Impressions d’Italie… Jean-Philippe Sarcos et l’orchestre LE PALAIS ROYAL

SARCOS orchestre du palais royal programme concert annonce critique classiquenews MYL1744-Mylène-Natour-300x300PARIS, les 17 et 18 oct 2019. Inspirations italiennes. JP SARCOS, C TROTTMANN, Haendel et Mozart. Dans un lieu historique au riche patrimoine musical à Paris (Salle historique du premier conservatoire), le chef Jean-Philippe Sarcos interroge le style italien dans l’écriture de Haendel et Mozart ; le premier inspirant même le second … En octobre 2019, Le Palais royal et Jean-Philippe Sarcos invitent dans un programme Haendel et Mozart, la jeune soprano, Catherine Trottmann nouvelle étoile du chant français. Les œuvres choisies rendent hommage au bel esprit italien, ce goût de la mélodie et des harmonies lumineuses voire solaires. La souriante péninsule méditerranéenne a façonné ainsi  « une musique colorée, contrastée, évidente, éclatante », où « le chant est premier, où la mélodie dicte ses lois à l’harmonie, au contrepoint, à l’architecture musicale même. »

 
De Haendel Ă  Mozart

Suavité et virtuosité italiennes

 
Ainsi les deux compositeurs retenus ne sont-ils pas étrangers dans ce creuset musical et esthétique de premier plan : « dans leur jeunesse, Haendel et Mozart étudient en Italie. Toute leur vie leur musique gardera l’empreinte des couleurs romaines et le rythme du style italien ».

Catherine Trottmann, Jean-Philippe Sarcos et l’orchestre Le Palais royal interprètent ainsi les Ĺ“uvres les plus italiennes de Haendel et Mozart. Ils ne se sont pas connus car Haendel meurt alors que Mozart n’a que 3 ans. Comme cela sera le cas des Ĺ“uvres de JS BACH, les partitions de HAENDEL frappent profondĂ©ment le jeune MOZART : il y dĂ©tecte une habiletĂ© virtuose dans la finesse des mĂ©lodies, la science des masses chorales, la construction et le dĂ©veloppement d’un air. De toute Ă©vidence les operas serias et surtout les oratorios de Haendel ont agi positivement dans l’inspiration et la maturation du style mozartien. On les retrouve dans ce programme qui mĂŞle nervositĂ© expressive de l’orchestre, et souplesse d’un chant acrobatique et sensuel. D’ailleurs, la Messe en ut mineur (« Laudamus te »), comme la virtuositĂ© Ă©poustouflante du motet « Exultate, jubilate » en tĂ©moignent aujourd’hui ; de Haendel Ă  Mozart, circule une mĂŞme Ă©lĂ©gance mĂ©lodique, explicitement italienne…

 

 

Les citations sont empruntées à la présentation du programme sur le site du Palais royal.

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PARIS, Salle historique du Premier Conservatoire

Jeudi 17 octobre 2019, 20h30boutonreservation
Vendredi 18 octobre 2019, 20h30

Catherine TROTTMANN, soprano
Orchestre Le Palais royal – Jean-Philippe SARCOS, direction

 

 

PLAN D’ACCES
https://www.google.com/maps/place/Conservatoire+national+supĂ©rieur+d’art+dramatique/@48.8726146,2.3469383,15z/data=!4m5!3m4!1s0x0:0x42e986c66536d365!8m2!3d48.8726146!4d2.3469383

 

RESERVATION
https://www.weezevent.com/inspirations-italiennes-oct2019

 

Salle historique du premier conservatoire de Paris
2 bis rue du Conservatoire – 75009 Paris
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Programme détaillé

 

Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759)
• Salomon : Arrivée de la reine de Saba (3′)
• Joshua : Air « O had I Jubal’s lyre » (2’30)
Le Messie : « Rejoice » (4’30)

• Concerto grosso, Op. 6 No. 10 : extrait (5′)

• Giulio Cesare : Air « Piangeró la sorte mia » (7′)
• Giulio Cesare : Air « Da Tempeste » (6′)

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)

• Messe en ut mineur, K. 427 : « Laudamus te » (5′)

• Symphonie n°29, K. 201 (23′)

• Motet Exsultate jubilate, K. 165 (15′)

 

 

Orchestre du Palais-Royal : Impressions d'Italie, de Haendel Ă  Mozart

 
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PLUS D’INFOS SUR LE SITE du Palais royalJean-Philippe Sarcos, direction
http://le-palaisroyal.com

