CD, coffret événement, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin (3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin. Alors que Sony classical poursuit sa trilogie sous la conduite de l’espiègle et pétaradant Teodor Currentzis (1), Deutsche Grammophon achève la sienne sous le pilotage du Montréalais Yannick-Nézet Séguin récemment nommé directeur musical au Metropolitan Opera de New York. Après Don Giovanni, puis Cosi, les Nozze di Figaro sont annoncées ce 8 juillet 2016. A l’affiche de ce live en provenance comme pour chaque ouvrage enregistré de Baden Baden (festival estival 2015), des vedettes bien connues dont surtout le ténor franco mexicain Rolando Villazon avec lequel le chef a entrepris ce cycle mozartien qui devrait compter au total 7 opéras de la maturité. Villazon on l’a vu, se refait une santé vocale au cours de ce voyage mozartien, réapprenant non sans convaincre le délicat et subtil legato mozartien, la douceur et l’expressivité des inflexions, l’art des nuances et des phrasés souverains… une autre écoute aussi avec l’orchestre (les instrumentistes à Baden Baden sont placés derrière les chanteurs…) Leur dernier enregistrement, L’Enlèvement au sérail (qui a révélé le chant millimétré du jeune ténor Paul Schweinestet dans le rôle clé de Pedrillo) excellait dans ce sens dans la restitution de ce chant intérieur et suave porté par la finesse des intentions. Qu’en sera-t-il pour ce nouveau Da Ponte qui clôt ainsi la trilogie des opéras que Mozart a composé avec l’écrivain poète ?
La distribution regroupe des tempéraments prêts à exprimer l’esprit de comédie et ce réalisme juste et sincère qui font aussi des Nozze, l’opéra des femmes : Sonya Yoncheva chante la Comtesse, Anne Sofie von Otter, Marcellina, la moins connue Christiane Karg dans le rôle clé de Susanna… les rôles masculins promettent d’autres prises de rôles passionnants à suivre : Luca Pisaroni en Figaro ; Thomas Hampson pour le Comte Almaviva ; Rolando Villazon incarne Basilio le maître de musique, et Jean-Paul Fouchécourt, Don Curzio (soit pour ces deux derniers personnages, deux sensibilités invitées à sublimer l’expressivité de deux rôles moins secondaires qu’on l’a dit…).
Quelle cohérence vocale ? Quelle réalisation des situations psychologiques à travers les 4 actes ? Quelle conception à l’orchestre ? On sait combien l’opéra de Mozart et da Ponte a transfiguré la pièce de Beaumarchais dans le sens d’une libération des individualités, dans l’esprit d’une comédie réaliste parfois délirante où perce la vérité des caractères. Yannick Nézet-Séguin et son complice Rolando Villazon sont-ils au rendez vous de tous ces défis ? Réponse dans notre grande critique des Noces de Figaro par Nézet-Séguin et Villazon, à paraître dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la sortie du coffret, le 8 juillet 2016.

 

CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin, 3 cd Deutsche Grammophon — 479 5945. Parution annoncée le 8 juillet 2016.

 

 

 

LE CYCLE MOZART de Yannick Nézet-Séguin et Rolando Villazon. LIRE aussi nos critiques complètes CLASSIQUENEWS des opéras précédemment enregistrés par Yannick Nézet-Séguin :

Don-Giovanni.cd_.01DON GIOVANNI. Entrée réussie pour le chef canadien Yannick Nézet-Séguin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier défi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart. Après les mythiques Boehm, Furtwängler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement médité, l’opéra Don Giovanni version Nézet-Séguin regarderait plutôt du coté de son maître, très scrupuleusement étudié, observé, suivi, le défunt Carlo Maria Giulini: souffle, sincérité cosmique, vérité surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincérité première, son urgence théâtrale, en une liberté de tempi régénérés, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempéraments mis en mouvement. Immédiatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalité très fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuité dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portés par la sureté de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCOSI FAN TUTTE. Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso … D’abord il y a l’élégance mordante souvent très engageante de l’orchestre auquel Yannick Nézet-Séguin, coordonnateur de cette intégrale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrésistible. Le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frétille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout féminins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble développer une sensibilité proche du coeur féminin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une présence absolue ici, qui démentiront notre analyse.

