LILLE. Symphonie n°1 de CHOSTAKOVITCH par l’ONL / JC CASADESUS

casadesus_603x380 Ugo ponte ONLLILLE. Les 6, 7 nov 2019. ONL, JC Casadesus. CHOSTAKOVITCH : symph n°1. L’Orchestre National de Lille et Jean-Claude Casadesus nous offrent dans ce programme riche en contraste deux tempĂ©raments toalement opposĂ©s : la simplicitĂ© solaire d’un Mendelssohn fauchĂ© trop tĂŽt (1845), et la sensibilitĂ© plus ambivalente du jeune Chostakovitch de 1926, inspirĂ© par une ironie de plus en plus caustique voire grinçante. Et pour dĂ©buter la frĂ©nĂ©sie sanguine et mĂ©diterranĂ©enne d’un autre jeune compositeur fougueux, Hector Berlioz Ă  l’époque de son Carnaval Romain (ouverture) : en rĂ©alitĂ©, la partition du Romantique français datĂ©e de 1844, est une ouverture alternative Ă  son opĂ©ra (maltraitĂ©) Benvenuto Cellini, comĂ©die shakespearienne d’une exceptionnelle viitalitĂ©. Berlioz y recycle en particulier le duo Cellini et Teresa (Vous que j’aime plus que ma vie), confrontĂ© au grand chƓur collectif du Carnaval proprement dit.

dmitri-chostakovitchD’une vitalitĂ© inĂ©dite dans l’Ɠuvre de Dmitri Chostakovitch, son opus symphonique n°1 a certes ce goĂ»t du sarcasme et de la terreur rentrĂ©e, mais Ă©blouit surtout par sa « joie de vivre », une ivresse sincĂšre et dĂ©sinvolte que ne connaissait pas de la part du compositeur qui manie comme personne le double langage. JC Casadesus aborde la partition crĂ©Ă©e Ă  Leningrad en mai 1926 avec l’ardeur et la prĂ©cision qui sied Ă  une exceptionnelle versatilitĂ©, servi par une orchestration habile et raffinĂ©e ; le jeune compositeur encore Ă©lĂšve du Conservatoire (19 ans) n’hĂ©site pas Ă  maintenir ses options de composition, contre l’avis d’un Glazounov pltuĂŽt rĂ©servĂ© sur la sonoritĂ© de certains passages
 DĂ©jĂ  l’humour apparent du premier mouvement (Allegro) sonne ambigu ; d’autant que le scherzo (Allegro ou 2Ăš mouvement) prĂ©cise cette ironie encore vacillante au dĂ©but
 qui soustend et porte la maturitĂ© du Finale dont le caractĂšre sombre voire amer rĂ©vĂšle la vraie personnalitĂ© de Chostakovich : plus inquiĂšte et analytique que bavarde ; sauvage et hypersensible ; consciente malgrĂ© elle, des terreurs qui menacent dans l’ombre proche.

mendelssohn elias cd felix-mendelssohn-bartholdy_jpg_240x240_crop_upscale_q95Le programme du concert comprend Ă©galement le sublime Concerto pour violon n°2 de Mendelssohn, sommet de romantisme lumineux, intense, condensĂ©, lui aussi sans effusion gratuite. Avec le violoniste albanais Tedi Papavrami. L’opus 64 est souvent le sujet d’un malentendu, permis par l’apparente simplicitĂ© brillante de son Ă©criture ; rien de tel ici tant Mendelssohn y reste comme Mozart, d’une Ă©conomie qui signifie non virtuositĂ© mais sincĂ©ritĂ© et vĂ©ritĂ©. AmorcĂ©e dĂšs 1838, achevĂ©e en 1844, le Concerto est crĂ©Ă© Ă  Leipzig en mars 1845
 quelques mois plus tard, Felix Mendelssohn s’éteignait Ă  l’ñge de 36 ans.

 

 

 

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Mercredi 6 & jeudi 7 novembre 20hboutonreservation
Lille – Auditorium du Nouveau Siùcle
Voyage romantique

Berlioz
Le Carnaval romain, ouverture
Mendelssohn
Concerto pour violon en mi mineur
Chostakovitch
Symphonie n°1

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE   –  Direction : Jean-Claude Casadesus  -  ‹Violon : Tedi Papavrami

 

 

 

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https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/voyage-romantique/

 

 

En région
Pas de billetterie O.N.L / billetterie extérieure
Soissons CitĂ© de la Musique et de la Danse – Vendredi 8 novembre 20h
Infos et réservations : 03 23 59 83 86
Anzin ThĂ©Ăątre – Samedi 9 novembre 20h
Infos et réservations : 03 27 38 01 10

 

 

PrĂ©sentation du programme par l’Orchestre National de Lille : “Immense musicien et remarquable homme de lettres, le violoniste albanais Tedi Papavrami possĂšde un parcours artistique hors du commun. Son archet virtuose, Ă  la fois pur et lyrique, sera l’instrument idĂ©al pour enchanter les emportements romantiques et la fĂ©Ă©rie bondissante du splendide Concerto pour violon n°2 de Mendelssohn. CrĂ©Ă©e en 1926, la Symphonie n°1 est l’une des Ɠuvres les plus joyeuses de Chostakovitch. Bien sĂ»r, on y retrouve le goĂ»t du sarcasme, les brusques changements d’humeur et le romantisme noir du compositeur russe. Mais la symphonie trace Ă©galement une montĂ©e en puissance, magistralement conduite par Jean-Claude Casadesus.”

 

“Romantic journey
The remarkable Tedi Papavrami enchants Mendelssohn’s splendid Violin Concerto No. 2 in E min. Premiered in 1926, Symphony No. 1 is one of Shostakovich’s most jubilant works, building to a powerful ending, all under the baton of Jean-Claude Casadesus.”

Aude Extremo, nouvelle Carmen Ă  LILLE

carmen-bizet-alexandre-bloch-opera-lille-onl-orchestre-national-de-lille-annonce-opera-critique-opera-classiquenews-juillet-2019LILLE, ONL : BIZET : CARMEN, les 9, 11 et 12 juillet 2019. L’Orchestre National de Lille et son directeur musical, Alexandre BLOCH concluent la saison 2018 – 2019 avec l’opĂ©ra romantique français le plus populaire : Carmen. C’est un ouvrage aussi lyrique que symphonique, oĂč inspirĂ© de MĂ©rimĂ©e, le compositeur Bizet, Ă  l’époque des impressionnistes, renouvelle la langue orchestrale par son sens des couleurs et de la mĂ©lodie. Si l’action se dĂ©roule en Espagne, Bizet ne voyagea jamais jusque lĂ ; et son hispanisme demeure fantasmĂ©, chromatique, sensuel
 d’une force poĂ©tique exceptionnelle, vraie correspondance avec la peinture de Manet, lui aussi passionnĂ© par les sujets ibĂ©riques. Comme la grande Olympia (1863), scandaleux nu en grand format, Bizet exprime la voluptĂ© rĂągeuse et exacerbĂ©e de Carmen, la cigariĂšre de SĂ©ville dont la libertĂ© provocante vaut bien la nuditĂ© Ă©rotique de Manet.
Comme pour mieux rendre digeste la franchise Ă©rotique de Carmen version Bizet, ses librettistes outrepassent la fidĂ©litĂ© Ă  MĂ©rimĂ©e : Meilhac et HalĂ©vy (si en verve chez Offenbach), tempĂšrent ainsi la tragĂ©die sulfureuse de Carmen en inventant le personnage de MicaĂ«la, blonde angĂ©lique qui fiancĂ©e au brigadier JosĂ©, tente de lui rappeler, ses devoirs de fils, ses vƓux amoureux, sa sagesse raisonnable. Evidemment, JosĂ© fera tout Ă  fait l’inverse de tout cela.

bizet-portrait-georges-bizet-carre-classiquenews-portraitDans le cadre d’un nouveau cycle musical estival « Les Nuits d’été », l’ONL, Orchestre National de Lille se dĂ©die Ă  prĂ©sent aux grands ouvrages lyriques. Carmen inaugure ce festival d’un nouveau genre qui en 3 dates, les 9, 11 et 12 juillet 2019, profite de l’excellente acoustique du Nouveau SiĂšcle, auditorium moderne, rĂ©sidence de l’Orchestre National de Lille. La version qu’a choisi Alexandre Bloch, directeur musical de l’Orchestre, est inĂ©dite, produisant une mise en espace avec illustrations et narrations, et un rĂ©citant dont les textes remplaçant les rĂ©citatifs parlĂ©s et chantĂ©s, sont nouveaux.

 

 

 

A LILLE, une CARMEN inédite
animée, illustrée, narrée


 

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Alexandre Bloch qui dirige ici l’opĂ©ra intĂ©gral pour la premiĂšre fois, entend montrer le gĂ©nie d’un Bizet de 36 ans, mort trop tĂŽt, dont l’orchestre chatoyant assure une synthĂšse de tout l’opĂ©ra français : lumiĂšre tragique voire Ă©blouissante, couleurs mĂ©diterranĂ©ennes (rapidement opposĂ©es, par Nietzsche, aux brumes culpabilisantes de Wagner)
 justesse des caractĂšres : Carmen arrogante et libre ; Escamillo le torero, viril et vainqueur ; face au tĂ©nor, JosĂ©, plus complexe, entre amant blessĂ©, tĂ©nĂ©breux et fou sanguin, nerveux autant que jaloux.

Le chef prolonge ainsi son travail sur l’écriture dramatique de Bizet dont il a, il y a deux ans, ressuscitĂ© dans une version urtext, la magie et l’onirisme romantique des PĂȘcheurs de perles (2017, cd CLIC de CLASSIQUENEWS).

Bizet a tout donnĂ© dans Carmen, jusqu’à perdre la vie, victime d’une rupture d’anĂ©vrisme selon la lĂ©gende.
Dans cette vaste fresque orchestrale, souvent enivrante, douĂ©e de superbes intermĂšdes symphoniques, Alexandre Bloch distingue quelques passages particuliĂšrement rĂ©ussis : au III, l’air des cartes « oĂč Carmen tire Ă  chaque fois la mort » ; Ă  la fin du mĂȘme acte III : la folie de Don JosĂ© qui comme une dĂ©claration clĂ©, dit Ă  Carmen : « tu me suivras jusqu’au trĂ©pas …, puis la brutalise. À la fin de ce passage, il apprend que sa mĂšre est sur le point de mourir et s’écrie : Ma mĂšre, ma mĂšre… . Il dĂ©cide alors de suivre MicaĂ«la avant de se retourner vers Carmen en lui lançant : Sois contente je pars, mais nous nous reverrons… »

OpĂ©ra comique, c’est Ă  dire avec rĂ©cits et dialogues parlĂ©s, Carmen crĂ©Ă© le 3 mars 1875, est Ă  Lille, est prĂ©sentĂ© dans un dispositif semi-scĂ©nique; Alexandre Bloch souhaitant surtout se concentrer sur la musique qui il est vrai vaut bien des mises en scĂšnes. Les rĂ©citatifs parlĂ©s-chantĂ©s accompagnĂ©s par l’orchestre (Ă©crits par Ernest Guiraud aprĂšs la mort de Bizet) sont Ă©cartĂ©s, et c’est l’humoriste Alex Vizorek qui assure la narration. Le « plus » du spectacle, qui devrait sĂ©duire le grand public : les illustrations et animations de GrĂ©goire Pont dont on se souvient des rĂ©alisations poĂ©tiques pour L’Enfant et les sortilĂšges de Ravel (Lyon, 2016) : ses dessins assureront le contexte visuel de chaque tableau dramatique. Nouvelle production Ă©vĂ©nement.

 

 

 

carmen-bizet-alexandre-bloch-opera-lille-onl-orchestre-national-de-lille-annonce-opera-critique-opera-classiquenews-juillet-2019ENTRETIEN avec François BOU, directeur gĂ©nĂ©ral de l’Orchestre National de Lille Ă  propos de Carmen 2019 et du nouveau cycle lyrique estival au Nouveau SiĂšcle, ” Les Nuits d’Ă©tĂ©”…  Distribution, illustrateur, rĂ©citant
 , place de la musique et retour Ă  MĂ©rimĂ©e
 François Bou prĂ©sente Carmen dans le dispositif particulier de l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille. LIRE notre entretien complet

 

 

 

 

 

 

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BIZET : Carmen
LILLE, Nouveau SiĂšcle
Les 9, 11 et 12 juillet 2019 Ă  20h

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/carmen/

 

 

 

Version semi-scĂ©nique / ‹DurĂ©e : environ 2h40 minutes + entracte
Création le 3 mars 1875 à Paris

Orchestre National de Lille‹ / Direction : Alexandre Bloch
ChƓur de l’OpĂ©ra de Lille – chef de chƓur : Yves Parmentier‹ / ChƓur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal – chef de chƓur : Pascale Dieval-Wils

Aude Extrémo : Carmen (photo ci dessous)
‹Antoine BĂ©langer : Don JosĂ©
Layla Claire : Micaëla
Florian Sempey : Escamillo
Pauline Texier : Frasquita
AdelaĂŻde Rouyer : Mercedes
JĂ©rĂŽme Boutillier : Le dancaĂŻre
Antoine Chenuet : Le Remendado
Bertrand Duby : Zuniga
Philippe-Nicolas Martin : MoralĂšs
Alex Vizorek : récitant
Grégoire Pont : illustrations et animations

Assistants Ă  la direction musicale : Jonas Ehrler et Victor Jacob
Chef de chant : Philip Richardson

 

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APPROFONDIR

 

 

VOIR
notre reportage vidĂ©o Les PĂȘcheurs de Perles par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch (Reportage vidĂ©o en 2 volets, rĂ©alisĂ© au moment de l’enregistrement et de la reprĂ©sentation de l’opĂ©ra en version de concert et spatialitĂ© au Nouveau SiĂšcle de Lille, 2017)

http://www.classiquenews.com/bizet-les-pecheurs-de-perles-ressuscites-par-le-national-de-lille-alexandre-pham/

 

 

LIRE
notre critique du cd Les PĂȘcheurs de perles par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille

http://www.classiquenews.com/cd-opera-critique-bizet-les-pecheurs-de-perles-1864-nouvelle-version-complete-onl-orchestre-national-de-lille-a-bloch-2-cd-pentatone-2017/

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 28 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n°5. Orchestre national de Lille. Alexandre Bloch, direction.

