COMPTE RENDU, critique, opéra. Versailles, le 4 déc 2019. CARIGLIANO : Les FantÎmes de Versailles. J Colaneri /J Lesenger

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. VERSAILLES, OpĂ©ra Royal, le 4 dĂ©c 2019. Les FantĂŽmes de Versailles, John Carigliano. Yelena Dyachek, Jonathan Bryan, Kayla Siembieda, Ben Schaefer
 Orchestre de l’OpĂ©ra Royal. Joseph Colaneri, direction. Jay Lesenger, mise en scĂšne. CrĂ©ation française de l’opĂ©ra du compositeur amĂ©ricain John Corigliano (nĂ© en 1938), « Les FantĂŽmes de Versailles » s’affichent Ă  l’OpĂ©ra Royal du ChĂąteau de Versailles! Coproduite avec le Festival de Glimmerglass aux Etats-Unis, l’ouvrage crĂ©Ă© en 1991 au Metropolitan Opera de New York, se veut grand opĂ©ra bouffe mettant en scĂšne les monarques guillotinĂ©s par la RĂ©volution Française ainsi que Beaumarchais et plusieurs autres personnages phares de l’époque
 L’Ɠuvre est d’une grande modernitĂ© et complexitĂ© musicale, avec le chef Joseph Colaneri Ă  la direction de l’orchestre de la maison.

 

 

 

A Versailles,
Carigliano expose
un post-néoclassicisme savant et assumé

 

 

 

fantomes opera critique classiquenews versailles corigliano _KarliCadel-GGF19-GhostsVersailles-GenDress-1304

 

 

 

L’Ɠuvre du compositeur contemporain amĂ©ricain est peu connue dans l’Hexagone. Nous apprenons dans le programme qu’il s’agĂźt en effet de la premiĂšre Ɠuvre majeure de son opus Ă  ĂȘtre rĂ©alisĂ©e en France. Presque 30 ans aprĂšs sa crĂ©ation au MET, elle atterrit dans l’endroit le plus Ă -propos, et le plus juste au regard de son sujet, dans une fantastique production du Festival Glimmerglass. « The Ghosts of Versailles » (titre originel) raconte une histoire fictive plus ou moins inspirĂ©e de la piĂšce « La mĂšre coupable » de Beaumarchais. OpĂ©ra dans l’opĂ©ra et parodie de l’opĂ©ra, l’histoire a lieu en principe dans l’au-delà : Louis XVI, Marie-Antoinette et leur cour, sont des fantĂŽmes errants dans l’enceinte du ChĂąteau de Versailles. Le fantĂŽme de Beaumarchais, amoureux de la Reine dĂ©capitĂ©e, dĂ©cide d’écrire un opĂ©ra pour la rende heureuse aprĂšs sa mort. Ce « nouvel » opĂ©ra voit le retour des personnages emblĂ©matiques des Noces de Figaro et du Barbier de SĂ©ville, notamment Figaro, Susanna, le Comte Almaviva et Rosina. Au cours des deux actes, nous avons droit Ă  une comĂ©die plus ou moins absurde mais percutante, oĂč toute une palette de timbres et de styles musicaux se cĂŽtoient et rĂ©alisent un show idĂ©alement divertissant.

Le beau chant vient souvent des citations et transfigurations plus ou moins savantes des morceaux conventionnels de l’art lyrique. Nous avons ainsi droit Ă  des duos handĂ©liens, mozartiens, rossiniens, en version parodique et parfois purement dĂ©jantĂ©e. Distinguons aussi un moment de dĂ©licieuse moquerie de l’orientalisme musical avec un final au premier acte tout Ă  fait
 ottoman ! AprĂšs diverses danses du ventre sur scĂšne vient une Walkyrie wagnĂ©rienne dĂ©clamer que cette chose n’est surtout pas un opĂ©ra. Un trĂšs fin quatriĂšme mur, dans un opĂ©ra sur l’opĂ©ra dĂ©jĂ , victime d’effondrement. Sourires et fous rires permanents face Ă  cette confrontations de citations stylĂ©s qui s’entrechoquent.

