Compte rendu concerts. 37Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016. Saint-Saëns,Chopin, Mel Bonis,Cheminade Debussy,Liszt. Philippe Bianconi, piano.

bianconi-piano-582-philippe-bianconi-le-piano-romantique-ticketac-27648-712Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns ; FrĂ©deric Chopin ; Mel Bonis; CĂ©cile Cheminade ; Claude Debussy ; Frantz Liszt ; Philippe Bianconi, piano. Entre palme de l’originalitĂ© et celle de la poĂ©sie, la Muse ne saura laquelle prĂ©fĂ©rer pour Philippe Bianconi. Le rĂ©cital qu’il a prĂ©sentĂ© est particuliĂšrement abouti et d’une belle originalitĂ©. Le parti pris de ne jouer que des danses aurait pu lasser sous des doigts moins expressifs. Mais Philippe Bianconi est Ă  la fois un poĂšte et un grand virtuose. La musique pour piano de Saint-SaĂ«ns est exigeante et pas toujours facile d’accĂšs. Philippe Bianconi a su ne rien laisser de cotĂ©, ni une virtuositĂ© parfois exacerbĂ©e pour elle-mĂȘme, ni une complexitĂ© harmonique et rythmique dĂ©concertante, ni surtout un style trĂšs particulier qui doit donner l’impression de la facilitĂ© et de l’élĂ©gance Ă  tout prix. Les Mazurkas et la valse de Chopin ont Ă©tĂ© magiques. La dĂ©licatesse des Mazurka sous des doigts de velours, a libĂ©rĂ© une ensorcelante mĂ©lancolie. Ce Chopin est pure poĂ©sie,  il passe comme un rĂȘve. Tout est libre en apparence sous des doigts si habiles Ă  faire oublier que le piano est un instrument de percussion. Tout n’est que ligne, nuances extatiques, couleurs mouvantes.

Danses avec un poĂšte du piano

Deux femmes ont Ă©tĂ© distinguĂ©es par notre poĂšte du piano, exactes contemporaines de Saint-SaĂ«ns et Debussy. La Barcarolle de Mel Bonis est ample dans l’usage fait du piano qui sonne large et virtuose tout en Ă©tant trĂšs expressif. La Mazurk’ suĂ©doise de CĂ©cile Cheminade est contrastĂ©e et d’un caractĂšre passionnĂ©. Ces deux trop courtes piĂšces nous ont permis de distinguer combien il est injuste de sous estimer ces compositrices nĂ©es dans l’ombre masculine, mais ayant trouvĂ© un style d’expression personnel et qui mĂ©rite notre attention. La mazurka choisie de Debussy sonne un peu sage et presque raisonnable Ă  cotĂ© des deux dames


Pour finir sur une apothĂ©ose et d’une puissance rare, Philippe Bianconi aborde deux Ă©tonnantes pages de Liszt. La valse-impromptu dĂ©marre avec un sens de l’humour malicieux puis dĂ©veloppe sous des doigts funambulesques, un rythme de plus en plus entrainant puis des hĂ©sitations pleines de sĂ©duction relancent le thĂšme. Philippe Bianconi dispose d’une virtuositĂ© aristocratique ne semblant que facilitĂ©.

Dans la MĂ©phisto-valse 1, il se transforme en diable grand seigneur Ă  l’inquiĂ©tante sĂ©duction tout Ă  fait charismatique, non dĂ©nuĂ©e d’humour noir. Son articulation d’une prĂ©cision d’horloger suisse, ses nuances trĂšs creusĂ©e et des couleurs d’arc en ciel font de cette piĂšce souvent uniquement virtuose sous des doigts moins experts, un petit thĂ©Ăątre de l’horreur infernale. Il n’est pas frĂ©quent d’entendre ainsi cette piĂšce Ă©blouissante sans rien perdre d’une lisibilitĂ© de chaque instant avec un caractĂšre si trempĂ©. Ce diable nous ferait le suivre ou il voudra


C’est la variĂ©tĂ© de jeu de Philippe Bianconi qui a permis de dĂ©guster sans relĂąchement une suite originale de danses pianistiques. Le public a Ă©tĂ© charmĂ© et a obtenu deux bis faisant une ovation Ă  un vĂ©ritable poĂšte du piano.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns (1875-1921) : Suite en Fa majeur, op.90 ; Valse canariote op.88 ; Valse langoureuse en mi majeur,op.120 ; Etude ne forme de valse, op.52 n°6 ; FrĂ©deric Chopin (1810-1849) : Trois mazurkas op.59 ; Valse en la bĂ©mol, op.42 ; Mel Bonis (1858-1937) : Barcarolle ; Cecile Chaminade (1857-1944) : Mazuk’ suĂ©doise ; Claude Debussy (1862-1918) : Mazurka ; Frantz Liszt (1811-1886) : Valse-impromptu ; MĂ©phisto-valse 1 ; Philippe Bianconi, piano.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. RĂ©cital de Jeremy Denk, piano

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. Voyage dans la musique entre 1300 et l’an 2000. Jeremy Denk, piano. J’ai lu (dans le New York Times) que ce pianiste mĂ©rite d’ĂȘtre Ă©coutĂ© quelque soit le programme proposĂ©. Tout a fait dubitatif mais intriguĂ© je dois  avouer que je ne vois pas quoi dire d’autre aprĂšs cet admirable concert promenade proposĂ© par le pianiste amĂ©ricain Jeremy Denk.

Imaginez un voyage musical qui permet de comprendre la construction et l’évolution de la musique occidentale entre 1300 et les annĂ©es 2000. Cette proposition trĂšs iconoclaste l’autorise Ă  jouer sur un clavier tempĂ©rĂ© des Ɠuvres vocales Ă©crites en modes. Les compostions de Machaut, Binchois et Ockeghem sont sous les doigts si sensibles de Jeremy Denk
 hors du temps et nous « parlent » Ă  travers les Ăąges avec une Ă©motion trĂšs particuliĂšre. La dĂ©licate et fragile mĂ©lodie de Binchois terminera le concert comme elle l’a commencĂ© en une boucle qui achĂšve de nous faire perdre les repĂšres temporels.