COMPTE-RENDU, concert. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 28 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n°5. Orchestre national de Lille. Alexandre Bloch, direction. Le nouveau concert Mahler Ă  l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle est un jalon passionnant Ă  suivre, confirmant l’évidente affinitĂ© du chef avec l’écriture mahlĂ©rienne, comme l’éloquence collective des instrumentistes du National de Lille, en particulier aprĂšs plus d’une heure de jeu
 comme libĂ©rĂ©s, naturels, dans le dernier et 5Ăš tableau : le Rondo-Finale / Allegro, marquĂ© par l’urgence et une joie rayonnante, indĂ©fectible. Un bel engagement qui a dĂ» certainement ravir la petite fille du compositeur, prĂ©sente ce soir : Marina Mahler. Outre son sens de la spatialitĂ©, son imagination sans limites, c’est aussi la trĂšs riche palette de timbres, la recherche constante de texture et de caractĂšre qui fondent la modernitĂ© de Mahler au XXIĂš. Tout s’entend admirablement dans l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle sous la baguette du chef, directeur musical de l’Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

 

 

 

L’ONL et Alexandre Bloch jouent la 5Ăš de Gustav Mahler…

1001 nuances de la passion mahlérienne

 

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Le premier mouvement (mesurĂ©, sĂ©vĂšre, funĂšbre) est grave ; initiĂ© par la trompette brillante, sublime appel initial, qui introduit la riche texture de la fanfare pour qu’émerge le chant Ă  la fois tendre et douloureux des cordes ; on apprĂ©cie immĂ©diatement l’articulation intĂ©rieure de ces derniĂšres dont le chef cisĂšle et ralentit, explicite et illumine les arriĂšres plans entre blessure rentrĂ©e et sentiment tragique. Peu Ă  peu se prĂ©cise la plainte amĂšre et retenue d’une Ă©ternelle souffrance (assise des 8 contrebasses comme un mur de soutien, alignĂ©s au fond de la scĂšne).
La souplesse, le sens du dĂ©tail des timbres (clarinette, flĂ»tes, cors et bassons), l’équilibre cordes, cuivres
 tout est dĂ©tachĂ©, fusionnĂ©, soulignĂ© avec un sens de la mesure ; et de la morsure aussi. La marche funĂšbre (Trauermarsch) qui se dĂ©ploie progressivement, surgit alors avec une finesse irrĂ©sistible.
A la fois gardien de la transparence et du dĂ©tail, le chef veille aussi au relief des contrastes saisissants qui agitent en un mouvement panique tous les pupitres (dans les deux trios) ; l’activitĂ© est prĂ©cise, et toujours, l’architecture de ce premier mouvement, parfaitement exposĂ©e ; la direction, d’une clartĂ© constante, avec une direction nettement explicitĂ©e : de l’ombre tenace voire lugubre 
 Ă  la lumiĂšre finale.
Chaque reprise se colore d’une intention renouvelĂ©e, offrant des teintes tĂ©nues entre mĂ©lancolie, adieu, renoncement, espĂ©rance. Ce premier mouvement est davantage qu’une marche : c’est une mosaĂŻque de sensations et de nuances peints Ă  la maniĂšre d’un tableau tragique. Ce travail sur l’articulation, la transparence de chaque phrase, intense et spĂ©cifique dans sa parure instrumentale nous paraissent les piliers d’une approche trĂšs articulĂ©e et fine, comme modelĂ©e de l’intĂ©rieur. VoilĂ  qui instille Ă  l’ensemble de cette arche primordiale, son Ă©paisseur inquiĂšte, un voile hypersensible qui capte chaque frĂ©missement pulsionnel, et semble s’élever peu Ă  peu jusqu’à l’ultime question que pose la flĂ»te finale, vĂ©ritable agent de l’ombre et du mystĂšre (aprĂšs la trompette presque moqueuse et provocatrice) : son chant retentit comme une Ă©nigme non Ă©lucidĂ©e. De sorte que de ce premier mouvement tout en ressentiment, Alexandre Bloch Ă©lucide l’écheveau des forces antagonistes : tout y est exposĂ© en un Ă©quilibre sombre, irrĂ©solu. Tout y est clair et des plus troubles. Equation double. L’intonation est parfaite.

Le second mouvement apporte les mĂȘmes bĂ©nĂ©fices, mais en une activitĂ© versatile proche d’un chaos aussi vif qu’intranquille. Morsures, agitation Ă©perdue, perte de l’équilibre sourd du premier mouvement, on distingue la superbe phrase (par son onctuositĂ© langoureuse) des bois et piz des cordes : se prĂ©cise sous la priĂšre des cordes (violoncelles) un ardent dĂ©sir qui supporte tout l’édifice. L’élan se fait quĂȘte. Le chant wagnĂ©rien des violoncelles indique dans le murmure cette brĂ»lure et cette question qui taraude tout l’orchestre (cuivres enflammĂ©s, crĂ©pitants), et dans l’interrogation posĂ©e par le compositeur, Alexandre Bloch trouve la juste rĂ©alisation : celle d’une insatisfaction d’une indicible voluptĂ© (cor anglais) Ă  laquelle il oppose le souvenir de marches militaires qui prĂ©cipite le flux orchestral en spasmes parfois jusqu’à l’écƓurement. L’attention aux dĂ©tails et aux couleurs, – lĂ  encore, teintes et demi teintes, le nuancier du gĂ©nie MahlĂ©rien est ici infini ; il s’affirme et se dĂ©ploie sous la direction (sans baguette) du chef, trĂšs articulĂ©, faisant surgir des Ă©clairs et des textures – accents et climats (amertume des hautbois et clarinettes aux postures fĂ©lines, animales) d’une ivresse
 irrĂ©sistible. Jusqu’à l’explosion conçue comme un choral (percus et cuivres en rĂ© majeur), lente et irrĂ©pressible Ă©lĂ©vation, aspiration verticale qui annonce une victoire finale (l’orchestration est celle de Strauss ou du Wagner de TannhĂ€user et des MaĂźtres Chanteurs). Et lĂ  encore, la fin filigranĂ©e, dans le mystĂšre : piz des cordes et notes aiguĂ«s de la harpe saisissent l’esprit, par leur justesse fugace. Tout est dit, rien n’est rĂ©solu.

MAHLER-gustav-symphonie-5-orchestre-national-de-lille-Alexandre-Bloch-annonce-concert-classiquenews-critique-concertMorceau de bravoure et plus long morceau du cycle, le Scherzo (ainsi que l’écrit Mahler), recycle valse et laendler. D’une insouciance osons dire « straussienne », le solo de cor (superbe soliste) ouvre le 3Ăš mouvement; plein d’angĂ©lisme et de candeur en couleurs franches (duo de clarinettes), sur un ton dĂ©tendu, Ă©lĂ©giaque, ce chant de la nature enchante, enivre et contraste avec la couleur lugubre, saisissante des deux premiers mouvements. Pourtant Alexandre Bloch en exprime aussi le sentiment d’inquiĂ©tude qui s’immisce peu Ă  peu et finit par dĂ©construire la franchise de la construction mĂ©lodique (alarme des cors)
 vers l’inquiĂ©tude Ă©nigmatique qui rĂŽde (superbe solo de cor, pavillon bouchĂ©), avant les piz des cordes tel une guitare amoureuse mais parodique : Mahler se moquerait-il de lui-mĂȘme ? « vieux corps malade », pourrait-on dire,
 pourtant aimant comme un ado, la belle Alma (rĂ©cemment rencontrĂ©e et dont la 5Ăš symphonie tĂ©moigne de la forte sĂ©duction dans le cƓur du compositeur) ; c’est comme les Romantiques, Beethoven et Berlioz, la belle bien aimĂ©e vers laquelle s’adressent toutes ses espĂ©rances. D’oĂč l’inclusion de la valse Ă  peine Ă©noncĂ©e et dĂ©jĂ  Ă©perdue, inquiĂšte
 c’est un rĂȘve Ă©rotique, un Ă©treinte Ă©voquĂ©e juste dĂ©veloppĂ©e
 Mahler aimant manquerait-il de certitude, en proie aux vertiges du doute ?
La palette des sentiments du hĂ©ros, (versatile, changeante) est un vrai dĂ©fi pour l’orchestre ; dans une succession d’humeurs et d’émois contradictoires, en apparence dĂ©cousus, le chef garde le fil, tel un questionnement aux enjeux profonds et intimes, aux Ă©noncĂ©s polyvalents et constants.

Enfin c’est le grand bain d’oubli et de langueur suspendue pour cordes seules : l’Adagietto. Le 4Ăš mouvement adoucit, rĂ©soud tout; instant de grĂące et plĂ©nitude aĂ©riennes, d’un climat de voluptĂ© extatique et lĂ  aussi murmurĂ©e installĂ© par cordes et harpe. C’est un rĂȘve d’amour et de sensualitĂ© d’une intensitĂ© unique dans l’histoire symphonique dont Alexandre Bloch se dĂ©lecte Ă  gravir chaque Ă©chelon vers les cimes, jusqu’à la derniĂšre phrase, suspendue. ÉtirĂ©e en une ample et ultime respiration, Ă  la fois rĂąle et renaissance. S’y dĂ©ploie la mĂ©lancolie presque amĂšre des violoncelles, surtout l’ivresse bĂ©ate des hauteurs dans le chant des violons. Mahler semble y tresser des guirlandes de fleurs Ă©panouies Ă  l’adresse de sa promise, parfums enivrants et aussi capiteux
 car l’élan passionnel n’est pas dispensĂ© d’une certaine gravitĂ©. Cette ambivalence de ton est parfaitement assimilĂ©e par le chef, tout en retenue et
 tension, dĂ©sir et inquiĂ©tude.

Le dernier mouvement (5Ăš), enchaĂźnĂ© immĂ©diatement, semble dĂ©chirer le voile du rĂȘve qui a prĂ©cĂ©dĂ© : en ce sens, l’appel du cor exprime l’éveil des amoureux, – le retour Ă  la rĂ©alitĂ© aprĂšs l’extase, lĂ  encore dans une orchestration wagnĂ©rienne (Siegfried). La direction du chef se distingue par son opulence, le caractĂšre d’émerveillement de la musique : avant le contrepoint idĂ©alement Ă©clairci, articulĂ© ; l’orchestre rĂ©alise ce dernier Ă©pisode comme une sĂ©rie de proclamations positives, lumineuses, sans aucune ombre et qui s’expriment Ă  Lille, comme une irrĂ©pressible soif d’harmonie et d’équilibre, aprĂšs tant de contrariĂ©tĂ©s et d’obstacles (Scherzo).

Le naturel, l’éloquence des instrumentistes dans ce dernier Ă©pisode, profitant du flux prĂ©cĂ©demment « rĂŽdé », et qui semble couler telle une source enfin rĂ©gĂ©nĂ©ratrice, s’avĂšrent superlatifs. Mahler maĂźtrise les rebonds et le temps de la rĂ©solution selon le jeu des oppositions et des tensions qui ont prĂ©cĂ©dĂ© ; c’est un architecte et un dramaturge, mais aussi un formidable rĂ©alisateur Ă  la pensĂ©e cinĂ©matographique ; aprĂšs une telle direction claire, nuancĂ©e, unitaire, on reste frappĂ© plus d’un siĂšcle aprĂšs sa conception, par le gĂ©nie mahlĂ©rien. L’ultime mouvement dans la fusion chef / instrumentistes, rĂ©alise toutes nos espĂ©rances. On y dĂ©tecte dans cette proclamation fuguĂ©e du triomphe, une part d’ironie critique, une saveur parodique qui sous-entend malgrĂ© tout la distance de Mahler avec son sujet. Sous la baguette mesurĂ©e d’Alexandre Bloch, ce Finale en demi-teintes, gagne une grande richesse allusive.

