CD critique. STRAUSS, FRANCK : Sonates. Brieuc Vourch (violon), Guillaume Vincent (piano) – 1 cd Farao (Wuppertal, nov 2020)

richard strauss cesar franck brieuc vourch sonates cd farao critique review cd classiquenews clic de classiquenewsCD critique. STRAUSS, FRANCK : Sonates. Brieuc Vourch (violon), Guillaume Vincent (piano) – 1 cd Farao (Wuppertal, nov 2020). Fruit d’une Ă©vidente complicitĂ© artistique, le programme met en parallĂšle deux gĂ©nies romantiques des plus passionnants, du XIXĂš (Franck) du XXĂš (Richard Strauss). La Sonate moins connue de Strauss s’inscrit dans la tradition la plus exaltante aprĂšs Schumann et surtout Brahms. Le compositeur d’opĂ©ra, qui a su foudroyer l’audience autant par ses Ă©clats orchestraux que sa splendeur chambriste (sextuor d’ouverture de Capriccio ; mĂ©tamorphoses pour cordes seules
), Ă©blouit ici par son sens des contrastes et de la tension. D’autant que le violon de Brieuc Vourch subjugue littĂ©ralement par son Ă©loquence et son intĂ©rioritĂ©, son sens de la ligne et de l’attĂ©nuation suggestive. Le travail de l’instrumentiste s’inscrit dans un rĂ©alisme psychologique ciselĂ©, dont la brillance recherche toujours l’intimitĂ© poĂ©tique, le scintillement intime d’une sensibilitĂ© souveraine, Ă  la fois extravertie et subtilement caractĂ©risĂ©e. La virtuositĂ© se situe dans la finesse et l’intelligence agogique. Le pianiste suit son partenaire sur le plan du dialogue, d’une conversation Ă  la fois raffinĂ©e et ardente.

La Sonate de Strauss opus 18 (1888) marque la maturitĂ© du symphoniste de 24 ans, capable de produire ses premiers accomplissements personnels (Aus Italien, Macbeth). La grande culture du compositeur est dĂ©jĂ  celle d’un maĂźtre qui analyse, interroge la forme dans le sens du drame, de la concision expressive. Les 3 mouvements se ressentent du contexte orchestral Ă©voquĂ© ; on relĂšve ici l’ampleur des respirations, la souplesse et l’étendue comme la profondeur du geste violonistique capable d’irisations psychologiques qui regardent certes vers Brahms (premier Allegro) ; mais aussi le Schubert d’Erlköning associĂ© au Beethoven de la PathĂ©tique (Andante Cantabile) ; Brieuc Vourch sait exprimer tout ce qu’a de sombre et de passionnĂ© le dernier Allegro, chant de l’ñme la plus sensible, auquel le piano apporte l’enveloppe Ă©pique d’un souffle orchestral, y compris dans le finale inondĂ© de joie conquĂ©rante.
Deux ans avant Strauss, Franck (44 ans) achĂšve la composition de sa propre Sonate (1886) ; aprĂšs celle de Saint-SaĂ«ns (1872), la Sonate en la majeur marque un point d’accomplissement inĂ©galĂ© par la sincĂ©ritĂ© de son inspiration et l’exigence de sa forme, d’une unitĂ© absolue grĂące au principe cyclique : le thĂšme principal se retrouvant dans chaque mouvement, ainsi reliĂ© chacun aux autres : les interprĂštes en restituent l’allusive cohĂ©rence interne, ciselant chaque mesure comme les termes d’une conversation dĂ©cisive pour chaque membre conversant. Ils en soulignent subtilement le sens psychologique, selon des humeurs d’une permanente versatilitĂ© : l’activitĂ© du premier Allegro (ben moderato) qui berce et enchante progressivement Ă  mesure qu’il se dĂ©veloppe jusqu’à sa fin ; l’inquiĂ©tude sourde Ă©noncĂ©e Ă  demi mots de l’Allegro qui suit ; l’absolue poĂ©sie, en rĂ©alitĂ© inqualifiable, du 3Ăš mouvement notĂ© « recitative fantasia » oĂč ni le violon ni le piano, pourtant fusionnels, ne rĂ©solvent le climat interrogatif qui les porte tous deux ; l’équilibre du rondeau final (Allegro poco mosso) qui, tout en rĂ©capitulant tout ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©, ouvre de nouveaux champs expressifs laissant au violon, un tremplin particuliĂšrement brillant.
CLIC D'OR macaron 200Jamais uniforme ni dĂ©monstratif, le violon somptueux de Brieuc Vourch (argument baroque de premier plan : Francesco Ruggeri, 1690), sĂ©duit, enchante, et captive mĂȘme par sa vibration sincĂšre et viscĂ©ralement intime. L’élĂšve de Perlman Ă  New York, se montre fidĂšle Ă  son maĂźtre : sur le souffle, d’une profonde Ă©lĂ©gance, jamais creuse, toujours juste, d’une vitalitĂ© arachnĂ©nenne. Remarquable rĂ©cital.

