CD événement, annonce. L’Eve future : Beethoven (Promothée) / Hoffmann (symphonie) – Orchestre de Caen / Nicolas Simon (1 cd Klarthe records).

eve future hoffmann symphonie beethoven cd critique annonce nicolas simon orchestre de caen classiquenews KLA128couv_lowCD événement, annonce. L’Eve future : Beethoven (Promothée) / Hoffmann (symphonie) – Orchestre de Caen / Nicolas Simon (1 cd Klarthe records). Dans l’Eve future (1886), l’écrivain novelliste Villiers de l’Isle-Adam, jamais en retard d’une nouveauté fantastique onirique, imagine que le savant Thomas Edison parvient à dupliquer la jeune femme qu’aime secrètement (et vainement) le jeune lord Ewald: susciter une nouvelle ève, mais celle ci totalement acquise à celui qui la désire et plus intelligente que l’originale (une pseudo cantatrice, frappée de la bêtise la plus crasse !). Au final, l’ombre ainsi créée deviendra Antonia du « conteur Hoffmann » (Villiers cite sa source fantastique et littéraire ETA Hoffmann), filiation des plus convaincantes.
Animer un nouvel être fabriqué en lui attribuant une nouvelle âme : Prométhée fit de même en dérobant le feu de Zeus pour donner vie à ses créatures d’argile. Le ballet de Vigano pour Vienne que met en musique Beethoven en 1801, « Les créatures de Prométhée » illustre ce thème et exprime dans la fougue beethovénienne cette ambition humaine plus bouleversante qu’aucun dieu ne l’avait pensée : le thème de Prométhée (rondo conclusif du ballet) est ensuite recyclé avec quelle maestrià dans le finale de la Symphonie n°3 (Eroïca)
CLIC D'OR macaron 200Nicolas Simon ex violon des Siècles, devenu depuis plusieurs décennies l’un des chefs les plus audacieux et attachants qui soient, s’empare du thème fantastique et littéraire, associant justement Beethoven et… Hoffmann : belle conjonction entre littérature et musique que le second incarne idéalement : le programme présente ici sa seule symphonie (1806) d’une douceur sombre et déjà romantiques, aux accents éminemment mozartiens (celui de la dernière trilogie symphonique), dans une orchestration que n’aurait pas renié Haydn ni… Beethoven. Dans l’équilibre entre bois et cordes dès le premier mouvement (adagio e maestoso) s’affirme une conscience de l’ampleur symphonique qui semble prolonger les dernières avancées de Mozart et s’inscrire de pleins pieds dans le romantisme. L’équation Eve / Promothée, Beethoven / Hoffmann scelle l’intérêt du programme. / Sortie digitale : 15 oct 2021sortie physique : 26 nov 2021 – Prochaine critique complète à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com.

 

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TOUTES LES INFOS sur le site de Klarthe records :
https://www.klarthe.com/index.php/en/records-en/leve-future-detail

 

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tracklisting / programme

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Les Créatures de Prométhée, opus 43 – Extraits
1 . Ouverture
2. Introduction
3. N°10 Pastorale – Allegro
4. N°5 Adagio – Andante (Violoncelle solo : Stéphane André)
5. N°8 Marcia – Allegro con brio – Presto
6. N°9 Adagio – Allegro molto
7. N°16 Finale

E.T.A. Hoffmann (1776-1822)
Symphonie en mi bémol majeur
8. I. Adagio e maestoso – Allegro
9. II. Andante con moto
10. III. Menuetto
1 1. IV. Finale (Allegro molto)

STREAMING, opéra, critique, opéra chez soi. Paris, Opéra-Comique, le 19 janvier 2021. Mondonville : Titon et l’Aurore. Bill Christie.