Un tel « dĂ©lire » ne peut ĂȘtre correctement exĂ©cutĂ© que par un groupe d’artistes trĂšs fortement soudĂ©s et tout particuliĂšrement investis dans le parti pris (l’opĂ©ra l’étant dĂ©jĂ  en soi!). En ce sens, la distribution s’avĂšre impeccable, implacable, majestueuse
 et tueuse Ă©galement ! Les bondissements sans fin de Ben Schaefer en Figaro, tuent l’ennui dĂšs le dĂ©but, et sa performance vocale au milieu des nombreuses pirouettes est remarquable. Il plaĂźt aux sens malgrĂ© sa bouffonnerie parfois grotesque. La Susanna de Kayla Siembieda est un sommet de comĂ©die physique accouplĂ© Ă  un chant charnu riche et une clartĂ© expressive pleine de brio. Joanna Latini est une Rosina Ă  la belle voix ; la maĂźtrise de l’instrument est excellente ; son rĂŽle tragicomique est interprĂ©tĂ© avec une aisance confondante !

Jonathan Bryan dans le rĂŽle de Beaumarchais paraĂźt presque 
 dramatique. De grande et belle allure, et trĂšs souvent prĂ©sent sur scĂšne, il incarne un personnage touchant d’humanitĂ© la plupart du temps, mais qui ne se prive surtout pas de moquer brillamment Le Commandeur venu d’outre-tombe dans Don Giovanni de Mozart, si besoin. L’objet de son affection, Marie-Antoinette, est interprĂ©tĂ© par Yelena Dyachek, le personnage dont la musique est la plus complexe Ă  notre avis. Elle est fait de frissons dans sa performance, par la force de son chant trĂšs souvent de facture presque expressionniste, ainsi que par son engagement scĂ©nique. Fantasmagorique Ă  souhait.
Les nombreux rÎles secondaires sont tout autant excellents. Le Louis XVI de Peter Morgan, vraie force comique ; le Bégearss de Christian Sanders, délicieusement maléfique ; Emily Misch et Spencer Britten en Florestine et Léon respectivement, à la fois mignons et toniques.

L’Ɠuvre, qui n’est pas sans rappeler The Rake’s Progress de Stravinsky, ce chef d’Ɠuvre nĂ©oclassique, en sa saveur parodique dĂ©lirante, est savamment conçue et trĂšs intĂ©ressante dans les moyens expressifs. Les moments les plus originaux et modernes ne sont bien Ă©videmment pas les citations et transfigurations d’airs classiques, mais plutĂŽt dans la musique d’outre-tombe, la plus dissonante et cacophonique de l’opus. Mais il serait injuste de rĂ©duire l’originalitĂ© de l’écriture Ă  la dissonance ponctuelle. Car la partition, tout mĂ©li-mĂ©lo qu’elle se veut, est Ă  la fois populaire et savante. L’orchestration est d’une grande richesse au niveau des timbres et les performances des musiciens sous la direction du chef Joseph Colaneri atteignent un vĂ©ritable exploit ! N’oublions pas les chƓurs et les danseurs du Festival de Glimmerglass, trĂšs sollicitĂ©s, et tout Ă  fait Ă  la mĂȘme hauteur. Un spectacle rare, en langue anglaise, trĂšs heureusement accueilli par le public et qui rĂ©ussit sa crĂ©ation française dans le palais versaillais qui rehausse sa pertinence.
 

 

  

 

 

Posted in Backup, classiquenews, dĂ©pĂȘches, sĂ©lection 01 (du jour) | Tagged , , ,

COMPTE-RENDU, danse. BIARRITZ, le 8 août 2019. Marie-Antoinette / Malandain Ballet Biarritz

COMPTE-RENDU, danse. BIARRITZ, Gare du Midi, le 8 aoĂ»t 2019. Marie-Antoinette par le Malandain Ballet Biarritz. AprĂšs avoir signĂ© des ballets somme toute plutĂŽt abstraits avec Nocturnes ou La mort du Cygne, Thierry Malandain revient Ă  une piĂšce « avec histoire » (Ă  l’image de Cendrillon ou de La Belle et la BĂȘte) avec sa derniĂšre crĂ©ation : Marie-Antoinette. CommandĂ© par Laurent Brunner pour l’OpĂ©ra Royal de Versailles oĂč la spectacle a Ă©tĂ© donnĂ© en mars dernier, il revient pour la troisiĂšme fois (en ce mois d’aoĂ»t) Ă  la fameuse Gare du midi de Biarritz (base du Malandain Ballet Biarritz), aprĂšs y avoir dĂ©jĂ  Ă©tĂ© crĂ©Ă© in loco en novembre 2018, puis repris en juin dernier.

