Vikingur Olafsson joue Glass et Adams

john-adamsFRANCE MUSIQUE. Vendredi 28 février 2020, 20h. Víkingur Ólafsson joue Adams, Ian Bostridge chante Baudelaire, OP de Radio France dirigé par John Adams. Concert événement sur France Musique : le compositeur John Adams dirige le Philharmonique de Radio France : Stravinsky, Debussy et surtout son Concerto pour piano en création française avec l’islandais récemment appelé le Gloud islandais, le très convaincant Vikingur Olafsson, champion de l’écurie Deutsche Grammophon, comme Daniil Trifonov et Yuja Wang…

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Programme du concert :

Igor Stravinsky (1882-1971) :
Le Chant du rossignol, poème symphonique  (1917)

Debussy :
Cinq chansons de Charles Baudelaire
Adams :
Le Livre de Baudelaire (1993)
Ian Bostridge, ténor
Orchestre Philharmonique de Radio France
Direction : John Adams

Philip Glass  (né en 1937)
Extraits de Glassworks (1982) :
Opening n°1 (pour orchestre)
Étude n°3 et n°9 (1994) par Víkingur Ólafsson, piano

John Adams (né en 1947) :
Concerto pour piano n°2,
“Must the Devil Have All the Good Tunes?”
(2018 – CrĂ©ation française)
VĂ­kingur Ă“lafsson, piano
Orchestre Philharmonique de Radio France
Direction : John Adams

olafsson-vikingur-rameau-debussy-dg-deutsche-grammophon-annonce-cd-critique-review-classiquenewsLe pianiste islandais, VIKINGUR OLAFSSON, après 2 premiers cd édités par DG Deutsche Grammophon, dédiés à Glass et JS Bach, sort son 3è cd, un parcours personnel particulièrement convaincant réunissant Debussy et Rameau, filiation / dialogue éblouissant en couleurs, articulation, onirisme… LIRE ici notre annonce du cd Rameau / Debussy par Vikingur Olafsson (DG), à paraître en mars 2020.

COMPTE-RENDU, critique opéra. LYON, Opéra, le 13 fév 2020. ADAMS, I Was Looking the Ceiling and then I Saw the Sky. Studio de l’Opéra de Lyon, Vincent Renaud.  

john-adamsCOMPTE-RENDU, critique opéra. LYON, Opéra, le 13 fév 2020. ADAMS, I Was Looking the Ceiling and then I Saw the Sky. Studio de l’Opéra de Lyon, Vincent Renaud. Après plusieurs productions remarquées à Paris, à la MJC de Bobigny et au Châtelet, le musical de John Adams est présenté à Lyon, au théâtre de la Croix-Rousse, dans une mise en scène efficace du Roumain Eugen Jebeleanu. Une jeune équipe de chanteurs, issue du Studio Opera de Lyon défend avec panache cette comédie musicale engagée.

 

 

 

Dire avec légèreté le désastre

Ce n’est ni vraiment un opéra, ni une variante moderne du singspiel, de l’opéra-comique, ou du mask, car durant les deux heures du spectacle, on assiste à une série de songs (vingt-trois au total), très rarement entrecoupés de dialogues. Le musical de John Adams, sur un livret de June Jordan, créé à Berkeley en 1995 dans une mise en scène de Peter Sellars, tranche avec les œuvres plus ambitieuses du compositeur américain (comme Nixon in China ou The Death of Klinghoffer) : Adams puise dans toutes les formes de la musique populaire d’aujourd’hui, rendant hommage à la musique latino, au blues, à la soul, à la ballade lyrique, au funk, au jazz ou encore au rock. Si l’inspiration peut sembler parfois en deçà de ce qui est attendu d’un compositeur issu de l’école minimaliste américaine, on reconnait toutefois aisément sa pâte, en particulier dans le beau trio des femmes « Bad Boys » ou encore le blues « Sweet Majority population on the World ». Le premier song, qui donne son titre à l’œuvre, ouvre et conclut le musical. Le livret a pour point de départ le tremblement de terre qui frappa la Californie en 1994 et qui intervient dans la seconde partie de l’œuvre (des gravats tombent subitement des cintres du plateau) et met surtout en scène une galerie de personnages, représentatifs de la société américaine contemporaine et parfois des discriminations dont ils font l’objet (un pasteur afro-américain, un jeune gay asiatique amoureux d’un flic homophobe, un voyou libéré par le tremblement de terre, une émigrée salvadorienne). Sur scène, un dispositif présente trois cases surélevées, représentant une salle de bain, une chambre et un salon, balayées par des lumières flashy en phase avec le style musical de l’œuvre, tandis que les musiciens (une clarinette, un saxophone, des percussions, une batterie, un clavier, une guitare électrique, une contrebasse et une basse électrique) prennent place sous le dispositif. À droite et à gauche de la scène, un pupitre et quelques chaises surmontées du drapeau américain, et, en regard, le même dispositif surmonté d’une grande croix lumineuse, symbole des deux pouvoirs, politique et religieux, des États-Unis.
On ne peut que louer la mise en scène très fluide de Eugen Jebeleanu et la remarquable direction d’acteurs, le tout évoquant certains tableaux de Hopper, et plus généralement des scènes très réussies de cinéma. La distribution, évidemment sonorisée, est très homogène. Dans le rôle de Dewain, autour duquel gravite une bonne partie de l’histoire, Alban Zachary Legos est impeccable, de même que la Consuelo de Clémence Poussin, mezzo charnue et scéniquement irréprochable. Le baryton Aaron O’Hare campe un Mike très convaincant, découvrant son homosexualité face à un Biao Li impressionnant de justesse et d’abattage vocal. Dans le rôle du pasteur afro-américain, Christian Joel joue les séducteurs avec un engagement roboratif, tandis que la soprano Axelle Fanyo, incarnant une employée d’un centre de planning familial, conjugue la puissance vocale et la fougue de comédienne conforme à son personnage. Une mention spéciale pour la journaliste Tiffany, superbement défendue par Louise Kuyvenhoven, alliant avec bonheur aisance vocale et présence scénique sans faille.
Vincent Renaud dirige avec brio les huit musiciens de l’ensemble instrumental du Studio Opéra de Lyon, à maintes reprises sollicités dans des parties particulièrement virtuoses. Au final, un spectacle extrêmement réussi qui a obtenu à juste titre les faveurs du public lyonnais. Illustration :  © Christine Allicino