Quelle intelligence !

denk jeremy-denk-lg-730x315Les artistes qui savent rendre le public plus intelligent au sortir d’un concert sont des artistes prĂ©cieux et je crois que le public de Piano Jacobins en a Ă©tĂ© conscient ce soir : il a mĂȘme semblĂ© particuliĂšrement ravi. Cet enchainement de piĂšces improbables au clavier tempĂ©rĂ©, la premiĂšre surprise passĂ©e, se rĂ©vĂšlent des plus aptes Ă  nous Ă©mouvoir par leur Ă©trangetĂ©. Ainsi la musique occidentale savante en deux heures peut se comprendre comme une mise en place de l’harmonie, de la mĂ©lodie puis du rythme. Le Zeffiro torna de Monteverdi est au piano aussi improbable 
  qu’irrĂ©sistiblement sĂ©duisant.

La fin de la premiùre partie permet d’ arriver à un premier sommet avec Johann Sebastian Bach.

Jeremy Denk est un extraordinaire interprÚte de Bach, ses variations Goldberg sont acclamées au concert et son CD est admirable de beauté fluide. Son interprétation de la fantaisie chromatique et fugue en ré mineur, BWV 903 est époustouflante de vie et de précision rythmique. La richesse de cette partition en belles mélodies et architecture complexe montre le degré de perfection atteint par la musique savante et pourquoi Bach est un demi dieu.

denk jeremy-denkAprĂšs l’entracte c’est le divin Mozart avec l’andante de la Sonate en sol majeur K. 283. Le charme, l’élĂ©gance, la ligne de chant infinie, les nuances subtiles et les couleurs douces : tout est enchantement. Beethoven suit tout naturellement avec une Ă©nergie rythmique qui bouscule le cadre. Schumann apporte une complexitĂ© harmonique et une densitĂ© de toucher qui prĂ©parent Wagner. Chopin apporte la virtuositĂ© sensible du piano, le legato qui va jusqu’au belcanto. L’interprĂ©tation de l’adaptation par Liszt de la Mort d’ Isolde de Wagner est un bouleversant moment de piano roi, Ă  la virtuositĂ© faite musique. Jeremy Denk est un virtuose accompli qui rend lisible tous les plans et sait doser les nuances jusqu’à un fortissimo quasi orchestral.

Brahms ensuite aborde la dĂ©construction sur le plan harmonique ; il bouscule les rythmes avec un Intermezzo. Schoenberg va toujours plus loin dans cette libertĂ© prise. Debussy apporte de nouvelles couleurs et propose un tout « autre piano ». Poulenc dĂ©construit complĂštement le rythme. Stockhausen fait perdre tout repĂšres tonal, Glass abolit la pesanteur, et Ligeti ne permet aucun repĂšre, mis Ă  part la perte des repĂšres connus


Et Binchois revient, tout simple et comme perdu parmi nous, tout Ă©baubis.

Nous avons fait un Grand Voyage avec un guide fulgurant. Un pianiste de haut rang, un musicien dĂ©licat, un pĂ©dagogue plein d’humour. Oui, Jeremy Denk est un Grand Artiste Ă  rĂ©Ă©couter dĂšs que possible.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. ƒuvres de : Machaut ; Binchois ; Ockeghem ; Dufay ; Deprez ; Janequin ; Byrd ; Gesualdo ; Monteverdi ; Purcell ;  Scarlatti ; Bach ; Mozart ; Beethoven ; Schumann ; Chopin ; Wagner/Liszt ; Brahms ; Schoenberg ; Debussy ; Poulenc ; Stockhausen ; Glass ; Ligeti ; Jeremy Denk, piano.

DENK jeremy

Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse, le 21 septembre 2016. Beethoven, BartĂłk, Liszt, Scarlatti
 Boris Berezovsky, piano

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 21 septembre 2016. Ludwig Van Beethoven ; BĂ©la BartĂłk ; Frantz Liszt ; Domenico Scarlatti; Igor Stravinski ; Boris Berezovsky, piano. Des grands pianistes il y en a, mais un gĂ©ant comme Berezovsky je n’en connais d’autre, de cette force vive, avec ce calme. Son Beethoven est fin, dĂ©licatement phrasĂ©, nuancĂ© avec art. Le rythme est bondissant, ferme et stable. L’hĂ©ritage mozartien est assumĂ© comme l’élargissement du cadre de la sonate. Un grand moment de piano, pondĂ©rĂ©, loin des excĂšs que certains y mettent (Nelson Goerner, ici mĂȘme
 il y a peu). Ce sont les piĂšces de BartĂłk qui montrent les extraordinaires capacitĂ©s physiques du pianiste. De l’exigeante Sonate, il ne fait qu’une bouchĂ©e, assumant crĂąnement ses moments de violence. Les trois Etudes ont Ă©tĂ© enchaĂźnĂ©es selon sa demande, dans un français exquis, avec trois Ă©tudes de Liszt. La fraternitĂ© de transcendance entre les deux compositeurs est saisissante. On comprend mieux la raretĂ© de ces Ă©tudes de BartĂłk, tant la puissance et la virtuositĂ© exigĂ©es sont immenses. Berezovsky domine toute partition. L’aisance souveraine en une simplicitĂ© de jeu dans une probitĂ© rarissime est un alliage des plus prĂ©cieux. Quand je pense Ă  certains qui histrionisent leur jeu, le calme olympien de Berezovsky est un baume. Son Liszt est de la mĂȘme eau. Toute la construction des divers plans est organisĂ©e, sans chercher Ă  appuyer la basse ou le chant. Ce Liszt est certain de la capacitĂ© du public Ă  chercher dans ces notes si nombreuses, qui la mĂ©lodie, qui les arpĂšges, qui la basse, qui 
.  Ce petit effort dans l’écoute pour le spectateur est rĂ©compensĂ© par une sorte de plĂ©nitude. Tout est lĂ , rien ne manque et la musique rĂšgne souveraine de beautĂ©.