 

 

Marie-Antoinette_ballet-malandain-biarritz-ballet-critique-danse-classiquenews

 

 

La piĂšce retrace – en quatorze tableaux – la vie de l’infortunĂ©e Reine de France depuis le jour de son mariage avec le Dauphin en 1770… jusqu’en octobre 1789, oĂč des parisien.ne.s vinrent crier « A mort l’Autrichienne ! » sous les fenĂȘtres du ChĂąteau de Versailles. Entre ses deux dates, et de maniĂšre chronologique, Malandain Ă©voque les grands Ă©pisodes de sa vie, tels que celui douloureux des sept annĂ©es de mariage « non consommé » entre les deux royaux Ă©poux, et celui autrement heureux de la naissance d’un fils, qui laisse place Ă  une touchante scĂšne de maternitĂ© avec une poupĂ©e articulĂ©e incarnant le Dauphin. Il y a bien sĂ»r Ă©galement la rencontre avec le beau Fersen, parenthĂšse enchantĂ©e dans la vie de Marie-Antoinette, avant des jours plus sombres qui se terminent par la derniĂšre scĂšne du spectacle prĂ©citĂ©e, dont l’aboutissement sera sa dĂ©capitation en 1793. Une scĂšne emblĂ©matique est Ă©galement annonciatrice de ce funeste Ă©vĂ©nement, celle oĂč un divertissement royal montre PersĂ©e (superbe Hugo Layer !) parvenant Ă  terrasser la terrible Gorgone en lui tranchant la gorge


Pour le reste, on retrouve le langage gestuel propre et cher Ă  Thierry Malandain, entremĂȘlĂ© de gestes plus baroques (poignets cassĂ©s, bustes torsadĂ©s
) que n’aurait pas reniĂ© Noverre, le grand maĂźtre de ballet d’alors. On retrouve Ă©galement les toujours somptueux (et pleins de fantaisie) costumes du fidĂšle Jorge Gallado, qui signe Ă©galement une scĂ©nographie épurĂ©e : une simple dĂ©clinaison de cadres sur fons de cieux orageux. Parmi les excellents danseurs et danseuses du Malandain Ballet Biarritz se dĂ©marque la gracieuse et Ă©lĂ©gante Claire Lonchampt, tandis que le Louis XVI de MickaĂ«l Conte reste quelque peu effacĂ©, mais Ă  l’image du personnage historique qu’il incarne finalement
 Il faut leur adjoindre Frederik Deberdt (Louis XV) et Patricia VelĂ zquez (Mme du Barry) qui se font remarquer lors d’un fougueux duo amoureux.

Petit regret de la soirĂ©e, c’est dĂ©lestĂ© de l’Orchestre symphonique d’Euskadi (en fosse lors de sa crĂ©ation) que nous assistons au spectacle, et nous devrons nous contenter d’une bande sonore (qui n’est pas un enregistrement de l’orchestre basque). Haydn y est le compositeur le plus reprĂ©sentĂ©, notamment Ă  travers sa cĂ©lĂšbre triple symphonies illustrant le cycle d’une journĂ©e (Matin, Midi et Soir), mais aussi la non moins fameuse Symphonie N° 73 dite « La Chasse », une Ɠuvre tout en mouvements rapides et syncopĂ©s, que vient tempĂ©rer par la suite la dĂ©licate « Danse des ombres heureuses », tirĂ©e de l’OprhĂ©e et Eurydice de Gluck, lors de la scĂšne de maternitĂ©.

La joie de danser et l’étonnante fluiditĂ© qui rĂšgnent pendant les quatre-vingt minutes du spectacle – en plus de la parfaite lisibilitĂ© de la trajectoire de cette figure complexe de l’histoire de France – emporte l’adhĂ©sion d’un public venu en masse
 et qui ne boude pas son plaisir en multipliant les rappels Ă  la fin de la reprĂ©sentation !