 

mozart-2-cd-deutsche-grammophon-die-entfurhung-aus-dem-serail-enlevement-au-serail-yannick-nezet-seguin-villazon-prohaska-paul-schweinester-rolando-villazonL’ENLEVEMENT AU SERAIL. CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sérail, Die Entfhürung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, Nézet-Séguin (2 cd Deutsche Grammophon). Après Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composée par Mozart en 1782, au coeur des Lumières défendue à Baden Baden par Nézet-Séguin et son équipe ? Évidemment avec son léger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine à convaincre dans le rôle de Belmonte;  outre l’articulation contournée de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniéré à notre goût, autant de petites anomalies qui malgré l’intensité du chant placent le chanteur en dehors du rôle.

 

 

(1) Sony classical a publié Cosi fan tutee,  Le Nozze di Figaro… reste Don Giovanni, annoncé courant dernier quadrimestre 2016

Compte-rendu, opéra. Toulouse, Capitole, le 17 avril 2016. Mozart : Les Nozze di Figaro. Attilio Cremonesi, direction. Marco Arturo Marelli, mise en scène.

Cette admirable production datant de 2008 trouve sa plénitude grâce à une distribution d’une équilibre proche de la perfection entre beauté vocale et jeux scénique, vivant et naturel. L’esprit buffa si particulier à Mozart et Da ponte trouve son apogée lors de ces représentations. Il est rare de bénéficier à l’opéra d’un tel sens théâtral y compris durant les airs. Tout est vie et mouvement dans cette folle journée. Grâce à un travail en profondeur, chaque personnage est campé avec humour et tendresse. Les décors sont sobres, les costumes flamboyants et les éclairages sculptent l’espace avec un lever et coucher de soleil sur les deux airs de la comtesse, puis la lune dans le jardin, délimitant le nycthémère.

 

Admirable équilibre entre musique et théâtre

 

 

 

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Le Comte de Lucas Meachem est peut être le plus réussi car ce personnage est trop souvent ingrat. La haute stature du chanteur, son charme personnel, une sorte d ‘énergie canalisée mais pas toujours lissée en font un noble aussi irritant qu’attachant. Ses maladresses sont pleines de charmes et l’élégance est toujours là. La voix est magnifique de projection, large et puissante quand il le veut et la tenue de sons pianos très souples, donne beaucoup d‘émotion à ses prières à la Comtesse. L’humour de son jeux lui permet de toujours gagner la sympathie du public ce qui est assez rare dans ce rôle. En filigrane se devine un futur Baron Ochs, du Chevalier à La Rose qui devrait être passionnant. Il forme avec la Comtesse de Nadine Koutchner un couple cohérent. Même large stature vocale, même qualité de timbre, et chez elle, un legato et des pianissimi qui tiennent du rêve éveillé. La grâce de cette Comtesse, mais aussi sa capacité à s’animer et s’encanailler avec Suzanne est pleine de jeunesse. Son regret de ses amours n’est pas plaintif mais récrimination d’un fort tempérament amoureux frustré.

Les Noces de Figaro ne comprend pas vraiment de personnage principal; c’est l’équilibre entre tous qui fait le succès de l’opéra. En mettant en scène un couple comtale plus jeune, plus sympathique et plus vif, tout le théâtre semble rehaussé d’un cran. Ainsi Figaro est particulièrement latin et intelligent. Toujours en mouvement. Le Jeune Dario Solari peut compter sur une énergie peu commune. La voix est ronde, le jeu de l’acteur est virtuose et son charme à quelque chose de  félin. L’étoffe d’un Don Juan se fait jour. Anett Fritsch, sa Suzanne, est du vif argent. La tendresse et la passion l’habitent avec une rare intensité. Le timbre est clair et beau. Son jeu est admirable. Elle a tout d’une très grande Suzanne, d’ailleurs elle sera Suzanne au festival de Salzbourg cet été.

Ingborg Gillebo est une Cherubin délicat et séduisant. Le jeu est suffisamment vivant pour être sinon naturel du moins très convaincant. La voix est bien conduite et le timbre agréable. Un Chérubin adolescent encore fragile et pas encore certain de sa séduction pourtant réelle. La Marcelline de Jeanette Fischer est remarquable. Elle campe vocalement et scéniquement un personnage inoubliable et attachant. Son air au milieu du public est un moment d’anthologie. La large voix de Dimitry Ivashchenko (Bartolo) et son jeux extraverti lui permettent de donner corps et présence à son rôle. Il arrive avec humour a le rendre sympathique. Le Don Basile de Gregory Bonfatti est crédible et très présent vocalement dans les ensembles. Elisandra Melian en Barberine est un peu sous employée. Le timbre est un corsé pour le rôle et le tempérament scénique un peu trop énergique loin de l’ingénue habituelle. Tiziano Braci campe un Antonio cauteleux à souhait. Il ressort de l’admirable travail de Marco Arturo Marelli une sympathie pour chaque rôle. Chaque personnage va vers son bonheur à sa manière et partant d’un état va se trouver changé en une journée. Il n’y a pas de vrai « méchant », belle leçon d’ humanité en somme!

