LOHENGRIN 2016 : Anna Netrebko chante ELSA

wagner lohengrin dresde dvd deutsche grammophon anna netrebko piotr beczala par classiquenewsarte_logo_2013ARTE, lun 9 mars 2020, 5h. LOHENGRIN. Anna Netrebko chante Elsa, aux côtés de Piotr Beczala en Lohengrin, tendre, ardent, d’un format wagnérien plutôt convaincant.  A Dresde en 2016 sous la direction tendue, carrée de Thielemann, le timbre charnel de Netrebko réussit sa prise de rôle d’Elsa. Quand ANNA NETREBKO chante Elsa dans Lohengrin de Wagner, c’est toute la planète opéra qui retient son souffle, curieuse de suivre les prises de rôles de la chanteuse. Après ses Verdi qu’on a déclarés dangereux, et qui furent enivrants (Leonora du Trouvère puis Lady Macbeth, de Salzbourg au Metropolitan de New York), la voici en mai 2016 (juste avant son disque PUCCINI où elle osera incarner Liù et surtout Turandot… (cd Vérisme, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016) là encore enivrante), à Dresde sous la baguette de Christian Thielemann dans Elsa…
Pour l’anniversaire de Wagner, ce 22 mai, l’Opéra de Dresde, d’ordinaire si Straussien, retransmet ce Lohengrin sur la place de l’Opéra, en grands écrans; Les 2 prises de rôles méritaient bien ce focus médiatique et populaire : Lohengrin et Elsa, soit Piotr Beczala et Anna Netrebko, prêts à relever les défis de leurs personnages respectifs. Précisément, que donnent deux Verdiens avérés chez le jeune et romantique Wagner inspiré par la légende Arthurienne et Parsifalienne ?
D’emblée voilà une Elsa moins mièvre qu’à l’ordinaire, trouvant la juste balance entre passivité romantique et autodétermination digne quoique blessée. En robe blanche, – celle d’une princesse accusée et martyr, Anna Netrebko forge un personnage crédible et indiscutablement profond. Ce qui prime et saisit chez la soprano austrorusse qui multiplie depuis 3 saisons les prises de rôles plutôt surprenantes, c’est l’incandescente sincérité de son chant, porté par un timbre sensuel et tendre, aux aigus charnels et ronds, toujours aussi percutants et irrésistibles. Ce, malgré une ligne parfois en déséquilibre, une intonation pas toujours égale, et un souffle incertain… autant de limites qui avaient atténué ses Quatre derniers lieder de Strauss sous la direction de Barenboim. Mais l’allemand de son Wagner a progressé. Conférant au personnage d’Elsa, une intériorité poétique plus évidente. D’autant que la soprano ne manque pas d’intensité et d’ardeur radicale (comme une Mirella Freni), son angélisme pouvant rugir aussi… aussi fort et intensément que la manipulatrice qui finalement la soumet peu à peu, Ortrud (Evelyn Herlitzius).
Piotr Beczala a le timbre ardent lui aussi et tendre de l’élu descendu sur terre, mais la voix peine à couvrir les ensembles et le style se durcit, avec aigus claironnants pas réellement nuancés, en particulier dans son grand air de révélation : cf le récit du Graal / In fernem Land, dans lequel le fils de Parsifal dévoile son identité quasi divine et prétendument salvatrice…).

Lohengrin : Piotr Beczala
Elsa von Brabant : Anna Netrebko
Heinrich der Vogler : Georg Zeppenfeld
Friedrich von Telramund: Tomasz Konieczny
Ortrud : Evelyn Herlitzius
Chœurs de l’Opéra d’Etat de Saxe
Staatskapelle de Dresde
Direction musicale : Christian Thielemann
Mise en scène : Christine Mielitz
Dresde, Semperoper, enregistré en mai 2016

arte_logo_2013ARTE, lun 9 mars 2020, 5h. LOHENGRIN. Anna Netrebko chante Elsa… Quand ANNA NETREBKO chante Elsa dans Lohengrin de Wagner, c’est toute la planète opéra qui retient son souffle, curieuse de suivre les prises de rôles de la chanteuse. Après ses Verdi qu’on a déclarés dangereux, et qui furent enivrants, voici sa première héroïne wagnérienne Elsa, dans la droite ligne de sa lecture si contestée aussi des Quatre derniers lieder de Strauss / Vier Lietzte Lieder, sous la direction de Daniel Barenboim (1 cd DG – 2015)...