Palmes spĂ©ciales au 1er cor et au 1er trombone, eux aussi tout en engagement constant, en finesse rĂ©jouissante : aprĂšs 1h20 de plĂ©nitude et de contrastes orchestraux, l’expĂ©rience pour les spectateurs et auditeurs Ă  Lille demeure captivante : exaltĂ©, revigorĂ©, l’esprit ainsi impliquĂ© voire Ă©prouvĂ© mettra du temps pour redescendre. VoilĂ  qui laisse augurer le meilleur pour les prochaines sessions du cycle Mahler par l’Orchestre National de Lille en 2019 (au total les 9 symphonies seront jouĂ©es d’ici fin 2019). Sous l’Ɠil attentif et le soin du chef Alexandre Bloch, chaque ouvrage semble gagner comparĂ© Ă  la session prĂ©cĂ©dente, nuances, finesse, clartĂ© dans l’ambivalence.

Ne manquez pas le prochain rv MahlĂ©rien Ă  Lille, Symphonie n°6 « Tragique », les 1er et 2 octobre 2019. ÉvĂ©nement incontournable.

RĂ©servez votre place pour la 6Ăš Symphonie
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/lodyssee-mahlerienne-continue/

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 28 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n°5. Orchestre national de Lille. Alexandre Bloch, direction.

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VOIR la 5ùme Symphonie de Mahler par l’ONL / Alexandre Bloch :

A revoir et à ressentir sur la chaüne YOUTUBE de l’ONL :
https://www.youtube.com/watch?v=RqzHjU5PBpI

INDEX / traclisting Symphonie n°5 de Gustav Mahler
par l’Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch :
I. Im gemessenen Schritt / D’un pas mesurĂ© (procession funĂšbre)
StĂŒrmisch bewegt / Orageux
 Ă  37mn42
Scherzo Ă  52mn09
Adagietto Ă  1h10mn
Rondo-Finale. Allegro Ă  1h22mn

 

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LILLE, festival LILLE PIANO(S) FESTIVAL : 14,15,16 juin 2019

lille-pianos-festival-concerts-programme-2019-classiquenews-annonce-concert-festival-classiquenews-2019-lille-pianos-festival-2019LILLE, festival LILLE PIANO(S) FESTIVAL : 14,15,16 juin 2019. Mi juin 2019, le festival PIANO(S) LILLE FESTIVAL fĂȘte ses 15 ans. En un grand WEEK END festif et Ă©clectique (vendredi 14, samedi 16 et dimanche 16 juin 2019), l’Orchestre national de Lille fĂȘte le piano et les claviers Ă  LILLE. DĂ©jĂ  15 ans de cĂ©lĂ©brations des claviers, de mĂ©langes de formes, de dĂ©couvertes et de savants dosages entre les profils invitĂ©s. L’éclectisme et l’ouverture ont façonnĂ© depuis ses dĂ©buts, un festival singulier qui rayonne au sein du Nouveau SiĂšcle (Ă©crin cƓur de ville qui est la rĂ©sidence de l’Orchestre National de Lille : le superbe auditorium, la salle QuĂ©bec,
), mais aussi dans divers lieux de Lille (Gare Saint-Sauveur, Conservatoire, palais des Beaux-arts, ND de la Treille,
) et jusqu’à l’Abbaye de Vaucelles. Les lieux divers et leurs acoustiques plurielles redĂ©finissent aussi un autre rapport au concert, de nouvelles expĂ©riences sonores.
Jean-Claude CASADESUS, directeur fondateur de l’Orchestre National de Lille, a conçu une programmation multiple qui prend en compte la gĂ©ographie lilloise, et aussi la diversitĂ© des publics dĂ©sireux d’enrichir encore et encore leur expĂ©rience du concert de clavier, le piano bien sĂ»r sous toutes ses formes (concertos pour orchestre, avec le National de Lille, le vendredi 14 juin 2019 Ă  21 dans l’auditorium du Nouveau siĂšcle : n°1 de Liszt avec Louis Schwizgebel ; n°5 dit l’égyptien de Saint-SaĂ«ns avec Bertrand Chamayou / Concertos n°27 et 24 de Mozart par Adam Laloum le samedi 15 juin, mĂȘme lieu, Ă  18h30
) ; en rĂ©cital solo (Beethoven, Chopin, Paderewski,
 par Nelson Freire, le 15 juin, mĂȘme lieu, 20h30 / Pascal Amoyel, rĂ©cital Liszt, le 16 juin au Conservatoire Ă  14h / Lise de la Salle : rĂ©cital « Paris, ville lumiĂšre » : Mozart, Ravel
 dim 16 juin, Nouveau SiĂšcle, 17h30 / ou encore Boris Giltburg dans les PrĂ©ludes de Rachmaninov, le 16 juin au Conservatoire, 16h / ou Denis Kozhukhin dans Gershwin, Grieg, Abbaye de Vaucelles, le 16 juin Ă  17h
)

Place au Jazz aussi (Rhoda Scott et Jacky Terrasson, le 16, Nouveau SiĂšcle, salle QuĂ©bec, 19h), au tango (Astoria Tango, le 15 juin, Nouveau SiĂšcle, salle QuĂ©bec, 19h30); place Ă  l’impro en duo, libre, dĂ©lirante (Thomas Enco / Vassilena Serafimova : BACH, compositions & improvisations, le 16 juin, Abbaye de Vaucelles, salle des moines Ă  11h)

Le clavier revĂȘt bien d’autres formes et de styles (orgue Ă  ND de la Treille, le 14 juin Ă  19h : Thierry Escaich joue Elgar, Franck
 et lui-mĂȘme
 / rĂ©cital de Jean-Luc HO, clavicorde sur pieds, le 16 juin, Abbaye de Vaucelles, 13h / 
).
Les entrĂ©es sont multiples pour rĂ©ussir votre parcours Ă  LILLE PIANO(S) FESTIVAL. On aurait pu citer bien d’autres artistes et programmes prometteurs parmi une offre aussi Ă©quilibrĂ©e que complĂšte
. Cette 15Ăš Ă©dition est exceptionnelle par sa diversitĂ© et le tempĂ©rament des artistes conviĂ©s. De quoi passer Ă  Lille, un sĂ©jour inoubliable. Edition incontournable d’un festival Ă  bien des Ă©gards 
 exemplaire.

 

 

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LILLE PIANO(S) FESTIVAL, les 14, 15 et 16 juin 2019. 16 Úme édition. Toutes les informations, les programmes, les artistes présents, les orchestres participants
 sur le site LILLEPIANOSFESTIVAL.FR

https://www.lillepianosfestival.fr/2019/

 

 

 

 

LILLE, ONL. Alexandre BLOCH dirige la 3Ăš Symphonie de Mahler

INTEGRALE MAHLER Ă  LILLELILLE, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Alexandre Bloch pilote l’orchestre National de Lille, son orchestre puisqu’il en est le directeur musical, dans une Ă©popĂ©e Ă  risques, mais spectaculaire et singuliĂšre : les 9 symphonies de Gustav Mahler, architecte visionnaire dont le souffle, le goĂ»t des timbres, et le sens des Ă©tagements s’avĂšrent sous la baguette du maestro
 passionnants Ă  suivre. Jusqu’en juin 2019, le premier objectif est de jouer les 5 premiĂšres symphonies. Un marathon qui expose les musiciens Ă  de multiples dĂ©fis. AprĂšs les Symphonies 1 et 2, voici venir les 3 et 4 avril prochains, la symphonie n°3, moins connue car moins jouĂ©e. Un nouvel Ă©difice dont les dimensions correspondent manifestement Ă  l’Orchestre lillois que la grande forme ne fait pas fuir, bien au contraire. On l’a rĂ©cemment vu en fin de saison derniĂšre dans la flamboyance fraternelle, dĂ©jantĂ©e, humaniste de la partition Mass de Leonard Bernstein, formidable expĂ©rience humaine et artistique par laquelle chef et orchestre fĂȘtaient le centenaire Bernstein 2018. Un dispositif regroupant de nombreuses phalanges locales (orchestres d’harmonies, chorales et chƓurs, sans compter les chanteurs acteurs « jouant » leur partie sur la scĂšne de ce rituel paĂŻen polymorphe
 Et si la maestro savait mieux qu’aucun autre, rĂ©tablir l’humain au cƓur de partitions pourtant colossales ?
Entretien avec Alexandre Bloch à propos de la Symphonie n°3 de Gustav Mahler, à l’affiche du Nouveau Siùcle à Lille le 3 avril (concert repris le 4 avril à la Maison de la culture d’Amiens). Propos recueillis en mars 2019.

 

 

 

Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille poursuivent leur cycle MAHLER 2019 

Les enjeux de la Symphonie n°3 de Gustav Mahler

  

 

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QUELQUES CLÉS DE COMPRÉHENSION
 POUR LA 3Ăšme de MAHLER. En 2019, cap sur Mahler : un nouvel eldorado dont les promesses ciblent le grand frisson symphonique. Pour mieux comprendre la structure et le sens de ce nouvel opus, nous avons posĂ© quelques questions au Maestro, qui venait de diriger en Allemagne, la symphonie la plus sombre et bouleversante de Tchaikovski, le 6Ăš (« PathĂ©tique », le 18 mars dernier Ă  la Tonhalle de DĂŒsseldorf, Ă  la tĂȘte du DĂŒsseldorfer Symphoniker).
« C’est un Ă©cart total d’une symphonie Ă  l’autre”, nous prĂ©cise Alexandre Bloch. « Si la 6Ăš et derniĂšre symphonie de Tchaikovski est des plus tragiques, la 3Ăš de Mahler s’achĂšve dans l’espĂ©rance, mais Ă  la diffĂ©rence de la 2Ăš, RĂ©surrection, il n’y est pas question de la souffrance ni des peines inĂ©vitables qui sont le prĂ©alable nĂ©cessaire Ă  la rĂ©surrection finale. Dans la 3Ăš Symphonie, Mahler exprime son admiration pour la Nature, pour toutes les crĂ©atures terrestres. Et comme les prĂ©cĂ©dentes, la 3Ăš prĂ©pare au dernier mouvement qui incarne un fabuleux message d’optimisme et de sĂ©rĂ©nité ».

Parmi les temps forts de l’opus achevĂ© Ă  l’étĂ© 1896 (mais qui ne sera crĂ©Ă© qu’en
 1902), le chef distingue l’ampleur du premier mouvement : « c’est l’un des plus longs et des plus dĂ©veloppĂ©s jamais Ă©crits par Mahler ; c’est un monde Ă  lui seul, et terminĂ© en dernier, comme une piĂšce Ă  part, distinct des 5 autres parties. Le souffle emporte cette premiĂšre et vaste fresque prĂ©liminaire dans laquelle le compositeur affirme si l’on en doutait, son gĂ©nie du contrepoint. La force d’évocation y est spectaculaire. »

 

 

Mahler_gustav_profilLABORATOIRE INSTRUMENTAL et VISION PANTHÉISTE
 Notez-vous d’autres points importants ? « L’intelligence de la construction est comme pour les symphonies prĂ©cĂ©dentes, captivante. Mahler est un architecte : les 3 premiers mouvements s’inscrivent dans la terre (d’oĂč leurs couleurs graves et sombres) ; les 3 derniers expriment une Ă©lĂ©vation progressive, jusqu’à l’Adagio final, – en rĂ© majeur, vaste chant d’amour. J’aimerai aussi souligner le champs des expĂ©rimentations que dĂ©veloppe Mahler sur le plan instrumental : je retrouve comme dans la 2Ăš Symphonie, des alliages souvent remarquables par leur pertinence, leur justesse, entre autres, dans l’évocation des espĂšces terrestres, vĂ©gĂ©tales et animales (2Ăš et 3Ăš mouvements) mais il ne s’agit pas de simples descriptions car le langage de Mahler va au delĂ  de l’illustration (
) ; Enfin, la 3Ăš est traversĂ©e par une hauteur de vue phĂ©nomĂ©nale : la 2Ăš nous parlait du destin de l’homme ; ici, il s’agit d’un hymne Ă  la Nature, de la place de l’homme ; la vision est trĂšs large et bien sĂ»r l’on peut parler du panthĂ©isme de Mahler, lequel s’accomplit dans le sublime Adagio final ».

  

 

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LILLE, les 3 et 4 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille. 20h. RESERVEZ VOTRE PLACE ICI

 

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Illustrations : Alexandre Bloch (© Ugo Ponte / ONL) – Gustav Mahler

  

 

 

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LIRE notre prĂ©sentation du concert : Symphonie n°3 de Gustav Mahler par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille :
http://www.classiquenews.com/lille-3eme-symphonie-de-mahler-par-lorchestre-national-de-lille/

 

VISITER le site de l’Orchestre National de Lille
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/symphonie-n-3/

 

 

 

VISIONNER les Symphonies de Mahler par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille sur la chaüne Youtube de l’ONL / Orchestre National de Lille
https://www.youtube.com/user/ONLille/videos
(Accessibles : les symphonies n°1 Titan, n°2 RĂ©surrection, de nombreux entretiens et explications sur les symphonies par les musiciens de l’orchestre, par Alexandre Bloch

 

 

 

 

 

VOIR la Symphonie n°3 de Mahler par Leonard Bersntein / Wiener Philharmoniker / VIENNE 1973
https://www.youtube.com/watch?v=1AwFutIcnrU
 
 

 
 

 

LILLE, VALSES de NoĂ«l par l’Orchestre National de Lille

©matheuz_328px_18-19LILLE, NORD, les Valses des Strauss, ONL,13 dĂ©c>15 janv 2019. Le pĂšre nĂ© en 1804, le dernier fils mort en 1899
 la famille STRAUSS couvre ainsi tout un siĂšcle, que l’on dit romantique et qui fut aussi marquĂ© par l’essor formidable de l’écriture orchestrale, adaptĂ©e au cadre stimulant de la Valse. La Vienne fin de siĂšcle, semble donner le ton et le diapason de l’élĂ©gance et du raffinement social et mondain.