Le choeur du Capitole a est admirable de présence vocale et scénique. Le soin apporté aux costumes par Dagmar Niefind et crées  au théâtre Real de Madrid  est incroyable jusque dans celui des choeurs.
L’orchestre en cordes et bois baroques est très présent. Le chef adopte des tempi plutôt vifs et la théâtralité se déroule comme par évidence . Le temps est suspendu et le spectacle avance avec beaucoup de vie. Les couleurs de l’orchestre sont très belles surtout les bois et les cuivres. Le tandem Robert Gonella au pianoforte et Christopher Waltham au violoncelle forme un  continuo vivifiant . Le fait de monter les musiciens hauts dans la fosse a l’avantage de renforcer la cohésion scène/fosse qui est parfaite mais provoque une trop forte présence des cordes graves au détriment des violons, du moins au parterre. Cette forte présence de l’orchestre qui équilibre à mon sens la théâtralité bouillonnante de la mise en scène n’a pas été du gout de certains. Pour ma part l’orchestre mozartien et un vrai partenaire et parfois un personnage à part entière et j’ai beaucoup aimé l’équilibre obtenu par Attilio Cremonesi. Les Noces est à mon avis l’opéra du Trio Da Ponte qu’il a dirigé au Capitole  celui qui lui réussi le mieux.
Ce chef d ‘œuvre a fait salle comble avec refus de spectateurs potentiels. Le respect et la vitalité de cette production, son équilibre rare entre chant et théâtre, le travail d ‘équipe exemplaire qui est perceptible, en fait un des plus beaux spectacles du Capitole. Cette reprise est bienvenue et n’ayant pas pris une ride je me réjouis d’imaginer revoir un jour cette belle production. .

 

 

 

Compte-rendu, opéra. Toulouse, Capitole, le 17 avril 2016. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Les Nozze di Figaro. Opera buffa en quatre actes de Lorenzo Da Ponte, d’après La Folle Journée ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais ; créé le premier mai 1786 à Vienne. Coproduction avec l’Opéra de Lausanne (2008). Avec :  Lucas Maechem, le Comte Alamaviva. Nadine Koutchner, La Comtesse Almaviva. Dario Solari, Figaro. Anett Fritsch, Susanna. Ingeborg Gillebo, Cherubino. Jeanette Fischer, Marcellina. Dimitry Ivaschenko, Bartolo. Gregory Bonfatti, Don Basilio. Mikeldi Atxalandabaso, Don Curzio. Elisandra Melian, Barberina. Tiziano Bracci, Antonio. Zena Baker, Marion Carroué, deux dames. Choeur du Capitole, direction : Alfonso Caiani. Orchestre  National du Capitole de Toulouse. Attilio Cremonesi, direction musicale. Mise en scène et scénographie : Marco Arturo Marelli. Collaborateur à la mise en scène, Enrico de Feo. Costumes, Dagmar Niefind. Lumières, Friedrich Eggert. Photo : David Herrero

 

 

 

Compte-rendu. Opéra. Gand, Opéra, le 18 juin 2015. Wolgang Amadeus Mozart : Le Nozze di Figaro. David Bizic, Levenet Molnar, Julia Kleiter, Julia Westendorp, Renata Pokupic, Kathleen Wilkinson, Peter Kalman, Piet Vasichen, Adam Smith, Aylin Sezer. Guy Joosten, mise en scène. Paul McCreesh, direction.

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Créée ici -même – à l’Opéra de Gand – il y a tout juste 20 ans, la mise en scène de Guy Joosten des Noces de Figaro de Mozart est loin d’avoir le côté provocateur et sacrilège d’autres productions lyriques que nous avons pu voir du même auteur, que ce soit son Don Giovanni anversois, son Freischütz montpelliérain ou encore sa Salomé bruxelloise. Elles ont néanmoins un dénominateur commun : l’aspect théâtral l’emporte – quasi toujours – sur la musique. Guy Joosten ne perd pas de vue l’aspect « Folle journée » de l’œuvre, lui imprimant un rythme qui jamais ne se relâche. Il n’a pourtant pas résisté à la tentation de la transposition, et les costumes rappellent notre époque : vaguement idéalisés dans le cas du Comte et de la Comtesse, franchement banalisés pour Figaro, Bartolo, Basilio et la plupart des autres comparses, ils se réduisent à des bleus de travail pour les gens du peuple, traités comme des ouvriers. Certains d’entre eux prennent des allures menaçantes contre leur patron, brandissant des pieds-de-biche comme des armes. Avec cette peinture de la lutte des classes, nous restons – somme toute – assez proches de Beaumarchais, même si le contexte historique n’est pas identique, et si certaines répliques paraissent anachroniques. Les interventions de la mise en scène sont bien servies par le décor monumental et esthétisant de Johannes Leiacker : une serre bientôt transformé en jardin d’hiver à l’abandon. Mais Mozart dans tout cela ?