LIRE aussi notre critique du dvd WAGNER : LOHENGRIN (Netrebko, Beczala, Thielemann, Dresde 2016, 2 dvd Deutsche Grammophon).
https://www.classiquenews.com/dvd-compte-rendu-critique-wagner-lohengrin-netrebko-beczala-thielemann-dresde-2016-2-dvd-deutsche-grammophon/

DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON (Thielemann, Beczala, Meier… Bayreuth juillet 2018)

WAGNER LOHENGRIN THIELEMANN YUVAL SHARON DVD DEUTSCHGE GRAMMOPHON juillet 2019 bayreuth critique opera classiquenews review dvd classiquenews Waltraud meier, harteros beczala zeppenfeld critique dvd critique opera classiquenews dg0735621DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON (Thielemann, Beczala, Meier… Bayreuth juillet 2018). Le petit milieu lyrique avait fait des gorges chaudes pour cette production de Bayreuth, inaugurant une nouvelle mise en scène de Lohengrin, le chevalier céleste descendu des cintres pour sauver l’humanité indigne… Ce devait être aussi une prise de rôle en juillet 2018 pour Alagna. Patatras le Français abandonna et ce fut Piotr Beczala qui reprit le défi, quasi in extremis. Dans une réalisation tout à fait convenable, même… globalement convaincante.
D’autant que le parti est assez audacieux et contrevient à l’idéalisation fantasmatique qui est le propre du héros messianique : Yuval Sharon détruit le mythe du chevalier ici, sans cygne, mais anti héros, indécis, instable. Pire, d’un glaciale indifférence aux désirs de la princesse de Brabant, Elsa dont l’autorité est menacée par le couple noir Telramund / Ortrud. Il y a même du sadisme chez celui qui de Chevalier libérateur et protecteur, devient un demi bourreau, souhaitant faire payer à la naïve Elsa, celle qui pose la question interdite (dévoilant du même coup osons le dire, sa stupidité et son manque de confiance) : au III, Lohengrin n’a rien d’un époux aimant et compréhensif pour la jeune oie imbécile.
certes, l’heure médiatique et l’actualité étaient au mouvement pour la protection des femmes et contre le harcèlement professionnel (#balancetonporc)… d’où des scènes de supplices infligés aux femmes en second plan ; trop opportuniste, la mise en scène a pêché en voulant à tous prix faire coïncider la trame du livret avec cette honte internationale. L’équation actualité et opéra aurait pu être mieux réussi, en finesse comme en références maîtrisées : n’est pas directeur d’acteurs-chanteurs ni metteur en scène, qui veut (présence de la centrale électrique, pour le moins incongrue ; de même, quel sens donner à la présence des petites ailes aux dos des personnages, que gagne Lohengrin à l’issue de son combat vainqueur, contre Telramund ?… ).

BECSALA, HARTEROS, MEIER, ZAPPENFELD…
Quatuor gagnant pour le nouveau LOHENGRIN de Bayreuth