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CD Ă©vĂ©nement, critique. Richard Strauss (1864–1949), CĂ©sar Franck (1822–1890) : Sonates pour violon et piano (Brieuc Vourch, Vincent Guillaume) – 1 cd Farao – Wuppertal, nov 2020 – CLIC de classiquenews Ă©tĂ© 2021.

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TEASER VIDEO :

 

 

 

 

LIRE aussi notre entretien avec Brieuc Vourch Ă  propos du cd R STRAUSS / C Franck (1 cd Farao)  – Propos recueillis en juillet 2021.

Le violon enchanteur de Brieuc VourchENTRETIEN avec BRIEUC VOURCH. Jouer Richard STRAUSS et CĂ©sar FRANCK. ElĂšve de Perlman Ă  la Juilliard School of New York, le violoniste français (qui vit Ă  Hamburg), Brieuc Vourch marque les esprits dans son dernier album discographique, paru en juillet 2021, associant deux pointures romantiques : R. Strauss et CĂ©sar Franck. Leur Sonates pour violon et piano rĂ©vĂšlent le fort tempĂ©rament de chaque compositeur ; c’est une confrontation riche en enseignements et qui conduit l’interprĂšte Ă  un engagement superlatif, douĂ© d’un son comme d’une articulation, d’une rare poĂ©sie suggestive. Avec le pianiste Guillaume Vincent, Brieuc Vourch joue en architecte, caractĂ©risant chaque partition en en proposant une cohĂ©rence organique, une progression rythmique trĂšs convaincantes. Entretien exclusif avec Brieuc Vourch pour classiquenews.com / Photos : © Andrej Grilc.

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ADN BAROQUE, nov 2018. ENTRETIEN avec Théophile Alexandre (chant) et Guillaume Vincent (piano).

ADN BAROQUE, nov 2018. ENTRETIEN avec ThĂ©ophile Alexandre (chant) et Guillaume Vincent (piano). En une plongĂ©e inĂ©dite au cƓur de la passion baroque, les deux interprĂštes du spectacle ADN BAROQUE offrent un dĂ©voilement de l’intime, celui oĂč rĂšgnent fragilitĂ©, dĂ©sir, vertiges de l’ñme humaine. L’approche est dĂ©pouillĂ©e, intimiste, 
 elle souhaite dĂ©voiler comme une radiographie (chorĂ©graphiĂ©e sur scĂšne par JC Gallotta), les ressorts de la psychĂ© baroque, itinĂ©raires et passages entre ordre et dĂ©sordre, Ă©quilibre et chaos, autant de dĂ©rĂšglements fĂ©conds et miraculeux qui ont inspirĂ© les plus grands compositeurs
 Pour classiquenews, aprĂšs les premiĂšres dates de leur tournĂ©e et aprĂšs la publication chez Klarthe records du cd qui en dĂ©coule (distinguĂ© par un CLIC de CLASSIQUENEWS en octobre 2018), le chanteur ThĂ©ophile Alexandre et le pianiste Guillaume Vincent reprĂ©cisent la genĂšse de ce programme en clair-obscur, en blanc et noir comme ils Ă©clairent sa dramaturgie entre chant, musique et danse. Entretien croisĂ©.

 
 
 

ADN Baroque theophile alexandre guillaume vincent piano cd review critique cd par classiquenews

 
 
 

Selon quels critĂšres avez-vous sĂ©lectionnĂ© les extraits d’opĂ©ras et les piĂšces instrumentales ?