 

 

 

strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Parfum impĂ©rial et fanĂ©, mais terriblement raffinĂ©, comme singuliĂšrement sensuel – malgrĂ© un puritanisme de façade, comme en Angleterre (autre Empire), oĂč le corsetĂ© des robes et des costumes masculins se devaient de craquer, dans la danse sublimĂ©e par les Strauss, pĂšre et fils : la sulfureuse valse Ă  trois temps s’impose toujours Ă  nous comme une ivresse irrĂ©sistible, codifiĂ©e mais sublimĂ©e par les timbres de l’orchestre symphonique.
Pour donner corps Ă  cette jubilation des sens, en couleurs et en rythmes contrastĂ©s et spĂ©cifiques, selon l’écriture du pĂšre ou des fils (Johann, Edouard, Josef
), l’Orchestre National de Lille invite le chef Diego Matheus pour un cycle enivrant de concerts festifs et raffinĂ©s, qui comprend 3 dates Ă  Lille, les 13, 16 et 18 dĂ©c (Auditorium du Nouveau SiĂšcle), et aussi rayonnant en rĂ©gion, pour 6 dates, les 14 (Carvin), 15 (Sainghin-en-MĂ©lantois, 19 (Valenciennes), 20 dĂ©cembre (Maubeuge), puis 4 janvier (Sin-le-Noble), et 5 janvier 2019 (Longuenesse). Illustration : Johann II Strauss (DR)

 

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Cycle BAL DE L’EMPEREURboutonreservation
La Marche de Radetzky (Johann pĂšre)
Le Beau Danube bleu (Johann fils)
Valses et polkas des Strauss, pĂšre et fils
(Johann, Josef, Eduard, Hellmesberger, Lanner, Suppé, Waldteufel
)

LILLE, Nouveau SiĂšcle
jeudi 13 déc 2018, 20h
dim 16 déc 2018, 17h
mardi 18 déc 2018, 20h

Toutes les infos sur le site de l’Orchestre National de Lille
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/bal-de-lempereur/

 

 

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A NOTER
ThĂ© dansant, dim 16 dĂ©c 2018, 15h (Lille, Nouveau SiĂšcle). Pour danseurs tous niveaux, chevronnĂ©s, amateurs, novices : « partagez un tour de piste » – accĂšs gratuit selon disponibilitĂ© (rĂ©servations, informations conseillĂ©es)

Pour la billetterie des concerts en rĂ©gion, consultez la page BAL DE L ‘EMPEREUR sur le site de l’Orchestre National de Lille : les rĂ©servations se font directement auprĂšs des salles

Orchestre National de Lille
30 Place MendĂšs France BP 70119 / 59027 Lille cedex
+33 (0)3 20 12 82 40
Accueil-billetterie : 3 place MendĂšs France
Ouvert du lundi au vendredi de 10h Ă  18h

 

 

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UNE AFFAIRE DE FAMILLE… D’un gĂ©nie orchestrateur, Ă©mergent les pĂ©pites du fils (Johann II) : Le Beau Danube bleu (1867), La valse de l’Empereur : vĂ©ritable manifeste esthĂ©tique de la Vienne impĂ©riale de François-Joseph et de son Ă©pouse « Sissi ». Si les trois temps assurent le rebond et l’élan (du dĂ©sir ainsi amorcĂ©, cultivĂ©, porté ), le quatriĂšme qui en est dĂ©duit, se fait toujours attendre
 car il ne vient pas. Cette irrĂ©solution cristallise la pulsion premiĂšre, viscĂ©rale d’une danse – transe, Ă  l’érotisme Ă©vident et qui en son temps, fut taxĂ© d’abord, de perversitĂ©, d’immoralitĂ©, d’indĂ©cence.

Mais le fils bĂ©nĂ©ficia de la gloire dĂ©jĂ  Ă©tablie du nom Strauss, affirmĂ© par son pĂšre avant lui (Johnn I); aprĂšs avoir enfantĂ© d’un chef d’oeuvre qui Ă©voque aussi l’esprit de toute une Ă©poque, la fameuse Marche de Radetsky (pour la fĂȘte de la rĂ©conciliation, le 22 sept 1849, pour le retour d’Italie du fameux marĂ©chal), Johann pĂšre meurt le 25 septembre 1849 Ă  
 45 ans. Une gloire chasse l’autre,
 c’est ensuite dans la seconde moitiĂ© du XIXĂš, que le fils dĂ©trĂŽna le pĂšre, redoublant de raffinement orchestral, de verve et d’imagination ciselĂ©es (Ă  partir d’un concert tremplin au Casino Dommayer, le 15 octobre 1844), rĂ©Ă©crivant dĂ©sormais le roman familial aussi, car c’et bien Johann Strauss II qui supplanta tous les autres, obligeant mĂȘme son frĂšre Josef Ă  reprendre la direction de l’orchestre du clan, pilotant les tournĂ©es de plus en plus Ă©reintantes, il devait mourir de surmenage Ă  43 ans


 

 

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LIRE aussi notre critique complùte de l’excellent ouvrage JOHANN STRAUSS (Actes Sud / oct 2017)

http://www.classiquenews.com/livre-critique-compte-rendu-johann-strauss-le-pere-le-fils-et-lesprit-de-la-valse-par-alain-duault-collection-classica-actes-sud/

 

 

LILLE, ONL. Alexandre Bloch au Musée des BA de LILLE

BLOCH-alexandre-bloch-maestro-orchestre-national-de-lille-classiquenews-thumbnail_portrait-HD@Jean-Baptiste-MillotLILLE, ONL. Demain, vendredi 23 nov 18, 12h30. Le chef Alexandre Bloch prĂ©sente ses tableaux favoris, au MusĂ©e des BA de Lille. « Un Midi, Un Regard » – Retrouvez en vidĂ©o facebook live Alexandre Bloch – directeur musical de l’Orchestre National de Lille – pour un rendez-vous dĂ©ambulatoire unique entre peintures et musique depuis les collections du Palais des Beaux-Arts de Lille en compagnie de son directeur Bruneau Girveau
 L’expĂ©rience a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par Jean-Claude Casadesus prĂ©cĂ©demment dans le mĂȘme musĂ©e : en compagnie du directeur des lieux (qui peut aussi complĂ©ter le commentaire), Alexandre BLOCH guide les spectateurs en un parcours personnel jalonnĂ© de ses tableaux prĂ©fĂ©rĂ©s


UN CHEF AU MUSEE

Demain VENDREDI 23 NOVEMBRE 2018, rendez-vous mĂȘme heure – 12h30 – sur la page facebook de l’Orchestre National de Lille mais aussi celles du Palais des Beaux-Arts de Lille, de l’Association Française des Orchestres dans le cadre d’Orchestres en fĂȘte 2019!

www.facebook.com/orchestrenationallille

www.pba-lille.fr/Visiter/Individuel (séance au Palais des Beaux-Arts complÚte)

Prochain rendez-vous connectĂ© : Smartphony#2 samedi 2 fĂ©vrier Ă  18h30 autour de la Symphonie n°1 de Mahler : tout comprendre de la Symphonie “TITAN” de Gustav Mahler…  www.onlille.com/saison_18-19/concert/smartphony/

LIRE aussi notre présentation du CYCLE MAHLER par Alexandre BLOCH à partir du 1er février 2019 : cycle symphonique événement, un ELDORADO spectaculaire


LILLE, ONL. Les 8, 9 nov 2018 : JC Casadesus dirige Rimsky, Dvorak

LILLE, ONL. Les 8, 9 nov 2018 : JC Casadesus dirige Rimsky, Dvorak. FiĂšvre russe Ă  Lille pour un programme exaltant et ambitieux intitulĂ© « MILLE ET UNE NUITS », en rĂ©fĂ©rence au conte oriental qu’a mis en musique l’excellent Rimsky-Korsakov (Sheherazade).

casadesus_jean_claude_portrait_290Pour sa premiĂšre sĂ©rie de la saison 2018-2019, le chef fondateur de l’ONL Orchestre National de Lille invite le jeune soliste français Victor Julien-LaferriĂšre dans le Concerto pour violoncelle de DVORAK; Victor Julien-LaferriĂšre, a Ă©tĂ© rĂ©cemment rĂ©compensĂ© de la Victoire de la musique classique de l’annĂ©e. Il a aussi remportĂ© le Concours Reine Elisabeth 2017.

Le Concerto pour violoncelle op.104 de Dvoƙák est l’un des piliers du rĂ©pertoire du violoncelle ; comme la Symphonie du Nouveau Monde, le Concerto remonte Ă  l’annĂ©e 1894 quand Dvorak dirigeait le Conservatoire de New-York. Que la tonalitĂ© affirmĂ©e de si mineur ait Ă©tĂ© inspirĂ©e par le son des chutes du 
 Niagara, ou pas, il ne manque pas de souffle et de grandeur dans un Concerto qui place clairement le violoncelle au centre d’un drame passionnĂ©, Ă  la mesure de dĂ©flagrations aquatiques amples et suggestives. Dvorak Ă©crit une piĂšce majeure qui ne cite pas ou trĂšs peu le nouveau continent, mais plutĂŽt sa terre natale (mouvement lent, et finale du dernier) : rien ne rĂ©siste Ă  l’appel de la BohĂšme originelle.

7 annĂ©es auparavant, Rimsky-Korsakov dĂ©montre une inspiration Ă©blouissante dans sa mise en musique de la lĂ©gende orientale, « les Mille et une Nuits », source littĂ©raire et onirique puissante, Ă  la mode en Russie au cours du XIXe siĂšcle. Que rehausse encore le gĂ©nie du compositeur russe, comme orchestrateur : de fait, son Ă©criture partage cet orientalisme fiĂšvreux et trĂšs colorĂ©, avec le peintre français GĂ©rĂŽme, inventeur de l’orientalisme pictural, et qui Ă©blouit spĂ©cifiquement par son sens d’un chromatisme d’une sensualitĂ© irrĂ©sistible.

REPORT D’UNE MISE A MORT PROGRAMMÉ
 Rimski-Korsakov explicite lui-mĂȘme le programme de son poĂšme symphonique ainsi : « Le sultan Shahriar, persuadĂ© de la perfidie et de l’infidĂ©litĂ© des femmes, jura de faire mettre Ă  mort chacune de ses Ă©pouses aprĂšs la premiĂšre nuit. Mais la sultane ShĂ©hĂ©razade rĂ©ussit Ă  sauver sa vie en le captivant par des histoires qu’elle lui raconta pendant mille et une nuits. Pris par la curiositĂ©, le sultan remettait de jour en jour l’exĂ©cution de son Ă©pouse et finit par y renoncer dĂ©finitivement. ShĂ©hĂ©razade lui conta bien des merveilles, en citant les vers des poĂštes et les textes des chansons, et en imbriquant les histoires les unes dans les autres.» Comme son hĂ©roĂŻne multiplie les Ă©pisodes et enrichit sa narrations de milles rebondissements imprĂ©vus, Rimsky, qui orchestre simultanĂ©ment l’opĂ©ra « Le Prince Igor » de son compatriote Borodine, s’ingĂ©nie Ă  dĂ©velopper 1001 nuances et couleurs instrumentales, osant des combinaisons de timbres, des mĂ©langes Ă  foison. S’il cite de façon rĂ©pĂ©titive, un mĂȘme motif, Rimsky s’écarte du principe du leitmotiv wagnĂ©rien, car jamais un mĂȘme air n’est attachĂ© Ă  la mĂȘme idĂ©e : de fait, le mĂȘme motif mĂ©lodique Ă©voque tour Ă  tour, le sultan magnifique, l’ocĂ©an sur lequel navigue le marin Sindbad
 rien n’est figĂ©, tout se mĂ©tamorphose
 comme l’écriture de Rimsky qui atteint un raffinement proche des futurs impressionnistes. Dans cette houle mouvante et enivrĂ©e, perce le violon solo sublime de ShĂ©hĂ©razade qui lui incarne toujours la figure de la princesse au gĂ©nie poĂ©tique et narratif central.