titon_live_opera-streaming-opera-chez-soi-mondonville-titon-aurore-christie-critique-opera-classiquenewsSTREAMING, opéra, critique, opéra chez soi. Paris, Opéra-Comique, le 19 janvier 2021. Mondonville : Titon et l’Aurore. Bill Christie. D’emblée dès l’ouverture, chef et orchestre montrent qu’ils sont au diapason de l’écriture impétueuse d’un Mondonville animé voire survolté par l’esprit du théâtre. On distingue avec enthousiasme la belle nervosité affirmée toute en cordes rugissantes et bondissantes, viriles et souples des Arts Flo, qui imposent cette frénésie que l’on connaît déjà du compositeur (cf. ses Motets et leur spiritualité si dramatique que les mêmes interprètes ont su révéler et sublimer). William Christie apporte cette tension vive, fusion habile d’élégance et de nerf théâtral. Et il en faut pour assurer entre autres les transitions entre les séquences comme l’intermède de l’Acte I : quintessence des musiques de scènes, à la fois tempête et tremblement de terre, prodige de plasticité dramatique dans la lignée de Rameau et dont le fondateur des Arts Flo a fait l’un de ses tubes favoris. D’un regard général, on regrette parfois le manque d’inspiration de Mondonville dont l’écriture tourne au système qui ronronne. L’ouvrage en un Prologue et 3 actes, aurait pu tenir en 2 actes car le profil des protagonistes n’évolue guère d’un acte à l’autre. D’autant que sans réelle vraisemblance, les « méchants » haineux ici sont vite évacuer de la scène pour que triomphe le seul Amour.

Pourtant le prologue marque les esprits : l’indifférence oisive des dieux y est d’emblée décrié par le baryton (court au début et qui peu assuré, ne chante pas très juste) ; c’est rare apparition sur la scène lyrique française, Prométhée qui s’ingénie flambeau à la main, face à un panthéon statufié ; son premier air qui insuffle aux hommes l’esprit d’indépendance et la liberté (« volez »…) sonne trop fragile.

L’agilité de la musique qui exprime sur la scène la diffusion de la vie en une immense flamme afin que naissent les créatures humaines nouvelles… s’affirme a contrario, grâce à l’aplomb du chef, son charisme et son feu, lui-même communicatif dans la fosse. Les silhouettes animées sont incarnées dans le chant des bois et des vents (bassons et flûtes) quand les statues s’ébranlent soudain (choeur « Quelles mains nous a fait »)

Sur la scène de l’Opéra Comique, Bill Christie ressuscite
le théâtre d’un Mondonville, furieux, haineux, souvent déchainé…

Titon, un miraculé de l’amour ?

 

L’orchestre séduit : sa vélocité permanente, et la tendresse qui naît soudain avec l’émergence d’une humanité désormais vouée au culte de Prométhée leur père (ballet réalisé par 3 marionnettes géantes animées par des marionnettistes) rayonnent sur les planches. Puis Cupidon paraît car l’amour éclaire le monde de son « flambeau divin » : en vêtement XVIIIè (piquante coloratoure de la jeune Julie Roset au verbe ardent autant que nuancé) ; la soprano pétillante et vivante réalise avec éclat son duo de victoire avec Prométhée. Elle invite les mortels à goûter l’art de plaire ; les délices de la volupté pour leur bonheur : plus lascive, la musique s’attendrit : marionnettes volantes à l’appui (« Livrez vos âmes à la félicité »).

Acte I

L’action proprement dite débute avec la prière du berger Titon, inquiet que l’Aurore tarde, laquelle éclatante ne se fait pas attendre vainement. C’est la sirène matinale toute d’or, vraie créature fantasmatique et fée complice (convaincante Gwendoline Blondeel) d’un solitaire un rien larmoyant et d’une mollesse tendre (Reinoud Van Mechelen); facétieux, Mondonville imagine une vraie dispute conjugale qui dévoile le berger rongé par la jalousie. L’écriture du compositeur tend ensuite à répéter une manière de bergerie heureuse sur un air de musette qui scelle les amours de Titon et de l’Aurore (air aux oiseaux de l’Aurore avec piccolo aérien, laquelle cependant s’adresse aux moutons bien innocents). Ce qui semble intéresser Mondonville cependant c’est les ressorts dramatiques nés des enchaînements, dans la transition des intermèdes habilement contrastés.

Belle trouvaille, cet Eole furieux (rival colérique de Titon : Marc Mauillon colore toutes les nuances de la haine vengeresse). Le baryton est idéalement articulé, instance pleine de frustration et de haine, il commande à ses fiers et redoutables Aquilons (orchestre furieux). A la fois complice et très avisée, Palès, interprétée par (la très solide) Emmanuelle de Negri (éprise du berger), lui insuffle l’esprit de l’intrigue : qu’il enlève Titon, pour mieux réconforter et conquérir le cœur de l’Aurore.