 

 

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A la tête d’un Orchestre Symphonique de l’Opéra de Flandre bien disposé, le chef britannique Paul McCreesh confirme ses affinités avec la musique de Mozart. Grâce à une agogique souple, combinant avec art de subtiles gradations entre tempi vifs et tempi lents, grâce à une oreille attentive aux voix intermédiaires, et grâce à une attention particulière au permanent dialogue entre voix et instrument à vent, il soutient l’intérêt de bout en bout – tout en plaçant les chanteurs dans un environnement favorable.

Ces derniers ne méritent que des éloges. David Bizic, Figaro au timbre noir et plein d’aplomb, s’impose sans peine comme l’élément moteur de l’intrigue. Il possède le grain rustique et la mobilité expressive qui suggèrent la vitalité instinctive du personnage. Le baryton hongrois Levente Molnar en impose aussi, dans le rôle du Comte, avec sa voix particulièrement puissante, qui sait néanmoins se faire caressante dans ses tentatives de séduction de Susanna, ainsi que dans son repentir final.

Le gentil minois et la fine silhouette de la soprano néerlandaise Julia Westendorp la destine particulièrement aux rôles de soubrette. Sa voix tour à tour charmeuse et énergique, appuyée sur une diction claire et un vibrato bien dosé, étoffe le discours d’une Susanna souveraine. De son côté, Julia Kleiter séduit à chaque instant par la maturité de son chant. Parfaite dans les nuances d’intensité, modulant avec délicatesse son timbre velouté, elle rend avec une égale justesse chaque note de la Comtesse, de la simple confidence au cri profond du cÅ“ur. Dans le rôle de Cherubino, la mezzo croate Renata Pokupic, constamment en émoi, possède l’agilité et l’espièglerie d’une jeunesse assumée.

Les seconds rôles, souvent parents pauvres des Noces, accueillent une Marcellina (Kathleen Wilkinson) qui ne démérite pas dans son air du quatrième acte, aux côtés d’un impressionnant Bartolo, la basse hongroise Peter Kalman, qui a la stature et l’autorité d’un Comte. On n’oubliera pas de citer Piet Vansichen, inoubliable Antonio, aussi bourré que bourru, ni la douce Barberine d’Aylin Sezer ni le Basilio intrigant d’Adam Smith.

Compte-rendu. Opéra. Gand, Opéra, le 18 juin 2015. Wolgang Amadeus Mozart : Le Nozze di Figaro. David Bizic, Levenet Molnar, Julia Kleiter, Julia Westendorp, Renata Pokupic, Kathleen Wilkinson, Peter Kalman, Piet Vasichen, Adam Smith, Aylin Sezer. Guy Joosten, mise en scène. Paul McCreesh, direction.

CD.Mozart : Les Noces de Figaro, Le Nozze di Figaro (Curentzis, 2013)

Mozart_currentzis_nozzeCD.Mozart : Les Noces de Figaro, Le Nozze di Figaro (Currentzis, 2013). On s’attendait à une révélation, de celle qui ont fait les grandes avancées musicologiques et philologiques s’agissant de Mozart sur instruments d’époque (Harnoncourt pour Idomeneo, plus récemment Jacobs pour La Clémence), … avec l’option délicate complémentaire des (petites) voix au format “originel”, soitdisant agiles, non vibrées, d’une précision exemplaire (plus adaptée à la balance d’époque : voix/instruments)… Mais Mozart reste un mystère et ce nouvel enregistrement malgré son investissement instrumental échoue à cause du choix hasardeux et finalement défavorable de certains solistes. C’est aussi une question de style concernant une direction survitaminée qui oublie de s’alanguir et de creuser les vertiges et ambivalences liés au trouble sensuel d’une partition où pointe la crête du désir. Le chef d’origine grec Teodor Currentzis multiplie les déclarations fracassantes, exacerbe souvent ses propos quant à ses nouvelles lectures (déviations du marketing?)… souvent comme ici, l’effervescence annoncée pour les Nozze tourne court de la part du musicien qui extrémiste, entend souvent jouer jusqu’à l’orgasme.
Certes ici les instruments sont en verve : flûtes, bassons et cors dès l’ouverture avec des cordes et des percussions qui tempêtent sec. Mais cette expressivité mordante, rêche, -âpre souvent-, fait-elle une version convaincante? La fosse rugit (parfois trop), et la plateau vocal reste déséquilibré. Dommage.