LAFERRIERE violoncelleVictor Julien-Laferriere © Lyodoh KanekoAGENDA : ne manquer aussi le 9 novembre 2018, 12h30

A noter que le violoncelliste aura sa « carte blanche » Ă  Lille, Ă  l’Auditorium le vend 9 nov 2018, 12h30. Au programme de ce rĂ©cital de la mi journĂ©e : JS BACH (Suite pour violoncelle n°1) et KODALY (Sonate pour violoncelle seul).

LILLE, Auditorium le Nouveau SiĂšcle
Les 8 et 9 novembre 2018
Jean-Claude CASADESUS (chef fondateur) dirige l’ONL ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE dans  DVORAK et RIMSKY-KORSAKOV
RESERVEZ VOTRE PLACE ICI

HALLOWEEN MEXICAIN Ă  LILLE

Debora Waldman dirige Mozart Ă  VincennesLILLE, Orch. national. Les 28 et 29 octobre 2016. Debora Waldman, “El Dia de los muertos”. La vie dans la mort, la fĂȘte et ses transes au pays funĂšbre, 
 ou selon la tradition populaire mexicaine, les larmes s’effacent pour les rires et la joie collective. Pour fĂȘter Halloween et le jour des morts selon les rites d’AmĂ©rique latine, la chef Debora Waldman (nĂ© au BrĂ©sil), ex assistante du regrettĂ© Kurt Masur – et de loin son Ă©lĂšve la plus engagĂ©e, fait vibrer les cordes de l’Orchestre national de Lille, en une cĂ©lĂ©bration grand public, honorant les dĂ©funts, mais Ă  la mode mexicaine
 c’est Ă  dire dans la danse et la transe joyeuse, animĂ©e, exaltĂ©e, mais pas seulement. Le programme, intitulĂ© El Dia de los muertos / le Jour des morts, Un Halloween mexicain, regroupe plusieurs compositeurs phares du Mexique et des autres pays d’AmĂ©rique latine : Moncayo, Ayala PĂ©rez, Revueltas. InspirĂ© par les sons et folklores amĂ©rindiens, les partitions ainsi abordĂ©es soulignent la fiĂšvre communicative des auteurs mexicains (entre autres), heureux d’honorer les morts par la danse, le rythme, la jubilation affectueuse et cependant recueillie, soit un respect qui affiche et canalise son intensitĂ© cĂ©lĂ©brative
 baguette ciselĂ©e et d’une rare profondeur chez Mozart (avec son orchestre Idomeneo, et en particulier le programme lyrique et symphonique intitulĂ© PUR MOZART, en complicitĂ© avec la soprano Julia Knecht), Debora Waldman sait aussi dĂ©fendre l’ivresse sonore, la prodigieuse fiĂšvre des rythmes latino-amĂ©ricains
 Les deux concerts se consomment dans l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle, en particulier Ă  l’adresse des familles (d’oĂč la catĂ©gorie «intitulĂ©e « Famillissimo », dans laquelle s’inscrit cet Halloween mexicain pur danses), le 28 octobre Ă  14h30 et le 29 octobre Ă  16h.
RESERVEZ VOTRE PLACE

Vendredi 28 octobre 2016, 14h30
Samedi 29 octobre 2016, 16h
Lille, Auditorium du Nouveau SiĂšcle
Programme « Famillissimo »
Le Jour des morts / El Dia de los Muertos
Pages symphoniques des compositeurs mexicains :
Moncayo, Ayala PĂ©rez, Revueltas


Orchestre national de Lille
Debora Waldman, direction

halloween-1000x328-2-1000x328Toutes les infos et les activitĂ©s autour des concerts El Dia de los Muertos (atelier musical et plastique Ă  partir de 5 ans, le 29 octobre Ă  14h
) sur le site de l’Orchestre National de Lille

 

 

halloween-mexicain-fete-des-morts-vignette-orchestre-national-de-lille-carreFAMILLISSIMO, L’OFFRE FAMILIALE et JEUNE PUBLIC de l’Orchestre national de Lille… FidĂšle Ă  sa formule initiĂ©e depuis 2014, « Famillissimo », l’Orchestre national de Lille n’oublie pas les plus jeunes et offre ainsi en une heure, un concert symphonique pour les familles et les jeunes spectateurs Ă  partir de 5 ans. « EL DÍA DE LOS MUERTOS – un Halloween mexicain » en marque donc un nouveau jalon, les 28 et 29 octobre prochains (premier volet dans cette catĂ©gorie, de la nouvelle saison 2016 – 2017 de l’Orchestre lillois). Ainsi pour la Toussaint, l’Orchestre se mettent au diapason de la fĂȘte anglo-saxonne d’Halloween profitant d’un moment oĂč parents et enfants sont particuliĂšrement rĂ©ceptifs Ă  cette cĂ©lĂ©bration. La fĂȘte des morts Ă  Lille rĂȘves des couleurs et des rythmes surprenants grĂące Ă  la tradition mexicaine que rĂ©vĂšle et porte la direction toute en finesse de la chef d’orchestre invitĂ©e pour se faire, Debora Waldman.

Pour la 1Ăšre fois, l’ONL accueille la chef brĂ©silienne et israĂ«lienne Debora Waldman. FormĂ©e (entres autres) auprĂšs de François-Xavier Roth et M. Levinas au Conservatoire National SupĂ©rieur de Musique de Paris, Debora Waldmann aussi attirĂ© l’attention de Kurt Masur, qui la choisit pour ĂȘtre son assistante, auprĂšs du National de France.

Le premier « Famillissimo » de la saison 2016-2017 est l’occasion Ă©galement pour le public de retrouver la comĂ©dienne Suzanne GellĂ©e, dĂ©jĂ  prĂ©sente Ă  Lille dans le cadre de la saison des 40 ans de l’ONL pour la sĂ©rie de concerts pour familles The Young Person’s
Guide to the orchestra de Britten (février 2016).

idomeneo-orchestre-idomeneo-debora-waldman-582-390Le programme dirigĂ© par Debora Waldman cultive l’expressionnisme colorĂ©, chatoyant, et la sĂ©duction rythmique. Le brio et la franchise de Huapango du jeune compositeur, JosĂ© Pablo Moncayo, alors ĂągĂ© de 29 ans, sĂ©duisent directement. Le poĂšme symphonique est construit Ă  partir de trois sones mexicains : ”El Siquisiri”, “El BalajĂș” et “El Gavilancito” (le petit goĂ©land) qu’il a glanĂ©s lors d’un voyage d’Ă©tude dans l’État de Veracruz (cĂŽte Est) et en particulier au village portuaire d’Alvarado, sur les bords du Golfe du Mexique. La danse appelĂ©e huapango, signifie littĂ©ralement en langue nahuatl (langue descendant des langues AztĂšques) « sur le plancher » ou « sur la piste de danse ».
Sa Sinfonietta a une dimension plus «amĂ©ricaine» et s’éloigne des rĂ©fĂ©rences purement
mexicaines. L’influence de son professeur, Aaron Copland, est manifeste en particulier dans l’évocation de grands espaces amĂ©ricains


TrĂšs populaire, Arturo MĂĄrquez enrichit son Ă©criture des trĂšs nombreux voyages dans le monde qu’il a pu rĂ©aliser : perfectionnant son Ă©tude de la composition au Mexique, aux Etats-Unis, Ă  Paris. DanzĂłn n°2 (1994, commande de l’UniversitĂ© Autonome du Mexique Ă  Mexico) affirme un tempĂ©rament irrĂ©sistible qui explique la sĂ©duction de son Ă©criture auprĂšs du grand public.

Conçues pour le cinĂ©ma entre 1934 et 1940, les huit partitions de Revueltas comprennent Redes (Filets, 1934) et La noche de los Mayas (La Nuit des Mayas, 1939), prĂ©vus pour figurer dans la bande originale du film de Chano Uruetas et qu’on entendit surtout dans les salles de concert jusqu’en 1960, lorsque l’INBA (Institut national des Beaux-Arts) organisa une commĂ©moration en l’honneur de Revueltas. C’est alors que JosĂ© Yves de Limantour, admirateur de Revueltas, Ă©dita la bande sonore pour en tirer quatre mouvements, Noche de los Mayas, Noche de Jaranas, Noche de YucatĂĄn et Noche de Encantamiento. Du Muralisme si important dans le paysage urbain du Mexique, les partitions de Revueltas tirent une combinaison trĂšs originale entre souffle Ă©pique, onirisme poĂ©tique, sens de l’universel et raffinement instrumental plus confidentiel. L’univers de la magie se marie en Ă©troite connexion avec l’appel d’un lyrisme intense et dramatique. Tout un programme…

PROGRAMME :

MONCAYO
Huapango
Sinfonietta

REVUELTAS
La Noche de los Mayas
Noche de Jaranas

MARQUEZ
Danzón n°2

Debora Waldman, direction
Suzanne Gellée, récitante

 

Nombreuses activitĂ©s pour les enfants autour des concerts. Consulter le site de l’Orchestre national de Lille

 

 

 

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de la saison 2016 – 2017 de l’Orchestre national de Lille
LIRE aussi notre sĂ©lection des programmes dirigĂ©s par le nouveau directeur musical de l’Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch

LILLE. Debora Waldmann dirige un Halloween mexicain

Debora Waldman dirige Mozart Ă  VincennesLILLE, Orch. national. Les 28 et 29 octobre 2016. Debora Waldman, El Dia de los muertos. La vie dans la mort, la fĂȘte et ses transes au pays funĂšbre, 
 ou selon la tradition populaire mexicaine, les larmes s’effacent pour les rires et la joie collective. Pour fĂȘter Halloween et le jour des morts selon les rites d’AmĂ©rique latine, la chef Debora Waldman (nĂ© au BrĂ©sil), ex assistante du regrettĂ© Kurt Masur – et de loin son Ă©lĂšve la plus engagĂ©e, fait vibrer les cordes de l’Orchestre national de Lille, en une cĂ©lĂ©bration grand public des dĂ©funts, mais Ă  la mode mexicaine
 c’est Ă  dire dans la danse et la transe joyeuse, animĂ©e, exaltĂ©e, mais pas seulement. Le programme, intitulĂ© El Dia de los muertos / le Jour des morts, Un Halloween mexicain, regroupe plusieurs compositeurs phares du Mexique : Moncayo, Ayala PĂ©rez, Revueltas. InspirĂ© par les sons et folklores amĂ©rindiens, les partitions ainsi abordĂ©es soulignent la fiĂšvre communicative des auteurs mexicains heureux d’honorer les morts par la danse, le rythme, la jubilation affectueuse et cependant recueillie, soit un respect qui affiche et canalise son intensitĂ© cĂ©lĂ©brative
 baguette ciselĂ©e et d’une rare profondeur chez Mozart (avec son orchestre Idomeneo, et en particulier le programme lyrique et symphonique intitulĂ© PUR MOZART, en complicitĂ© avec la soprano Julia Knecht), Debora Waldman sait aussi dĂ©fendre l’ivresse sonore, la prodigieuse fiĂšvre des rythmes latino-amĂ©ricains
 Les deux concerts se consomment dans l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle, en particulier Ă  l’adresse des familles (d’oĂč la catĂ©gorie «intitulĂ©e « Famillissimo », dans laquelle s’inscrit cet Halloween mexicain pur danses), le 28 octobre Ă  14h30 et le 29 octobre Ă  16h.
RESERVEZ VOTRE PLACE

Vendredi 28 octobre 2016, 14h30
Samedi 29 octobre 2016, 16h
Lille, Auditorium du Nouveau SiĂšcle
Programme « Famillissimo »
Le Jour des morts / El Dia de los Muertos
Pages symphoniques des compositeurs mexicains :
Moncayo, Ayala PĂ©rez, Revueltas