Acte II

Mondonville excelle alors à peindre la solitude de l’Aurore dépossédée de son amant… vite rejointe par un Eole plus sanguin que réfléchi que l’étoile matinale finit par haïr. Toujours bien manipulé par l’insidieuse Palès, Eole se précipite alors en injonctions impérieuses commandant à ses vents mauvais, avec tonnerre (« Ravagez l’univers »), en une grande scène de fantasmagorie terrifiante (effets de draperies flottantes à l’appui… avec chœur agité). Mondonville affectionne manifestement cet Eole déchainé, excité (prétexte à surenchère orchestrale), jusqu’à ce que Palès lui avoue aimer Titon.

Le duo Titon / Palès qui tente de le charmer en suscitant le tableau des 3 nymphes (« l’amour vous appelle… ») convoque de nouvelles douceurs ; séquence à la fois lascive et pastorale dans une surenchère de moutons cotonneux (littéralement empilés) et mêmes dansants… qui finissent par devenir envahissants. Voire ennuyeux si l’on scrute alors les soupirs du berger indifférent (« Ah, rendez moi l’Aurore ou laissez-moi mourir »). Cette page certes n’est pas du meilleur Mondonville… c’est une création plus que convenue, bergerie caricaturale, parfois délirante (les moutons volants) mais musicalement, tristement conforme et fleuri à souhaits. C’est là que le musicien reste un suiveur de Rameau (malgré le nerf caractérisé qu’y placent Bill et ses musiciens). Fort heureusement, la haine vengeresse gagne très vite le cœur de Palès, qui exulte et s’enflamme, furieuse de se voir écartée par le berger inflexible.

III

De sorte qu’au début du III, le sort de Titon et de l’Aurore (proies des deux haineux) semble scellé : Eole et Palès entendent tuer l’amour des deux amants. Superbe réussite musicale et théâtrale, le plateau réunit alors le couple le plus convaincant : Emmanuel de Negri et Marc Mauillon, excellents diseurs, acteurs non moins assurés, unis dans la jouissance du malheur, en un duo des plus délectables, énumérant délices et charmes de la vengeance. Mondonville conclut son opéra en récompensant la loyauté indéfectible de Titon devenu vieux et misérable : en suscitant Amour vainqueur, Aurore assure à son amant une apothéose digne des héros, « modèles des cœurs reconnaissants ».

L’opéra de 1753 célèbre la puissance de l’Amour, et le bonheur qui est réservé à ceux qui s’en montrent dignes, même s’ils sont comme ici, Titon et l’Aurore, éprouvés. La partition n’a pas le génie de Rameau, mais l’orchestre parfois tournant à vide, regorge d’accents expressifs ; et le couple haineux, d’Eole et de Palès, sont deux entités qui ne manquent pas de piquant. Dommage qu’ici l’amour délectable de Julie Roset ne trouve pas en Renato Dolcini, un Promothée digne de sa verve malicieuse. A l’époque de la querelle des bouffons, plutôt iatalianisant, Mondonville a pourtant réservé dans le Prologue un rôle passionnant à celui qui a volé le feu (vraie bartyon-basse d’agilité). Tandis que la mise en scène et les référents visuels de Basil Twist se figent dans une féerie pastorale simple, efficace, parfois systématique (les moutons de cette « pastorale héroïque » sont copieusement servis, en veux-tu en voilà). La direction de Bill Christie, séduit toujours autant par cette équation singulière, entre élégance et nervosité, précision et fluidité. Musicalement, un Mondonville de rêve.