 

 

Crédit photos : © Mylène Natour / Le Palais royal

 

 

 

 

 CD

 

 

A l’automne 2019, Le Palais royal / Jean-Philippe Sarcos font paraĂ®tre un nouveau cd dĂ©diĂ© au souffle crĂ©ateur des hĂ©ros : BEETHOVEN et MOZART. LIRE ici la critique complète de l’album (enregistrĂ© en 2015 dans la salle de concert du premier Conservatoire de Paris) – CLIC de classiquenews du mois d’octobre 2019 :

Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015).

temps-des-heros-beethoven-mozart-palais-royal-orchestre-jean-philippe-sarcos-cd-annonce-critique-classiquenewsCD, critique. LE TEMPS DES HEROS. BEETHOVEN / MOZART. Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015). Le « Temps des héros » : c’est à dire Mozart et Beethoven. Le premier fait vibrer les cœurs et expriment comme nul autre avant lui, la passion et les sentiments humains, avec cette tendresse particulière pour les femmes ; le second crée l’orchestre du futur ; les deux définissent le romantisme et la modernité en musique ; ils sont d’ailleurs les premiers aussi à se penser « créateurs », et non plus serviteurs. Jean-Philippe Sarcos a donc bien raison de souligner leur étoffe de « héros » dans ce programme qui souligne la valeur de chacun. Lire la critique complète

 

 

ENTRETIEN avec Jean-Philippe Sarcos, directeur artistique et fondateur du Palais royal. Le temps des hĂ©ros, Impressions d’Italie

ENTRETIEN avec Jean-Philippe Sarcos, directeur artistique et fondateur du Palais royal. Au moment où paraît un nouveau cd intitulé « le temps des héros », étape de l’intégrale des symphonies de Beethoven réalisée entre 2014 et 2016, le maestro évoque les séances de travail de l’orchestre et aussi le travail avec la jeune soprano invitée à chanter les airs de Mozart associés à Beethoven. Jean-Philippe Sarcos explique également le sens de son nouveau programme à l’affiche les 17 et 18 octobre 2019 : « Impressions d’Italie », avec la soprano Catherine Trottmann : éclairer en quoi l’Italie a transformer les écritures de Haendel et de Mozart ; en quoi Haendel a lui-même profondément inspiré Mozart…

 
 

 sarcos-jean-philippe-le-palais-royal-concert-cd-le-temps-des-heros-inspirations-italiennes-concert-annonce-critique-concert-classiquenews

 
 

 
 

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CNC / CLASSIQUENEWS : Pourquoi avoir choisi cette symphonie de Beethoven ? En quoi la partition permet-elle de prolonger et d’approfondir votre travail avec les instrumentistes ?

JEAN-PHILIPPE SARCOS : La 3è symphonie « Héroïque » s’inscrit dans l’intégrale des symphonies de Beethoven que Le Palais royal a réalisée de 2013 à 2016. Les symphonies de Beethoven, comme Le Clavier bien tempéré pour les pianistes, représentent un irremplaçable trésor. Le génie de Beethoven a su mettre dans ses neuf symphonies la richesse nécessaire à tout orchestre pour affiner son vocabulaire et ses couleurs. L’exigence de la partition nous a permis de côtoyer des limites que nous chercherons toujours à dépasser. Nous avons voulu aborder ces symphonies non pas comme des musiciens du 21e siècle se lançant dans la musique ancienne, mais comme des musiciens baroques découvrant une musique contemporaine, comme ce fut le cas des musiciens de l’époque de Beethoven.

 
 

 
 

CNC / CLASSIQUENEWS : Pourquoi avoir ajouté des airs de MOZART ?
 
JEAN-PHILIPPE SARCOS : En cette fin du XVIIIe siècle, Mozart et Beethoven ont tous deux vu notre civilisation se fissurer. L’un comme l’autre se sont raccrochés à l’héroïsme, et en particulier celui de l’Antiquité, face à tout ce qui vacillait. Chacun à sa manière renouvelle l’expression de l’héroïsme et peut nous conduire aujourd’hui à plus d’audace et de confiance en la vie.
Mozart s’imposait donc comme une évidence pour mieux entendre aujourd’hui l’héroïsme qu’exprime Beethoven.

 
 

 
 

CNC / CLASSIQUENEWS : Sur quels points avez vous travaillé avec la soprano soliste ?