 

 

 

Le pianiste russe nous a offert un programme copieux, rare, passionnant

Boris Berezovsky ou le piano monde

Photo C (c) David Crookes, Warner ClassicsEn deuxiĂšme partie, sacrifiant Ă  une sorte de mode cette annĂ©e, il aborde Ă  sa maniĂšre fluide et dĂ©licate trois petites Sonates de Scarlatti. Moment de pure grĂące rĂ©crĂ©ative. Car les deux Ɠuvres suivantes sont colossales. La Sonate de Stravinski semble rendre hommage Ă  l’ñge classique mais est en fait d’une grande difficultĂ©. Cette apparente simplicitĂ© d’écoute et l’absence de dĂ©monstrativitĂ© sont probablement les raisons de cette raretĂ© dans les programmes des concerts. Berezovsky est impĂ©rial de hauteur technique et de don Ă  son public. Sans la moindre fatigue apparente aprĂšs ce vaste programme, Boris Berezovsky fait de la suite de Petrouchka une fĂȘte de la musique. Un piano sans limites qui peut aussi bien faire pleurer par sa dĂ©licatesse qu’impressionner par sa puissance orchestrale. Oui, Boris Berezovsky est le plus immense pianiste, capable de tout jouer et qui donne Ă  son public gĂ©nĂ©reusement la beautĂ© dans la modestie accomplie, celle de moyens personnels incroyables et de travail qu’on sait colossal. Boris Berezovsky dans ce concert, a fait le don total d’un artiste accompli. Cet immense artiste a encore offert deux bis flamboyants Ă  son public conquis et exigeant.

Compte rendu concerts. 37 Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins ; Le 21 septembre 2016. Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano en mi bémol majeur « Quasi una fantasia » Op. 27 n°1 ; Béla Bartók (1881-1945) : Sonate pour piano ; Trois études op 18 SZ 72 ; Frantz Liszt (1811-1886) : Trois études ; Domenico Scarlatti (1685-1757) : Trois sonates ; Igor Stravinski (1940-1971) : Sonate pour piano ; Petrouchka, suite ; Boris Berezovsky, piano.
Illustration : David Crooks

Compte rendu concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Le 13 septembre 2016. Mozart, Ravel, Chopin, Liszt. Lucas Debargue, piano.

DEBARGUE-_-Lucas_Debargue-582-594Compte rendu concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Le 13 septembre 2016. Mozart, Ravel, Chopin, Liszt. Lucas Debargue, piano. Ce jeune pianiste dĂ©note une personnalitĂ© affirmĂ©e et une belle originalitĂ©. Le programme admirablement construit lui a permis de dĂ©velopper une science du piano qui termine son rĂ©cital crescendo, s’achevant en apothĂ©ose. D’abord un Scarlatti lumineux, admirablement articulĂ© et trĂšs plaisant pour nous mettre l’oreille en Ă©veil. Puis la Sonate de Mozart K.310, dĂ©jĂ  entendue sous les (lourds) doigts de Richard Goode mardi dernier, a Ă©tĂ© abordĂ©e avec beaucoup de nuances et un touchĂ© bondissant. L’équilibre entre Sturm und Drang et Ă©lĂ©gance a Ă©tĂ© parfait. Un peu plus de legato et de chant dans le deuxiĂšme mouvement auraient d’avantage comblĂ©.

LUCAS D. : un sensationnel virtuose Ă  suivre

La Ballade de Chopin a Ă©tĂ© virtuose, active, vivifiante. Point de mĂ©lancolie dans cette piĂšce et une joie d’un piano triomphant. Le Chopin de Lucas Debargue cherche un peu Ă  rivaliser avec Liszt.
AprĂšs l’entracte, le triptyque de Gaspard de la nuit de Ravel a montĂ© d’un cran la virtuositĂ© transcendante. Ondine a Ă©tĂ© d’une eau claire avec des doigts d’une prĂ©cision et d’une dĂ©licatesse extrĂȘme. L’importance des nuances fait passer d’une eau pure Ă  un tsunami final.
Le Gibet impressionne mais ne glace pas. La mise en valeur des diffĂ©rents plans est trĂšs rĂ©ussie avec un glas que rien ne fait diminuer. Les effets pianistiques sont ahurissants de prĂ©cision. Mais un peu plus d’imagination est nĂ©cessaire pour Ă©voquer le romantisme de cette abominable scĂšne de gibet.
Scarbo est la piĂšce la plus rĂ©ussie entre la virtuositĂ© triomphante et  l’évocation du personnage cherchant Ă  danser et Ă  s’allĂ©ger de sa condition. Le toucher de Lucas Debargue est d’une prĂ©cision admirable et rien de vient troubler le geste pianistique grandiose. Le final est proprement hallucinĂ©, hallucinant.
Pour terminer le programme la premiĂšre MĂ©phisto-valse achĂšve de nous convaincre que nous tenons lĂ , un virtuose Ă  la maniĂšre d’un Evgeny  Kissin. Les doigts volent sur le clavier, les notes fusent de tous cotĂ©s et la danse infernale subjugue, mais toujours dans la clartĂ© de l’articulation. Un trĂšs grand moment de piano nous a Ă©tĂ© offert par ce jeune prodige. Avec la maturitĂ©, il saura sortir d’une sorte de complĂ©tude Ă  s’écouter jouer, gagnera en expression et en legato. Mais dĂ©jĂ  les moyens considĂ©rables du pianiste mĂ©ritent toute l’admiration et l’attention du public. Trois bis ont Ă©tĂ© gĂ©nĂ©reusement offerts (Scarlatti et Chopin) par un artiste en nage mais heureux. Pianiste plein de promesses, dĂ©sormais Ă  suivre.

Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonate n° 432 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Fréderic Chopin (1810-1849) : Ballade n°4 en fa mineur, op.52 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Gaspard de La nuit ; Frantz Liszt (1811-1886) : Méphisto-Valse n°1 ; Lucas Debargue, piano.

Illustration : © Evgeny Eutukhov

Compte rendu concert. 37Úme édition de Piano aux Jacobins. Toulouse , Cloßtre des Jacobins, le 14 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach; Johannes Brahms ; Robert Schumann ; David Fray, piano.  