 

 

malandain-ballet-biarritz-critique-danse-classiquenews-2019-courtisans-en-blanc--marie-antoinette-olivier-houeix-diaporama_big-1

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Compte-Rendu, Danse. Biarritz, Gare du Midi, le 8 aoĂ»t 2019. Marie-Antoinette par le Malandain Ballet Biarritz – Illustrations : © Malandain Ballet Biarritz 2018 / 2019

 

 

 

 

CD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd).

rousseau cd dvd critique nouveaux caracteres herin critique cd versailles spectacles sur classiquenewsCD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd). “Charmant”, “ravissant”
 Les qualificatifs pleuvent pour Ă©valuer l’opĂ©ra de JJ Rousseau lors de sa crĂ©ation devant le Roi (Louis XV et sa favorite La Pompadour qui en Ă©tait la directrice des plaisirs) Ă  Fontainebleau, le 18 oct 1752. Le souverain se met Ă  fredonner lui-mĂȘme la premiĂšre chanson de Colette, 
 dĂ©munie, trahie, solitaire, pleurant d’ĂȘtre abandonnĂ©e par son fiancé  Colin (« J’ai perdu mon serviteur, j’ai perdu tout mon bonheur »). Genevois nĂ© en 1712, Rousseau, aidĂ© du chanteur vedette Jelyotte (grand interprĂšte de Rameau dont il a crĂ©Ă© entre autres PlatĂ©e), et de FrancƓur, signe au dĂ©but de sa quarantaine, ainsi une partition lĂ©gĂšre, Ă©videmment d’esprit italien, dont le sujet empruntĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© amoureuse des bergers contemporains, contraste nettement avec les effets grandiloquents ou plus spectaculaire du genre noble par excellence, la tragĂ©die en musique.

C’est cependant une vue de l’esprit assez dĂ©formante et donc idĂ©alisante qui prĂ©sente un jeune couple Ă  la campagne, un rien naĂŻf et tendre
 qui bouleverse alors le public et est la proie d’un faux « devin », ou mage autoproclamé  DĂ©tente heureuse, au charme sans ambition, Le devin du village touche immĂ©diatement l’audience : l’Ɠuvre a trouvĂ© son public. En 1753, Ă  Paris, augmentĂ©e d’une ouverture et d’un divertissement final, l’opĂ©ra de Rousseau prend mĂȘme des allures de nouveau manifeste esthĂ©tique, opposĂ© dĂ©sormais au genre tragique ; car Ă  Paris, sĂ©vit la Querelle des Bouffons : les Italiens (troupe de Bambini) prĂ©sentent alors Ă  l’AcadĂ©mie royale, comme un festival, tout un cycle d’oeuvres inĂ©dites, toutes comĂ©dies en musique, dont La serva Padrona, joyau raffinĂ© et badin du gĂ©nial Pergolesi. C’est surtout l’écriture aux mĂ©lodies simples et aux usages directs (forme rondeau) et aussi le choix du français comme langue chantĂ©e
 qui surprennent le public. Alors mĂȘme que Rousseau avait dĂ©clarĂ© de façon dĂ©finitive (mais avant de dĂ©couvrir Gluck au dĂ©but des annĂ©es 1770, soit 20 ans aprĂšs), que l’Italien se prĂȘtait mieux Ă  l’opĂ©ra que la langue de Corneille. Mais Rousseau n’en est pas Ă  une contradiction prĂšs : ‘le chant français n’est qu’un aboiement continuel, insupportable Ă  toute oreille non prĂ©venue’ (Lettre sur la musique française, 1753).
RĂ©alisme touchant, langue enfin rĂ©conciliĂ©e avec les dĂ©fis de sa dĂ©clamation, 
 les arguments de ce « Devin » sont Ă©vidents, indiscutables. Le triomphe que suscite rapidement la partition, la rend incontournable : claire emblĂšme opposĂ© au grand genre tragique d’un Rameau, qui fut autant admirĂ© que dĂ©testĂ© par Rousseau.

Qu’en pensez en 2018, au moment oĂč est publiĂ©e cette lecture rĂ©alisĂ©e en juillet 2017 ? On remercie enfin la direction artistique du ChĂąteau de Versailles de nous offrir dans son jus, sur instruments d’époque, et sur la scĂšne oĂč elle fut reprise et jouĂ©e par Marie-Antoinette en son Ă©crin de Trianon (le petit thĂ©Ăątre de la reine toujours d’origine), la piĂšce de Rousseau : de fait, simple, franche, d’une modestie qui touche immĂ©diatement.