Orchestre national de Lille
Debora Waldman, direction

halloween-1000x328-2-1000x328Toutes les infos et les activitĂ©s autour des concerts El Dia de los Muertos (atelier musical et plastique Ă  partir de 5 ans, le 29 octobre Ă  14h
) sur le site de l’Orchestre National de Lille

http://www.onlille.com/event/20165-halloween-mexicain-famillissimo/

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DVD, compte rendu critique. Mozart : La Finta Giardiniera (HaĂŻm, 2014)

mozart-finta-giardiniera-dvd-erato-mozart-haim-morley-chapuis-allemano-2-dvd-critique-compte-rendu-classiquenewsDVD, compte rendu critique. Mozart : La Finta Giardiniera (HaĂŻm, 2014). PrĂ©sentĂ©e en mars 2014 Ă  Lille, la production mise en scĂšne par David Lescot rĂ©vĂšle en format dvd son intelligence dramaturgique comme sa fine direction d’acteurs. Chez Mozart, la subtilitĂ© du bouffa joue avec les vertiges amĂšres nĂ©s de la dĂ©ception amoureuse : on peine Ă  mesurer la maturitĂ© poĂ©tique et la profondeur expressive de cette fausse jardiniĂšre Violante rebaptisĂ©e Sandrina qu’un passĂ© chargĂ©, rend trĂšs humaine donc touchante. Le sujet sous ses accents comiques cible prĂ©cisĂ©ment la fragilitĂ© des coeurs et le danger des faux serments quand il engage les sentiments des ĂȘtres au-delĂ  de leur apparente maĂźtrise… Cette Ă©cole du coeur, cynisme et ivresse mĂȘlĂ©s, fera les dĂ©lices de Cosi fan tutte. Mais dans La Finta Giardiniera, Wolfgang mĂȘme jeune, est dĂ©jĂ  Mozart et la grĂące souvent grave de son Ă©criture est bel et bien prĂ©sente ici. Le drame qui sourd dans l’enchaĂźnement des sĂ©quences, la vĂ©ritĂ© des sentiments plutĂŽt que des types formatĂ©s, fait du thĂ©Ăątre mozartien, une scĂšne dĂ©jĂ  romantique.
Tout cela paraĂźt dans cette production oĂč la cohĂ©rence des chanteurs acteurs, leurs aptitudes Ă  jouer autant qu’Ă  chanter font toute la valeur de la performance. L’opĂ©ra est la fusion du thĂ©Ăątre et de la musique et la vision gĂ©nĂ©ratrice de ce plaisant plateau le dĂ©voile avec naturel et subtilitĂ©. La tempĂȘte qui affleure chaque destinĂ©e personnelle plonge dans l’intimitĂ© des ĂȘtres : le travail des acteurs rend explicite une comprĂ©hension trĂšs nuancĂ©e et juste de l’amour, ce que la musique de Mozart exprime avec le gĂ©nie que l’on sait. Le dĂ©lire certes mais aussi la folie et la dĂ©raison puissante et destructrice qui infĂ©ode les individus : Mozart acclimate aprĂšs Haendel, la tragĂ©die amoureuse d’aprĂšs L’Arioste, mais avec les accents sincĂšres de son style inimitable. Bien sĂ»r en fin de parcours, Sandrina Violante (Erin Morley) retrouve Belfiore (Enea Scala, vrai tĂ©nor agile) mais avant leurs retrouvailles, c’est toute une gĂ©ographie des coeurs (avec le coup de thĂ©Ăątre Ă  la fin du II) oĂč les ĂȘtres se rĂ©vĂšlent et se dĂ©voilent Ă  eux-mĂȘmes et aux autres qui transporte et emporte les couples destinĂ©s Ă  s’unir finalement autour des deux protagonistes : Arminda (Marie-Adeline Henry, maĂźtresse dominatrice) et Ramiro (effervescente Marie-Calude Chappuis), Serpetta (Maria Savastano, un rien elle aussi agitĂ©e) et Nardo / Roberto (Nicolay Borchev, flexible et sombre)… Seul le podestat (pĂ©tillant et subtil Carlo allemano) reste cĂ©libataire mais il jure de se marier trĂšs vite avec une jardiniĂšre aussi avenante…
InspirĂ©e par la tenue scĂ©nique et les trouvailles trĂšs justes du metteur en scĂšne, la direction d’Emmanelle HaĂŻm semble revitalisĂ©e dans la finesse comme l’expressivitĂ©. PoĂ©sie, justesse, humanitĂ© sensible et collectif idĂ©alement canalisĂ© : que demander de mieux ? C’est Mozart qui gagne ici et son opĂ©ra de jeunesse injustement sousestimĂ©, est trĂšs honorablement rĂ©habilitĂ©. CLIC de classiquenews de juin 2015.

CLIC D'OR macaron 200DVD, compte rendu critique. Mozart : La Finta Giardiniera. Erin Morley, Carlo allemano, Enea Scala, marie-Adeline Henry, Maria Savastano. Le Concert d’AstrĂ©e. Emmanuelle HaĂŻm, direction. David Lescot, mise en scĂšne 2 dvd Erato 08256 461664 5 9. EnregitrĂ© Ă  Lille en mars 2014.

Compte rendu, opĂ©ra. Lille. OpĂ©ra de Lille, le 29 janvier 2015. Mozart : Idomeneo. Kresimir Spicer, Rachel Frenkel, Rosa Feola
 Lee Concert d’AstrĂ©e. Emmanuelle HaĂŻm, direction. Jean-Yves Ruf, mise en scĂšne.

Pour cette nouvelle production d’Idomeneo Ă  l’OpĂ©ra de Lille, le metteur en scĂšne Jean-Yves Ruf s’associe Ă  Emmanuelle HaĂŻm et Le Concert d’AstrĂ©e pour la crĂ©ation du premier vĂ©ritable opĂ©ra de maturitĂ© de Mozart. Un opĂ©ra seria Ă  part, racontant l’histoire du Roi de CrĂšte amenĂ© Ă  tuer son fils Idamante, par les caprices de la superstition religieuse, Ă©cartant l’Ă©tat de raisonnement pour la raison d’Etat ; Idomeneo prĂ©tend sauver le royaume de la furie d’un Neptune tricheur. Pendant ce temps Elettra se trouve en CrĂšte, ainsi qu’Ilia, princesse des Troyens vaincus, qui est aussi Ă©prise d’Idamante. Une distribution plutĂŽt jeune et pĂ©tillante habite les personnages, avec des prises de rĂŽles remarquables. Un spectacle visiblement trĂšs riche et une musique dans laquelle se dĂ©lecter !

Chef-d’oeuvre incontestable

Beaucoup d’ancre a coulĂ© et coule encore au sujet d’Idomeneo. Pendant sa composition Ă  Munich en 1780 Mozart avait une correspondance trĂšs active avec son pĂšre, sa sƓur, et amitiĂ©s par rapport aux nombreuses pĂ©ripĂ©ties de la production, les caprices des chanteurs, l’exigence du commanditaire, etc
 ImmĂ©diatement aprĂšs sa crĂ©ation on parlait d’un certain aspect « gluckiste » de la partition, des nombreux chƓurs, de l’influence de Haendel, etc
 Aujourd’hui encore nous lisons avec curiositĂ© tout ce qu’on dit sur la difficultĂ© technique des rĂŽles, sur la richesse et la complexitĂ© de la partition, sur la peur que l’Ɠuvre inspire Ă  certains metteurs en scĂšne, etc., etc., etc. Si nous sommes de l’avis qu’on se sert souvent de ces stĂ©rĂ©otypes sur le monument qu’est Mozart pour excuser la mĂ©diocritĂ©, ces clichĂ©s ont nĂ©anmoins un fond de vĂ©ritĂ©.

idomeneo patricia ciofi elettra opera de lille 4Le Mozart d’Idomeneo (mais pas que) est comme le soleil, il illumine sans discrĂ©tion, il Ă©claire et rĂ©vĂšle tout, il montre la petitesse et la grandeur sans discrimination. Emmanuelle HaĂŻm et son fabuleux ensemble Le Concert d’AstrĂ©e font preuve d’une sagesse Ă©tonnante, mais fort heureusement non exclusive. Ils ouvrent l’Ɠuvre avec beaucoup de brio, notamment les cordes si rĂ©actives, mais aussi un brio quelque peu dĂ©saccordĂ© des cors. Pendant les 3 actes nous pensons au cĂ©lĂšbre orchestre de Munich pour qui Mozart a Ă©crit ces pages si riches, et nous trouvons la prestation de l’orchestre, si rĂ©servĂ©e soit-elle, pleine de qualitĂ©s, notamment en ce qui concerne les tempi, la vivacitĂ© des cordes, le charme et la candeur si particuliĂšre des bois bellissimes du Concert d’AstrĂ©e. Idem pour les chƓurs trĂšs sollicitĂ©s. Le premier et le dernier nous laissent abasourdis de bonheur, mais ils n’ont pas Ă©tĂ© tous interprĂ©tĂ©s avec le mĂȘme panache ni la mĂȘme vigueur. Un dĂ©sĂ©quilibre qui peut s’interprĂ©ter comme innĂ© Ă  l’Ɠuvre, peut-ĂȘtre. Or, en dĂ©pit du livret mĂ©tastasien d’Antoine Danchet Ă©ditĂ© par Giambattista Varesco (avec qui Mozart avait dĂ©jĂ  eu affaire pour Il Re Pastore, son opus lyrique prĂ©cĂ©dent), si beau et si stylĂ© soit-il ; par les cadeaux que Fortune a gĂ©nĂ©reusement offert au gĂ©nie salzbourgeois, il n’existe pas un moment ennuyeux ni de vrai temps mort dans la partition. Aux interprĂštes donc d’habiter leurs rĂŽles, musicale et thĂ©Ăątralement. Les chanteurs-acteurs de la distribution on relevĂ© le dĂ©fi, notamment avec l’intense travail d’acteur qu’achĂšve Jean-Yves Ruf, metteur en scĂšne. Mais parlons de la musique d’abord.

Ilia et Idamante : deux perles vocales

idomeneo7-1Le titre de l’oeuvre est Idomeneo, re di Creta ossia Ilia e Idamante. Pour cette nouvelle production lilloise le titre Ilia et Idamante paraĂźt beaucoup plus pertinent qu’IdomĂ©nĂ©e. Kasimir Spicer dans le rĂŽle titre est un tĂ©nor qu’on aime bien par la qualitĂ© de son style et son investissement toujours impressionnant. S’il brille par la lumiĂšre propre Ă  son talent, avec le pianissimo le plus beau de toute la performance, et que nous aurons du mal Ă  oublier lors de son « Fuor del mar » au premier acte, nous avons aussi remarquĂ© la difficultĂ© du chanteur par rapport aux arabesques, au souffle et Ă  la projection. Certes, il s’agĂźt d’un air de bravoure virtuose que Mozart a dĂ» adapter pour le tĂ©nor vieillissant crĂ©ateur de l’Ɠuvre : Anton Raaff. De mĂȘme pour la soprano Patrizia Ciofi dans le rĂŽle d’Elettra, Princesse argonaute rĂ©pudiĂ©e. Une Princesse trĂšs chic mais pas aussi choc. Tant de belles choses dans sa prestation, le style, les rĂ©citatifs pleins d’intention, une agilitĂ© vocale confirmĂ©… Mais aussi de la difficultĂ© Ă  chanter son premier air de bravoure « Tutto nel cor vi sento », un souffle manquant, une voix souvent inaudible, pĂ©tillante mais sans Ă©paisseur. Un dĂ©but un peu dĂ©cevant, malgrĂ© son incroyable talent d’actrice qui, au moins, captivait les yeux de l’auditoire. Heureusement pour elle, sa performance est progressive. Lors de son deuxiĂšme air elle fait preuve d’un beau legato et des beaux piani, et elle impressionne surtout par son appropriation de la cadence, Ă  laquelle elle ajoute un je ne sais quoi du belcanto du XIXe, ravissant. Son air de clĂŽture « D’Oreste, d’Aiace » est Ă  l’opposĂ© de son premier au niveau de l’assurance, de l’interprĂ©tation, du volume, de la projection. Elle est trĂšs expressive et elle le chante avec vigueur, mais l’instrument reste le mĂȘme, Ă  notre avis beaucoup plus agile que dramatique donc peu propice au rĂŽle. MĂȘme remarque pour le tĂ©nor Edgaras Montvidas (autrement un Alfredo touchant Ă  Nantes, pour cette Traviata mise en scĂšne par Emmanuelle Bastet) dans le rĂŽle d’Arbace, confident d’Idomeneo. S’il est un excellent acteur et plutĂŽt beau Ă  regarder, son air virtuose au premier acte « Se il tuo duol » (frĂ©quemment supprimĂ© tellement il est difficile, nous l’avouons), laisse Ă  dĂ©sirer.

En l’occurrence les vĂ©ritables chefs de file sont Ilia et Idamante, prises de rĂŽles pour les deux jeunes chanteuses, en vĂ©ritĂ©. La soprano Rosa Feola dans le rĂŽle d’Ilia fait ses dĂ©buts en France dans cette production. DĂšs son premier air « Padre, germani, addio », les maintes qualitĂ©s de sa performance saisissent. Un timbre riche, une diction impeccable, une sensibilitĂ© dramaturgique complexe dont elle fait preuve par son chant et par son jeu. Une prestation qui augmente en beautĂ© au cours des actes. Son « Se il padre perdei » au deuxiĂšme un bijou d’expression, d’intention, de sincĂ©ritĂ©, les bois dĂ©licieux du Concert d’AstrĂ©e s’accordant majestueusement Ă  l’instrument de la soprano. Que dire enfin de son dernier air au 3e acte « Zeffiretti lusinghieri » si ce n’est-ce qu’elle y exprime la douceur de son amour avec un sublime legato et un chant dĂ©bordant d’Ă©motion ? Une artiste Ă  suivre absolument. Pareil pour l’objet de son amour, Idamante, inteprĂ©tĂ© par la mezzo-soprano Rachel Frenkel, qui nous impressionne dĂšs son entrĂ©e au premier acte « Non ho colpa » par le timbre et l’Ă©motion juvĂ©nile dĂ©licieusement nuancĂ©e, mĂȘme si la cadence n’a pas Ă©tĂ© le moment le plus rĂ©ussi. Sa participation au quatuor du dernier acte « Andro ramingo e solo » est un sommet d’expression. Remarquons Ă©galement la prestation rapide mais solide d’Emiliano Gonzales Toro, en Grand prĂȘtre et notamment de la basse Bogdan Talos (La Voix) que nous aurions aimĂ© Ă©couter davantage.

