COMPTE-RENDU, critique, opéra. MARSEILLE, Odéon, le 14 déc 2019. OFFENBACH : Orphée aux enfers. Trenque / Duffaut

offenabch-2020-opera-classiquenews-critique-concerts-opera-critique-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. MARSEILLE, OdĂ©on, le 14 dĂ©c 2019. OFFENBACH : OrphĂ©e aux enfers. Trenque / Duffaut. Par la qualitĂ© de la mise en scĂšne de Nadine Duffaut, des dĂ©cors d’Éric Chevalier, des costumes de Katia Duflot, de la direction musicale enflammĂ©e d’Emmanuel Trenque, l’interprĂ©tation d’une troupe brĂ»lant les planches, cet OrphĂ©e aux Enfers, Ă©tait comme un cadeau anticipĂ© de NoĂ«l.

 

 

 

L’OEUVRE… opĂ©ra-bouffe hilarant d’Offenbach et consorts, OrphĂ©e aux enfers, crĂ©Ă© pour sa premiĂšre version en 1858, en 1874 pour la seconde, est une irrĂ©sistible parodie de l’OrphĂ©e et Eurydice, cĂ©lĂšbre opĂ©ra de Gluck crĂ©Ă© Ă  Vienne en 1762, en italien, remaniĂ©, en 1774 en, français, Ă  Paris, dont Berlioz tira version en 1859 pour la grande contralto Pauline Viardot GarcĂ­a, avec un Ă©norme succĂšs dont tĂ©moigne l’hommage bouffe que lui rendit Offenbach. Il en parodie des passages, dont le fameux lamento « J’ai perdu mon Eurydice », entonnĂ© en Ă©cho par Diane, VĂ©nus et Cupidon.

 

 

OrphĂ©e d’Offenbach Ă  Marseille (OdĂ©on)
ENFER DIVIN

 

 

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Dans cet opĂ©ra-bouffe, le mythe est plus que mitĂ©, dynamitĂ©. Pour mĂ©moire mythologique oublieuse : OrphĂ©e, demi-dieu de la musique a tout pouvoir sur la nature, les animaux sauvages le suivent en douceur, sa voix attendrit mĂȘme les pierres. Il a Ă©pousĂ© la nymphe Eurydice ; piquĂ©e par une vipĂšre, elle meurt. DĂ©sespĂ©rĂ©, il n’hĂ©site pas Ă  descendre aux Enfers pour convaincre, en vaincre les dieux par la beautĂ© de sa musique et de son chant et ramener au jour sa chĂšre femme, qu’il perd en se retournant malgrĂ© l’interdit du dieu. OrphĂ©e et Eurydice, sont le couple amoureux idĂ©al.
Ici, c’est le couple bourgeois rongĂ© par l’habitude, un mari et une femme fatiguĂ©s l’un de l’autre. OrphĂ©e est chez Offenbach un mĂ©diocre compositeur, un violoniste dont Eurydice, quel supplice, si elle est piquĂ©e, c’est de rage : elle est Ă  cran contre le crincrin de son violoneux de mari. Eurydice dĂ©teste OrphĂ©e qui le lui rend bien, chacun cocufiant l’autre.

 

 

RĂ©alisation

 

 

On aime, dans les rĂ©alisations de Nadine Duffaut, avec la densitĂ© culturelle, alliĂ©e au sens musical, la sensibilitĂ© sociale. Les dĂ©cors d’Éric Chevalier à cet effet sont parlants avec des vitrines d’enseignes commerciales du temps :une rue fin XIXeou dĂ©but XXesiĂšcle, un atelier de la jeune fĂ©e Ă©lectricitĂ©, un salon de coiffure masculin fĂ©minin, une Ă©picerie si l’on s’en souvient bien, et la boutique du luthier OrphĂ©e, premier Prix de violon du Conservatoire. Sur cette rue ou place, chacun passe, chacun va, pas drĂŽles de gens que ces gens-lĂ , petit monde d’un autre monde, pas celui du grand ni des dieux,modestes travailleurs vaquant ou allant Ă  leurs occupations, des boulangers, un vitrier, un balayeur, une bonne d’enfant poussant le berceau, des membres de l’ArmĂ©e du Salut, une religieuse, un curĂ©, une chanteuse des rues Ă  la Piaf, un photographe paparazzi, genre espion Ă  lunettes noires ou inspecteur Ă©chappĂ© d’une sĂ©rie, Bogart par le feutre, Colombo par l’impermĂ©able avachi (Jacques Freschelpromu en Charlot Ă  la fin). À moins qu’il ne soit en mission de filature conjugale car filant l’adultĂšre voici, couleur cocu, canaille jaune canari, ou plutĂŽt serin, guĂšre serine, l’Eurydice pimpante d’AmĂ©lie Robins, jolie comme les boutons d’or et bleuets invisibles qu’elle cueille de l’absent champ de blé : d’emblĂ©e, pas besoin de presse Ă  scandale, elle s’empresse, coquine coquette et cocotte cocottante, d’une lumineuse voix guĂšre intime, de mettre le public dans la confidence en publiant ce qu’il ne faut pas publier :
« N’en dites rien Ă  mon mari !» hi-hi.

 

 