Nozze inégales

Si la fosse nous semble au diapason de la vivacité souvent furieuse du chef, les voix sont souvent… contradictoires à cet esthétique de l’exacerbation expressive et de la palpitation souvent frénétique. L’éros qui soustend bien des scènes reste …. saccades et syncopes, et même Cherubino dans son fameux air de panique émotionnelle manque singulièrement de trouble (Non so più cosa son, I)… Pire, mauvais choix : Figaro et le Comte manquent ici de caractérisation : les deux voix sont interchangeables (avec pour le premier des problèmes de justesse) ; notre plus grande déception va cependant à la Comtesse de Simone Kermes, d’une asthénie murmurante, minaudante totalement hors sujet : elle paraît pétrifiée en un repli serré et étroit. Son retrait s’oppose de fait à l’engagement proclamé et effectif du chef et de ses musiciens. Il n’ y a que finalement la Susanna de Fanie Antonelou qui se détache du lot avec des abbellimenti (variations) vraiment assumées et investies, une évolution du personnage qui suit avec plus de nuances et surtout de naturel comme d’humanité, le caractère de la jeune mariée (très bel air au IV : Deh vieni non tardar… serenata mêlée d’inquiétude et d’excitation comme là encore d’ivresse sensuelle…) ; idem pour le Basilio au legato souverain de Krystian Adam, vrai ténor di grazia dont les airs semblent enfin rétablir cette fluidité vocale qui manque tant à ses partenaires : soudain chant et instruments se réconcilient avec bénéfice (très convaincant In quegl’anni à l’acte IV…) . Le pianoforte envahissant dans récitatifs et airs finit par agacer par ses multiples ornementations. L’air de Figaro qui raille Cherubino et dont le chef nous vante un retour au rythme juste reste … mécanique, de surcroît avec la voix courte d’un Figaro qui patine et dont la justesse comme la ligne font défaut. Et souvent, cette précision rythmique empêche un rubato simple et naturel tant tout paraît globalement surinvesti. Les claques de l’acte V sont elles aussi électriques et mauvais trucs de studio, d’un factice artificiel : plus proches des volets qui claquent que d’une main vengeresse…

antonelou_fanie_soprano_susanna_nozze_mozart_currentzis_sony-classicalNous restons donc mitigés, et quelque peu réservés sur la cohérence du plateau vocal dont la plupart des solistes ne sont pas au format d’un projet dont on nous avaient vanté la ciselure, l’expressivité supérieure. Vif et habile, le chef grec Teodor Currentzis n’a jamais manqué d’énergique audace mais il sacrifie trop souvent la sincérité du sentiment sur l’autel de l’effet pétaradant. Nous lui connaissons des opéras plus introspectifs (écoutez son Din et Enée de Purcell par exemple, plus profond, plus pudique…).  Avoir choisi Kermes pour La Comtesse est une erreur regrettable qui ne pourra pas faire oublier les Margaret Price ou Kiri Te Kanawa ni plus récemment les Dorothea Röschmann, infiniment plus nuancées et profondes. Nous attendons néanmoins avec impatience la suite de cette trilogie mozartienne dont le seul mérite reste parfois un travail assez étonnant réalisé sur la texture orchestrale, révélant des associations de timbres souvent passées sous silence, une nette ambition de clarté et d’articulation instrumentale mais qui souvent se développe au mépris de la justesse de l’intonation comme d’une réelle profondeur poétique. A trop vouloir en faire, le chef semble surtout démontrer plutôt qu’exprimer. Qu’en sera-t-il à l’automne prochain pour son Don Giovanni : on lui souhaite des choix de chanteurs plus judicieux.

Mozart : Le Nozze di Figaro, Les Noces de Figaro. Avec Simone Kermes, Fanie Antonelou, Mary-Ellen Nesi, Andrei Bondarenko, Christian Van Horn, Krystian Adam… Musicaeterna. Teodor Currentzis, direction. 3 CD Sony Classical. Enregistrement réalisé à l’Opéra Tchaïkovski de Perm (Oural), 2013. A venir à l’automne, Don Giovanni sous la direction de Teodor Currentzis.

Illustration : on dit oui à la Susanna de Fanie Antonelou, et définitivement non à la Comtesse de Simone Kermes.