Sous la baguette, toujours active et caractérisée de Christian Thielemann (dont le teutonisme sied bien au relief néogothique du Romantique Wagner), saluons la langue contrastée, bondissante de l’orchestre, selon les tableaux) ;
Venu sauver ce qui pouvait l’être, le ténor polonais Piotr Beczala assume cette quasi prise de rôle à Bayreuth (il avait chanté le rôle à Dresde déjà) : en dépit d’aigus parfois mal couverts, tendus, imprécis, le chanteur séduit en Lohengrin, se hisse jusqu’aux traces du champion actuels (à Bayreuth) : Klaus Florian Vogt, d’autant que le nouveau n’a pas la maîtrise naturelle de l’allemand. Face à son angélisme vocal (malgré le sadisme souhaité par le metteur en scène), l’Elsa de Anja Harteros sonne presque trop sombre, révélant dans la puissance de réelles aptitudes à nuancer son personnage (pourtant de godiche manipulée par Ortrud).
La production de ce Lohengrin 2018 gagne aussi de la présence du mezzo noble et grave, trouble et fulgurant de l’immense Waltraud Meier (laquelle aura chanter tous les grands rôles féminins de Wagner, d’Ortrud à Isolde). Son retour à Bayreuth où elle a chanté dès 1983 (Parsifal, Kundry anthologique), affirme son charisme vocal, une présence dramatique surtout qui souligne l’art de l’actrice et de la tragédienne, fauve analytique, jaugeant chaque partenaire avec un appétit et une tension, ultimes. Les ressources sont réduites car sa carrière est derrière elle, mais quelle intonation, quelle intelligence dramatique, quelle diseuse capable de faire scintiller le théâtre wagnérien. Même autorité et évidence musicales pour le Roi Heinrich de Georg Zeppenfeld, devenu depuis quelques années, un familier de Bayreuth.
Saluons enfin le chœur préparé par Eberhard Friedrich qui fait mouche par sa plasticité et son engagement : un modèle dans le genre et la confirmation qu’ils sont pour chaque spectacle local, un pilier garant de réussite scénique.

Malgré les incohérences de la mise en scène, la solidité du cast vocal sauve cette nouvelle production de Lohengrin : le quatuor principal demeure quasi exemplaire.

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DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON – Ref. N°0735621 – Bayreuth juillet 2018 / Parution le 5 juillet 2019.
Op̩ra romantique en trois actes РLivret du compositeur
Créé à Weimar le 28 août 1850
BAYREUTH, juillet 2018
Direction musicale : Christian Thielemann
Mise en scène : Yuval Sharon
Décors et costumes : Néo Rauch et Rosa Loy
Lumières : Rainhard Traub

Lohengrin : Piotr Beczala
Elsa : Anja Harteros
Ortrud : Waltraud Meier
Telramund : Tomasz Konieczny
Le Roi Henri : Georg Zeppenfeld
Le Héraut du Roi : Egils Silins
Les quatre nobles : Michael Gniffke, Eric Laporte, Kay Stiefermann, Timo Riihonen

Choeurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
Chef des choeurs : Eberhard Friedrich

 

 

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Publications. Opéra Magazine n°106, mai 2015. Piotr Beczala

106-couverture-opera-magazine-mai-2015-presentation-revue-de-presse-par-classiquenews-mai-2015Publications. Opéra Magazine n°106, mai 2015. Piotr Beczala. Parution : mercredi 30 avril 2015. Sommaire du magazine mensuel opéra magazine de mai 2015. A la Une et grand entretien : le ténor Piotr Beczala. Venu à Paris pour incarner Faust à l’Opéra Bastille et assurer la promotion de son nouveau récital chez Deutsche Grammophon, récemment couronné d’un Diamant d’Opéra Magazine, le ténor polonais ne manque ni d’intuition, ni de franc-parler. Ses vingt-trois années de carrière ont été autant d’étapes dans une ascension vers les sommets conduite avec sagesse. Désormais promu au rang de star, il n’en perd pas pour autant sa lucidité et organise prudemment ses futures prises de rôles : Lohengrin, Don José et Rodolfo dans Luisa Miller… Rencontres : Graham Vick : Le 16 mai, Le Roi Arthus, unique opéra achevé d’Ernest Chausson, chef-d’œuvre absolu de l’opéra français, créé posthume à la Monnaie de Bruxelles, en 1903, sera pour la première fois représenté à l’Opéra National de Paris dans son intégralité. Sandrine Anglade : Du 6 au 10 mai, la metteuse en scène française s’attaque pour la première fois à Wozzeck, à la demande de l’Opéra de Dijon où, en 2010, sa nouvelle production de L’Amour des trois oranges avait remporté un vif succès.