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Ah, ah ! la friponne file le parfait mais occulte amour avec AristĂ©e, berger d’Arcadie « ivre de mĂ©lodies » dont l’archaĂŻque couplet a de sournoises douceurs du miel de ses abeilles, en fait faux pastoureau mais vrai maĂźtre des Enfers, le sardonique Pluton auquel Marc Larcher, dĂ©guisant traĂźtreusement sa voix de tĂ©nor puissant, donne de mielleuses demi-teintes innocentes : la tĂ©nĂ©breuse beautĂ© du diable chrĂ©tien (inconnu des Grecs) pour le diable au corps d’Eurydice dans ces paĂŻennes et mythologiques amours. On ne sait plus Ă  quel sein, pardon, saint, se vouer dans ce mĂ©li-mĂ©lo cultuel et culturel.
OrphĂ©e le luthier, lutinant (musicale fatalitĂ©) une nymphe, survient pincĂ© par sa femme qui en pince pour un autre. L’épouse volage retourne la situation : l’Eurydice peu mĂ©nagĂšre s’avĂšre une mĂ©gĂšre guĂšre apprivoisĂ©e prĂȘte Ă  bouffer son OrphĂ©e d’époux : sauf la touffe artiste de ses cheveux qui ne bouge pas d’un poil, le pauvre demi-dieu doit sentir ses poils se hĂ©risser devant l’hystĂ©rie agressive de sa conjointe qui le fait reculer de peur. Lyre du mythe oblige, lyriquement, il a beau clamer et dĂ©clamer son chant, s’il attendrit la nature, et nous tant la voix de Samy Campsest bellement rivale du fallacieux berger, sa femme excĂ©dĂ©e, exaspĂ©rĂ©e, exagĂ©rĂ©e (lui reprochant ses vers hexamĂštres) n’en est guĂšre attendrie. Quelle scĂšne, grands dieux, le beau gosse et la belle garce ! On serre les poings, compte les points. DĂ©cidĂ©ment, Eurydice ne s’en laisse pas conter et touche la corde sensible, celle du violon d’OrphĂ©e, atteint dans sa fibre. TouchĂ© mais pas coulĂ©, le benĂȘt, le bernĂ©, brandit l’arme fatale et finale, non l’instrument du mythe mais son violon, et menace la vipĂšre (qui n’en sera pas piquĂ©e) de son dernier concerto d’une heure et quart. La voilĂ  pantelante, suppliante Ă  ses genoux avec des aigus de dĂ©tresse de soprano colorature stressĂ©e tandis que le jeune premier d’époux, ricanant de sadisme, se gratte le violon non sur le toit mais sur le sexe de bonheur orgiastique tel un Elvis dĂ©chaĂźnĂ© entamant une danse guerriĂšre tandis que son concerto, assez concertant, est joliment jouĂ© derriĂšre un drap sur scĂšne par la violoniste de l’orchestre, mercenaire pour les beaux yeux et la bourse du bel OrphĂ©e.
Tout est, naturellement, Ă  un train d’enfer menĂ© en sous-main infernale par le machiavĂ©lique Pluton au noir sourcil et Ă  l’éclatante dentition carnassiĂšre qui a soufflĂ© Ă  OrphĂ©e souffrant l’involontaire crime parfait : mettre un piĂšge Ă  loup contre l’amant dans lequel, voulant le protĂ©ger, tombe son amante. SacrĂ© Diable ! Le voilĂ  dĂ©voilĂ© Ă  nous tel qu’en lui-mĂȘme, pĂ©tant le feu, peu platonique Platon, pardon, Pluton sorti de sa caverne infernale, bĂ©ret rouge, lavalliĂšre flambante et veste flamboyante sur sexy pantalons en cuir noir, tel un fougueux meneur de revue (non crrigĂ©), entourĂ© de ses boys et girls, loubards trĂšs hard gay et rock gothique et lubrique, Ă  voile et vapeur infernale.
Et voilĂ  Eurydice interdite partant, non pour le vert paradis des amours enfantines mais pour l’allĂ©chant enfer des adultes plaisirs non interdits. Épouse enfin parfaite —elle est morte—elle laisse poliment ce mot d’explication Ă  son Ă©poux :
« Je quitte la maison parce que je suis morte,
[AristĂ©e est Pluton] et le diable m’emporte. »

Son mari qui n’en est guĂšre marri, il en chante et danse de joie. Mais voici, empĂȘcheur de danser en rond, un personnage apparu au lever du rideau, L’Opinion publique, trouble-fĂȘte, toujours
« PrĂȘte Ă  sortir de la coulisse, / Comme un deus ex machina ! »

 