JEAN-PHILIPPE SARCOS : Avec Vannina, nous avons cherché à révéler le caractère héroïque des deux personnages féminins qu’elle interprète dans cet enregistrement : malgré toutes les larmes que le Comte fait verser à la Comtesse, elle demeure fidèle et constante, donnée à lui pour toujours. Dans l’air de concert « Non temer, amato bene », Idamante et Ilia se séparent et se jurent un amour éternel. Les étoiles barbares peuvent déchaîner leur rigueur, l’héroïsme de leur amour ne pâlira pas.
Comme toujours, je donne une grande importance à ce que ma vision de l’œuvre se construise en communion avec celle de l’interprète. Je ne cherche pas à plaquer des certitudes préexistantes, mais confronte ma conception de départ avec celle de Vannina pour arriver à une interprétation qui nous corresponde à tous les deux. On ne cherche pas un compromis, mais une expérience commune et simultanée.

 
 

 
 

CNC / CLASSIQUENEWS : Pouvez vous nous présentez quelque clés de compréhension pour mesurer les défis de votre programme avec Catherine Trottmann (1) ?

 

JEAN-PHILIPPE SARCOS : A l’origine de ce programme, notre désir commun avec Catherine Trottmann a été de montrer comment l’Italie a transfiguré le génie de Haendel et de Mozart. A deux époques différentes, deux compositeurs ayant déjà leur personnalité musicale bien affirmée, vont passer plusieurs années en Italie. L’un comme l’autre repartent d’Italie animés de nouveaux élans musicaux. On dirait aujourd’hui avec la poésie de 2019 qu’ils ont été réinitialisés. L’Italie leur donne le goût de la virtuosité, de la lumière et d’un rythme qu’on ne trouve que là-bas. Bien que d’origine germanique, ils chanteront désormais toute leur vie avec le même accent du Sud.

En écoutant ce programme, l’auditeur entendra comme une évidence ces influences italiennes ressenties à un demi-siècle de distance par Haendel et Mozart.

 
 

 
 

CNC / CLASSIQUENEWS : Quels sont les liens entre Haendel et Mozart ?

JEAN-PHILIPPE SARCOS : Ces deux géants nous ont laissé une musique universelle, compréhensible à la première écoute, méprisant l’intellectualisme pour chercher à allumer dans le cœur de chaque auditeur des éclairs de joie, de force, de sensibilité et d’espérance. Il est touchant de penser que Mozart découvrit Haendel grâce au Baron van Swieten, fut ébranlé à tel point qu’il s’en inspire, s’en nourrit et s’en renouvelle. La Grande messe en Ut mineur est l’exemple le plus frappant de cette influence. Fugues, grands chœurs et airs solistes reçoivent après cette rencontre marquante une densité qu’ils n’avaient jamais connue auparavant.

Propos recueillis en octobre 2019

 
 

 
 

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LE PALAIS ROYAL 2019
photo : Jean Philippe SARCOS au travail © Mylène Natour.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ACTUALITES DU Palais royal / Jean-Philippe Sarcos, direction :

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(1) CONCERTS… Programme « Inspirations italiennes », concert exceptionnel Ă  PARIS les 17 et 18 octobre 2019, avec la soprano Catherine Trottmann : LIRE notre prĂ©sentation du programme Impressions d’Italie, de Haendel Ă  Mozart : airs d’opĂ©ras et d’oratorios, motet…

SARCOS orchestre du palais royal programme concert annonce critique classiquenews MYL1744-Mylène-Natour-300x300PARIS, les 17 et 18 oct 2019. Inspirations italiennes. JP SARCOS, C TROTTMANN, Haendel et Mozart. Dans un lieu historique au riche patrimoine musical à Paris (Salle historique du premier conservatoire), le chef Jean-Philippe Sarcos interroge le style italien dans l’écriture de Haendel et Mozart ; le premier inspirant même le second … En octobre 2019, Le Palais royal et Jean-Philippe Sarcos invitent dans un programme Haendel et Mozart, la jeune soprano, Catherine Trottmann nouvelle étoile du chant français. Les œuvres choisies rendent hommage au bel esprit italien, ce goût de la mélodie et des harmonies lumineuses voire solaires. La souriante péninsule méditerranéenne a façonné ainsi  « une musique colorée, contrastée, évidente, éclatante », où « le chant est premier, où la mélodie dicte ses lois à l’harmonie, au contrepoint, à l’architecture musicale même. »

 