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VOIR et REVOIR l’opéra Titon et l’Aurore de MONDONVILLE
https://www.medici.tv/fr/operas/jean-joseph-cassanea-de-mondonvilles-titon-et-laurore/

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville : TITON ET L’AURORE
Pastorale héroïque en trois actes et un prologue. Livret de l’abbé de La Marre. Créée en 1753 à l’Académie royale de musique

Direction musicale : William Christie
Mise en scène, décors, costumes, marionnettes : Basil Twist

Titon : Reinoud Van Mechelen
L’Aurore : Gwendoline Blondeel
Palès : Emmanuelle De Negri
Eole : Marc Mauillon
Amour : Julie Roset
Prométhée : Renato Dolcini

Nymphes : Virginie Thomas, Maud Gnidzaz, Juliette Perret (III)
Marionnettistes…

Chœur et orchestre Les Arts Florissants
Durée estimée : 2h – spectacle en français, surtitré en anglais et en français

Entretien avec le chef Benjamin Lévy, fondateur de Pelléas

benjamin levy orchestre pelles concert 582Entretien avec Benjamin Lévy, à propos de la tournée du programme Beethoven qui célèbre aussi les 10 ans de l’orchestre Pelléas,… Heureux et dynamique fondateur de l’Orchestre sur instruments modernes, Pelléas (en 2004), le jeune maestro Benjamin Lévy s’intéresse aux œuvres romantiques et modernes avec un rare souci du détail et de l’architecture poétique des partitions. Le geste est précis, l’intention expressive très investie. A l’occasion de sa prochaine tournée, dédiée à Beethoven, qui reprend partie de leur dernier disque Promethée et Concerto pour violon, le chef qui fête aussi les 10 ans de son ensemble, répond aux 3 questions de CLASSIQUENEWS.

Qu’apporte pour vous l’orchestre Pelléas dans l’interprétation des oeuvres choisies ?

Cet orchestre est un véritable « jardin d’éden » !  La confiance, l’estime et l’amitié que se portent les musiciens entre eux, en plus de créer une atmosphère de travail unique, permettent d’aller chercher ensemble l’essence des oeuvres. Nul besoin de convaincre, de se séduire, de flatter : nous parlons déjà, les musiciens, le soliste Lorenzo Gatto et moi-même, la même langue. Dès lors, nous pouvons explorer des modes de jeu propres aux instruments d’époque, tenter de retrouver la fougue, la mélancolie, l’énergie de ces partitions en sachant que les musiciens feront don de leurs qualités individuelles au service du compositeur et de ces oeuvres incroyables.

Pourquoi avoir choisi Prométhée de Beethoven ?

C’est une oeuvre que l’on entend pas assez à mon goût. C’est vrai qu’elle est difficile à représenter : l’adéquation de la musique à la danse (c’est le seul ballet de Beethoven) a dû être problématique (on n’a jamais commandé à nouveau de ballet à Beethoven !). Cependant, quand (et c’est ce que je fais) on explique au public ce dont parle cette oeuvre extrêmement narrative, le plaisir de l’écoute est très grand. C’est un véritable petit opéra, d’une grande force dramatique.

On sent, en outre, dans cette pièce composée juste après la 1ère symphonie, en germe, beaucoup d’éléments du langage de Beethoven que l’on retrouvera plus tard. Le mouvement intitulé « Pastorale » annonce la Symphonie n°6 du même nom, le thème du « Final » est celui-là même qui figure dans sa 3ème Symphonie…

Si Beethoven n’était sans doute pas un compositeur « conventionnel » de ballet, ces « Créatures de Prométhée » n’en sont pas moins une oeuvre très attachante, très agréable à jouer et à entendre, livrant des couleurs très contrastées : les mouvements joyeux voire nerveux, alternent avec une grande sérénité et avec la plus triste des tendresses.

En quoi cette oeuvre met-elle en avant les qualités de l’Orchestre Pelléas ? En quoi vous permet-elle de vous perfectionner ?

C’est une pièce qui est construite autour de solos pour des danseurs, elle demande donc d’être convaincante dans « l’incarnation » des personnages que la musique est censée dépeindre. Comme cet Orchestre est une véritable « Porsche », nous pouvons exprimer les différents caractères des numéros dansés avec beaucoup de contrastes. C’est vraiment réjouissant pour un chef d’orchestre de pouvoir faire de la musique avec un ensemble où il n’y a qu’à tourner la clé de contact !

Propos recueillis par CLASSIQUENEWS, en octobre 2015.