La partition est d’autant plus importante dans l’histoire de la musique en France et en Europe que c’est son adaptation parodique dĂšs 1753 (par Madame Favart), intitulĂ©e « Les amours de Bastien et Bastienne » qui inspirera le premier opĂ©ra de 
 Mozart. La conception de Rousseau est donc loin de n’ĂȘtre qu’anecdotique. Aujourd’hui on goĂ»te son humilitĂ© Ă  l‘aulne de son destin spectaculaire. Voir cette partition, bluette sans ambition, mais joyau d’une esthĂ©tique qui a rĂ©volutionnĂ© l’opĂ©ra français, entre Rameau et Gluck, comble un vide important, d’autant que le dvd complĂ©mentaire, ajoute Ă  l’écoute du cd, la rĂ©vĂ©lation de ce que furent les reprises par Marie-Antoinette, jouant elle-mĂȘme Ă  la bergĂšre et chantant les airs de Colette
 A croire que effectivement, Rousseau Ă©tait moderne, 30 annĂ©es auparavant, adorĂ© par le Reine qui vint se recueillir sur son mausolĂ©e d’Ermenonville dĂšs 1780.
Le cd et le dvd de ce coffret trĂšs recommandable ajoute donc Ă  notre connaissance prĂ©cise d’un monument de la musique française propre aux annĂ©es 1750, encore adulĂ© par les souverains juste avant la RĂ©volution. Belle rĂ©alisation qui comble enfin une criante lacune.

————————————————————————————————————————

CD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd).

Reportage vidéo : Thésée de Gossec (1778-1781)

Gossec_thesee_ricercar_gossecCrĂ©Ă© pour Marie-Antoinette en 1781, l’opĂ©ra ThĂ©sĂ©e de Gossec est composĂ© dĂšs 1778, dans le sillon d’Armide de Gluck (1776). Gossec s’y rĂ©vĂšle aux cĂŽtĂ©s des contemporains Piccinni, Sacchini, tel un continuateur Ăšs mĂ©rite de Gluck (comme Vogel et sa fabuleuse Toison d’or de 1786) : orchestre flamboyant, nerveux, guerrier ; choeur somptueux et complexe dans ses Ă©tagements audacieux ; surtout protagonistes expressifs au tempĂ©rament exacerbĂ© dans des situations extrĂȘmes : MĂ©dĂ©e est une furie insatiable qui jusqu’Ă  la fin, s’acharne avec sadisme contre le couple amoureux EglĂ© et ThĂ©sĂ©e… le dramatisme de l’Ă©criture, l’efficacitĂ© des options poĂ©tiques, l’architecture de ce drame autant vocal qu’orchestral font de ce ThĂ©sĂ©e de Gossec un pur chef d’oeuvre nĂ©oclassique sous le rĂšgne de Marie-Antoinette. Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM

En lire + : dossier Thésée de Gossec : une écriture nerveuse dans le sillon de Gluck

Lire aussi notre compte rendu critique du cd Thésée de Gossec par Guy Van Waas et Les Agrémens

VIDEO. Sacchini : Renaud (1783)

Antonio_SacchiniComme Ă©tranger invitĂ© par Marie-Antoinette en France, le Napolitain Antonio Sacchini (1730-1786) arrive Ă  Paris en 1783, depuis Londres; il succĂšde ainsi Ă  Gluck et son compatriote Piccinni et prolonge Ă©videmment les avancĂ©es stylistiques de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Pour le temple international du lyrique qu’est Paris, Sacchini offre une nouvelle musique moderne aux anciens livrets hĂ©ritĂ©s de l’ñge baroque. Renaud ne fait pas exception: contrairement Ă  son titre, l’ouvrage cosmopolite et brillant, fait place nette au personnage clĂ© de l’amoureuse enchanteresse Armide. La magicienne cĂšde ici sa baguette pour dĂ©voiler un visage tendre et implorant qui saura in fine convaincre et sĂ©duire son ennemi jurĂ© Renaud dont elle est tombĂ©e amoureuse malgrĂ© la guerre qui fait rage et qui oppose leurs deux clans respectifs
 Style gluckiste, orchestre flamboyant voire frĂ©nĂ©tique (prĂ©lude du II), alliance des divertissements et du pathĂ©tique, des accents tragiques comme hĂ©roĂŻque (le pĂšre d’Armide, Hidraot tient aussi un rĂŽle important tout en tension virile), surtout arabesques stylĂ©es d’un bel canto italianisant
 Renaud de Sacchini incarne un sommet lyrique français, en une formule europĂ©enne, au temps des LumiĂšres. Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM

Grétry : La Caravane du Caire, 1783 (Les Agrémens, Guy Van Waas). Reportage vidéo

gretry-andre modeste gretryL’opĂ©ra français Ă  l’Ă©poque de Marie-Antoinette. En 1783, l’Academie royale de musique, trĂšs jalouse de ses succĂšs Ă  l’OpĂ©ra Comique, commande Ă  GrĂ©try, un nouvel opĂ©ra : le compositeur invente alors un nouveau genre, dans le sillon de PlatĂ©e de Rameau : la comĂ©die lyrique. Ballets inventifs exotiques, orchestration raffinĂ©e savoureuse (picolo, basson, clarinettes, cordes Ă  5 parties), plateau de solistes nombreux et finement caractĂ©risĂ©, La Caravane du Caire imagine les contemporains de Louis XIV en Egypte. La vision est historique et exotique : GrĂ©try s’y rĂ©vĂšle en gĂ©nie des styles mĂȘlĂ©s, nouveau champion d’un Ă©clectisme lyrique riche en astuces et en audaces. L’opĂ©ra fut jouĂ© sans discontinuitĂ© jusqu’au dĂ©but du XIXĂšme siĂšcle : un succĂšs qui rejaillit aujourd’hui grĂące Ă  la verve et l’Ă©clat que le chef Guy Van Waas sait instiller Ă  cette recrĂ©ation Ă©vĂ©nement. Disque Ă  paraĂźtre Ă  l’Ă©tĂ© 2014. Reportage vidĂ©o exclusif CLASSIQUENEWS.COM © 2014

Versailles : le petit théùtre de la Reine, 1780

versailles_Theatre_de_la_Reine_-_cĂŽtĂ©_jardinThĂ©Ăątre mythique. Le Petit ThĂ©Ăątre de la Reine Ă  Versailles. ElĂšve de Gluck Ă  Vienne, la jeune Reine de France Marie-Antoinette cultive son goĂ»t de la musique Ă  Versailles, en particulier dans le domaine privĂ© que le roi lui a offert, Trianon. Si elle hĂ©rite du Petit Trianon (Ă©tĂ© 1774), Ă©difiĂ© sous le rĂšgne de Louis XV pour sa maĂźtresse La Pompadour (en 1762 par Jacques Ange Gabriel, l’architecte de l’OpĂ©ra dans le chĂąteau), Marie-Antoinette commande Ă  Richard Mique un nouveau site, idĂ©alement discret (façade Ă  peine perceptible identifiable par un fronton simple et deux colonnes ioniques). Le thĂ©Ăątre est fabriquĂ© Ă  l’Ă©conomie (bois et plĂątre imitent le marbre et permettent le dĂ©ploiement d’un dĂ©cor abondant et cependant luxueux).
C’est une salle de plan ovale qui peut accueillir une centaine d’intimes, spectateurs proches des Souverains, prenant place dans les 2 baignoires, le parterre et le balcon (sans omettre les loges grillagĂ©es comme dans l’OpĂ©ra de Gabriel).

 

 

 

Théùtre mythique à  Versailles

le Petit Théùtre de la Reine à Trianon

1780

 

 

MalgrĂ© la fragilitĂ© et la simplicitĂ© des matĂ©riaux, le Petit ThĂ©Ăątre de la reine Ă©tonne par l’Ă©quilibre de ses proportions, le raffinement propre au rĂšgne de Marie-Antoinette, d’inspiration antique et florale (cascades et guirlandes de fleurs portĂ©es par nymphes et enfants). Mique redessine aussi les jardins du Petit Trianon, dans le style anglais avec fabriques et hameau


La scĂšne est plus importante en surface et comprend une machinerie d’Ă©poque conçue par Pierre Bouillet : c’est l’un des tĂ©moignages prĂ©servĂ©s de la technologie utilisĂ©e pour les arts du spectacle au XVIIIĂš, permettant le changement des dĂ©cors grĂące aux panneaux peints qui pivotent sur un axe ou coulissent surun rail (pour les changements de tableaux) et qui sont Ă©clairĂ©s sur la scĂšne.
Ce thĂ©Ăątre de poche, en or et bleu, est inaugurĂ© en 1780, vĂ©ritable manifeste du style nĂ©oclassique : la Reine harpiste de talent, y joue la comĂ©die (celle de Beaumarchais, parfois dĂ©guisĂ©e en bergĂšre
) et chante dans les oeuvres de GrĂ©try, Sedaine, Monsigny… GrĂ©try est apprĂ©ciĂ© par la Reine comme il Ă©tait dĂ©jĂ  depuis 1771, favorisĂ© par la du Barry (pour elle, le compositeur crĂ©e Ă  Fontainebleau, ZĂ©mir et Azor, merveille rocaille et classique d’aprĂšs La Belle et la bĂȘte de Perrault).