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C’est la douche Ă©cossaise, froide sur OrphĂ©e brĂ»lant d’amour pour une autre. Mais cette Opinion publique, l’avez-vous bien vue, si vous l’avez entendue noblement proclamer qu’elle fustige l’adultĂšre entre Ă©poux —mais seuls ceux sur scĂšne,rassurez-vous public au bras de votre maĂźtresse ou amant ? Regardez-la bien : blondasse Marylin, ruban canaille de guingois et robe Ă  la guimauve rose pour affaires peu moroses d’adultĂšres de la sale scĂšne immorale et non de la salle pleine de spectateurs douteux, c’est, voix de velours sur le fer fĂ©roce des paroles morales, Marie-Ange Todorovitch, dĂ©marche langoureusement chaloupĂ©e, impĂ©riale, impĂ©rieuse Opinion Publique(ppppp, allitĂ©ration inĂ©vitable) un peu pute tout de mĂȘme, non ? disons cagole ou mĂšre maquerelle. Sous son aile en tous les cas, prenant OrphĂ©e au chantage du qu’en dira-t-on dans sa bourgeoise clientĂšle qu’il risque de perdre, elle le traĂźne, elle l’entraĂźne non vers les enfers odieux mais vers le paradis des dieux olympiens pour rĂ©clamer de Jupiter qu’il lui rende Eurydice, non certes pour raccommoder un couple qui n’existait plus, plus liĂ© par la haine que l’amour, mais juste pour ce grandiose dĂ©fi immortel, unique, paradoxal, d’un Ă©poux voulant retrouver sa femme :
« Pour l’Ă©dification de la postĂ©ritĂ©, il nous faut au moins l’exemple d’un mari qui ait voulu ravoir sa femme. »
D’OrphĂ©e Ă  MorphĂ©e il n’y a qu’une lettre, et la montagne Ă  gravir : on grimpe dans l’Olympe oĂč les dieux, sans grande vigueur olympique roupillent, ronflent : « ron, ron, ron », bercĂ©s par MorphĂ©e le dieu du Sommeil puisqu’en ce lieu, en somme, le seul bonheur, c’est le somme. Sans sommier :affalĂ©s les uns sur les autres, accoudĂ©s Ă  des tables de bistrot de petit dĂ©jeuner. Arrive Ă  pas de loup, l’Amour, Éros en grec, Cupidon en latin, casquette vissĂ©e sur la tĂȘte. Fonction amoureuse oblige, il « a fait l’Ă©cole buissonniĂšre », gavroche galopin, garnement dĂ©gingandĂ©, poulbot pas pied bot, bondissant comme un ressort puisque, bien dansante et chantante, Julie Morgane l’incarne. Digne fils de sa mĂšre VĂ©nus qui a dĂ©couchĂ© (et couchĂ© avec qui ?) laquelle rente en tapinois (sans tapin indigne d’une dĂ©esse), attirant dans son sillage lascif, venu du rivage des songes tant il est somnolent, son amant peu flambard, le Mars guĂšre martial de Mikhael Piccone, dans la lune lunettĂ©, bĂ©at, hĂ©bĂ©tĂ©, bouche bĂ©e non devant HĂ©bĂ© absente, mais devant la divinitĂ© de CythĂšre, la belle Perrine Cabassud.
Tout le corps complet des dieux est réveillé par la sonnerie de cor (beaucoup de cornes en ces lieux) de la chasseresse Diane, aux voluptueuses formes flamencas de Caroline Géa, moins pudique que lubrique, pleurant à grand renfort de Kleenex, « tontaine tonton », son Actéon voyeur de ses bains exhibitionnistes intimes, transformé en cerf dix cors par Jupiter jaloux de la réputation terrestre de sa chaste fille, dévoré par les chiens de la belle déesse. Elle se récrie, récusant le donneur de leçons guÚre exemplaire, éveillant les soupçons de sa divine épouse, la dondonnante Junon de Jeanne-Marie Lévy.
Jupiter, tonnant pas dĂ©tonant, tonitruant de longues tirades morales majestueuses qu’il faut ĂȘtre vraiment un dieu pour les mĂ©moriser, c’est Philippe Ermelier, qu’on dirait jupitĂ©rien s’il ne l’était dĂ©jĂ . Il prĂȘche (non par l’exemple) Ă  ses enfants le respect des apparences car la licence des dieux fait cancaner les mortels, Ă©talĂ©e dans la presse Ă  scandale. Mars ? « PrĂ©sent ! », en bon soldat en premiĂšre ligne, non du front mais des affronts Ă  la morale sur le tableau d’honneur ou dĂ©shonneur des faits et mĂ©faits de ces divinitĂ©s, selon la plainte fondĂ©e ou non de Vulcain, le forgeron mari boiteux de la VĂ©nus qui les a dĂ©noncĂ©s Ă  Jupiter, Jupin pour ses intimes. Minerve (Davina Kint)‹ ouvre avec Ă©clat le bal du rĂ©quisitoire des frasques amoureuses du patelin paternel. Il va en prendre pour son grade, en pleine gueule : il a fait l’appel, mais reçoit en riposte le rappel Ă  toute allure par ses enfants, de ses cĂ©lĂšbres mĂ©tamorphoses pour sĂ©duire les femmes : « Ah ! Ah ! Ah ! » Les femmes ? Il manque, hypocrisie bourgeoise, Ă  son palmarĂšs (Ă  plume et Ă  poil, le dieu des dieux), sa mĂ©tamorphose en aigle pour enlever le plus beau des mortels, GanymĂšde, dont il fit son Ă©chanson, chargĂ© de servir aux dieux le nectar et l’ambroisie qui les rendent immortels.
Quand les dieux boivent, Emmanuel Trenque, sans trinquer heureusement, au risque soporifique de ces saponeuses subsistances. Certes, de sa baguette, il leur verse l’ivresse insipide, un peu sirupeuse, de l’ambroisie qui arrose le nectar mais il se rĂ©serve pour les boissons de la rĂ©serve infernale, plus corsĂ©es que ces fades agapes olympiennes guĂšre olympiques, qu’il mĂšnera Ă  train d’enfer. Car humains, trop humains, ces dieux, de ce dispendieux menu lassĂ©s, monotonement Ă©cologique mais peu Ă©conomique, rĂȘvent de nourritures terrestres et font la grĂšve du zĂšle divin et la rĂ©volte gronde et cela justifie bien l’anarchie rĂ©volutionnaire et pĂ©titionnaire de quelque dĂ©rapage et dĂ©calage.
BipĂšde ailĂ© en vĂ©locipĂšde, Mercure, Éric Vignau, trĂšs facteur IIIe RĂ©publique, vient dĂ©voiler au cĂ©leste dieu des dieux la derniĂšre de l’infernal Pluton : l’enlĂšvement d’une mortelle, Eurydice. Celle-ci, remisĂ©e en un boudoir, boude et bout infernalement. Elle, qui frĂ©tillait d’impatience Ă©rotique pour son diabolique amant, s’impatiente maintenant de sa chaste solitude forcĂ©e depuis deux jours oĂč Pluton l’a plantĂ©e et se demande si elle n’a pas misĂ© sur le mauvais cheval, le croyant Ă©talon, et fait un mauvais coup de Bourse pour avoir gagĂ© sur celles d’un Pluton absent, chaud lapin qui lui en a posĂ© un. Elle est Ă  bout :
« Je vais regretter mon mari ! »
Dans ce salon, cabinet particulier trĂšs Second Empire,un lunaire Jacques Lemaire campe un plus mĂ©lancolique que flegmatique John Styx, stylĂ© majordome anglais, dĂ©chu de son trĂŽne de BĂ©otie, mais non bĂ©otien grossier, chantant sa rengaine nostalgique comme il irait revoir sa Normandie, sa royautĂ© perdue qu’il n’oublie pas, bien qu’atteint de l’Alzheimer mythologique de l’ivresse du LĂ©thĂ©, fleuve infernal de l’oubli. Victime aussi des charmes de l’intraitable Eurydice.
En mission impossible aux Enfers, dĂ©masquant le rapt de Pluton, Jupiter sans encore s’y frotter, se pique de la piquante personne : ils n’en mouraient pas tous, mais tous Ă©taient frappĂ©s
 La coquine ! (mais il est vrai qu’avec les traits et la voix de la Robins
)Pour la conquĂȘte amoureuse anonyme, l’hypocrite inaugure une autre de ses mĂ©tamorphoses, quelle mouche le pique ? Il se fait grosse mouche car, sans jouer la mouche du coche, le dieu d’en haut veut moucher le dieu d’en bas, le battre au poteau de la prĂ©dation amoureuse. Et le voilĂ  tout miel pour attraper Eurydice, battant des ailes, entonnant un bourdon, un fredon de frelon pour sĂ©duire la frĂȘle belle en apparence. Et c’est le plus beau duo, « bezeu, bezeu » du monde : qui prendra qui ? Mais le piĂšge fĂ©minin fait mouche. C’est naturellement la fine mouche qui prend la grosse Ă  son jeu.
« L’Enfer, c’est les autres », disait Sartre : ici, tout le monde s’y rue. Les manifs, ça paie : ayant fait touche, Jupiter, touchĂ©, dans sa toute clĂ©mence, lĂšve l’interdit, invite Ă  s’encanailler dans le chaud royaume de Pluton devenu MĂ©phisto. Non seulement ses enfants les dieux mais aussi les dieux et idoles du cinĂ©, ClĂ©opĂątre, Robin et Robine des Bois, Charlot, Sitting Bull, indiens et pirates, sans oublier Elvis Presley et un adorable petit Cupidon blond avec son carquois. Ce cabaret d’enfer n’est guĂšre infernal, plutĂŽt Ă©grillard, paillard, buveur et danseur de french cancan, un « galop infernal », dans une bacchanale folle, surprise, menĂ©e par Eurydice, devenue une bacchante dĂ©chaĂźnĂ©e en tenue lĂ©gĂšre de Lola Montez ou de MarlĂšne, bas rĂ©silles, guĂ©piĂšre et haut de forme, en formes superbes et voix magnifique aussi acrobatique que son final en apothĂ©ose sur les Ă©paules des danseurs remarquables du Ballet de l’OpĂ©ra Grand Avignon (Éric BĂ©laud). Le ChƓur PhocĂ©en (RĂ©my Littolff)entonne avec ivresse : « Vive le vin ! Vive Pluton ! »
Rien de tel que l’enfer pour savourer la vie. Mais savez-vous ce que devint OrphĂ©e, le vrai, le mythique, aprĂšs la perte dĂ©finitive d’Eurydice? Pour ne pas trahir son aimĂ©e, il se dĂ©sintĂ©ressa des femmes, prĂ©fĂ©ra les garçons. Et savez-vous ce qu’il advint? Les bacchantes, furieuses, le dĂ©vorĂšrent
 Donc, notre AmĂ©lie furibarde prĂȘte Ă  mordre Ă  belles dents son bel Ă©poux qui n’est pas un dur Ă  cuire, Ă©tait dans le vrai du mythe. Il l’a Ă©chappĂ© belle le pauvre Samy!