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Nouveau cd : «  le temps des hĂ©ros », Beethoven (Symphonie n°3) / Mozart – jalon de l’intĂ©grale des symphonies de Beethoven par Le Palais royal et Jean-Philippe Sarcos (2014 – 2016) - CLIC de classiquenews du mois d’octobre 2019s

temps-des-heros-beethoven-mozart-palais-royal-orchestre-jean-philippe-sarcos-cd-annonce-critique-classiquenewsCD, critique. LE TEMPS DES HEROS. BEETHOVEN / MOZART. Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015). Le « Temps des héros » : c’est à dire Mozart et Beethoven. Le premier fait vibrer les cœurs et exprime comme nul autre avant lui, la passion et les sentiments humains, avec cette tendresse particulière pour les femmes ; le second crée l’orchestre du futur ; les deux définissent le romantisme et la modernité en musique ; ils sont d’ailleurs les premiers aussi à se penser « créateurs », et non plus serviteurs. Jean-Philippe Sarcos a donc bien raison de souligner leur étoffe de « héros » dans ce programme qui souligne la valeur de chacun. Lire notre critique du cd Le temps des héros ici

 

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CD, critique. LE TEMPS DES HEROS. BEETHOVEN / MOZART. Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015).

temps-des-heros-beethoven-mozart-palais-royal-orchestre-jean-philippe-sarcos-cd-annonce-critique-classiquenewsCD, critique. LE TEMPS DES HEROS. BEETHOVEN / MOZART. Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015). Le « Temps des héros » : c’est à dire Mozart et Beethoven. Le premier fait vibrer les cœurs et exprime comme nul autre avant lui, la passion et les sentiments humains, avec cette tendresse particulière pour les femmes ; le second crée l’orchestre du futur ; les deux définissent le romantisme et la modernité en musique ; ils sont d’ailleurs les premiers aussi à se penser « créateurs », et non plus serviteurs. Jean-Philippe Sarcos a donc bien raison de souligner leur étoffe de « héros » dans ce programme qui souligne la valeur de chacun.

Les deux airs mozartiens rappellent combien le riche terreau lyrique et les couleurs de l’orchestre de Mozart ont Ă©tĂ© fondateurs dans l’affirmation du gĂ©nie BeethovĂ©nien, son intense dramatisme transmis Ă  tout l’orchestre ; car s’il est fougueux et impĂ©tueux, maniant dès avant Bruckner puis Mahler, l’orchestre par blocs et par pupitres, Beethoven est aussi capable d’une subtilitĂ© instrumentale inouĂŻe – ce qu’oublient le plus souvent les chefs, y compris les plus rĂ©putĂ©s. Le choix de la soprano française Vannina Santoni s’avère judicieux : longueur du souffle et de la ligne, tendresse claire du timbre – on aurait souhaitĂ© davantage de texte assurĂ©ment mais la justesse de l’intonation et l’équilibre de la tessiture dans l’émission confirment la sensibilitĂ© dĂ©jĂ  romantique de Wolfgang. L’air de concert K 490 prĂ©parant idĂ©alement Ă  la concision et Ă  la profondeur du sublime « Dove sono » de la Comtesse des Nozze : air de langueur nostalgique et aussi d’exquise dignitĂ©, certes blessĂ©e voire amère, mais d’un absolu et constant angĂ©lisme.

Le morceau de bravoure du programme est assurément la Symphonie héroïque de Beethoven, en mi bémol majeur de 1804, d’une ambition comme d’une ampleur… prométhéennes. Dans cette écriture autant rythmique que mélodique, dans cette énergie lumineuse et guerrière même, se dessine comme une matière en constante fusion, la certitude messianique de Ludwig, pour lequel le créateur peut enseigner (et faire entendre) aux hommes de bonne volonté, les valeurs et les sons d’une société rénovée.
Assurément les fondations que pose le compositeur dans cette Héroïque concentrent tous les espoirs et la clameur des révolutions qui ont accompagné le passage du XVIIIè au XIXè.
A la fois visionnaire et guide spirituel (et fraternel), Beethoven est bien ce héros sans lequel l’histoire de la culture européenne n’aurait été qu’intéressante. Avec lui, elle est déterminante et prophétique. La 3è célèbre le génie de la civilisation capable de dépasser son destin et d’affirmer sa grandeur morale ; la dédicace en fut on le sait d’abord à Bonaparte, héros libérateur, héritier des Lumières, mais quand le général devint empereur, Beethoven effaça son premier hommage, trahi et blessé de s’être trompé (d’où, emblème de la déception, la marche funèbre en guise de second mouvement). De fait, l’esprit de conquête qui submerge l’auditeur tout du long, en dit assez sur l’admiration première que porta Beethoven au héros français.