TA / ThĂ©ophile Alexandre : Au coup de cƓur, bien sĂ»r, mais surtout avec la volontĂ© de raconter une histoire, qui nous plonge au cƓur des Ă©motions humaines, chaque piĂšce incarnant un Ă©tat d’ñme particulier, dĂ©codĂ© par notre musicologue Barbara Nestola (CNRS de Paris).
GV / Guillaume Vincent : Et nous n’avons choisi que des piĂšces courtes, ou raccourcies aux da capo, et uniquement en mode mineur, pour accentuer cette dramaturgie d’instantanĂ©s Ă©motionnels, et crĂ©er du sens, une cohĂ©rence globale entre des compositeurs trĂšs diffĂ©rents (7 pour le disque, 9 pour le spectacle).
TA : Le tout en 21 piĂšces, comme les 21 grammes du poids de l’ñme humaine, comme les lĂ©gendes populaires aiment Ă  le raconter
 (sourire)

 
 
 

Comment s’articule chaque Ă©pisode afin de composer une dramaturgie cohĂ©rente ?

TA : Tout le propos d’ADN Baroque est une relecture intime et inĂ©dite du baroque en piano-voix, un peu comme des lieder, pour mieux faire ressortir sa radiographie Ă©motionnelle de l’ĂȘtre humain : cette « perle irrĂ©guliĂšre », en rĂ©fĂ©rence Ă  son Ă©tymologie « Barocco », sans cesse tiraillĂ©e entre ses sentiments les plus nobles et ses instincts les plus primaires. Autant de facettes que le disque explore

GV : Le fil conducteur Ă©tait de crĂ©er un voyage dans les clairs-obscurs de l’ñme humaine, que le spectacle dĂ©cline en trois actes, dans un crescendo vers le plus intime de l’homme : la LumiĂšre, les Ombres et la Nuit.

 
 
 

Comment avez-vous travaillé votre voix et le jeu pianistique pour ce programme ? Afin de préserver quels caractÚres en particulier ?

GV : DĂ©jĂ , nous signons toutes les adaptations en piano-voix de ces arias, Ă©crites Ă  l’origine pour orchestre : transcriptions sur lesquelles nous avons travaillĂ© pendant plus d’un an pour crĂ©er une relecture au plus proche des intentions des compositeurs, et en gardant les tonalitĂ©s Ă  415, mĂȘme avec piano. Mais dans certains cas, nous avons fait le choix de pousser plus loin la rĂ©invention, par des accents jazzy dans le Strike The Viol de Purcell, ou en passant Ă  l’octave l’instrumental du Eja Mater et la ligne de baryton des Sauvages, ou encore avec un piano prĂ©parĂ© au cachemire pour le Cold Song et le Cum dederit.
TA : AprĂšs, vocalement, tout le travail s’est concentrĂ© sur l’expressivitĂ©, la juste thĂ©ĂątralitĂ©, pour faire ressentir la puissance Ă©motionnelle de chaque morceau. L’enjeu Ă©tait de privilĂ©gier le sens, d’incarner chaque Ă©tat d’ñme plus que de chercher la belle vocalitĂ©, en assumant ces fragilitĂ©s qui servent l’émotion. Car c’est bien par nos failles que filtrent nos lumiĂšres, et qu’émerge ce petit supplĂ©ment d’ñme qui nous rend humains.
GV : J’ajouterai que pianistiquement comme vocalement, ADN Baroque est un programme d’une exigence redoutable, par la virtuositĂ© technique qu’il impose, notamment dans les furioso d’Haendel ou Vivaldi, mais aussi par la nĂ©cessitĂ© paradoxale de s’en dĂ©tacher pour explorer quelque chose de plus viscĂ©ral et d’instinctif, tout en restant impliquĂ© dans l’esprit du compositeur.

 
 
 

Que signifie le Baroque pour chacun de vous ? Et de quelle façon cela est-il incarné dans le programme du disque, et le spectacle qui en découlent ?

TA : EmotivitĂ©, humanitĂ©, irrĂ©gularitĂ©. MalgrĂ© ses lourds habillages dâ€˜Ă©poque, ses fastes ou ses ornements, le baroque n’a eu de cesse de nous dĂ©shabiller pour mieux sonder nos Ăąmes et nous montrer sans fard, dans nos parfaites imperfections
 C’est ce miroir trouble des clairs-obscurs de l’humain, cette empathie des fragiles que nous avons voulu incarner par la puissance de l’intime que permet le piano-voix.
GV : Pour moi le baroque c’est aussi un Ă©tat d’esprit de libertĂ©, que nous nous sommes autorisĂ©s dans cette relecture musicale inĂ©dite en dĂ©sobĂ©issant aux rĂšgles d’interprĂ©tations sur instruments anciens, mais aussi sur scĂšne en cassant les codes du rĂ©cital traditionnel.
TA : Et puis le baroque c’est le mouvement, ce que les changements d’humeur permanents du disque retranscrivent et que la danse de Jean-Claude Gallotta me permet d’incarner dans le spectacle, crĂ©ant des va-et-vient incessants entre chant et danse, entre corps et Ăąme.