Compte rendu concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins. Toulouse , CloĂźtre des Jacobins, le 14 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach; Johannes Brahms ; Robert Schumann ; David Fray, piano. David Fray est enfant du pays toulousain puisqu’il est originaire de Tarbes. Il est chez lui au Festival des Jacobins car dĂšs ses premiers concerts il a Ă©tĂ© invitĂ© par la clairvoyante Catherine d’Argoubet. Il revient rĂ©guliĂšrement Ă  Toulouse tout aurĂ©olĂ© de ses succĂšs internationaux et de l’excellent accueil fait Ă  ses enregistrements, tous plĂ©biscitĂ©s par public et critique. Ce musicien est certes douĂ©, mais surtout il a une personnalitĂ© attachante et une vĂ©ritable originalitĂ© d’artiste dans un paysage musical mondial parfois trop policĂ©.

Promesses tenues !

fray-david-femme-piano-review-compte-rendu-classiquenews-582Pour son rĂ©cital Ă  Toulouse, il a jouĂ© de trĂšs larges extraits du Livre 1 du Clavier bien tempĂ©rĂ© de JS Bach. Dans une position parfois trĂšs en arriĂšre et en apparence dĂ©tendue, voir relĂąchĂ©e, il a joué son Bach. En effet, sa maniĂšre est unique. D’abord un toucher d’une extraordinaire beautĂ©, ferme mais souple. Beaucoup de nuances dans les reprises, un phrasĂ© extraordinairement conduit jusqu’au fond des mĂ©lodies. Un dĂ©tail de chaque note prise dans une coulĂ©e de beautĂ©. Un attachement Ă  une prĂ©cision de chaque voix, une mise en valeur des harmonies subtiles le tout avec un naturel et un chic rares. Une sorte de piano olympien, dĂ©gagĂ© des humains soucis. Tout du long de la promenade proposĂ©e, nous sommes dans les cieux et non sur terre. Marche dans les nuages, vol au-dessus des paysages montagneux, nuit Ă©toilĂ©e ou soleil dans tout le nycthĂ©mĂšre, et voyage dans les Ă©toiles aussi. Une vraie et originale maniĂšre de rendre hommage au pĂšre Bach tout en s’appropriant la variĂ©tĂ© de ses partitions. Et n’oublions pas de signaler la belle Ă©nergie et mĂȘme la  joie dans les moments de superpositions de plusieurs voix en canon ou fugues.
AprĂšs ce voyage apaisant et vivifiant David Fray a osĂ© nous proposer un dialogue de grande qualitĂ© entre Schumann et Brahms. Des Ɠuvres assez rares et trĂšs belles ont ainsi pu se rĂ©pondre. Le Schumann passionnĂ© et engagĂ© de la Novelette n°8 est allĂ© jusqu’à la colĂšre. Le Brahms des variations sur un thĂšme de Schumann a Ă©tĂ© kalĂ©idoscopique. VariĂ©tĂ© de couleurs et de nuances poussĂ©es jusqu’au plus loin. Puis dans la Fantaisie op.116, une audace de sentiments exposĂ©s jusqu’au bord de la fusion entre le pianiste et son instrument. David Fray a une belle personnalitĂ© musicale depuis ses premiers concerts mais l’évolution qui est la sienne le conduit Ă  oser une charge Ă©motionnelle puissamment partagĂ©e. « L’émotion particuliĂšre » qu’il vit dans cette salle capitulaire, ainsi qu’il l’a dit avant ses bis, a bien gagnĂ© son jeu. Ce soir tout particuliĂšrement, David Fray a Ă©tĂ© flamboyant. Le romantisme assumĂ©, la puissance maitrisĂ©e, et la perfection pianistique ont enchantĂ© le public. Quatre bis ont Ă©tĂ© offerts entre plusieurs Chopin, le Bach (dĂ©diĂ© Ă  Catherine d’Argoubet),  a Ă©tĂ© le moment le plus magique. Un grand artiste qui tient admirablement les promesses de ses premiĂšres annĂ©es.

Compte rendu, concert. 37 iĂ©me Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Le 14 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Le clavier bien tempĂ©rĂ© livre 1, extraits ; Johannes Brahms (1833-1897) : Variations en fa diĂšse mineur, sur un thĂšme de Schumann, op.9 ; Fantaisies, op.116 ; Robert Schumann (1810-1856) : Novelette n° 8 en fa diĂšse mineur, op.21 ; David Fray, piano. — Photo : Sergey Grachev

Compte rendu, concerts. 37 Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Les 6 et 7 septembre 2016. R. Goode, C.Zacharias.

Compte rendu, concerts. 37 Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Les 6 et 7 septembre 2016. R. Goode, C.Zacharias. La fin des vacances et la rentrĂ©e des petits et grands ne reprĂ©sente pas le meilleur moment de l’annĂ©e. Pourtant Ă  Toulouse la rentrĂ©e est source de joie par le dĂ©but du Festival Piano aux Jacobins. Le cadre du CloĂźtre des Jacobins, la mĂ©tĂ©o clĂ©mente, crĂ©ent depuis 37 annĂ©es le dĂ©veloppement de soirĂ©es musicales d’exception.  Ensuite un tuilage avec la saison symphonique de la Halle-aux-Grains dans un concert commun lance la riche saison musicale toulousaine et tout s’enchaĂźne. Cette premiĂšre semaine nous a permis d’assister aux deux premiers concerts placĂ©s sous une mĂ©tĂ©o des plus estivales.

Richard Goode 2 c Steve RiskindLe 6 septembre 2016 ; Richard Goode, piano. Richard Goode a une nouvelle fois ouvert le festival. Cet invitĂ© rĂ©gulier du festival reprĂ©sente le fleuron de l’école amĂ©ricaine de piano. Sa prĂ©sence en Europe est bien trop rare car ses activitĂ©s dans le nouveau monde sont multiples, entre autre il est le co-fondateur du prestigieux festival de Marlboro. En 2011, nous avions Ă©tĂ© subjuguĂ©s par la musicalitĂ© de cet immense artiste. Ce soir n’a pas Ă©tĂ© placĂ© sous le signe de cette musicalitĂ© d’altitude. Si les moyens du pianiste sont toujours aussi fascinants, une ligne de force constante et une certaine duretĂ© ont dominĂ© ses choix interprĂ©tatifs. Dans la sonate de Mozart, la frappe ferme et une sorte de raideur ont certes mis en lumiĂšre la noirceur contenue dans l’oeuvre mais ont empĂȘchĂ© de dĂ©guster le charme et l’élĂ©gance que la Sonate contient. Les piĂšces extraites du Sentier herbeux de Janacek ont Ă©tĂ© toutes comme lissĂ©es sur un mĂȘme moule, dans une mĂȘme lumiĂšre et une unique couleur un peu vague. Cela a crĂ©Ă© une belle respiration dans le programme.