Et la pierre d’achoppement de la production ? La mise en scĂšne du talentueux et pragmatique Jean-Yves Ruf a des qualitĂ©s et des dĂ©fauts. FĂ©licitons d’abord sa scĂ©nographe Laure Pichat pour des dĂ©cors d’une beautĂ© plastique tout Ă  fait frappante ! Un dĂ©cor par acte, un plateau toujours circulaire avec un rideau de fins fils qui permettent la transparence mais reflĂštent les belles lumiĂšres de Christian Dubet. Ni approche historique ni vĂ©ritable transposition par contre. Des beaux tableaux visuels ravissants, un travail d’acteurs souvent poussĂ© et souvent brillant… Mais des coutures par trop visibles d’un discours crĂ©atif incertain, voire incohĂ©rent.

DĂšs la levĂ©e du rideau nous avons un flashback de l’extraordinaire mise en scĂšne de l’Elena de Cavalli (une production de grande valeur! – OpĂ©ra de Lille, janvier 2015), dans le sens oĂč la structure circulaire domine le plateau. TrĂšs beau. Les troyens prisonniers Ă  l’intĂ©rieur du faux rideau circulaire, couverts de draps blanchĂątres comme Ilia… Nous sommes quelque part, Ă  un moment prĂ©cis de l’histoire, on dirait, mais on ne sait pas vraiment. Sauf qu’aprĂšs arrive une procession des croyants… Hindous !? Mais pas que !!! Nous sommes dĂ©cidĂ©ment dans le mĂ©li-mĂ©lo d’Ă©poques, de styles, un peu de tout et beaucoup de n’importe quoi. Expliquons : Dans cette procession, des « prĂȘtres » habillĂ©s en derviche (mystiques du soufisme, aux longues robes noires et des chapeaux longs plus ou moins coniques) rentrent sur scĂšne avec de l’encens Ă  la myrrhe et au copal (typiquement catholique, ajoutons). Un ascĂšte de facture indienne a une expĂ©rience mystique devant le faux sacrifice dont il est le protagoniste, l’expĂ©rience est comme une espĂšce de possession, mais, dĂ©moniaque ou angĂ©lique ? En tout cas Ă©pileptique. Au mĂȘme temps Idomeneo, Roi de CrĂšte (oĂč d’un royaume indien avec une minoritĂ© des musulmans mystiques qui ne brĂ»lent pas du benjoin d’Arabie ni du santal mais de la myrrhe, et qui, par hasard, sont les prĂȘtres du dit Roi au patronyme grec…), est habillĂ© en occidental avec une couronne dorĂ©e qui paraĂźt une bague contemporaine. Passons au troisiĂšme et dernier acte avec un bel arbre impressionnant qui n’est pas sans rappeler le bois sacrĂ© du chĂąteau de Winterfell dans le Nord de la sĂ©rie tĂ©lĂ©visuelle Game of Thrones / Le TrĂŽne de Fer, Ă  son tour inspirĂ© du Moyen Age Ă©cossais… Heureusement toutes ces banalitĂ©s sophistiquĂ©es et incohĂ©rentes acquiĂšrent un sens, plus ou moins, uniquement grĂące au travail d’acteurs des chanteurs : leur performance fait illusion de cohĂ©sion. Voici donc un show spectaculaire, de belles ombres et lumiĂšres, rĂ©fĂ©rences Ă  l’Inde, au mysticisme islamique, mĂȘme Ă  la GrĂšce (un petit peu quand mĂȘme). Un dĂ©filĂ© des modes du monde riche en prĂ©textes, avec comme principale qualitĂ© rĂ©demptrice, d’un point de vue dramaturgique, nous insistons, le jeu d’acteur qui est tellement fort et intĂ©ressant, que nous excusons, mais pas sans rĂ©serves, le manque d’égard face Ă  l’intellect et Ă  la culture des spectateurs dans cette mise en scĂšne Ă  la beautĂ© confondante et conflictuelle, mais certaine.

Une production Ă  voir et surtout Ă  Ă©couter Ă  l’OpĂ©ra de Lille le 29 janvier ainsi que les 1er, 3 et 6 fĂ©vrier 2015 !

Compte rendu, opĂ©ra. Lille. OpĂ©ra de Lille, le 7 avril 2014. Cavalli : Elena. Justin Kim, David Szigetvari, Giuseppina Bridelli, Brendan Tuohy, Mariana Flores… Ensemble Cappella Mediterranea. Leonardo Garcia Alarcon, direction. Jean-Yves Ruf, mise en scĂšne.

Elena de Francesco Cavalli, ressuscitĂ© l’annĂ©e derniĂšre Ă  Aix aprĂšs 350 ans, reparaĂźt en avril 2014 Ă  l’OpĂ©ra de Lille pour ravir le cƓur et l’intellect d’un public davantage curieux. Le chef et claveciniste argentin Leonardo Garcia Alarcon dirige son ensemble baroque Cappella Mediterranea et une pĂ©tillante distribution des jeunes chanteurs. Jean-Yves Ruf signe la mise-en-scĂšne, efficace et astucieuse.

Elena ressuscitée

Francesco Cavalli (1602-1676), Ă©lĂšve de Monteverdi, est sans doute un personnage emblĂ©matique de l’univers musical du XVIIe siĂšcle. A ses dĂ©buts, il suit encore la leçon de son maĂźtre mais au cours de sa carriĂšre il arrive Ă  se distinguer stylistiquement, dĂ©fendant sa voix propre, pionniĂšre dans l’école vĂ©nitienne. Son style a un caractĂšre populaire et, comme Monteverdi, il a le don de la puissance expressive. Avec lui, l’ouverture et surtout l’aria prendront plus de pertinence. De mĂȘme, il annonce l’école napolitaine, non seulement par l’utilisation des instruments libĂ©rĂ©s du continuo, mais aussi par les livrets qu’il met en musique, souvent trĂšs comiques, particuliĂšrement riches en pĂ©ripĂ©ties. C’est le cas d’Elena, crĂ©e en 1659, donc aprĂšs La Calisto mais avant L’Ercole amante parisien. Le livret de Nicolo Minato s’inspire, avec une grande libertĂ©, de l’histoire de ThĂ©sĂ©e Ă©pris de la belle HĂ©lĂšne.

Dans cette unique production, il y a des dieux, des princes, des amazones, des hĂ©ros, un bouffon, des animaux… Peu importe, puisque le but n’est autre qu’un thĂ©Ăątre lyrique bondissant et drĂŽle, pourtant non dĂ©pourvu de mĂ©lancolie. Dans ce sens, le dĂ©cor unique de Laure Pichat est trĂšs efficace, une sorte de palestre avec des murs mobiles qui fonctionnent parfois comme des portes.

 

 

elena_cavalli_alarcon_lille_opera

 

 

AprĂšs l’entracte, le dĂ©cor enrichi de lianes n’est pas sans rappeler les suspensions ou sculptures kinĂ©tiques (“Penetrables”) du sculpteur vĂ©nĂ©zuĂ©lien Jesus Soto, le tout doucement accentuĂ© par les belles lumiĂšres de Christian Dubet. Les costumes de Claudia Jenatsch sont beaux et protĂ©iformes, mĂ©langeant kimonos pour les dĂ©esses aux habits lĂ©gĂšrement inspirĂ©s du XVIIe des humains, nous remarquons les belles couleurs et l’apparente qualitĂ© des matĂ©riaux en particulier. Jean-Yves Ruf, quant Ă  lui, se distingue par un travail dramaturgique de qualitĂ©. La jeune distribution paraĂźt trĂšs engagĂ©e et tous leurs gestes et mouvements ont un sens thĂ©Ăątral Ă©vident. Ainsi, pas de temps mort pendant les plus de 3 heures de reprĂ©sentation.

« Les erreurs de l’amour sont des fautes lĂ©gĂšres »

Les 13 chanteurs sur le plateau ont offert une performance plutĂŽt convaincante. Certains d’entre eux se distinguent par leurs voix et leurs personnalitĂ©s. Le ThĂ©sĂ©e de David Szigetvari, a un hĂ©roĂŻsme Ă©lĂ©gant, une si belle prĂ©sence sur scĂšne. Un ThĂ©sĂ©e baroque par excellence, affectĂ© ma non troppo, mais surtout un ThĂ©sĂ©e qui ne tombe pas dans le piĂšge du hĂ©ros macho abruti et rustique, si loin de la nature du personnage mythique qui fut le roi fondateur d’AthĂšnes. Justin Kim en MĂ©nĂ©las Ă©tonne par l’agilitĂ© de son instrument et attise la curiositĂ© avec son physique ambigu  ; si nous pensons qu’il peut encore gagner en sensibilitĂ©, il arrive quand mĂȘme Ă  Ă©mouvoir lors de sa lamentation au troisiĂšme acte. Giuseppina Bridelli en Hippolyte a un beau chant nourri d’une puissante expressivitĂ©. Mariana Flores en Astianassa, suivante d’HĂ©lĂšne, captive aussi avec sa voix, au point de faire de l’ombre Ă  la belle HĂ©lĂšne de Giulia Semenzato. Cette derniĂšre captive surtout par son excellent jeu d’actrice, aspect indispensable pour tout opĂ©ra de l’Ă©poque. Que dire du PirithoĂŒs de Rodrigo Ferreira, Ă  la belle prĂ©sence mais avec un timbre peut-ĂȘtre trop immaculé ? Ou encore du beau chant d’un Brendan Tuohy ou d’un Jake Arditti (DiomĂšde et Euripyle respectivement) ? Sans oublier la prestation fantastique de Zachary Wilder dans le rĂŽle d’Iro le bouffon, un vĂ©ritable tour de force comique ! (NDLR: Zachary Wilder a Ă©tĂ© laurĂ©at du trĂšs select et trĂšs exigeant Jardin des Voix 2013, l’AcadĂ©mie des jeunes chanteurs fondĂ©e par William Christie).

Et l’orchestre de Cavalli ? S’il n’avait pas accĂšs Ă  l’orchestre somptueux de Monteverdi Ă  Mantoue, le travail d’Ă©dition de Leonardo Garcia Alarcon traduit et transcrit la partition avec science et vivacitĂ©. L’ensemble Cappella Mediterranea l’interprĂšte donc avec brio et sensibilitĂ©, stimulant en permanence l’ouĂŻe grĂące Ă  une palette de sentiments superbement reprĂ©sentĂ©s. A ne pas rater Ă  l’OpĂ©ra de Lille encore les 9 et 10 avril 2014. Prochaine retransmission sur France Musique le 3 mai 2014.

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Lille. OpĂ©ra de Lille, le 28 janvier 2014. Janacek : La petite renarde rusĂ©e. Elena Tsallagova, Oliver Zwarg, Derek Welton… Orchestre national de Lille. Franck Ollu, direction. Robert Carsen, mise en scĂšne.

Lille, OpĂ©ra. Janacek: La petite renarde rusĂ©e, jusqu’au 7 fĂ©vrier 2014. DĂ©but d’annĂ©e Ă©tincelant Ă  l’OpĂ©ra de Lille ! La maison lilloise nous accueille pour la premiĂšre de La Petite renarde rusĂ©e (1924) de Janacek dans une mise en scĂšne d’une fraĂźcheur particuliĂšre signĂ©e Robert Carsen. Le chef Français Franck Ollu dirige un Orchestre National de Lille tonique et une distribution de chanteurs talentueuse et investie, avec Elena Tsallagova dans la meilleure des formes pour le rĂŽle-titre.

Hymne Ă  la nature et Ă  la vie
L’histoire de la petite renarde vient d’un roman illustrĂ© de Rudolf TěsnohlĂ­dek et Stanislav Lolek, Ă  l’origine parue dans un journal auquel Janacek Ă©tait abonnĂ©. Elle raconte l’existence, l’amour, la vie et la mort de la renarde Finoreille. Le TchĂšque en fait un hymne Ă  la nature et Ă  l’humanitĂ© d’une poĂ©sie palpitante. Un opĂ©ra comique pourtant Ă©mouvant, sa derniĂšre scĂšne a Ă©tĂ© jouĂ©e pendant les funĂ©railles du compositeur.
La mise en scĂšne de Robert Carsen a une beautĂ© complexe, stimulant les sens et l’intellect. Les dĂ©cors et costumes de Gideon Davey sont visuellement saisissants. La forĂȘt est omniprĂ©sente et le passage du temps et des saisons se rĂ©alise de façon naturelle, tellement efficace et rĂ©ussie, en une telle synchronicitĂ© avec l’orchestre que nous remarquons Ă  peine les personnes rĂ©alisant les changements de dĂ©cors sur scĂšne. Les humains et les animaux sont vĂȘtus des habits Ă  la beautĂ© plastique indĂ©niable. Les animaux en particulier affichent leur cĂŽtĂ© sauvage aussi avec des costumes plus Ă©vocateurs que descriptifs, Ă  l’exception peut-ĂȘtre du coq, le plus littĂ©ral, mais aussi des plus comiques. La vision de Carsen s’accorde donc Ă  l’Ɠuvre avec intelligence et sincĂ©ritĂ©. Il Ă©vite tout pathos et sentimentalitĂ©, et donne autant d’importance aux actions reprĂ©sentĂ©es qu’aux Ă©tats d’Ăąmes des personnages.

