Olympie de Spontini (1819)

XIR224998France Musique. Samedi 11 juin 2016, 19h. SPONTINI : Olympie. Enregistré à Paris, le 3 juin 2016. Enfin une omission réparée : si Gaspare Spontini (1774-1851) a disparu des scènes lyriques européennes et surtout française, Berlioz le tenais pour le génie lyrique le plus important en France après Gluck. C’est dire. Créé à l’Opéra de Paris (Académie royale), le 22 décembre 1819, Olympie – ouvrage en 3 actes, d’après Voltaire, relève de la veine tragique et pathétique propre au grand opéra français hérité du Chevalier, ex favori de Marie-Antoinette. Plus qu’il ne “prépare” le romantisme français, Spontini le cultive déjà. Olympie est dirigé pour sa création par Rodolphe Kreutzer (dont Berlioz admirait au delà de tout, son oratorio récemment ressuscité La mort d’Abel). L’orchestration, ses effets spectaculaires et déchirants, d’une couleur gluckiste, l’importance du choeur, le profil d’Antigone comme l’irrésistible tendresse déchirante de Statira, la veuve d’Alexandre, sur scène : étoile pathétique et morale dont le chant est alors transcendé par la diva de l’époque Caroline Branchu, – comme la fibre héroïque et sensible de sa fille Olympie,- annoncent de fait l’Antiquité telle qu’elle s’impose dans Les Troyens de Berlioz. La tragédie en 5 actes de Voltaire – éditée en 1762, inspire aux deux librettistes de Spontini, Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, ce registre “sublime” si réussi par Gluck. Le compositeur adulé sous l’Empire par Napoléon, auteur de La Vestale, le triomphe de sa vie, réussit néanmoins dans Olympie, ce pathétique édifiant qui touche le cÅ“ur par la justesse de ses accents dramatiques et psychologiques.

 

 

Stupéfiante Statira, veuve d’Alexandre…
OPERA TRAGIQUE ET SUBLIME de 1819

 

Mais à l’époque d’Olympie, Spontini est déjà hors de Paris, vers Berlin où il s’installe le 1er février 1820 car il vient d’être nommé Generalmusikdirektor : ancien napoléonien rallié aux Bourbons, Spontini eut raison de quitter la France et les nombreuses critiques du parti libéral… Le sujet d’Olympie aborde le régicide : ici, l’assassinat d’Alexandre le Grand puis le destin de sa famille (un thème délicat et douloureux à l’époque du crime perpétré aux portes du théâtre de la création : l’assassinat du Duc de Berry, le 13 février 1820) ; acte odieux rendant difficile toute reprise de l’opéra… C’est à Berlin ainsi – om il a recouvré statut et considération que Spontini confie à ETA Hoffmann une nouvelle version d’Olympie, réécrite en allemand, nouvel avatar lyrique créé à l’Opéra de Berlin le 14 mai 1821. C’est cette nouvelle version plus intense et contrastée encore qui triomphera en Europe et à Paris, … en 1826, avec la même Branchu qui fait alors ses adieux à la scène. Spontini poursuit cette simplification narrative, moralisatrice parfois solennelle (déférence au mythe impérial voir La Vestale et surtout Fernand Cortez) que les suiveurs de Gluck à Paris avaient peu à peu formuler dans la veine tragique : Salieri, Cherubini, Sacchini… Bientôt Scribe allait réformer encore davantage, par ses livrets médiévaux, le modèle du grand opéra français, pour Adam, Rossini, Halévy (La Muette de Portici en février 1828, puis Guillaume Tell, Les Huguenots). En 1819 et même 1826, Voltaire est un modèle dramatique toujours vénéré. Olympie fut pour le génie de Ferney, une oeuvre tardive, écrite en 6 jours par un écrivain fatigué septuagénaire, voulant jouer au jeune auteur… Pourtant la tragédie convoquée par Voltaire – en un même lieu, le temple de Diane à Ephèse, est celle des tragédiennes et des femmes blessées toujours dignes : reconnaissance entre Statira et Olympie (II), les mêmes rejoignant les flammes d’un vaste bûcher (V).
Pour Spontini, comme dans La Vestale, il s’agit de retrouver la grandeur et le sublime tragique de l’Antiquité à travers ses rituels grandioses, d’une froideur parfois trop solennelle, voire monumentale (au III, le couronnement de Statira avec les lauriers d’Alexandre, où Antigone paraît triomphante sur un éléphant (! cf les didascalies d’époque) mais toujours grave : fouillant les ressources contrastées nées de l’opposition entre sacré et profane, où brille la dévotion de Statira pour la défense des Dieux; scènes finales avec choeurs grandioses à la clé (dont l’effusion du peuple éphésien pour célébrer la concorde entre Antigone et Cassandre). Si le spectaculaire a joué intensément son rôle dans la conception du l’opéra, Spontini parvient cependant à tisser une fibre psychologique solide et fluide entre les scène, grâce à son récitatif, l’un des mieux écrits qui soit et qui exige des interprètes une maîtrise (en finesse comme en expressivité) absolue. Mais que l’on ne s’y trompe pas : la véritable héroïne, touchante autant que digne demeure la sublime mère d’Olympie, Statira. Olympie, en son suicide final ne fait suivre les traces maternelles.

L’Olympie de Spontini, 1819
A l’affiche du TCE à PARIS, le 3 juin 2016

RADIO
Sur France Musique, samedi 11 juin 2016, 19h

Opéra en trois actes (1819)
Livret de Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d’après la pièce éponyme de Voltaire

Karina Gauvin:  Olympie
Kate Aldrich:  Statira
Charles Castronovo:  Cassandre
Josef Wagner:  Antigone
Patrick Bolleire:  Le hiérophante
Conor Biggs: Hermas, un Prêtre
Le Cercle de l’Harmonie
Vlaams Radio Koor
Jérémie Rhorer, direction

VIDEO : voir la soprano Jennifer Borghi chanter Olympie de Spontini — concert “Grandeurs et décadence : Gluck, Spontini, Cherubini… ” / Namur, 2012 © reportage exclusif clasiquenews.tv – à 1h46 : air de Statira invoquant les mânes de Darius et d’Alexandre, implorant sa fille Olympie…

LIRE aussi notre dossier spécial sur La Vestale de SPONTINI (Paris, octobre 2013)

LIRE aussi notre présentation critique de La Mort d’Abel de Rodolphe Kreutzer, 1810

 

LIRE le texte originel de la tragédie de Voltaire