Ensuite la violence de son Brahms a surpris par le manque de sentiment. Un Brahms noir et puissant sans concession. La richesse harmonique, la complexe charpente des piÚces a été dessiné avec art, mais sans la moindre souplesse et tout romantisme a été absent.
Les extraits du Livre II des PrĂ©ludes de Debussy ont Ă©tĂ© abordĂ©s avec une sonoritĂ© pleine, beaucoup de pĂ©dale, une franchise de ton qui a Ă©vitĂ© la subtilitĂ© de couleurs attendue. L’effet est Ă©trange car c’est comme si une sorte de saturation, de lumiĂšre constamment solaire empĂȘchait cet esprit français si sensible dans les compositions de Claude de France, de se rĂ©vĂ©ler.
En fin de programme, dans le grande Sonate n°31 de Beethoven, Goode a Ă©tĂ© royal et triomphant soulevant l’enthousiasme du public. Ce grand spĂ©cialiste de Beethoven, qui a gravĂ© sonates et concertos dans des versions acclamĂ©es, a dominĂ© avec puissance la belle partition.
Son Beethoven est charpenté et incisif, parfois un peu massif mais toujours irrésistible. La structure comme dégagée au scalpel, avec des graves trÚs sonores permet une interprétation majeure. La grandeur  beethovénienne a été ainsi portée au firmament par un pianiste aux moyens vertigineux dans une cataracte sonore trÚs impressionnante.

Zacharias-Christian_c_Nicole_ChuardLe 7 septembre 2016 ; Christian Zacharias, piano. Le lendemain le concert de Christian Zacharias a Ă©tĂ© tout autre. D’aucun ont Ă©tĂ© amenĂ© Ă  penser que le piano avait dĂ» ĂȘtre changé  C’est cela la richesse de ce festival : proposer de soirs en soirs des visions si diffĂ©rentes de la musique sur un seul et mĂȘme piano. Christian Zacharias et un musicien complet, soliste, chambriste, chef d’orchestre et compositeur. Dans sa prĂ©sence au piano et dans ses interprĂ©tations cette complĂ©mentaritĂ© musicale est prĂ©sente. Il a fait le choix d’un programme surprenant abordant deux compositeurs plutĂŽt rĂ©servĂ©s aux clavecinistes. Son bouquet de Sonates de Scarlatti a permis un dĂ©veloppement de subtilitĂ©s de couleurs, des tempi nuancĂ©s, tout Ă  fait inhabituels. La fantaisie a Ă©tĂ© le maĂźtre mot de cette interprĂ©tation si personnelle qui jamais n’a manquĂ© d’élĂ©gance et a su doser une certaine pointe d’humour. Le changement de couleurs, de toucher et l’aĂ©ration dont son jeu a Ă©tĂ© porteur, ont construit une interprĂ©tation lumineuse et dĂ©licate de la Sonatine de Ravel. Christian Zacharias rend clairement Ă  la fois l’hommage aux anciens contenus dans la piĂšce de Ravel, et toute la modernitĂ© du propos. Un grand art de musicien. En effet rendre limpide le texte et le sous-texte musical avec cette simplicitĂ© est admirable et rare.
Les Sonates de Padre Soler ont Ă©galement Ă©tĂ© pleines d’esprit et de malice. La main droite d’une prĂ©sence incroyable a signĂ© l’atmosphĂšre hispanique des sonates. Cette mise en lumiĂšre de l’architecture avec cette jubilation a crĂ©Ă© un moment aussi lĂ©ger que spirituel plein de bonheur.
Avec la derniĂšre partie consacrĂ©e Ă  Chopin, le gĂ©nial interprĂšte a comme ouvert une dimension supplĂ©mentaire en terme de puissance Ă©motionnelle et d’immenses moyens pianistiques assumĂ©s. Les Mazurkas sont des partitions difficiles en ce qui concerne le sentiment et l’interprĂ©tation dans une mĂ©lancolie luttant contre le plaisir du souvenir passĂ©. Plus que les Polonaises, elles chantent l’attachement de Chopin Ă  son passĂ© polonais.
L’esprit et la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, la beautĂ© des couleurs, le rubato Ă©lĂ©gant, tout un monde de poĂ©sie est nĂ© sous les doigts magiques de Christain Zacharias. Et que dire de la virtuositĂ© fulgurante, et la puissance orchestrale dont il est capable !
Un musicien d’exception a enchantĂ© le piano, comme le cloĂźtre pour la plus grande joie du public (concert complet  ayant refusĂ© du public). Il est certain que le concert de Christian Zacharias avec Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole le 17 septembre prochain Ă  la Halle-aux-Grains atteindra des sommets de musicalitĂ© avec le si extraordinaire 5Ăšme Concerto de Beethoven !
Merci Ă  Catherine d’Argoubet qui sait programmer des artistes si beaux et si divers avec cette constance dans la stimulation de l’écoute.

Compte rendu concerts. 37 Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins. Richard Goode et Christian Zacharias.

Le 6 septembre 2016 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Leos Janacek (1854-1928) : Sur un sentier herbeux, extraits ; Johannes Brahms (1833-1897) : 6 piÚces Op.118 ; Claude Debussy (1862-1918) : Extraits du livre II  des préludes ; Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano n°31 en la bémol majeur, Op.110 ; Richard Goode, piano.