 
 
 

Y a-t-il des éléments du programme que vous avez adaptés voire modifiés au cours du travail scénique ? Lesquels et pourquoi ?

TA : Sur scĂšne, le programme s’enrichit d’instrumentaux que je danse, sur des chorĂ©graphies crĂ©Ă©es sur-mesure par Jean-Claude Gallotta, en plus des mises en mouvement des piano-voix. AprĂšs, si le disque est construit comme une sĂ©rie d’instantanĂ©s, le spectacle raconte un crescendo vers l’intimitĂ© de l’humain : la setlist a donc Ă©tĂ© rĂ©organisĂ©e pour crĂ©er cette dramaturgie, tout en prenant en compte la fatigue que la performance chant et danse convoque. Par exemple : finir exsangue sur le erbarme dich sert l’état de dĂ©pouillement total de la fin du spectacle
 A l’inverse, les longues notes filĂ©es et tenues du Cum dederit n’étaient plus chantables pour moi aprĂšs 1h de performance : la piĂšce n’a donc pas Ă©tĂ© retenue pour le spectacle.
GV : Le jeu des tonalitĂ©s a Ă©galement guidĂ© l’ordre des piĂšces sur scĂšne, pour crĂ©er des continuum entre elles et faire monter la tension Ă©motionnelle de l’auditeur. Et puis nous nous amusons Ă  rajouter des intro et des outro, variations libres sur les thĂšmes de certains morceaux, oĂč lĂ  encore, l’enjeu n’est pas de restituer mais bien de faire vivre ces Ɠuvres les unes par rapport aux autres et de raconter une histoire porteuse de sens.

 
 
 

Propos recueillis en novembre 2018.

 
 
 

 
 
 

APPROFONDIR

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VIDEO ADN BAROQUE : piano, danse, chant / Haendel / Vivaldi:
http://smarturl.it/ADNBAROQUE?IQid=www.klarthe.com

 
 
 

LIRE aussi notre critique du cd ADN BAROQUE
ADN Baroque theophile alexandre guillaume vincent piano cd review critique cd par classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records). C’est une mise Ă  nu, au sens propre comme au sens figurĂ© : le chanteur pose nu sur le piano. Et dĂ©livre un chant brut mais millimĂ©trĂ© comme un diseur dans le lied ou la mĂ©lodie française. En blanc et noir, en une approche « radiographique », les deux artistes rĂ©gĂ©nĂšrent l’exercice du rĂ©cital lyrique. Le travail se concentre sur le relief intime, le souffle, l’intonation et la projection du verbe
 rĂ©pond Ă  ce souci du sens et de l’affect (un principe moteur dans l’esthĂ©tique baroque, en particulier Ă  l’opĂ©ra dont sont extraits maintes sĂ©quences ici), le piano, complice privilĂ©giĂ© pour cette exacerbation canalisĂ©e des passions humaines

CLIC D'OR macaron 200Les titres de chaque extrait sont parlants, porteurs d’un imaginaire psychologique dĂ©sormais essentiel car il est ici vĂ©cu et jouĂ© de façon viscĂ©rale : « l’oubli, la cĂ©lĂ©bration, l’ambition
 l’effroi, la colĂšre, l’abandon, les larmes, la liberté »  La palette est aussi large que l’implication des deux interprĂštes profonde, parfois grave, toujours intense. LIRE notre critique complĂšte ici :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-adn-baroque-alexandre-vincent-1-cd-klarthe-records/

 
 
 
 
 
 

CD événement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records)

ADN Baroque theophile alexandre guillaume vincent piano cd review critique cd par classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records). C’est une mise Ă  nu, au sens propre comme au sens figurĂ© : le chanteur pose nu sur le piano. Et dĂ©livre un chant brut mais millimĂ©trĂ© comme un diseur dans le lied ou la mĂ©lodie française. En blanc et noir, en une approche « radiographique », les deux artistes rĂ©gĂ©nĂšrent l’exercice du rĂ©cital lyrique. Le travail se concentre sur le relief intime, le souffle, l’intonation et la projection du verbe
 rĂ©pond Ă  ce souci du sens et de l’affect (un principe moteur dans l’esthĂ©tique baroque, en particulier Ă  l’opĂ©ra dont sont extraits maintes sĂ©quences ici), le piano, complice privilĂ©giĂ© pour cette exacerbation canalisĂ©e des passions humaines