 

 
 

 
 

 

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Compte-rendu. Lyon, Théâtre de la Croix-Rousse, Adams, I Was Looking at the Ceiling and then I Saw the Sky, 13 février 2020. Alban Zachary Legos (Dewain), Clémence Poussin (Consuelo), Christian Joel (David), Axelle Fanyo (Leila), Aaron O’Hare (Mike), Biao Li (Rick), Louise Kuyvenhoven (Tiffany), Velica Panduru (Décors et costumes), Marina Lze Vey (Lumières), Eugen Jebeleanu (Mise en scène), Ensemble Instrumental du Studio de l’Opéra de Lyon, Vincent Renaud (direction).

 

 
 

 

CD. John Adams : The Gospel according to the Other Mary (Dudamel, 2013)

adams_john_gospel-accordong-to-the-other-mary_dg-DudamelCD. John Adams : The Gospel according to the Other Mary (Dudamel, 2013). Alors que l’Opéra du Rhin s’apprête à produire en création française son opéra antimilitariste Doctor Atomic (2-9 mai 2014), Deutsche Grammophon publie au disque en première mondiale, le drame sacré que John Adams a composé pour le Philharmonic de Los Angeles et qui a été créé en 2012, puis repris comme ce live en témoigne, en mars 2013.

John Adams retrouvait en 2012 et 2013, ici pour la crĂ©ation amĂ©ricaine du Gospel, son complice le scĂ©nographe Peter Sellars mettant en espace l’action spirituelle (comme les deux avaient collaborĂ© pour El Niño en 2000). A l’origine, pour l’auteur d’opĂ©ras (au gĂ©nie dĂ©jĂ  reconnu grâce Ă  ses ouvrages lyriques prĂ©cĂ©dents The death of Klinghoffer et Nixon in China entre autres), il s’agit surtout d’exploiter le contraste de tempĂ©raments entre Marie la passionnĂ© voire la suicidaire et Marthe plus sereine voire maĂ®trisĂ©e malgrĂ© les Ă©vĂ©nements Ă©prouvants qui les accablent. En dĂ©pit d’une partition dramatiquement et musicalement hĂ©tĂ©rogène, le chef parvient Ă  prĂ©server une certaine cohĂ©rence de ton et de style.

La Partition dont Dudamel sait par tempĂ©rament latin, magnifiquement exprimer les aspirations sauvages, la violence viscĂ©rale du drame vĂ©cu par un choeur souvent hallucinĂ© ou en transe (choeur compassionnel des femmes en particulier)… est une passion – oratorio moderne qui assume pleinement le registre populaire et plĂ©bĂ©ien de son traitement. Son registre est mĂŞme naturaliste (choeur des grenouilles juste après la mise en bière) ….
L’orchestre pour lequel a été commandé l’œuvre, rugit souvent en tension et spasmes fortement caractérisés, dignes du Stravinsky du Sacre du Printemps (partie solistes des clarinettes ivres dans l’épisode du Golgotha).
La part des voix solistes se rĂ©vèle aussi bouleversante : premiers cris paniques et foudroyants de Marie (« … blessed,  blessed »…”) en un lamento poignant qui prend des allures d’errance dĂ©sespĂ©rĂ©e puis suspendue, crĂ©pusculaire dans la sublime scène de la nuit, prĂ©cĂ©dĂ©e par le choeur des contre-tĂ©nors,  lui aussi d’un pathĂ©tique extatique très rĂ©ussi : … « Mary,  behold thy son ! »…
Le long aria de Mary : « when the rain began to fall »… est un dĂ©sert de solitude, un gouffre de souffrance. Le point culminant de la partition. Et comme un miroir rĂ©vĂ©lateur, le portrait le plus juste de l’hĂ©roĂŻne de ce drame sacrĂ©.
La rĂ©ussite de la partition tient Ă  l’alternance entre accents collectifs impressionnants, les sĂ©quences Ă  1,2,3 voix, sur le plan dramatique, incantations pathĂ©tiques dĂ©ploratives (solos de Marthe) et stances surexpressives plus rageuses (Lazarus)… Le rapport des parties poĂ©tiques et l’architecture globale du poème tient aussi au choix des textes sĂ©lectionnĂ©s : Passions selon saint Jean, Marc, Luc, Mathieu et pour les interventions plus individualisĂ©es : poèmes issus du recueil Baptism on desire de Louise Erdrich.
L’Ă©criture d’Adams tour Ă  tour lyrique, sauvage, syncopĂ©e mĂŞle Ă©clairs et suspensions Ă©nigmatiques, gouffres et tremblements de terre … tout concourt Ă  une dramatisation souvent passionnante des actes de la Passion. Sublime.

John Adams : The Gospel according to the other Mary. Los Angeles Philharmonic. Los Angeles Master chorale. Gustavo Dudamel, direction. 2 cd Deutsche Grammophon 00289 479 2243. Enregistrement réalisé à Los Angeles en mars 2014.