Anniversaire
Mario Del Monaco
Le 27 juillet 1915 naissait à Florence le dernier ténor dramatique italien de l’histoire.
Depuis son retrait des scènes, en 1975, et sa disparition, sept ans plus tard, aucun Otello, Dick Johnson, Canio ou Andrea Chénier d’une stature comparable n’a émergé sur la terre, depuis la naissance de l’opéra. Pour cela, et aussi pour son énergie, sa puissance et son magnétisme, Mario Del Monaco méritait amplement qu’on lui rende hommage, en cette année de centenaire.

Hommage
André Pernet
Le 27 mai, l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne redonne sa chance, à une rareté : Le Marchand de Venise de Reynaldo Hahn, absent de l’Hexagone depuis la production dirigée par Manuel Rosenthal à l’Opéra-Comique, en avril 1979. Représenté en 1935, à l’Opéra de Paris, l’ouvrage repose pour beaucoup, comme la comédie de Shakespeare adaptée par le librettiste Miguel Zamacoïs, sur les épaules de l’interprète de Shylock. À la création, le rôle du vieil usurier vénitien était tenu par André Pernet, la plus grande basse française du XXe siècle après Marcel Journet.

En coulisse : Toulon
Inauguré en 1862, avec une représentation de La Juive, l’un des plus grands théâtres
d’opéra de France (mille trois cent vingt-neuf places assises) a considérablement évolué depuis l’arrivée de Claude-Henri Bonnet à sa tête : répertoire plus diversifié, saison de concerts symphoniques, ouverture à de nouveaux publics… En conclusion d’une saison lyrique 2014-2015 marquée par les créations in loco de Katia Kabanova et Giulio Cesare, Giuliano Carella, directeur musical de l’Opéra, sera au pupitre de Simon Boccanegra, à partir du 17 mai 2015.

Comptes rendus
Les scènes, concerts, récitals et concours.

Guide pratique
La sélection CD, DVD, livres et l’agenda international des spectacles.

Publications. Opéra Magazine n°106, mai 2015. Piotr Beczala. Parution : mercredi 30 avril 2015. Sommaire du magazine mensuel opéra magazine de mai 2015.

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 2 mars 2015. Charles Gounod : Faust. Piotr Beczala, Jean-François Lapointe… Orchestre et choeurs de l’Opéra National de Paris. Michel Plasson, direction. Jean-Romain Vesperini, mise en scène.

Michel Plasson revient à l’Opéra National de Paris pour Faust de Charles Gounod. L’Opéra Bastille accueille une distribution largement non-francophone dans une nouvelle mise en scène conçue par Jean-Romain Vesperini. 3 heures d’émotion et de musique enchanteresse, mais peut-être trop déséquilibrée en ce qui concerne quelques choix artistiques qui laissent perplexes. Une performance honorée plutôt par les quelques spécialistes engagés, et un choeur et un orchestre… ravissants.

 Gounod + Plasson = un duo gagnant !

FAUSTFaust de Gounod a été reçu comme une Å“uvre innovante et impressionnante lors de sa création en 1859 grâce à un certain rejet des conventions de l’époque, notamment le chÅ“ur introductif et le final concerté. Aujourd’hui, nous apprécions surtout les vertus musicales de la partition, sa transparente et efficace théâtralité, malgré le livret de modeste envergure de Jules Barbier et Michel Carré d’après Goethe. Rarement mise en scène, l’opus a une abondance mélodique indéniable et un certain flair avec beaucoup de potentiel dramatique. Or, ce soir le drame se voit largement affecté par toute une série de péripéties et choix incompréhensibles. Le bateau tient bon grâce à la direction musicale d’un Michel Plasson toujours maître de son art et des chÅ“urs impressionnants, mais nous avons de nombreuses réserves vis-à-vis de la plupart des rôles et aussi quant à la mise en scène.