Le 7 septembre 2016 ; Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates en mi majeur K.162, en do mineur K.226, en mi bémol majeur K183, en fa mineur K. 183, en fa mineur K.386 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Sonatine ; Padre Antonio Soler (1729-1783) : Sonates en sol mineur N°87,en ré mineur N°24, en ré majeur N°84, en ré bémol majeur N°88 ; Fréderic Chopin ( 1810-1849) : Scherzo N°1 en si mineur, Op.20 ; Mazurkas N°1 en ut diÚse mineur,Op41, en la mineur, Op. Posthume (KK2B n°4), en la mineur Op.17 n°4 ; en ut diÚse mineur Op.30 n°4 ; Scherzo en si bémol mineur, Op.31 n°2 ; Christian Zacharias, piano.

Compte rendu, récitals de piano. Toulouse. Piano aux Jacobins 36 Úme édition. Cloßtre des Jacobins, les 8, 9, 11 septembre 2015. Nicholas Angelich, Menahem Pressler et Anastasya Terenkova, piano.

angelich nicholasangelichc2a9sonjawernerNicholas Angelich pianiste d‘origine amĂ©ricaine, a Ă©tĂ© un Ă©lĂšve trĂšs apprĂ©ciĂ© du grand Aldo Ciccolini, disparu cette annĂ©e et que les toulousains avait entendus Ă  la Halle au grains en 2014. Le programme de Nicolas Angelich honore deux immenses pianistes et compositeurs. Beethoven d‘abord avec deux sonates. La Sonate n° 5 puis la Sonate Waldstein. Angelich en saisit toute la force et sait mettre ses moyens impressionnants au service de sa musicalitĂ©. Il se dĂ©gage de son interprĂ©tation une force sans violence, ni passion tapageuse. La maitrise des tempi et des nuances et un choix de couleurs franches mettent en valeur la structure des Ɠuvres et la beautĂ© de leur construction. Sans cĂ©der Ă  la facilitĂ© des orages romantiques ou d‘une musique à  programme dans les deux Sonates, c‘est la musique pure qui sâ€˜Ă©panouit. Il en sera de mĂȘme dans la Sonate de Liszt donnĂ©e en deuxiĂšme partie de concert. C’est la rigueur de la construction qui prend le pas sur les rĂ©miniscences d‘opĂ©ra Italien ou les fulgurances pianistiques. La virtuositĂ© est seconde, la musique toujours Reine. Plus que de puissance, c’est une idĂ©e de force maitrisĂ©e qui s‘impose. En pleine possession de ses moyens, Nicholas Angelich est un fin musicien qui met au service des gĂ©nies qu’il sert, ses moyens de pianiste virtuose et sa musicalitĂ© rare. Cette 36 Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins a donc dĂ©butĂ© sous des auspices musicaux radieux dans une sorte de plĂ©nitude sereine.

Toulouse. Piano aux Jacobins 36 Úme édition. Cloßtre des Jacobins, le 8 septembre 2015. Ludwig Van Beethoven  (1770-1827) : Sonate n° 5 en ut mineur op.10 n°1 ; Sonate n°21 en ut majeur ,Waldstein, op.53 ; Frantz Liszt, Sonate en si mineur ; Nicholas Angelich, piano.  

pressler menahem piano recitalNul ne savait si le doyen des pianistes en activitĂ© du haut de ses 90 ans allait se remettre de sa chute qui lui laisse une colonne vertĂ©brale trĂšs endolorie. Menahem Pressler dit que la musique est sa raison de vivre et sa force. Il est donc venu, prĂ©cautionneux et soutenu fermement, fragile silhouette s’avançant vers le piano une canne Ă  la main. Ce que cet admirable musicien nous a offert ce soir dĂ©passe tout ce qui peut s‘imaginer. La musique a irradiĂ© dans une dĂ©licatesse de songe. C’est dans une Ă©toffe d‘ailes de papillon que cet Elfe du piano a dĂ©ployĂ© un vol qui jamais n‘a touchĂ© terre. Tout d’élĂ©vation et de lumiĂšre crĂ©pusculaire, l’art du pianiste forme des perles nacrĂ©es, des gouttes d‘eau mordorĂ©es, des bulles de champagne, qui toujours rebondissent et jamais ne tombent au sol. Les ans n’ont pas de prise sur cet ĂȘtre Ă©ternellement jeune au sourire franc, ses doigts ne sont quâ€˜Ă©lĂ©vation ; ils ne forcent jamais le piano. Les nuances sont prĂ©cises et subtilement dosĂ©es avec des pianissimi de rĂȘve. Les couleurs sont celles d’une mĂ©lancolie heureuse toujours lumineuses jusque dans les tĂ©nĂšbres. Son programme d’oeuvres rares et exigeantes donne,  sinon une image de la quintessence de la musique, du moins une association riche de symboles. Tant le Rondo de Mozart que la Fantaisie de Schubert sont de forme libre comme une suite de variations que le gĂ©nie des compositeurs secondĂ© par un interprĂšte particuliĂšrement inspirĂ© font tendre vers une musique qui pourrait ĂȘtre celle de l’infini.  Autre figure de l‘abolition de la pesanteur : la danse. Celle des Mazurkas de Chopin est dĂ©licate Ă  rendre et peu de pianistes le peuvent comme Menahem Pressler. Un rubato subtil, une lĂ©gĂšretĂ© de toucher, des couleurs diaphanes parlent Ă  l‘ñme qui peut croire en un ailleurs paradisiaque ou ni poids, ni charges n’existent ou tout est lĂ©gĂšretĂ©, beautĂ©, poĂ©sie. AprĂšs un tel moment de partage, sorte de testament joyeux, nous savons que ce message si beau va nous aider quoi qu’il arrive. Merci Ă  vous Menahem Pressler, musicien si complet et poĂšte immortel pour ĂȘtre venu encore une fois dans ce beau cloĂźtre des Jacobins. L’ovation du public debout a montrĂ© combien votre exemple d’humanitĂ© a Ă©tĂ© compris.