Livres, compte rendu critique. Gabriel Fauré : correspondance, lettres à madame H. (Jean-Michel Nectoux, Fayard, octobre 2015)

Faure gabriel jean Michel Nectoux livre correspondance review compte rendu FAYARD CLASSIQUENEWS critique du livre CLIC de octobre 2015 9782213687087-001-X_0Livres, compte rendu critique. Gabriel Fauré : correspondance, lettres à madame H. (Jean-Michel Nectoux, Fayard, octobre 2015). En couverture, l’excellente toile du peintre Sargent brosse comme l’ensemble du corpus ici analysés et soigneusement édité, un portrait précis, complet et fidèle de Gabriel Fauré : ainsi se dévoile Fauré dans son intimité épistolaire qui fait du lecteur un proche et un témoin privilégié. Né en Ariège et placé très tôt en raison de ses précoces dispositions à l’Ecole Niedermeyer de Paris (1854), Gabriel Fauré né en 1845 : c’est à Paris qu’il rencontre Saint-Saëns professeur de piano : une amitié les liera bientôt, cimentée par une indéfectible estime réciproque. Tel attachement est perceptible tout au long des très nombreuses lettres de la correspondance. Première partition importante, le Cantique de Jean Racine témoigne de la richesse d’une formation unique sous le Second Empire (1865) et le début de la carrière du compositeur libre; il n’a que 20 ans.
L’assiduité de Saint-Saëns, son aide pour se faire connaître du milieu parisien permet à Fauré de s’affirmer peu à peu, surtout à partir de février 1871 quand il participe à la création de la Société nationale de musique et quand il est admis dans le salon envié, convoité de Pauline Viardot (dont Fauré se fiance un temps avec la fille Marianne…). Les différents profils du compositeur, excellent claviériste se précisent : le musicien d’église, organiste à Saint-Sulpice puis La Madeleine (qui doit subvenir aux besoins de sa famille fondée avec Marie Frémiet, la fille du célèbre sculpteur), le professeur de composition au Conservatoire (ses élèves sont rien de moins que Ravel, Schmitt, Enesco…) qui se forge une très solide réputation ; d’autant que l’homme montre dans ses lettres de non moins solides qualités de coeur, de fidélité et de loyauté envers ses amis, relations, soutiens.
La riche correspondance met en lumière toutes ces qualités personnelles qui dévoilent le fin réseau des amitiés, des estimes, les réalisations qui se font grâce aux rapprochements des personnalités qui sont aussi des personnes dotées d’un grand sens de la loyauté. Rien de tel cependant entre Théodore Dubois, directeur du Conservatoire (1898) et Fauré qui malgré ce que Dubois affirme officiellement, incarne pour ce dernier, le mauvais goût douteux (“trop modulé, trop recherché”… pour ne pas dire sophistiqué et précieux. Une mésentente fameuse, polissée par leur éducation, est restée célèbre. Ces deux là qui devinrent directeur du Conservatoire, n’étaient pas fait pour s’entendre. Il est vrai que la filière classique, académique, institutionnelle dont est issu Dubois, conditionne un être talentueux mais pas marquant, insensible à la fantaisie et la volupté audacieuse. Qualités que Fauré élève de l’école Niedermeyer, a cultivé sa vie durant non sans avoir conscience de son talent dans le domaine. L’histoire a depuis donné raison à Fauré, écartant désormais Dubois hors de la lumière du génie, dans un registre rien qu’académique (et ce malgré  les tentatives récentes pour réhabiliter Dubois dans son contexte).

A travers les lettres très denses et documentées réunies ici, on suit pas à pas les conditions de création et la réception des oeuvres majeures : Pelléas et Mélisande (1898), son premier opéra Prométhée pour les arènes de Béziers (1900), le contexte de création de son second opéra Pénélope (1913) d’abord créé à Monte Carlo (chichement) puis surtout à Paris au TCE alors sous la direction d’Alfred Astruc (lequel déposera le bilan à la fin de la saison 1913, emportant dans sa chute le dernier opéra de Fauré)…
Personnalité réservée, Fauré cependant sait sortir du bois et entrer dans la lumière médiatique parisienne surtout à partir de 1903 quand il devient critique musical pour le Figaro (après s’être présenté à cet emploi à deux reprises). Devenu professeur de composition au Conservatoire (successeur de Massenet) puis directeur de l’Institution en 1905 (après Dubois son ennemi), Fauré mène une politique administrative courageuse, plutôt bénéfique pour l’établissement.