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, opéra. MARSEILLE, Odéon, le 14 déc 2019. OFFENBACH : Orphée aux enfers. Trenque / Duffaut

ORPHÉE AUX ENFERS

COPRODUCTION
ThĂ©Ăątre Municipal de l’OdĂ©on / OpĂ©ra Grand Avignon / Grand ThĂ©Ăątre de Reims
Marseille, thĂ©Ăątre de l’OdĂ©on

ORPHÉE AUX ENFERS
Opéra bouffe en deux actes
Livret d’Hector CrĂ©mieux et Ludovic HalĂ©vy  -  Marseille, ThĂ©Ăątre de l’OdĂ©on
Les 14 et 15 décembre 2019

Direction musicale : Emmanuel TRENQUE.
Mise en scÚne : Nadine DUFFAUT
DĂ©cors : Éric CHEVALIER. Costumes :Katia DUFLOT.
LumiÚres : Philippe GROSPERRIN

 

 

DISTRIBUTION
Eurydice : AmĂ©lie ROBINS  / ‹L’Opinion Publique : Marie-Ange TODOROVITCH
Junon : Jeanne-Marie LÉVY  /  ‹Cupidon : Julie MORGANE  /  ‹Diane : Caroline GÉA  / VĂ©nus : Perrine CABASSUD
Minerve : Davina KINT  /  ‹OrphĂ©e : Samy CAMPS  /  ‹AristĂ©e / Pluton : Marc LARCHER
Jupiter : Philippe ERMELIER
Mercure : Éric VIGNEAU  /  ‹John Styx : Jacques LEMAIRE
Mars : Mikhael PICCONE
Chef de ChƓur : RĂ©my LITTOLFF

Orchestre de l’OdĂ©on
Artistes du Ballet de l’OpĂ©ra Grand Avignon.
Direction de la danse : Éric BELAUD

Danseurs
Arnaud BAJOLLE, Anthony BEIGNARD, BérangÚre CASSIOT, Béryl DE SAINT-SAUVEUR, Noëmie FERNANDEZ, Joffrey GONZALES

Photos © Chrisian Dresse :

Pluton et ses hard loubards  (Larcher et danseurs);
OrphĂ©e et l’Opinion Publique ;
Elvis, Mars et autres dieux;

 

  

 

COMPTE-RENDU, opéra. MARSEILLE, Opéra, le 19 février 2019. GOUNOD : Faust. BORRAS, COURJAL. L FOSTER / N DUFFAUT.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. MARSEILLE, OpĂ©ra, le 19 fĂ©vrier 2019. GOUNOD : Faust. BORRAS, COURJAL. L FOSTER / N DUFFAUT. À reprise d’une production, reprise d’une introduction sur une Ɠuvre qui ne bouge pas, mĂȘme remuĂ©e des remous qui accueillirent Ă  Avignon cette mise en scĂšne de Nadine Duffaut, certes, dĂ©rangeante, hĂ©sitant entre symbolisme et rĂ©alisme, mais jamais indiffĂ©rente. À Marseille, au rĂŽle de Wagner prĂšs, c’est la distribution qui est renouvelĂ©e.

 
 
 

L’OEUVRE : Diables d’hommes

 

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Sur l’homme vendant son Ăąme au diable contre l’amour d’une jeune femme, l’Espagne connaissait dĂ©jĂ  quelques piĂšces de thĂ©Ăątre,El esclavo del demonio (1612), ‘L’esclave du dĂ©mon’, de Mira de Amescua et, entre autres plus tardives, El mĂĄgico prodigioso, ‘La magicien prodigieux’ (1637) [1] de Pedro CalderĂłn de la Barca, inspirĂ©e de la lĂ©gende des saints Cyprien et Justine, martyrs d’Antioche, IIIe siĂšcle : pour l’amour de la jeune chrĂ©tienne, le jeune savant paĂŻen, qui s’interrogeait sur le pouvoir absolu d’un Dieu unique contre la pluralitĂ© dissolue du panthĂ©on des dieux antiques, signe un pacte avec le Diable. C’est aux Ă©crivains allemands du Sturm und Drang, dont Herder, Schiller et Goethe, fĂ©rus de culture espagnole antidote au classicisme français, que l’on doit le renouveau de l’intĂ©rĂȘt pour la poĂ©sie du SiĂšcle d’Or espagnol (GƓthe en adaptera des poĂšmes) et son thĂ©Ăątre, dont s’abreuvera aussi Hugo.

Il est probable que GƓthe y ait puisĂ©, pour sa fameuse tragĂ©die, l’enjeu de la femme dans le pacte avec le diable, Ă©tant absente dans le livre source, Historia von Dr. Johann Fausten dem weitbeschreyten Zauberer und SchwarzkĂŒnstler
,couramment appelĂ© Faustbuch, ‘le Livre de Faust’, paru Ă  Francfort en 1587.Ce recueil populaire s’inspirait des lĂ©gendes tĂ©nĂ©breuses entourant le rĂ©el Docteur Johann Georg Faust (1480-1540), alchimiste allemand, astrologue, astrologue, nĂ©croman, c’est-Ă -dire magicien. Un MusĂ©e lui est consacrĂ© Ă  Knittlingen, sa ville natale.

La science rationnelle moderne, n’était pas encore sortie de la gangue des sciences occultes dans lesquelles, astrologue et astronome confondus, dans les secrets encore incomprĂ©hensibles, on voit souvent, par crainte et superstition, la main, la griffe du diable. Ainsi, la mort du savant Docteur Faust en 1540, dans une explosion due sans doute Ă  ses recherches chimiques ou alchimiques, passera pour le rĂ©sultat de ses expĂ©riences diaboliques, du pacte qu’il aurait passĂ© avec le Diable, signĂ© de son sang, pour retrouver la jeunesse sinon l’amour. [2]

Ce livre, qui sera aussi traduit avec succĂšs en français en 1598, sera adaptĂ©, d’aprĂšs la traduction anglaise, par Christopher Marlowe dans sa piĂšce La Tragique Histoire du Docteur Faust (1604) et, donc, deux siĂšcle aprĂšs, pa Johann Wolfgang von GƓthe dans son premier Faust(1808), qui fixera dans l’imagerie romantique, la touchante figure de Marguerite au rouet : sĂ©duite, enceinte, abandonnĂ©e, matricide, infanticide enfin : condamnĂ©e Ă  mort, et refusant d’ĂȘtre sauvĂ©e avec la complicitĂ© de MĂ©phistophĂ©lĂšs, pour le salut de son Ăąme.Son contemporain, Gotthold Ephaim,avait aussi commencĂ©, sans l’achever, une piĂšce sur Faust en 1759.

Berlioz avait reprĂ©sentĂ© Ă  Paris, sans guĂšre de succĂšs, en 1846, La Damnation de Faust [3] d’aprĂšs la cĂ©lĂšbre piĂšce de Goethe traduite en 1828 par GĂ©rard de Nerval: « Pour la ‘Chanson du rat’,il n’y avait pas un chat dans la salle », constatera cruellement Rossini. RuinĂ©, Berlioz s’exile. Gounod sera plus heureux. HantĂ© par le thĂšme, gratifiĂ© du bon livret que lui Ă©crivit Jules Barbier, la contribution de Michel CarrĂ©, auteur d’un drame intitulĂ© Faust et Marguerite, se limitant Ă  l’air du Roi de ThulĂ© et Ă  la ronde du veau d’or, deux beaux textes, il est vrai. AprĂšs des remaniements, l’opĂ©ra triompha en 1859, et rivalise en popularitĂ© dans le monde avec la Carmen de Bizet.