Les choeurs de l’Opéra de Paris sous la nouvelle direction de José Luis Basso sont extraordinaires. Ils sont toujours investis lors des nombreuses interventions et font preuve d’un dynamisme saisissant que ce soit dans la légèreté mondaine au deuxième acte dans « Ainsi que la brise légère » ou dans l’expression d’un héroïsme mystique et glorieux au quatrième lors du célèbre chÅ“ur des soldats « Gloire immortelle ». Nous regrettons pourtant l’écart abyssal entre la richesse de leur prestation musicale et la trop modeste inspiration du metteur en scène. En ce qui concerne les solistes embauchés, il s’agît sans doute d’artistes de qualité, dont les talents musicaux arrivent à toucher l’auditoire malgré, notamment, un grand souci d’articulation et de diction du français pour la plupart. Mais connaissant la prosodie pas facile du livret, nous constatons tout autant que de tels artistes spécialistes du chant français auraient pu avoir plus d’impact. En
l’occurrence le Faust de Piotr Beczala est solide, avec le beau timbre qui lui est propre et une projection correcte. Or, si nous aimons l’intensité passionnante et passionnée de son chant lors du célèbre air « Salut, demeure chaste et pure », nous pensons que le français peut s’améliorer et nous sommes davantage frappés et conquis par le violon solo du morceau (NDLR : le ténor polonais vient de sortir chez Deutsche Grammophon un récital dédié aux Romantiques Français : Piotr Beczala, The French Collection : lire notre compte rendu critique complet “Les Boieldieu et Donizetti sans défaut de Beczala, 1 cd DG).
Ildar Abdrazakov en Méphistophélès est une force de la nature. C’est un diable charmant et charmeur, avec une voix qui ne nous laisse pas insensibles. Or, encore une fois, il est regrettable que son français ne soit pas à la hauteur de son charisme scénique ni de son évidente musicalité. Nous pouvons presque en dire autant de Krassimira Stoyanova dans le rôle de Marguerite. Si nous aimons les qualités de l’instrument, le français presque incompréhensible nous éloigne des charmes de sa belle voix. En plus elle ,’est guère aidée par la mise en scène, pas très valorisante pour son personnage.

Bien heureusement la distribution compte avec quelques francophones dans les rôles secondaires, notamment le baryton spécialiste du chant français Jean-François Lapointe. Il habite le rôle de Valentin avec une prestance et une présence pleine d’émotion qui ensorcelle l’auditoire. A la beauté plastique du chanteur se joignent une prosodie sensible et un chant sincère et touchant. Lors de son air au deuxième acte « Sol natal de mes aïeux » comme dans la scène de sa mort au quatrième, il se donne et s’abandonne totalement,  théâtralement et musicalement, régalant l’audience des moments de très fortes sensations. La mezzo-soprano Anaïk Morel dans le rôle travesti de Siebel, rayonne d’un charme attendrissant lors de ses participations, son articulation est bonne et son chant irréprochable.

L’orchestre de l’Opéra, lui, est sans doute le protagoniste de l’oeuvre en l’occurrence, et son principal argument. Si nous avons aimé les lumières de François Thouret et la chorégraphie de Selin Dündar au ballet du dernier acte, nous avons beaucoup de réserves vis-à-vis à la mise en scène de Jean-Romain Vesperini, protégé d’un Luc Bondy et d’un Peter Stein.
Certaines idées de potentiel aboutissent souvent à un rien quelque peu désuet. Des nombreuses et longues transitions scéniques impliquent beaucoup de temps mort (dans une Å“uvre déjà longue…), l’aspect fantastique se limite à des explosions et du feu sur scène, frappant aux yeux et aux oreilles, mais d’un kitsch et d’une facilité confondante. La beauté monumentale des décors de Johan Engels contrastant avec la modestie confondante de quelques scènes célèbres. Notamment la scène de Marguerite, avec tant de potentiel, « Il était un Roi de Thulé » finissant dans l’air des bijoux,  moments de la mise en scène que nous aimerions oublier.