Dès le premier Allegro (con brio), Jean-Philippe Sarcos domine l’orchestre, tenu à la bride ; d’une furieuse impétuosité qu’il canalise avec précision et rebond. En particulier dans l’exposition et le développement remarquable du 2è motif (en si bémol majeur, d’abord staccato), d’une durée singulière dans le cycle symphonique de Ludwig. Le live, bénéfice inestimable de cette gravure, souligne la qualité des timbres produits par les instruments d’époque : cors frémissants, bois et vents d’une rondeur presque verte mais si expressive, comparé à la sonorité lisse des orchestres modernes. Contrastes, aspérités, et parfois intensité ou hauteur en défaut… mais la vivacité du concert sert l’énergie beethovénienne. Elle en transmet la pulsion et la tension.

Quelle sérieuse rupture (et assumée nette par Ludwig), avec la « Marcia funebre » où perce et saisit le sentiment de deuil.
Le Scherzo exprime cette incandescence de la matière musicale, faite série électrique d’étincelles où brille, prodigieux apport des instruments anciens là encore, la rondeur cuivrée, plus pastorale que martiale des cors, finement caractérisés.
Enfin, jubilation et état de transe rythmique s’invitent dans le Finale, auquel Beethoven apporte une légèreté quasi chorégraphique dans le développement dialogué des pupitres : cordes chauffées à blanc, bois caressants : bassons, clarinettes, hautbois… en particulier dans l’élucidation du dernier motif, de « délivrance » et qui appelle une ère nouvelle fraternelle et lumineuse en une séquence « mozartienne ».

En digne héritier de Georges Prêtre et de William Christie, Jean-Philippe Sarcos détaille ce grand festin des timbres d’époque qui articule et cisèle autrement le génie beethovénien.
Surgit irrépressible le sentiment qu’un monde nouveau est conçu là sous nos yeux, dans ce magma instrumental que le maestro parisien nous fait entendre ; dans ce bain premier, primitif, chocs et frottements, étincelles du futur. Voilà qui augure opportunément de la prochaine année Beethoven 2020, et apporte une nouvelle démonstration de l’apport indispensable d’un orchestre sur instruments d’époque dans la connaissance de la symphonie romantique européenne. La 3è symphonie fut la première des symphonies de Ludwig à être créée à Paris, par la société des concerts du Conservatoire en mars 1828. L’orchestre Le Palais royal nous fait revivre ici la sensation d’assister à cet événement historique.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200L’enregistrement live est réalisé dans la salle de concert du Premier Conservatoire de Paris, 2 bis rue du Conservatoire (75009), écrin historique lié à l’histoire symphonique dans la Capitale, c’est là que la Symphonie de Beethoven a été jouée en 1828 ; c’est là encore que Berlioz a créé sa sublime Fantastique. Saluons Jean-Philippe Sarcos de rétablir la riche tradition symphonique dans le lieu qui reste emblématique de tant d’événements pour l’essor de l’écriture orchestrale en France.

CD, critique. LE TEMPS DES HEROS. BEETHOVEN : Eroica, Symph n°3 / MOZART : airs lyriques (K.490 / « Dove sono »). Vannina Santoni, soprano. Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015).

 

 

 

 

 

ENTRETIEN avec Jean-Philippe SARCOS, à propos du cd Le Temps des Héros : BEETHOVEN / MOZART  -  propos recueillis en octobre 2019

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CNC / CLASSIQUENEWS : Pourquoi avoir choisi cette symphonie de Beethoven ? En quoi la partition permet-elle de prolonger et d’approfondir votre travail avec les instrumentistes ?