Cloitre des Jacobins, le 9 Septembre 2015. Wolfgang Amadeus Mozart ; Rondo en la mineur, K.511  ; Frantz Schubert(1797-1828) : Sonate n°18 en sol majeur D.894, fantaisie  ; Fréderic Chopin 3 Mazurkas op.7 n°1 et 3 ;op.17 n°4 Ballade n°3 en la bémol majeur, op.47. Menahem Pressler, piano.

terenkova anastasyaFrĂȘle silhouette, Anastasya Terenkova, a dĂ©butĂ© son rĂ©cital consacrĂ© Ă  Bach, arrangĂ© et arrangeur, d’une maniĂšre fort singuliĂšre. Des doigts timides, des sonoritĂ©s droites et une nuance piano constante avec une mise en lumiĂšre de la ligne de chant principale sont un parti pris inhabituel. Ce n‘est pas lĂ  le Bach des riches contrastes, des rythmes pleins de vie, des harmonies complexes. La transcription du PrĂ©lude en si mineur de  Siloti ou celle de  Kempf  « Je t’appelle, Seigneur JĂ©sus-Christ » passent sans que vraiment lâ€˜Ă©motion ne pointe. Plus intĂ©ressante semble la transcription par Bach lui mĂȘme d’un concerto pour hautbois de son contemporain Marcello. Dans l’Adagio, la mise en lumiĂšre du chant du hautbois est une belle rĂ©ussite d’Anastasya Terenkova. La troisiĂšme Suite Anglaise de Bach, dans cette proposition interprĂ©tative, gagne en fluiditĂ© et en clartĂ© mais perd en relief. La danse ne s‘invite jamais et cette musique devenue dĂ©sincarnĂ©e perd en nerf, en corps, en vitalitĂ©.  C’est dans la troisiĂšme partie du concert, dans l’adaptation par Rachmaninov de piĂšces de la troisiĂšme Sonate pour violon seul et ses variations sur un thĂšme de Corelli que le piano d’Anastasya Terenkova s’anime un peu mais sans la virtuositĂ© extravertie du Russe aux grandes mains.

Etrange choix interprĂ©tatif ce soir d’une musique dĂ©sincarnĂ©e comme jouĂ©e du bout des doigts. Le charme Ă©vanescent de ce concert n’a pas convaincu tout le public. Mais il y a tant de possibles avec la musique de Bach au clavier, que l‘originalitĂ© de la dĂ©marche d’Anastasya Terenkova  mĂ©rite tout notre respect Ă  dĂ©faut de la partager.

Trois concert diffĂ©rents et complĂ©mentaires, trois Ăąges de la vie de Musicien, la pleine maturitĂ©, la sagesse hors d‘ñge et l’expĂ©rimentation de la jeunesse. Le Festival Piano aux Jacobins tient dĂšs son ouverture ses promesses et le public nombreux est comblĂ©.

Toulouse. Saint Pierre des Cuisines, le 11 septembre 2015 ; Johann Sebastian Bach ( 1685-1750) : Bach/Siloti : PrĂ©lude en Si Mineur, BWV 855a ; Marcello/Bach : Concerto pour hautbois en rĂ© mineur, BWV 974 ; Bach/Kempf : « Je t’appelle, Seigneur JĂ©sus-Christ » BWV 639 ; Bach : Suite Anglaise n°3, en sol mineur, BWV 808 ; Vivaldi/Bach ( arr A.Tharaud) : Sicilienne BWV 596 ; Bach/Rachmaninoff: PrĂ©lude, Gavotte et Gigue (Sonate pour violon en mi majeur, BWV 1006) ; Rachmaninoff, Variations sur un thĂšme de Corelli op.42 ; Anastasya Terenkova, piano.

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 24 septembre 2014. Ludwig Van Bethoven (1770-1827): Sonate N° 12 en la bémol majeur « Marche FunÚbre »,op.26; Frederic Chopin (1810-1849): Fantaisie en fa mineur,op.49 ; Ballade n°4 en fa mineur ; Frantz Schubert (1797-1828): Impromptus op.90 n° 3 et 2 ; Maurice Ravel (1875-1937): Gaspard de la Nuit ; Behzod Abduraimov, piano.

Behzod Abduraimov piano concertPiano aux Jacobins, c’est un grand moment de piano en cette belle fin d’étĂ© permettant au public de choisir des soirĂ©es historiques avec des artistes Ă  la gloire Ă©tablie et cette annĂ©e nous avons Ă©tĂ© gĂątĂ©s avec deux des plus anciens artistes du piano en activitĂ©, Pressler et Ciccolini. Mais c’est Ă©galement le pari fait sur l’avenir de jeunes prodiges parmi lesquels certains deviendront les musiciens accomplis dignes de leurs ainĂ©s. Behzod Abduraimov est de ceux lĂ . Prodige mais surtout musicien fascinant. DĂ©jĂ  son interprĂ©tation du premier concerto de piano de Tchaikovski nous avait subjuguĂ©e. Ce rĂ©cital solo a confirmĂ© l’exceptionnelle puissance Ă©motionnelle de son jeux. La technique est parfaite, et bien souvent aurait suffit Ă  crier au gĂ©nie mais cet artiste hors normes va beaucoup plus loin. Jouant par coeur, comme habitĂ© par le gĂ©nie, il s’engage dans la Sonate PathĂ©tique de Beethoven avec tout son corps. Impossible de rĂ©sister Ă  lâ€˜Ă©nergie jubilatoire qu’il met dans cette partition. MĂȘme le pathĂ©tique est enthousiasmant. La finesse de la construction de chaque morceau s’intercalant entre les autres dans une construction complĂšte d’une parfaite lisibilitĂ©.

Les nuances de son Chopin sont admirables et la souplesse du jeux est celle d’un poĂšte, certes la virtuositĂ© est confondante mais c’est une musicalitĂ© trĂšs personnelle qui rend son interprĂ©tation inoubliable.

Les impromptus de Schubert surtout le TroisiĂšme, -Andante-, est un moment de grĂące qui sous des doigts aussi inspirĂ©s, dans un tempo plutĂŽt rapide permet de croire en l’évaporation de la beautĂ© tant la lĂ©gĂšretĂ© de la main droite est libre et la pondĂ©ration de la main gauche maintient au sol le vol dĂ©licat des notes si tendres de Schubert. Le deuxiĂšme, Allegro, court comme une eau libre jusqu’à la mer pour fĂȘter quelque naĂŻade gracieuse. Un pur moment de jubilation poĂ©tique dĂ©gagĂ© de toute duretĂ© semblant comme en apesanteur.