Petit_Trianon,_theatre_entree_portique_de_la_Reine,_entrĂ©eReine Ă  Versailles, femme intime et hĂŽtesse aimable proche de ses amis Ă  Trianon, Marie-Antoinette favorise le charme et la poĂ©sie dans son domaine. Avant l’inauguration de son thĂ©Ăątre, Marie-Antoinette produit des spectacles dans la galerie du Grand Trianon, ou dans l’ancienne orangerie du domaine ; pendant 5 ans, la jeune reine se passionne pour la comĂ©die, offrant des rĂŽles Ă  ses proches au sein de la compagnie qu’elle a crĂ©Ă© : ” la troupe des seigneurs ” (avec la complicitĂ© du frĂšre du roi, le comte d’Artois). Les reprĂ©sentations s’achĂšvent Ă  9h du soir puis sont suivies d’un diner. Au thĂ©Ăątre de la Reine, les compositeurs qu’elle aime (entre autres ceux qu’elle a fait venir Ă  Paris, allemands, italiens…), sont favorisĂ©s : Gluck (IphigĂ©nie en Tauride), Piccinni (Le dormeur Ă©veillĂ©), Sacchini (Dardanus), GrĂ©try (l’indĂ©modable ZĂ©mir et Azor), sans omettre l’auteur engagĂ© Rousseau (Le devin du village), comme aussi les piĂšces Ă  la mode dont on se demande pour certaines si les aristocrates interprĂštes avaient bien mesurĂ© la teneur sulfureuse comme c’est le cas du Barbier de SĂ©ville de Beaumarchais. Aujourd’hui le Petit ThĂ©Ăątre de la Reine n’accueille pas de spectateurs pour des raisons de sĂ©curitĂ© mais il se visite sur rĂ©servation.

 

 

 

VIDEO. Armide, Médée : les ballets de Noverre ressuscitées (Versailles, 2012)

Vidéo. Les ballets de Noverre ressuscités à Versailles 2012)

Noverre_Perroneau_PortraitOfJeanGeorgesNoverreVersailles : l’art chorĂ©graphique Ă  l’heure des LumiĂšres. L’OpĂ©ra royal de Versailles accueillait en dĂ©cembre dernier (13 et 15 dĂ©cembre 2012), la recrĂ©ation des ballets d’action de Jean-Georges Noverre, l’inventeur du ballet moderne au dĂ©but des annĂ©es 1760… Renaud et Armide et MĂ©dĂ©e et Jason, deux portraits de magiciennes amoureuses, trahies et blessĂ©es… Figures prĂ©romantiques de la passion tragique. Grand reportage vidĂ©o
Dans les annĂ©es 1760, avant la rĂ©volution Gluckiste, l’opĂ©ra français reçoit un type de spectacle total, le ballet d’action dont l’excellence des disciplines associĂ©es marque un sommet de l’Ă©criture chorĂ©graphique. Sur la musique de Jean-Joseph Rodolphe, le chorĂ©graphe Jean-Georges Noverre (1727-1810) imagine ce thĂ©Ăątre parfait oĂč le seul langage du corps dansĂ© exprime les mĂȘmes passions que celle de la tragĂ©die lyrique contemporaine. Le CMBV Centre de musique baroque de Versailles, s’associe au Centre de musique romantique française Palazzetto Bru Zane et restitue l’Ă©loquence d’un genre oubliĂ© qui a marquĂ© les esprits.  Au programme, les mĂȘmes sujets mythologiques que l’opĂ©ra met en scĂšne: MĂ©dĂ©e et Jason (ballet tragique crĂ©Ă© Ă  Stuttgart en 1763) et Renaud et Armide (hĂ©roĂŻ-pantomime crĂ©Ă©e Ă  Lyon en 1760) et repris Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles en 1775.