JEAN-PHILIPPE SARCOS : La 3è symphonie « HĂ©roĂŻque » s’inscrit dans l’intĂ©grale des symphonies de Beethoven que Le Palais royal a rĂ©alisĂ©e de 2013 Ă  2016. Les symphonies de Beethoven, comme Le Clavier bien tempĂ©rĂ© pour les pianistes, reprĂ©sentent un irremplaçable trĂ©sor…. LIRE notre entretien complet

 

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Jean-Philippe Sarcos et l’orchestre LE PALAIS ROYAL

SARCOS orchestre du palais royal programme concert annonce critique classiquenews MYL1744-Mylène-Natour-300x300PARIS, les 17 et 18 oct 2019. Inspirations italiennes. JP SARCOS, C TROTTMANN, Haendel et Mozart. Dans un lieu historique au riche patrimoine musical à Paris (Salle historique du premier conservatoire), le chef Jean-Philippe Sarcos interroge le style italien dans l’écriture de Haendel et Mozart ; le premier inspirant même le second … En octobre 2019, Le Palais royal et Jean-Philippe Sarcos invitent dans un programme Haendel et Mozart, la jeune soprano, Catherine Trottmann nouvelle étoile du chant français. Les œuvres choisies rendent hommage au bel esprit italien, ce goût de la mélodie et des harmonies lumineuses voire solaires. La souriante péninsule méditerranéenne a façonné ainsi  « une musique colorée, contrastée, évidente, éclatante », où « le chant est premier, où la mélodie dicte ses lois à l’harmonie, au contrepoint, à l’architecture musicale même. »

 

 
De Haendel Ă  Mozart

Suavité et virtuosité italiennes

 

 
Ainsi les deux compositeurs retenus ne sont-ils pas étrangers dans ce creuset musical et esthétique de premier plan : « dans leur jeunesse, Haendel et Mozart étudient en Italie. Toute leur vie leur musique gardera l’empreinte des couleurs romaines et le rythme du style italien ».

Catherine Trottmann, Jean-Philippe Sarcos et l’orchestre Le Palais royal interprètent ainsi les Ĺ“uvres les plus italiennes de Haendel et Mozart. Ils ne se sont pas connus car Haendel meurt alors que Mozart n’a que 3 ans. Comme cela sera le cas des Ĺ“uvres de JS BACH, les partitions de HAENDEL frappent profondĂ©ment le jeune MOZART : il y dĂ©tecte une habiletĂ© virtuose dans la finesse des mĂ©lodies, la science des masses chorales, la construction et le dĂ©veloppement d’un air. De toute Ă©vidence les operas serias et surtout les oratorios de Haendel ont agi positivement dans l’inspiration et la maturation du style mozartien. On les retrouve dans ce programme qui mĂŞle nervositĂ© expressive de l’orchestre, et souplesse d’un chant acrobatique et sensuel. D’ailleurs, la Messe en ut mineur (« Laudamus te »), comme la virtuositĂ© Ă©poustouflante du motet « Exultate, jubilate » en tĂ©moignent aujourd’hui ; de Haendel Ă  Mozart, circule une mĂŞme Ă©lĂ©gance mĂ©lodique, explicitement italienne…

 

 

Les citations sont empruntées à la présentation du programme sur le site du Palais royal.

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PARIS, Salle historique du Premier Conservatoire

Jeudi 17 octobre 2019, 20h30boutonreservation
Vendredi 18 octobre 2019, 20h30

Catherine TROTTMANN, soprano
Orchestre Le Palais royal – Jean-Philippe SARCOS, direction

 

 

PLAN D’ACCES
https://www.google.com/maps/place/Conservatoire+national+supĂ©rieur+d’art+dramatique/@48.8726146,2.3469383,15z/data=!4m5!3m4!1s0x0:0x42e986c66536d365!8m2!3d48.8726146!4d2.3469383

 

RESERVATION
https://www.weezevent.com/inspirations-italiennes-oct2019

 

Salle historique du premier conservatoire de Paris
2 bis rue du Conservatoire – 75009 Paris
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Programme dĂ©taillĂ© 

 

Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759)
• Salomon : Arrivée de la reine de Saba (3′)
• Joshua : Air « O had I Jubal’s lyre » (2’30)
Le Messie : « Rejoice » (4’30)

• Concerto grosso, Op. 6 No. 10 : extrait (5′)

• Giulio Cesare : Air « Piangeró la sorte mia » (7′)
• Giulio Cesare : Air « Da Tempeste » (6′)

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)

• Messe en ut mineur, K. 427 : « Laudamus te » (5′)

• Symphonie n°29, K. 201 (23′)

• Motet Exsultate jubilate, K. 165 (15′)

 

 

Orchestre du Palais-Royal : Impressions d'Italie, de Haendel Ă  Mozart

 

 
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PLUS D’INFOS SUR LE SITE du Palais royalJean-Philippe Sarcos, direction
http://le-palaisroyal.com

 