 
 
 
 
 
 

REALISATION

 
 
 

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Vaste demeure dĂ©vastĂ©e de l’hiver d’une vie Ă  vau-l’eau : vanitĂ© des vƓux, des rĂȘves du savoir, des souvenirs Ă©vanouis Ă  l’heure des bilans, des faillites, quand les regrets remplacent les projets. VautrĂ©, avachi sur un immense prie-Dieu, un lit, dont la traverse est une croix, qui se multiplie en ombres, le vieux Docteur Faust se lamente avant d’ĂȘtre relayĂ© par le jeune, vivifiĂ© par le pacte de sang ou transfusion sanguine, salvateur Ă©lixir de jouvence, dont le garrot Ă©lastique devient, comme un crachat, lance-pierre offensif d’un chenapan MĂ©phisto contre une effigie christique.

Efficace scĂ©nographie unique d’Emmanuelle Favre dans des clair-obscur, au sens prĂ©cis du terme, mĂ©lange de lumiĂšre et d’ombre Ă  la Rembrandt, virant parfois aux contrastes rasants caravagesques (lumiĂšres de Philippe Grosperrin), qui arracheront Ă  la pĂ©nombre les tĂȘtes d’une foule de spectres goyesques, cauchemar plein de choses inconnues, funĂšbre carnaval Ă©mergeant, surgissant des trappes, sinon des enfers, des arriĂšre-fonds, des bas-fonds de l’ñme sans doute, comme un retour du refoulĂ©. Surplombant la scĂšne, thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, une autre scĂšne ou tableau : un Christ de profil au regard douloureux sur ce monde, tĂ©moin apparemment aussi impuissant que le vieux Faust omniprĂ©sent rĂȘvant ou revoyant sa vie au moment de sa mort, apparaissant ponctuellement dans le cadre, ainsi que divers personnages, dont le thĂ©Ăątral MĂ©phistophĂ©lĂšs. RĂȘve ou mirage, Marguerite est projetĂ©e en immense portrait.

Plafond effondrĂ©, tout est terreux, ruineux, grisĂątre, brunĂątre, ainsi que les costumes (GĂ©rard Audier) ; le seul Ă©clat sera celui de Marguerite, toute fraĂźche en robe vichy bleu Ă  la Brigitte Bardot des annĂ©es 60, apparemment seule vivante dans ce monde fantomatique, escortĂ©e de Dame Marthe, plus rieuse que pieuse, impĂ©rieuse, en austĂšre tailleur noir. Une marionnette gĂ©ante descendant des cintres de la manipulation diabolique symbolise la jeune fille. Le Faust jeune, aura l’éclat d’une chemise blanche sur ses jeans et MĂ©phisto, en blouson de cuir, arbore des souliers rouges et non des pieds de bouc comme signe de son origine, comme le coffre et non coffret des bijoux, dont on s’étonne que Gretchen, Margot, ne l’ait pas vu du premier coup d’Ɠil tant il accapare abusivement l’espace et la vue. Pas de rouet mais un nĂ©cessaire de couture de jeune fille de ce temps, pliĂ©e aux travaux de mĂ©nage et d’aiguille. Jolie trouvaille, le bracelet dont se pare la jeune fille est vraiment « une main qui sur [son] bras se pose », surgie magiquement de la marionnette diabolique. C’est la poupĂ©e mĂ©canique, menaçante, de l’univers fantastique des Contes romantiques d’Hoffmann par la manipulation du Diable.

Sur les murs lĂ©preux, des projections de vagues fleurs —pas forcĂ©ment heureuses dĂ©jĂ  Ă  Avignon, et encore moins dans le vaste plateau marseillais qui les dilue—figurent un invraisemblable jardin et l’invisible bouquet d’un jeune Siebel masculin Ă©clopĂ©, expliquant sans doute sa rĂ©forme, il ne part pas Ă  l’armĂ©e ; plus dramatiquement parlantes, celles d’actualitĂ©s cinĂ©matographiques de nĂ©buleux soldats coloniaux du retour des troupes qui (dĂ©)chanteront une gloire discutable des aĂŻeux dont la mise en scĂšne de Nadine Duffaut, loin de donner dans le clichĂ© de la guerre jolie, montre la vĂ©ritĂ©, les blessĂ©s, les estropiĂ©s, les gueules cassĂ©es, les morts : sous le regard du Christ semblant regarder de biais et non de front le monde, sous l’écrasante croix, on se pose inĂ©vitablement la question de ce « Dieu bon » que priera Marguerite Ă  la fin qui permet cet enfer sur terre, autorise finalement ce DĂ©mon tout puissant, encore que terrassĂ© parfois comme un vampire par l’ombre ou la lumiĂšre de la croix qui le crucifie. Sous le dĂ©tail, dĂ©coratif en apparence, on retrouve l’humanitĂ© inquiĂšte, militante et non militaire, de Nadine Duffaut.

En somme, refusant le faste facile, nĂ©faste souvent au drame, la mise en scĂšne propose une lecture nouvelle de cette tragĂ©die, parlant plus Ă  l’esprit que sĂ©duisant les yeux.

 
 
 

INTERPRETATION

 
 
 

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D’emblĂ©e, on est captĂ© par le rythme, sans concession aux « numĂ©ros » que le public attend pour applaudir, qu’impose Lawrence Foster Ă  la partition. On a la sensation de redĂ©couvrir cette Ɠuvre usĂ©e de trop d’usage et d’habitudes paresseuses : une rigueur diabolique qui gomme les Ă©mollients clichĂ©s romantiques et, malgrĂ© les parenthĂšses obligĂ©es d’amour et de rĂȘve du jardin, depuis le dĂ©but, tout semble courir, concourir, dans la fiĂšvre, Ă  la course finale Ă  l’abĂźme au galop haletant mĂ©phistophĂ©lique. Une conception globale perceptible malgrĂ© la longueur de l’Ɠuvre. Et tout cela sans rien sacrifier au dĂ©tail. Dans la « SĂ©rĂ©nade » de MĂ©phistophĂ©lĂšs, on croit entendre les rires, les railleries des instruments qui nous font soupçonner que Gounod n’ignorait pas le persiflage instrumental du « Catalogue » de Leporello dans le Don Giovanni de Mozart dont son amie Pauline Viardot avait sans doute pu lui passer la partition qu’elle avait achetĂ©e. En tous les cas, on sent, dans cette interprĂ©tation magistrale toute la finesse mozartienne loin des pesanteurs orchestrales Ă  la mode romanticoĂŻde. La scĂšne de l’église est angoissante avec cet orgue lointain et menaçant (FrĂ©dĂ©ric Isoletta) dont les vagues ondes semblent avancer pour engloutir Marguerite.

Les chƓurs (Emmanuel Trenque), peut-ĂȘtre dĂ©shumanisĂ©s par les masques, trouvent alors leur pleine humanitĂ© par la musique et ils sont saisissants : les reproches Ă  leur hĂ©ros Valentin incapable de pardonner en mourant Ă  sa sƓur sont bouleversants d’une vĂ©ritĂ© morale, humaine et religieuse, qui dĂ©passe leur apparence spectrale.