FAUSTLa prestation de l’orchestre est, elle, complètement inoubliable. Michel Plasson est un des grands spécialistes de la musique romantique française d’une ardeur intacte, et toujours avec une baguette sensible et raffinée, mais aussi inventive, réactive, parfois dynamique, parfois sublime. Toujours intéressante ! Impossible de ne pas aimer l’œuvre devant un travail si bien ciselé, l’Orchestre de l’Opéra faisant preuve d’un beau coloris, de transparence et de clarté, de charme et de brio ; une prestation si frappante par son naturel et son rigueur, inspirant tour à tour des soupirs et des frissons, des frémissements délicieux qui caressent et enivre l’ouïe  en permanence. Une Å“uvre à voir par sa rareté, pour la beauté des performances et gestes d’un Lapointe saisissant, d’un Plasson inspiré et rayonnant, d’un superbe orchestre, de superbes choeurs, et de quelques bons danseurs… Suffisamment de séductions à nous yeux pour venir applaudir ce nouveau Faust parisien.  A l’affiche à l’Opéra Bastille à Paris, les 5, 9, 12, 15, 18, 22, 25 et 28 mars 2015.

CD. Piotr Beczala : the french collection (1 cd Deutsche Grammophon, août 2014)

piotr beczala the french collection cd deutsche grammophon critique compte rendu classiquenews mars 2015Piotr Beczala : the french collection (1 cd Deutsche Grammophon, août 2014). Enregistré à Lyon à l’été 2014, ce récital romantique français atteste du métal intense, au medium riche et aux aigus tendus et couverts à souhait (parfois un peu durs cependant dans le Werther du début par exemple) du ténor polonais Piotr Beczala. La musicalité est indiscutable, l’autorité de la voix naturelle, avec une émission et une articulation jamais forcées. L’ardeur enivrée de son Werther d’ouverture (Toute mon âme est là ! Pourquoi me réveiller…), puis le sens du legato de son Massenet (Le Cid : Ô souverain, ô juge,ô père…) s’accordent aussi à un souci du verbe, son articulation et sa couleur, qui s’avère passionnant à suivre. Le phrasé, le soin de l’accentuation révèlent un interprète fin et délicat, vrai amateur de notre langue qui ne sacrifie jamais le sentiment et la nuance intérieure sur l’autel de la puissance. Saluons l’équilibre qu’apporte le raffinement et la concentration du chanteur malgré un orchestre et un chef ampoulés et tonitruants… dans ce Massenet qui reste ciselé grâce à la seule tenue du chanteur (de toute évidence, soliste et orchestre ne sont pas sur le même plan : Beczala paraît souvent trop raffiné face au collectif). Ses Berlioz sont ils de la même eau ? Le sublime Faust, enivré, contemplatif, nostalgique peine cependant à se préciser : intonation moins affirmée car les intervalles et le cheminement harmonique déstabilisent le legato qui reste trop apeuré, timide, incertain. La voix même délicate ici manque de souffle et de vertige : elle n’atteint pas les cimes quasi abstraites de la musique (dont la voie est évoquée / dessinée par des cordes éthérées). Plus narratif moins spatial, l’air de Bénédict : “Je vais l’aimer”, plus enraciné dans une prononciation dramatique, rappelle le miracle Gedda, mais sans son feu passionnel sousjacent : Beczala nous paraît là bien timoré.