 

Crédit photos : © Mylène Natour / Le Palais royal

 

 

 

 

 CD

 

 

A l’automne 2019, Le Palais royal / Jean-Philippe Sarcos font paraĂ®tre un nouveau cd dĂ©diĂ© au souffle crĂ©ateur des hĂ©ros : BEETHOVEN et MOZART. LIRE ici la critique complète de l’album (enregistrĂ© en 2015 dans la salle de concert du premier Conservatoire de Paris) – CLIC de classiquenews du mois d’octobre 2019 :

Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015).

temps-des-heros-beethoven-mozart-palais-royal-orchestre-jean-philippe-sarcos-cd-annonce-critique-classiquenewsCD, critique. LE TEMPS DES HEROS. BEETHOVEN / MOZART. Orchestre Le Palais royal. Jean-Philippe Sarcos, direction (1 cd 2015). Le « Temps des héros » : c’est à dire Mozart et Beethoven. Le premier fait vibrer les cœurs et expriment comme nul autre avant lui, la passion et les sentiments humains, avec cette tendresse particulière pour les femmes ; le second crée l’orchestre du futur ; les deux définissent le romantisme et la modernité en musique ; ils sont d’ailleurs les premiers aussi à se penser « créateurs », et non plus serviteurs. Jean-Philippe Sarcos a donc bien raison de souligner leur étoffe de « héros » dans ce programme qui souligne la valeur de chacun. Lire la critique complète

 

  

 

Compte rendu, concert. Paris. Salle de l’Ancien Conservatoire, le 9 avril 2015. Beethoven, Mozart. Vannina Santoni, soprano. Tami Troman, violon solo. Le Palais Royal. Jean-Philippe Sarcos, direction.

« Tout ce que Mozart Ă©prouvait se transformait naturellement en musique sans que jamais on ressente, Ă  l’entendre, l’impression qu’il ait cherchĂ©, d’un sentiment quelconque, une traduction pour l’Ă©noncĂ© de laquelle il ait dĂ» faire subir Ă  sa musique la plus lĂ©gère dĂ©formation; ce n’est que depuis Beethoven que la musique a pris en gĂ©nĂ©ral cet aspect de traduction de l’ordre psychologique dans l’ordre musical, on pourrait mĂŞme affirmer que la majeure partie du plaisir de l’auditeur d’aujourd’hui prend Ă  la musique lui est fournie par l’impression de lutte que le compositeur doit engager pour parvenir Ă  exprimer musicalement des phĂ©nomènes intĂ©rieurs de plus en plus compliquĂ©s » Paul Dukas, Ecrits sur la Musique, 1948.

Jean-Philippe Sarcos et son ensemble sur instruments d’Ă©poque Le Palais Royal prĂ©sentent un programme musical intitulĂ© Le Temps des HĂ©ros, autour du classicisme hĂ©roĂŻque de Beethoven et Mozart. Nous sommes accueillis Ă  la Salle de l’Ancien Conservatoire, première salle de concert de France, ou Hector Berlioz crĂ©a notamment sa Symphonie Fantastique et Harold en Italie !

Deux visions du classicisme héroïque viennois

copyright georges berenfeld photo le palais royal maestroLe concert dĂ©bute avec un discours d’introduction de la part du chef Français, oĂą il explique les parties du programme et les met en opposition. Au dĂ©but, l’hĂ©roĂŻsme « masculin » de la 3ème symphonie de Beethoven, après l’entracte, l’hĂ©roĂŻsme « fĂ©minin » de Mozart dans plusieurs chĹ“urs de ses opĂ©ras et dans 3 airs pour soprano, oĂą nous aurons l’opportunitĂ© d’entendre la jeune soprano française Vannina Santoni. Si le discours d’introduction, pimentĂ© d’enthousiasme et d’anecdotes, prend une ampleur presque beethovĂ©nienne, nous remarquons que le chef ne mentionne pas la ressemblance Ă©tonnante du thème du 1er mouvement de la Symphonie avec celui de l’ouverture (Intrada) du singspiel de Mozart Bastien und Bastienne, composĂ© par le gĂ©nie salzbourgeois en 1768 Ă  l’âge de 12 ans, soit 2 ans avant la naissance de Beethoven. Ludwig van Beethoven, habitĂ© par la rĂ©alisation triomphale du rĂŞve de libertĂ© des Lumières, dont il est l’une des derniers figures, par le biais de la RĂ©volution Française et matĂ©rialisĂ© dans Bonaparte, veut dĂ©dier sa troisième Symphonie au HĂ©ros Français, mais faisant volte-face NapolĂ©on se proclame Empereur et Beethoven Ă©clate de colère « Ce n’Ă©tait donc qu’un homme comme les autres !!! ». Il dĂ©chire la dĂ©dicace et elle devient l’Eroica.