À certains moments de liesse populaire ou sensuelle, entre ciel et terre, trois acrobates semblent dĂ©fier la pesanteur d’ici-bas.

Le baryton Philippe Ermelier qui figurait dans la production d’Avignon, confirme avec bonheur ce que j’en disais : c’est un solide Wagner de taverne digne compagnon sinon d’embauche guerriĂšre, de bamboche, de dĂ©bauche de biĂšre ou vin qui hĂ©sitera moins entre les deux boissons qu’il ne les alternera. OriginalitĂ© de cette mise en scĂšne, le pĂ©nible aujourd’hui rĂŽle travesti de SiĂ©bel, dĂ©volu Ă  un mezzo lĂ©ger, est rendu Ă  sa vĂ©ritĂ© thĂ©Ăątrale de jeune homme amoureux : KĂ©vin Amiel bien qu’affublĂ© d’une prothĂšse d’éclopĂ© —sans doute blessure de quelque aventure militaire qui montre que la guerre est bien contre toute Ă©thique et esthĂ©tique, contre la morale, la bontĂ©, la beautĂ©. Il est jeune, touchant, voix ronde de tĂ©nor de toutes les tendresses et dĂ©licatesses du cƓur et il incarne, dans une vĂ©ritĂ© immĂ©diate et sensible, l’amour dĂ©sintĂ©ressĂ©, la comprĂ©hension, la compassion humaine et chrĂ©tienne envers la Marguerite rejetĂ©e par la communautĂ©.

ÉlĂ©ment de comĂ©die, d’opĂ©ra-bouffe, Dame Marthe, savoureuse, voluptueuse, veuve vite joyeuse, sous l’uniforme trop Ă©troit de la duĂšgne austĂšre, vite maquerelle, faisant couple, sinon accouplĂ©e au fuyant MĂ©phisto qui ne succombe pas Ă  la tentation, tentĂ© sans doute par d’autres types d’amours comme semble le suggĂ©rer le pluri-sexe Walpurgis, est campĂ©e avec une vivacitĂ© aiguĂ« par la piquante mezzo Jeanne-Marie LĂ©vy.

Le baryton Étienne Dupuis, a tout l’hĂ©roĂŻsme de Valentin, voix aussi large et gĂ©nĂ©reuse qu’il le sera peu pour sa sƓur, par ailleurs trĂšs expressif, effrayant et sans compassion en maudissant Marguerite comme le fera MĂ©phisto.

Celui-ci, c’est Nicolas Courjal (photo ci dessus): il mĂšne le bal, et danse, se dandine mĂȘme au son de ce transistor dont il tente, par la magie rĂ©volutionnaire de l’appareil, de tenter le vieux Faust dont les Ă©lucubrations de toute une vie n’auront pas suffi Ă  crĂ©er ou imaginer cette merveille, ce miracle technologique. Il est un sacrĂ© diable facĂ©tieux, espiĂšgle, qui Ă©pingle les ridicules de certains, diablement sĂ»r de lui, sauf des faiblesses Ă  la Croix, jouant des mains et des doigts comme on aspergerait les dĂ©vots d’une eau bĂ©nite, maudite plutĂŽt, infernale. La tessiture est tendue, surtout dans le « Veau d’or » mais il s’en tire avec aisance, retrouvant des creux de graves infernaux Ă  sa mesure. En moine blanc, dans la remarquable scĂšne de l’église contre Marguerite, plus de plaisanterie : c’est le DĂ©mon dans une atroce volontĂ© de destruction de la frĂȘle jeune femme.

Celle-ci est incarnĂ©e par Nicole Car : elle a une saine vitalitĂ©, un sourire rayonnant, un regard solaire, qu’on imagine mal en gĂ©nĂ©ral pour la fragile hĂ©roĂŻne romantique des froideurs nordiques mĂȘmes rĂ©chauffĂ©es par un Diable mutin. Ses exclamations de joie « Ah, je ris
 », elle ne les donne pas en fines notes piquĂ©es de la glotte, toujours dangereuses pour l’organe, mais d’une voix large moins de jeune fille que de femme prĂȘte, sinon Ă  croquer les diamants, Ă  dĂ©vorer la vie qu’elle dĂ©couvre avec enthousiasme. Cette soliditĂ© prend un sens tragique dans la scĂšne grandiose de l’église oĂč elle affronte le dĂ©mon dans l’ombre, opposant la force de sa foi Ă  la puissance infernale et sa priĂšre qui clĂŽt l’épisode est dĂ©jĂ  la victoire qui annonce celle de son hymne final : « Anges pures, anges radieux
 »

Marguerite accouche

Autre signe de l’humanisme rĂ©aliste de Nadine Duffaut, on voit Marguerite enceinte, ce qui est dissimulĂ© toujours, Ă  peine dit par de plus pudiques que pieuses allusions : mais c’est la rĂ©alitĂ© de son drame. Des spectateurs se sont offusquĂ©s de la voir accoucher, aidĂ©e par la compassionnelle Marthe, aprĂšs la malĂ©diction du frĂšre. Mais cet enfant qu’elle noiera, qui lui vaudra sa condamnation Ă  mort, occultĂ©e ici celle de sa mĂšre, semble ĂȘtre parti avec l’eau du bain de la pudibonderie qui, pour oraison funĂšbre, ne lui concĂšde qu’une rapide phrase de Faust, alors que c’est le cƓur de la banale et triviale tragĂ©die de la fille sĂ©duite et abandonnĂ©e.

Deux Faust

L’un des problĂšmes du thĂ©Ăątre, c’est sans doute la prĂ©sentation d’un personnage Ă  deux Ăąges de sa vie, doublĂ© ici par la difficultĂ© que la mĂ©tamorphose se fait Ă  vue. Loin de grimer et de dĂ©grimer ostensiblement le vieil hĂ©ros prĂȘt Ă  se faire une injection mortelle de drogue et piquĂ© sans doute Ă  l’élixir de vie par MĂ©phisto de ce mĂȘme sang de la signature du pacte infernal, Nadine Duffaut a optĂ© pour deux Faust, le vieux,c’est Jean-Pierre Furlan, dont la voix toujours juvĂ©nile anticipe sur sa nouvelle jeunesse infernale. Il est Ă©mouvant dans ses regrets et adieu Ă  la vie, Faust encore sans faute, qui restera sur scĂšne en tĂ©moin accablĂ© de son pacte fautif sous le regard d’un Christ douloureux, sous l’ombre portĂ©e de la croix, poids de son pĂ©chĂ©, Ă©ternel stigmate de sa damnation, ou rĂ©demption par ce regard qui semble le hanter dans ce thĂ©Ăątre des ombres du monde. C’est sĂ»rement l’une des rĂ©ussites de cette audacieuse mise en scĂšne : ce regard rĂ©trospectif Ă  la fin de la vie, Ă  l’heure cruellement lucide des bilans. Et soudain, sans solution de continuitĂ©, c’est le jeune Faust qui surgit, insolent et insultant de jeunesse moins physique que vocale, encore qu’un peu empĂȘtrĂ© dans sa corpulence mal fagotĂ©e dans un blouson de teenager d’un joyeux luron avide de rattraper le temps perdu, Ă  corps perdu. Dans ce sens, on comprend, en contrepoint physique maillĂ©e, Ă©maillĂ©e de ces acrobates du plus bel effet graphique, perchĂ©s sur la croix du prie-Dieu devenu lit de dĂ©bauche multi-libertine pour un heureux Faust repu plus qu’en repos.