Les Boieldieu et Donizetti sans défaut de Beczala

En français, son Carlos verdien (Fontainebleau !…), à la fois hymne à la nature impassible et aveu d’amour pour celle que le prince aime, ne parvient pas également à saisir l’enjeu fulgurant des mots. Le timbre beau glisse sur les phrases sans en projeter l’intensité émotionnelle : l’articulation manque de consonnes. Sans relief, ni mordant, le chant se ramollit (avec des aigus serrés). Dommage.
Plus rare, La Dame blanche de Boieldieu et l’air de Georges : Viens, gentille dame… qui ne réclame que la tenue et la hauteur soutenue des aigus rayonnants, sans véritable enjeu dramatique, sinon l’impatience de l’amoureux, convainc résolument (mais là encore, la direction épaisse et démonstrative du chef Altinoglu, aux instruments outrageusement mis en avant, couvrant parfois la voix, agace).
Pour le chanteur, ce Boieldieu délicat est projeté avec naturel et grâce. Même couleur extatique et enivrée pour les deux Donizetti : Ange si pur de Fernand de La Favorite, puis Seul sur la terre … Ange céleste de Dom Sébastien lui vont comme un gant : sans dramatisme intense ni contrastes nuancés, le chanteur enchante par sa ligne souveraine, quitte à sacrifier la précision de l’articulation.

Les deux Gounod montrent les limites d’un travail perfectible encore sur la prononciation, surtout dans Faust : Salut ! demeure chaste et pure… ce n’est pas le violon sirupeux, en veux tu en voilà, trop mis en avant qui couvre l’imprécision de l’articulation ; à croire que le soliste semble ne pas comprendre les enjeux de la scène et les idées du texte…
En revanche, La Fleur que tu m’avais jetée (Don José de Carmen de Bizet) fait valoir les mêmes qualités du timbre raffiné des airs du début, mais étrangement le ténor aime soudain les petites convulsions surrexpressives : abus surstylé hors sujet car l’intensité du timbre devrait tout faire ici ; ce manque de simplicité gâche le début de l’air (d’autant que le son filé d la fin en voix de tête est irréprochable : “et j’étais une chose à toi”). Quand Beczala fait simple, concentré sur la ligne fluide, le miracle se produit : son Don José est indiscutable en dépit de l’affectation superficielle et bien inutile que le chanteur, moins inspiré, nous impose ici et là. N’est pas Gedda qui veut décidément.
Ce devait être une belle cerise sur le gâteau : le duo entre Manon et l’Abbé des Grieux à Saint-Sulpice, scène de passion ultime dont l’exacerbation suscite la reconquête par la jeune courtisane de son ancien amant devenu homme de Dieu ; l’orchestre épais là encore et d’un maniérisme surdaté, n’aident pas les deux solistes Piotr Beczala et… Diana Damrau, d’autant que chacun ne maîtrisent pas toutes les nuances linguistiques de leur partie respective. Le jeu dramatique du ténor est surexpressif et sa partenaire manque singulièrement de sobriété. Un chant contourné, maniéré, et là encore des instruments artificiellement proches gâchent notre plaisir. L’intensité y est certes mais au détriment de la finesse émotionnelle.

Le récital a le mérite de confirmer le tempérament indiscutable du ténor polonais Beczala dans les emplois aériens et presque de pur bel canto, ses Donizetti, Boieldieu et Gounod sont les meilleures réussites de ce récital lyonnais. Notre réserve va à l’orchestre dont le style ampoulé sous la baguette du chef rien que démonstratif et sans nuances, reste continument hors style. Heureusement d’autres directions et parfois sur instruments d’époque ont démontré les qualités de la finesse, de la légèreté qui Å“uvrent pour un dramatisme autrement plus raffiné.

CD. Piotr Beczala, ténor : The french Collection. Airs d’opéras de Massenet (Le Cid, Werther, Manon), Gounod (Roméo et Juliette, Faust), Boieldieu (La Dame blanche), Donizetti (La Favorite, Dom Sébastien), Verdi (Don Carlos), Berlioz (La Damnation de Faust, Beéatrice et Bénédict), Bizert (Carmen). Enregistrement réalisé à Lyon en août 2014. 1 cd Deutsche Grammophon 00289 479 4101