Classique d’un point de vue formelle, la symphonie se distingue surtout par sa longueur rare Ă  l’Ă©poque (le 1er mouvement a la durĂ©e de la plupart des symphonies de la pĂ©riode classique), et la charge Ă©motionnelle, augmentĂ©e par rapport aux deux prĂ©cĂ©dentes du compositeur. Si nous sommes encore dans le dialogue entre les blocs instrumentaux, l’idĂ©e de l’opposition et de la lutte devient de plus en plus Ă©vidente. Le Palais Royal interprète l’Allegro con brio, avec du brio, ma non troppo. Une certaine lĂ©gèretĂ© s’instaure, et si le mouvement perd un peu du punch pompeux et pompier beethovĂ©nien, il gagne en vĂ©ritĂ©, en Ă©lĂ©gance et en swing. La Marche Funèbre qui suit est progressivement Ă©difiante, les instrumentistes font preuve d’une concentration qui paraĂ®t par moments presque spirituelle. Le Scherzo est enjouĂ© et dĂ©licieusement interprĂ©tĂ© par l’orchestre. Dans l’Allegro Molto final, les vents rĂ©vèlent toute leur beautĂ© champĂŞtre dans une sĂ©rie de variations.

Après l’entracte, nous avons droit Ă  deux choeurs et trois airs de Mozart, mettant en valeur l’hĂ©roĂŻsme dĂ©licieux du maĂ®tre. Le choeur de l’AcadĂ©mie de musique de Paris interprète le choeur hĂ©roĂŻque et quelque peu solennel extrait de La ClĂ©mence de Titus (1791) avec une ferveur princière, oĂą se distinguent les voix aiguĂ«s. Dans l’Amanti Costanti extrait des Noces, nous remarquons les bois sublimes de l’orchestre. Vannina Santoni commence avec « Come Scoglio » de Fiordiligi dans Cosi Fan Tutte. Un air d’une difficultĂ© redoutable oĂą elle proclame son amour fidèle et se montre stoĂŻque devant la tentation d’un nouvel amant. Ce morceau, que l’interprète dĂ©cide d’offrir en bis Ă  la fin du concert, lui permet de montrer sa grande expressivitĂ© et une prĂ©sence scĂ©nique dĂ©jĂ  frappante. L’instrument est puissant et l’investissement indĂ©niable. Seul bĂ©mol, l’excès du vibrato par moments. Lors de l’air avec violon obligĂ© « Non temer amato bene », elle fait davantage preuve de maĂ®trise et de complicitĂ© avec la violoniste Tami Troman, dans une très belle forme. Mais en ce qui nous concerne c’est son dernier air, le « Dove Sono » de la Comtesse des Noces de Figaro, qui nous impressionne et marque le plus. La Santoni est dramatique dans le rĂ©citatif accompagnĂ© qui le prĂ©cède et tout Ă  fait exquise lors de l’air sublime… au point d’inspirer des frissons et des soupirs chez l’auditoire. Elle chante la nostalgie de la Comtesse avec sincĂ©ritĂ© et une Ă©motivitĂ© saisissante, on dirait que des larmes de beautĂ© sont prĂŞtes Ă  abandonner le corps de l’ĂŞtre qui les accueillent… Elle remplit la magnifique salle de concert avec un chant puissant et surtout, en l’occurrence, avec la force inhĂ©rente des sentiments sincères. (NDLR: Vannina Santoni a rĂ©cemment crĂ©Ă© l’évĂ©nement sur les planches de l’OpĂ©ra de Tours dans successivement La Chauve Souris puis Le Triptyque de Puccini oĂą elle a marquĂ© les esprits dans le rĂ´le de Suor Angelica, intense, subtile, dĂ©chirante…).

Une soirĂ©e et des performances historiquement informĂ©es, habitĂ©es par l’honnĂŞtetĂ© heureuse des artistes qui aiment leur mĂ©tier. Un orchestre et une jeune soprano Ă  suivre !

Illustration : Jean-Philippe Sarcos © Georges Berenfeld / Le Palais Royal