La voix de Jean-François Borras est ronde, onctueuse, souple, d’une Ă©gale qualitĂ© dans tous ses registres, suavement triomphante dans l’aigu dĂšs l’effet mĂ©phistophĂ©lique non mĂ©phitique mais bĂ©nĂ©fique de MĂ©phisto. Et voilĂ  notre vieillard savant, oublieux des grands mystĂšres du monde qui faisaient sa sublime ambition, qui chante, tout guilleret, un couplet digne d’un Ă©picurien et contemporain bourgeois d’Offenbach, BrĂ©silien ou Baron, qui borne, ou au contraire chante une insatiable ambition trĂšs Second Empire, « s’en fourrer jusque-lĂ  », avide de plaisirs terrestres et non plus spirituels ou intellectuels :

À moi, les plaisirs,

Les jeunes maĂźtresses,

À moi leurs caresses [
]

Et la folle orgie

Du cƓur et des sens.

Un Faust bourgeois plus physique que métaphysique.

 
 
 

[1] J’ai adaptĂ© cette piĂšce sous le titre de Faust vainqueur ou le procĂšs de Dieu Ă  la demande du metteur en scĂšne AdĂĄn Sandoval.

[2] Sur les divers Faust, je renvoie Ă  mon livre Figurations de l’infini. L’ñge baroque europĂ©en, Prix de la prose et de l’essai 2000, le Seuil, 1999, « De Dieu le PĂšre au PĂšre-Dieu », « La fin des thaumaturges », p.389-399.

[3] Berlioz ne devait pas ignorer la piĂšce de CalderĂłn, si admirĂ© par Wagner qui dit, dans une lettre Ă  Liszt, qu’il le lit pour maintenir l’inspiration de son Tristan. En tous les cas, l’invocation Ă  la nature de son Faust est trĂšs proche de la tirade lyrique de Cyprien dĂ©couvrant sa puissance diabolique dans Le Magicien prodigieux. Cf mon livre, Figurations de l’infini, op. cit. , p. 398.

 
 
 
 
 
 

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Faust de Gounod Ă  l’OpĂ©ra de Marseille
Coproduction Opéra Grand Avignon / Opéra de Marseille / Opéra de Massy / Opéra Théùtre Metz Métropole / Opéra de Nice / Opéra de Reims
A l’affiche les 10, 13, 16, 19, 21 fĂ©vrier 2019

Direction musicale: Lawrence FOSTER
Mise en scĂšne: Nadine DUFFAUT
DĂ©cors: Emmanuelle FAVRE
Costumes: GĂ©rard AUDIER
LumiĂšres: Philippe GROSPERRIN

Marguerite: Nicole CAR
Marthe: Jeanne-Marie LEVY

Faust: Jean-François BORRAS
Vieux Faust: Jean-Pierre FURLAN
MéphistophélÚs: Nicolas COURJAL
Valentin: Étienne DUPUIS
Wagner: Philippe ERMELIER
Siebel: KĂ©vin AMIEL

Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra de Marseille

Photos : Christian Dresse
Les deux Faust ;
MĂ©phisto ;
Combat e Marguerite contre le DĂ©mon.

 
 
 
 
 
 

Compte-rendu, opéra. Avignon, Opéra-théùtre, le 26 février 2015. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Dominique Trottein, Nadine Duffaut

AprĂšs avoir voyagĂ© un peu partout en France et Ă  l’Ă©tranger – Toulouse, Marseille, Toulon, Reims, Saint-Etienne, LiĂšge, Prague… – la mise en scĂšne de La Vie parisienne imaginĂ©e par Nadine Duffaut revient dans le thĂ©Ăątre oĂč elle a Ă©tĂ© Ă©trennĂ©e en 2005 : l’OpĂ©ra Grand Avignon. La femme du maĂźtre des lieux place l’action pendant les annĂ©es folles et sa proposition scĂ©nique ne manque pas d’atouts, Ă  commencer par le beau dĂ©cor stylisĂ© d’Emmanuelle Favre, Ă©lĂ©gant autant que fonctionnel. Les costumes conçus par GĂ©rard Audier sont Ă©galement superbes, bien que jouant sur une palette de couleurs trĂšs rĂ©duite : un camaĂŻeu de blanc, de noir, et de gris. Les chorĂ©graphies pensĂ©es par Laurence Fanon sont certes un peu sommaires, mais celle pendant l’air de la veuve du colonel s’avĂšre trĂšs rĂ©ussie, de mĂȘme que celle de la tyrolienne (et la valse) qui achĂšve le deuxiĂšme acte. Quant Ă  l’apothĂ©ose finale, elle est digne des meilleures rĂ©alisations offenbachiennes que nous ayons vues : chatoyante, virevoltante, rĂ©glĂ©e au millimĂštre, rien moins que spectaculaire !

 

 

 

La Vie parisienne

 

 

EntiĂšrement francophone, la distribution rĂ©unie Ă  Avignon rend pleinement justice Ă  la partition du « petit Mozart des Champs-ElysĂ©es » : en plus de possĂ©der le physique de leur rĂŽle, tous se montrent aussi bons acteurs que chanteurs. ClĂ©mence Tilquin prĂȘte ainsi Ă  Gabrielle son timbre lumineux et fruitĂ©, tandis que la grĂące de sa silhouette et l’aisance de son jeu complĂštent avantageusement la caractĂ©risation de la mutine gantiĂšre. Lionel Peintre est un baron de Gondremarck, plein de gouaille et de truculence, dĂ©bordant d’Ă©nergie. D’Ă©nergie, Guillaume Andrieux et Christophe Gay – alias Bobinet et Raoul de Gardefeu – n’en manquent pas non plus, et leur Ă©tonnant numĂ©ro d’acteur est un des bonheurs de la soirĂ©e. Marie-Adeline Henry campe une MĂ©tella de fiĂšre allure, sorte de « vamp » avant l’heure, tandis qu’Ingrid Perruche incarne une Baronne plus routiniĂšre. Si la rapiditĂ© du BrĂ©silien Ă©prouve quelque peu le tĂ©nor « maison » Florian Laconi, il se rattrape en revanche amplement dans les rĂŽles de Frick et de Prosper. De leur cĂŽtĂ©, AmĂ©lie Robins campe une enjĂŽleuse Pauline, Jeanne-Marie LĂ©vy une impayable Madame de Quimper-Karadec, et Violette Polchi, une pĂ©tulante Mademoiselle de Folle-Verdure. Quant au reste de la distribution – de mĂȘme que le ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon -, ils n’appellent aucun reproche.

A la tĂȘte d’un pĂ©tillant Orchestre RĂ©gional Avignon Provence, Dominique Trottein – grand habituĂ© de la partition – dirige avec brio et insuffle beaucoup de vie Ă  l’ensemble. C’est tout naturellement une longue ovation que le public provençal adresse Ă  l’ensemble de l’Ă©quipe artistique au moment des saluts, et c’est avec beaucoup d’entrain que tous reprennent – Ă  moult reprises – le final endiablĂ© de l’ouvrage… En ces temps de morositĂ© ambiante, c’est toujours ça de pris !