CLIC_macaron_2014Tout l’univers amical, artistique et musical de Fauré se trouve ressuscité dans ce volume richement documenté et judicieusement annoté. L’auteur reprend un précédent corpus déjà publié qui regroupait alors essentiellement les lettres échangées entre Fauré et son maître et ami Saint-Saëns (SFM, Klincksieck, 1994). A cela il ajoute ici, l’ensemble des lettres de Fauré et d’autres correspondants en réponse : pour autant, ne cédant pas à une curiosité anecdotique, l’éditeur mène une sélection exigeante sur le matériel autographe, ne retenant que ce qui présente parmi d’innombrables lettres, un “intérêt biographique ou psychologique”. La liberté de ton avec certaines confidentes, pourtant très distinguées ou mécènes surprend et retient l’attention: telles la Comtesse Greffulhe (qui inspira à Proust sa Guermantes) et surtout la Princesse Edmond de Polignac, … ; comme la facilité d’écriture, entre franchise et tendresse avec sa maîtresse Marguerite Hasselsmans rencontrée sur la création de Prométhée à Béziers en 1901 (lettres longtemps demeurées inaccessibles); la valeur de la présentation éditée par Fayard concerne surtout la nouvelle datation donc la présentation chronologique de toutes les lettres, éditées et numérotées dans la continuité … un travail de recherche et de déduction opéré avec l’aide du spécialiste de Proust (grand connaisseur du Paris fin de siècle, Philip Kolb, lui-même éditeur de la correspondance de l’auteur d’ A la recherche du temps perdu). La succession des lettres ainsi établies permet de reprendre la datation de certaines partitions. Cependant certaines pièces demeurent difficiles à dater précisément comme l’opus 45 (2ème Quatuor avec piano). En l’état, les lettres avec des correspondants essentiels comme Marguerite Long, Vincent D’Indy sont encore trop fragmentaires, retrouvées au hasard des recherches dans le monde entier. Quoiqu’il en soit, l’apport est souvent inédit et toujours passionnant. C’est un Fauré attachant, qui parle essentiellement de musique et construit sa vie et ses passions pour elle, étonnamment fraternel, ami loyal et aimant que l’on découvre au fil des pages d’une somme désormais incontournable.

Livres, compte rendu critique. Gabriel Fauré : correspondance, suivi de Lettres à Madame H. Sélection, présentation, annotations par Jean-Michel Nectoux (éditions Fayard). EAN : 9782213687087. Parution : 21 octobre 2015. 914pages.  Format : 153 x 235 mm. Prix public TTC: 38 €. CLIC de classiquenews d’octobre 2015.

Les Créatures de Prométhée de Beethoven au TAP de Poitiers

9 concerts événements au TAP de Poitiers !Poitiers, TAP. Les créatures de Prométhée de Beethoven. Orchestre des Champs Elysées, le 6 mai 2014 (auditorium, 20h30). L’Orchestre des Champs Elysées sous la direction de son fondateur et chef historique Philippe Herreweghe s’engagent sur instruments anciens à révéler les couleurs trépidantes d’un ballet méconnu de Beethoven,  une partition peu jouée  (à torts)  : Les Créatures de Prométhée, ballet en une ouverture et trois actes composé pour le chorégraphe italien Salvatore Vigano.

herrewghe Philippe-Herreweghe-c-Michiel-HendryckxDans cette oeuvre oubliée créée à Vienne le 28 mars 1801 (quand Haydn a livré son chef d’oeuvre testamentaire, La Création), Beethoven compose plusieurs thèmes qu’il recyclera dans sa fameuse Symphonie Héroïque. De fait, pour souligner la générosité complice de Prométhée envers les hommes enfin réhabilités grâce au don du génial protecteur, Beethoven dans la dernière section (Danza festiva) développe le thème que le compositeur emploiera pour le finale de sa Symphonie Héroïque. La musique énergique, palpitante, pleine d’une triomphante espérance exprime cette gaieté dansante d’une exaltation irrésistible. La trame du ballet de Beethoven dont il existe une version pour piano que l’auteur chérissait particulièrement collectionne les tableaux contrastés : affection du titan Prométhée pour ses deux figures de terre ; présentation devant Apollon et les muses au Parnasse pour qu’elles prennent vie et s’électrisent grâce au feu de la danse. Melpomène assassine le titan mais celui ci renaît grâce à la frénésie chorégraphique de Pan et de ses faunes… tout se conclut dans l’ivresse d’un temps de liesse collective. Concert événement.

