ© qui appliquĂ© Ă  certains conflits (en particulier ceux modernes du Proche Orient) : les frĂšres ennemis peuvent ils se rĂ©concilier ? C’est au prix pourtant d’un pardon croisĂ© que les rivaux peuvent aspirer Ă  la paix : aucun des partis ne peut s’en sortir sans une pacification unilatĂ©rale. Cela ne vous rappelle t il pas quelque chose ? Les Puritains est un opĂ©ra moderne.

 

 

I Puritani avec Anna Netrebko au Met 2007 sur Mezzo Live HD : 6 > 24 octobre 2014. 

mezzo logo 2014

Diffusion :
06 / 10 – 09h00
08 / 10 – 20h30
09 / 10 – 17h00
10 / 10 – 00h00
10 / 10 – 13h00
20 / 10 – 09h00
22 / 10 – 20h30
23 / 10 – 15h25
24 / 10 – 00h00
24 / 10 – 12h30