LA PETITE RENARDE RUSEE CARSEN LILLE

Il est Ă©vident que la distribution de chanteurs/acteurs adhĂšre au concept, tellement elle est investie physiquement et vocalement. La soprano Ellena Tsallagova est une Finoreille Ă©nergique. Elle habite le rĂŽle avec facilitĂ© et ravit le public avec sa prĂ©sence maline, piquante, rusĂ©e. A ceci s’ajoute son chant tonique, du mordant, une belle projection et une impressionnante maĂźtrise du rythme. Quelques effets thĂ©Ăątraux colorent la voix et un lyrisme distinct sustente son langage corporel. L’Ă©quilibre achevĂ© est envoĂ»tant. Son renard est interprĂ©tĂ© par la mezzo-soprano Jurgita Adamonyte avec panache. Les voix se marient bien et leur duo de la dĂ©claration Ă  la fin du deuxiĂšme acte est un vĂ©ritable tour de force thĂ©Ăątrale. C’est l’un des morceaux les plus « animalier » de l’oeuvre, ici Finoreille brille par sa coquetterie et le renard par son ardeur dĂ©mesurĂ©e. Les autres animaux mis en musique sont autant investis, que ce soit les renardeaux, les oiseaux ou encore les insectes Ă  la prĂ©sence fugace.

Les humains « coexistent » dans l’ouvrage et s’ils sont plus sĂ©rieux, moins libres  ; ils offrent pourtant des caractĂ©risations Ă©loquentes et touchantes. Le rĂŽle le plus riche humainement reste celui du Garde-forestier, interprĂ©tĂ© par le baryton Oliver Zwarg. Son mĂ©lange de tendresse et de rudesse rĂ©vĂšle une immense humanitĂ©. Son chant est riche en Ă©motion et sa prestation a un je ne sais quoi de spirituel qui fonctionne bien. Lorsqu’il chante son monologue Ă  la fin de l’opĂ©ra, l’Ă©lan lyrique s’instaure avec une voix saine et un orchestre somptueux. Les autres humains pimentent l’histoire avec leurs individualitĂ©s. Le curĂ© de Krzysztof Borysiewicz comme le maĂźtre d’Ă©cole d’Alan Oke, exploitent la verve comique de l’Ɠuvre avec vivacitĂ©. Remarquons le Harasta de Derek Walton, qui n’a pas de monologue, mais qui brillet tout autant par la beautĂ© de son instrument gĂ©nĂ©reux au timbre chaleureux.

Le chef Franck Ollu se montre maĂźtre en dirigeant l’Orchestre National de Lille avec un sens de l’articulation et du coloris alliant dynamisme et imagination. Protagonistes de l’oeuvre avec de nombreux interludes et passages symphoniques, l’orchestre impressionne dĂšs le prĂ©lude lyrique et dansant, tout Ă  fait spectaculaire, jusqu’Ă  la coda maestosa du finale aux sonoritĂ©s inouĂŻes. La nature est en permanence Ă©voquĂ©e avec une grande originalitĂ© et les morceaux d’inspiration folklorique sont jouĂ©s avec la vivacitĂ© qu’ils requiĂšrent. Du grand art sans prĂ©tention mais avec beaucoup d’intentions Ă  l’OpĂ©ra de Lille. Un dĂ©but d’annĂ©e d’une fraĂźcheur joviale il est difficile de rester insensibles. A voir encore Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Lille les 4 et 7 fĂ©vrier 2013.

Compte-rendu : Lille. OpĂ©ra National de Lille, le 18 mai 2013. Rossini : Le Barbier de SĂ©ville. Taylor Stayton, Armando Noguera, Eduarda Melo,… Antonello Allemandi, direction. Jean-François Sivadier, mise en scĂšne.

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Le Barbier de SĂ©ville de Rossini clĂŽt la saison lyrique Ă  l’OpĂ©ra de Lille. Pour cette extraordinaire nouvelle production, le chef de file est le metteur en scĂšne Jean-François Sivadier, accompagnĂ© par une jeune distribution pleine d’esprit dont l’Orchestre de Picardie dirigĂ© par le chef italien Antonello Allemandi.

Le jour de notre venue l’opĂ©ra est retransmis en direct Ă  l’extĂ©rieur de l’opĂ©ra sur la Place du ThĂ©Ăątre. L’occasion s’avĂšre monumentale et transcendante, attributs peu communs pour le Barbier de Rossini, Ɠuvre dont la verve comique, la fraĂźcheur et lĂ©gĂšretĂ© font d’elle, l’opĂ©ra bouffe par excellence. La production s’avĂšre ĂȘtre une belle surprise.

 

 

“Si c’est ça l’avenir de l’opĂ©ra, j’en veux!”

 

Dit une jeune aprĂšs l’entracte, extatique et abasourdie, rien qu’aprĂšs le premier acte! Des paroles pertinentes et emblĂ©matiques d’une audience enthousiaste. La crĂ©ation de Jean-François Sivadier mĂ©rite une avalanche de compliments et encore plus. L’opĂ©ra est dĂšs ses origines du thĂ©Ăątre lyrique, et le seul vrai crĂ©ateur est toujours le metteur en scĂšne. Les chanteurs et instrumentistes sont dans ce sens des artistes-interprĂštes. La mise en scĂšne de Sivadier paraĂźt contemporaine mais est atemporelle en vĂ©ritĂ©. Il a certes une conscience de l’histoire, une sincĂšre comprĂ©hension du “drame”, un sens aigu et raffinĂ© du thĂ©Ăątre, mais surtout du … gĂ©nie. Ainsi l’Ɠuvre se dĂ©roule dans un univers qui intĂšgre et dĂ©passe l’Espagne du 18e siĂšcle propre Ă  la piĂšce, la Rome du 19e de sa crĂ©ation et notre Ăšre actuelle. Les beaux costumes de Virginie Gervaise sont dans ce sens surtout contemporains mais en rĂ©alitĂ© relĂšvent d’un mĂ©lange d’Ă©poques.
La mise en scĂšne a tant de mĂ©rites que nous ne saurons tous les citer. La scĂ©nographie d’Alexandre de Dardel est non seulement astucieuse et cohĂ©rente mais aussi trĂšs belle Ă  regarder. À la sensation de beautĂ© s’ajoutent les lumiĂšres fantastiques de Philippe BerthomĂ©, parfois Ă©vocatrices, parfois descriptives, toujours d’une beautĂ© saisissante.

Le travail de Sivadier avec les chanteurs-acteurs est trĂšs remarquable. Il exploite avec vivacitĂ© et inventivitĂ© ce qu’il y a Ă  exploiter dans l’opĂ©ra de Rossini ; l’entrain trĂ©pidant et la vitalitĂ© inextinguible de la comĂ©die. Il sait ce qui peut paraĂźtre Ă©vident, Rossini veut que ses personnages finissent de chanter leur duo (terzetto en rĂ©alitĂ©) avant de s’Ă©chapper Ă  la fin de l’Ɠuvre, et pour cette raison prĂ©cise ils se font dĂ©couvrir par Basile! Ce n’est pas invraisemblable, ce n’est pas absurde. C’est le Rossini que nous aimons et que Sivadier comprend parfaitement. Sa mise en scĂšne est presque interactive, avec les chanteurs marchant dans la salle et incluant le public dans la comĂ©die. La puissance de l’action est reflĂ©tĂ©e avec maestria dans l’air de Basile “La calunnia Ăš un venticello” un des nombreux tours de force de la soirĂ©e oĂč le chanteur profite sans doute des talents concertĂ©s du directeur musical avec l’inventivitĂ© stimulante et la vivacitĂ© contagieuse de Sivadier.

L’imagination sans limites d’un Barbier spectaculaire

La distribution des chanteurs plutĂŽt jeune a certainement adhĂ©rĂ© Ă  l’esprit de la production. Le baryton argentin Armando Noguera est Figaro. Il l’est, carrĂ©ment, puisqu’il s’agĂźt du rĂŽle qui la fait connaĂźtre et qu’il connaĂźt par cƓur, mais surtout par l’investissement Ă©blouissant du chanteur, dĂ©bordant de charisme. Il n’est jamais moins qu’incroyable, soit dans son archicĂ©lĂšbre cavatine d’entrĂ©e “Largo al factotum” Ă  la difficultĂ© et Ă  la tessiture redoutables, dans le duo avec Almaviva plein de caractĂšre, oĂč celui avec Rosine au chant fleuri remarquable oĂč encore dans le trio final au chant Ă  la fois fleuri et syllabĂ©. Toutes ses interventions inspirent les plus vifs sourires et applaudissements. Le Comte Almaviva du tĂ©nor Taylor Stayton est certes moins comique mais tout autant investi dans sa caractĂ©risation. Son chant est toujours virtuose et son instrument d’une trĂšs belle couleur. Il sait en plus bien projeter sa voix dans la salle et ce mĂȘme dans les intervalles les plus dĂ©licates comme dans sa tessiture vers la fin extrĂȘme. Il s’agĂźt sans doute d’un duo de choc et la complicitĂ© entre les chanteurs est rafraĂźchissante. Si en thĂ©orie le Comte se doit d’ĂȘtre le protagoniste, n’oublions pas qu’il arrive Ă  son but uniquement grĂące Ă  l’aide de Figaro, d’un rang social plus bas. Dans ce sens nous acceptons la suppression de l’air de bravoure d’Almaviva Ă  la fin de l’Ɠuvre, mais nous nous demandons qui a pris cette dĂ©cision? Le chanteur parce qu’il s’extĂ©nue Ă  chanter? Le metteur en scĂšne parce qu’il ne lui trouve aucune utilitĂ© thĂ©Ăątrale? Le directeur musical parce qu’il n’aime pas le long dĂ©veloppement de l’air? Nous acceptons cette Ă©lision, non sans rĂ©ticence. Notamment vis-Ă -vis au tĂ©nor que nous aurions aimĂ© Ă©couter davantage.

La Rosine lilloise est interprĂ©tĂ©e par la soprano Eduarda Melo. Si nous regrettons la mauvaise habitude française de transposer le rĂŽle Ă  une voix soprano, tournure oubliĂ©e et dĂ©suĂšte, la performance plein d’esprit de la pĂ©tillante Melo, sans justifier ce changement, a du sens vis-Ă -vis de la production. Dans sa cavatine du premier acte “Una voce poco fa”, en l’occurrence transposĂ©e en fa majeur et donc sans vocalises graves, sa coloratura stratosphĂ©rique et insolente Ă©blouit l’auditoire. Elle est charmante dans toutes ses interventions et sa leçon de chant au deuxiĂšme acte, est merveilleuse. Sa voix aigĂŒe s’accorde de façon plus que pertinente Ă  l’ambiance comique et dĂ©jantĂ©e,  elle ajoute fraĂźcheur et lĂ©gĂšretĂ© Ă  la production.

En ce qui concerne les rĂŽles secondaires, s’il n’y a pas forcĂ©ment un Ă©quilibre du point de vu vocal, ils sont par contre tous trĂšs engagĂ©s dans leurs caractĂ©risations. Le Basile d’Adam Palka a une voix un peu verte mais veloutĂ©e. Ses dons de comĂ©dien et la couleur de sa voix compensent la tessiture quelque peu limitĂ©e. Le Bartolo de Tiziano Bracci rĂ©ussi Ă  ĂȘtre comique sans ĂȘtre grotesque. Jennifer Rhys-Davies est une Berta dont nous aurons du mal Ă  oublier le sens aigu de la comĂ©die, si elle chante peu, sa prĂ©sence sur le plateau est d’un comique contagieux. Finalement nous remarquerons le Fiorello d’Olivier Dunn. Son personnage ne chante que trĂšs peu, mais c’est en effet lui qui chante les premiĂšres notes de la partition et sa voix puissante et sa couleur irrĂ©sistible nous ont fortement surpris!

Que dire de l’Orchestre de Picardie dirigĂ© par Antonello Allemandi? L’aspect brillant et gai sont les principaux atouts de la prestation. Le maestro a lui aussi un sens solide du thĂ©Ăątre puisqu’il intervient pertinemment pour rehausser l’humeur et la fougue de la partition. Silences et crescendi inattendus dans la cĂ©lĂ©brissime ouverture, Ă©lĂ©gance et clartĂ© presque mozartiennes dans les intermĂšdes, une vivacitĂ© et un zeste fabuleux en permanence. Dans ce sens le chƓur de l’OpĂ©ra de Lille dirigĂ© par Arie van Beeck est Ă  la hauteur de la production, avec une rĂ©activitĂ© tonique et lui aussi, une belle implication thĂ©Ăątrale.

Courrez voir et Ă©couter cette nouvelle production… Le Barbier de Sivadier fera sans doute battre votre cƓur, et vous sortirez convaincu du fait que l’opĂ©ra est un art vivant! Une Ɠuvre d’art totale complĂštement inattendue Ă  surtout ne pas rater. A l’affiche Ă  l’OpĂ©ra de Lille les 26, 28 et 30 mai puis le 2 juin 2013.