Philippe Herreweghe portraitLe sujet permet à Beethoven de développer l’écriture orchestrale selon les contingences exigées par la trépidation dansante. Le feu naturel de son style s’accorde ici parfaitement à la nécessité du drame chorégraphique. Avec Haydn, Mozart et le jeune Schubert, Vienne à l’aube du XIXème siècle bientôt napoléonien, s’affirme comme un foyer musical de premier plan : où prennent leur essor les formes purement instrumentales, Concerto pour piano, symphonies et dans le genre chambriste, le quatuor à cordes.
Sur instruments anciens, l’Orchestre des Champs Elysées poursuit un travail spécifique sur l’éloquence ciselée, alliant puissance et couleurs dans les vastes champs d’expérimentations du répertoire classique et romantique. En abordant le premier Beethoven, sa lecture du ballet Les créatures de Promothée devrait saisir par ses détails, l’énergie rythmique, le sens de la continuité, révélant sous le masque du compositeur l’immense architecte aspiré par l’avenir.

Poitiers, TAP. Les créatures de Promothée de Beethoven. Orchestre des Champs Elysées, le 6 mai 2014 (auditorium, 20h30)

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Les Créatures de Prométhée de Beethoven au TAP de Poitiers

9 concerts événements au TAP de Poitiers !Poitiers, TAP. Les créatures de Promothée de Beethoven. Orchestre des Champs Elysées, le 6 mai 2014 (auditorium, 20h30). L’Orchestre des Champs Elysées sous la direction de son fondateur et chef historique Philippe Herreweghe s’engagent sur instruments anciens à révéler les couleurs trépidantes d’un ballet méconnu de Beethoven,  une partition peu jouée  (à torts)  : Les Créatures de Prométhée, ballet en une ouverture et trois actes composé pour le chorégraphe italien Salvatore Vigano.

Dans cette oeuvre oubliée créée à Vienne le 28 mars 1801 (quand Haydn a livré son chef d’oeuvre testamentaire, La Création), Beethoven compose plusieurs thèmes qu’il recyclera dans sa fameuse Symphonie Héroïque. De fait, pour souligner la générosité complice de Prométhée envers les hommes enfin réhabilités grâce au don du génial protecteur, Beethoven dans la dernière section (Danza festiva) développe le thème que le compositeur emploiera pour le finale de sa Symphonie Héroïque. La musique énergique, palpitante, pleine d’une triomphante espérance exprime cette gaieté dansante d’une exaltation irrésistible. La trame du ballet de Beethoven dont il existe une version pour piano que l’auteur chérissait particulièrement collectionne les tableaux contrastés : affection du titan Prométhée pour ses deux figures de terre ; présentation devant Apollon et les muses au Parnasse pour qu’elles prennent vie et s’électrisent grâce au feu de la danse. Melpomène assassine le titan mais celui ci renaît grâce à la frénésie chorégraphique de Pan et de ses faunes… tout se conclut dans l’ivresse d’un temps de liesse collective. Concert événement.

Philippe Herreweghe portraitLe sujet permet à Beethoven de développer l’écriture orchestrale selon les contingences exigées par la trépidation dansante. Le feu naturel de son style s’accorde ici parfaitement à la nécessité du drame chorégraphique. Avec Haydn, Mozart et le jeune Schubert, Vienne à l’aube du XIXème siècle bientôt napoléonien, s’affirme comme un foyer musical de premier plan : où prennent leur essor les formes purement instrumentales, Concerto pour piano, symphonies et dans le genre chambriste, le quatuor à cordes.
Sur instruments anciens, l’Orchestre des Champs Elysées poursuit un travail spécifique sur l’éloquence ciselée, alliant puissance et couleurs dans les vastes champs d’expérimentations du répertoire classique et romantique. En abordant le premier Beethoven, sa lecture du ballet Les créatures de Promothée devrait saisir par ses détails, l’énergie rythmique, le sens de la continuité, révélant sous le masque du compositeur l’immense architecte aspiré par l’avenir.