Mais c’est dans Ravel que l’art le plus personnel de Behzod Abduraimov  a certainement pu se rĂ©vĂ©ler le mieux. La thĂ©ĂątralitĂ© de son interprĂ©tation, la variĂ©tĂ© des couleurs, le rubato et la rigueur de la construction sont inhabituelles. Ondine est libre comme l’eau oĂč elle habite. le gibet est sinistre et fascinant Ă  la fois et Scarbo plein de sĂ©ductions insolites. La richesse de l’ harmonie est magnifiĂ©e et la puissance d’évocation est terriblement efficace. Une question: comment un tempĂ©rament si entier, si musical et si gĂ©nĂ©reux saura Ă©voluer dans le temps sans s’épuiser ? Car l’engagement de tout le corps du pianiste est trĂšs inhabituel. Cette fougue de la jeunesse associĂ©e Ă  une telle maturitĂ© d’interprĂšte est un mĂ©lange surprenant. Un artiste Ă  suivre, un nom Ă  retenir absolument.

Compte rendu, récital de piano.Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 24 septembre 2014. Ludwig Van Bethoven (1770-1827): Sonate N° 12 en la bémol majeur «  Marche FunÚbre »,op.26; Frederic Chopin (1810-1849): Fantaisie en fa mineur,op.49 ; Ballade n°4 en fa mineur ; Frantz Schubert (1797-1828): Impromptus op.90 n° 3 et 2 ; Maurice Ravel (1875-1937): Gaspard de la Nuit ; Behzod Abduraimov, piano.

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 9 septembre 2014. Frédéric Chopin (1810-1849): Quatre ballades ; Bruno Montovani (né en 1974) : Papillons, création mondiale ; Maurice Ravel (1875-1937) : Le tombeau de Couperin . Philippe Bianconi, piano.

philippe-bianconi piano toulouse jacobins festival de pianoPhilippe Bianconi trĂšs concentrĂ© et dĂ©tendu a pris le temps de laisser le public se calmer et faire un profond silence avant de se lancer dans son interprĂ©tation de la premiĂšre Ballade de Chopin. DĂšs les premiers accords, un son plein, rond, puissant et enveloppant a saisi par sa force de persuasion. Puis dans une gradation de nuances infimes, le son pianissimo a semblĂ© se suspendre sous la voĂ»te. Si les qualitĂ©s de musicalitĂ© fine de Philippe Bianconi sont connues depuis toujours, ce poĂšte du piano a gagnĂ© en sa maturitĂ© une puissance et une force qui lui permettent d’ Ă©galer les plus grands. L‘autoritĂ© naturelle, les moyens pianistiques phĂ©nomĂ©naux se mettent au service d‘une vision personnelle des Ɠuvres. Jouer les Quatre Ballades de Chopin Ă  la suite, pages si diffĂ©rentes et pourtant chacune si profondĂ©ment emblĂ©matique de son auteur, est une gageure tenue haut les mains par le pianiste français. Un rubato audacieux, des nuances trĂšs accentuĂ©es, une force digitale mise au service de l‘harmonie avec un admirable Ă©quilibre des deux mains, rendent Chopin trĂšs moderne tout en restant un modĂšle de romantisme en raison d’une Ă©motion toujours au bord des notes. Jouant par cƓur ces piĂšces complexes, leur style trĂšs diffĂ©rent a Ă©tĂ© dĂ©licatement respectĂ© par un interprĂšte ayant rĂ©flĂ©chi Ă  chaque note et semblant toutefois presque libre jusque dans ses emportements. Cette vision trĂšs construite et qui semble par moment comme improvisĂ©e tient du magicien. La premiĂšre et la quatriĂšme ont pour nous Ă©tĂ© les plus Ă©blouissantes et les plus Ă©mouvantes. Ce qui nous aura le plus marquĂ© est peut-ĂȘtre cette impression d’un piano symphonique Ă  la richesse insoupçonnĂ©e.

Philippe Bianconi embrase le CloĂźtre des Jacobins

Partition Ă  l’Ɠil, Philippe Bianconi a, en deuxiĂšme partie de concert, crĂ©e Papillons de Bruno Montovani. Le compositeur, trĂšs en verve, a longuement prĂ©sentĂ© sa piĂšce, trĂšs pensĂ©e, hommage ambivalent Ă  Schumann. La piĂšce virtuose, en triple et quadruple croches a Ă©tĂ© parfaitement maĂźtrisĂ©e par Philippe Bianconi, qui a su en faire sortir toutes les couleurs et les effets sonores sur tout l‘ambitus du clavier. PiĂšce plus spectaculaire et impressionnante que sensible et Ă©mouvante, mais toujours trĂšs habile.

La fin du concert a permis de se rĂ©galer du piano de Ravel que Bianconi joue de maniĂšre idiomatique. Un Ravel audacieux, et brillant, plein de second degrĂ©, mais surtout, ce qui est bien plus rare mĂȘme chez les plus grands interprĂštes, trĂšs Ă©mouvant. Les piĂšces de danse d’un XVIIIĂšme siĂšcle idĂ©alisĂ© que Ravel joue  Ă  moderniser sont Ă©galement un hommage aux compagnons morts Ă  la guerre. La douleur sourde contenue dans les piĂšces sous le brillant pianistique, n’est pas ici camouflĂ©e. A nouveau nous bĂ©nĂ©ficions  de cette puissance mise au service de l’harmonie avec toutes sortes de couleurs et de sons magnifiques. Des nuances subtiles et des doigts qui font oublier toute notion de travail tant ils semblent libres.

En Bis, deux piĂšces de Chopin, valse et prĂ©lude, redisent les deux points d’écart entre passion et murmure, si reprĂ©sentatives de l‘art de Chopin.  L’ Ile Joyeuse de Debussy a pris des allures de poĂšme symphonique Ă  la pulsion de vie irrĂ©sistible. Le public a fait une belle ovation au musicien radieux.

Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 9 septembre 2014. Frédéric Chopin (1810-1849): Quatre ballades ; Bruno Montovani (né en 1974) : Papillons, création mondiale ; Maurice Ravel (1875-1937) : Le tombeau de Couperin. Philippe Bianconi, piano.