 

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Avignon, opĂ©ra-thĂ©Ăątre, le 26 fĂ©vrier 2016. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Gabrielle : ClĂ©mence Tilquin, Metella : Marie-Adeline Henry, Pauline : AmĂ©lie Robins, Baronne de Gondremarck : Ingrid Perruche, Madame de Quimper-Karadec : Jeanne-Marie LĂ©vy, Mademoiselle de Folle-Verdure : Violette Polchi, LĂ©onie : Marie Simoneau, Clara : Julie Mauchamp, Louise : Wiebke Nölting, Baron de Gondremarck : Lionel Peintre, Bobinet : Guillaume Andrieux, Raoul de Gardefeu : Christophe Gay, Le BrĂ©silien / Frick / Prosper : Florian Laconi, Urbain / Alfred : Jean-Claude Calon, Gontran : Patrice Laulan, Le douanier : Saeid Alkhouri, Alphonse : Jean-François Baron, Joseph : Xavier Seince, Le clochard : Franck Licari. Mise en scĂšne : Nadine Duffaut, ChorĂ©graphie : Laurence Fanon, DĂ©cors : Emmanuelle Favre, Costumes : GĂ©rard Audier, LumiĂšres : Philippe Grosperrin. Direction des ChƓurs : Aurore Marchand. Direction musicale : Dominique Trottein. Photo © CĂ©dric Delestrade

 

 

 

Compte-rendu : Reims. Opéra, le 3 mai 2013. Bellini : I Capuleti e i Montecchi. Jessica Pratt, Florian Laconi. Luciano Acocella, direction musicale. Nadine Duffaut, mise en scÚne

I capuleti e i motecchi de Bellin Ă  ReimsPour deux reprĂ©sentations seulement, l’OpĂ©ra de Reims affiche I Capuleti e i Montecchi de Bellini, dans une production prĂ©sentĂ©e voilĂ  trois ans sur la scĂšne de l’OpĂ©ra d’Avignon. Une mise en scĂšne classique et efficace de Nadine Duffaut, qui s’efface devant la musique et sait la servir. La scĂ©nographie utilise habilement de nombreuses toiles peintes figurant de hauts murs infranchissables et oppressants ; elle sĂ©pare et isole l’avant-scĂšne par un tule tantĂŽt translucide, tantĂŽt opaque, les grandes parois rouges occupant peu Ă  peu tout l’arriĂšre du dĂ©cor n’étant pas sans Ă©voquer Robert Carsen. Un travail en apparence simple, qui laisse aux voix toute leur libertĂ©.

 

 

Deux beaux amants de VĂ©rone

 

La distribution rĂ©unie ici cristallise principalement l’attention autour du couple central. Aux cĂŽtĂ©s d’un Capellio efficace d’Ugo Guagliardo et d’un Lorenzo d’Eric Martin-Bonnet qui ne fait sonner vĂ©ritablement sa voix qu’à partir du second acte, Florian Laconi montre des progrĂšs notables dans la hauteur d’émission et la franchise des attaques dans l’aigu, la voix semblant avoir gagnĂ© en focalisation et en rayonnement. Les vocalises se rĂ©vĂšlent bien nĂ©gociĂ©es, seul demeure un legato parfois hĂąchĂ©, notamment dans les gruppetti cadentiels.
Belle dĂ©couverte que le Romeo de la jeune mezzo-soprano quĂ©bĂ©coise Julie Boulianne. DĂšs son air d’entrĂ©e, la chanteuse touche par son Ă©motion Ă  fleur de lĂšvres, servie par un superbe timbre corsĂ© et charnu, une technique solide et une sensibilitĂ© musicale Ă©vidente. Sa cabalette impressionne par ses variations jusqu’à l’aigu et sa fougue menaçante. Une flamme qui brĂ»lera tout au long de la reprĂ©sentation, peignant un Romeo volontaire et farouche, trĂšs attachant. La scĂšne du tombeau retrouvera la mezzo plus engagĂ©e encore, dĂ©chirante de douleur contenue, colorant ses mots avec un art de mĂ©lodiste et un sens des nuances que permet ce thĂ©Ăątre Ă  dimension humaine. Son incarnation se marie parfaitement avec celle, comme plus distante, de l’australienne Jessica Pratt.
PrĂ©cĂ©dĂ©e d’une flatteuse rĂ©putation dans le rĂ©pertoire belcantiste, la soprano fait admirer sa maĂźtrise du vocabulaire technique et musical propre Ă  ce rĂ©pertoire, Ă  l’occasion de sa prise de rĂŽle en Giulietta. AprĂšs un « O quante volte » remarquable mais un rien scolaire, elle semble peu Ă  peu se libĂ©rer du trac et prendre de l’assurance, pour offrir un portrait trĂšs abouti de l’hĂ©roĂŻne. Legato Ă  l’archet, art du chiaroscuro, pianissimi adamantins, trilles parfaitement battus, suraigus puissants, elle se rĂ©vĂšle comme une digne hĂ©ritiĂšre de Lella Cuberli, dont elle recueille rĂ©guliĂšrement les conseils. Attention toutefois Ă  un vibrato qui, par instants, se relĂąche imperceptiblement. Une superbe artiste, qui promet de grandes rĂ©ussites dans les Ɠuvres de l’ottocento italien.  De son cĂŽtĂ©, le chƓur de l’ECLA, renforcĂ© par des choristes d’Avignon, assure sa partie avec conviction et rĂ©alise une prestation tout Ă  fait honorable.
Couvant amoureusement tous les interprĂštes, Luciano Acocella tire le meilleur des musiciens de l’orchestre, peu habituĂ©s Ă  ce rĂ©pertoire, et si quelques dĂ©calages ne peuvent ĂȘtre Ă©vitĂ©s, il sait leur insuffler le sens du phrasĂ© bellinien, Ă©vitant tout effet facile. On saluera notamment une trĂšs belle harpe solo, au rubato parfaitement maĂźtrisĂ©, pour le premier air de Giulietta. Et c’est une ovation chaleureuse de toute la salle qui accueille, au rideau final, cette soirĂ©e de bel canto.


Reims. Opéra, 3 mai 2013. Vincenzo Bellini : I Capuleti ei Montecchi.
Livret de Felice Romani. Avec Giulietta : Jessica Pratt ; Romeo : Julie Boulianne ; Tebaldo : Florian Laconi ; Capellio : Ugo Guagliardo ; Lorenzo : Eric Martin-Bonnet. ChƓurs : Ensemble Lyrique Champagne-Ardenne et OpĂ©ra d’Avignon. Orchestre de l’OpĂ©ra de Reims. Luciano Acocella, direction musicale. Mise en scĂšne : Nadine Duffaut. DĂ©cors : Emmanuelle Favre ; Costumes : Katia Duflot ; LumiĂšres : Philippe Grosperrin ; ChorĂ©graphie : Dominique Meresse

Illustration : le ténor Florian Laconi (DR)