Les titres de chaque extrait sont parlants, porteurs d’un imaginaire psychologique dĂ©sormais essentiel car il est ici vĂ©cu et jouĂ© de façon viscĂ©rale : « l’oubli, la cĂ©lĂ©bration, l’ambition
 l’effroi, la colĂšre, l’abandon, les larmes, la liberté »  La palette est aussi large que l’implication des deux interprĂštes profonde, parfois grave, toujours intense.

PIANO / VOIX SUPERLATIF

La rĂ©ussite est totale car l’intelligence du programme, c’est Ă  dire la succession des oeuvres proposĂ©es crĂ©e une dramaturgie qui saisit par l’intensitĂ© des climats intĂ©rieurs, la recherche permanente de ce que dit le texte, la volontĂ© d’exprimer l’introspection et la charge Ă©motionnelle de chaque air. C’est une traversĂ©e intime oĂč chaque Ă©pisode doit sa « vĂ©rité » au choix des compositeurs : les plus grands du XVIIĂš (Monteverdi, Purcell
) et du XVIIIĂš europĂ©en (JS Bach, Haendel, Vivaldi
).

21 airs, 21 sentiments de l’Ăąme… Belle idĂ©e en ouverture d’aborder le rĂ©cital par l’indicible langueur de Monteverdi (“Oblivion soave“
 extrait de L’Incoronazione di Poppea) dont le contre tĂ©nor ThĂ©ophile Alexandre exprime tout le vertige hallucinĂ© ; lui rĂ©pond un piano littĂ©ralement hypnotique du trĂšs pictural Guillaume Vincent 
 au toucher de rĂȘve : quel rĂ©gal dans des airs baroques oĂč l’on pensait que seuls comptaient la virtuositĂ© et le panache. Rien de tel ici tant la sincĂ©ritĂ©, l’intĂ©rioritĂ©, la prĂ©cision feutrĂ©e sont Ă©loquentes et remarquablement exprimĂ©es. On souhaiterait Ă©couter le pianiste dans un rĂ©cital seul chez Rameau ou Scarlatti

CLIC D'OR macaron 200Ecoutez ainsi comment le clavier installe un climat de balancement onirique, Ă  la scansion taillĂ©e comme un diamant, Ă  la fois percussif mais tendre (nouvel oxymore
 notion qu’apprĂ©cient les initiateurs de ce programme) pour l’air de l’hiver de Purcell (« cold song » / renommĂ© « l’effroi » – plage 6) ; mĂȘme franche Ă©mission et naturel vocal rĂ©jouissant, et d’une belle complicitĂ© dans le meilleur duo lyrique Ă  notre avis (avec la soprano Marion Tassou), Ă©pisode “Les larmes” : « son nata a lagrimar» de Haendel, oĂč les deux timbres s’enlacent et se rĂ©pondent en une dĂ©ploration aĂ©rienne, pudique et sobre.
Tout le programme relĂšve dans le chant, de ce souci de la nuance et de l’émission, sublimĂ© par un piano constamment enivrant.

EN CONCERT

Les amateurs de cette relecture rafraßchissante du Baroque lyrique le plus connu, retrouveront les deux artistes en tournée. PremiÚres dates à Paris, Athénée, les 22 et 23 octobre 2018.

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CD Ă©vĂ©nement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records) – durĂ©e : 1h13mn – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris

 
Programme / track listing

 

1. L’OUBLI  I  OBLIVION SOAVE, MONTEVERDI
2. LA CÉLÉBRATION  I  STRIKE THE VIOL, PURCELL
3. L’AMBITION  I  SARÒ QUAL VENTO, HAENDEL
4. L’ESPOIR  I  ALTO GIOVE, PORPORA
5. LE DÉSIR  I  PUR TI MIRO*, MONTEVERDI
6. L’EFFROI  I  COLD SONG, PURCELL
7. LA COLÈRE  I  GEMO IN UN PUNTO, VIVALDI
8. L’EMPATHIE  I  EJA MATER, VIVALDI
9. LA CANDEUR  I  LES SAUVAGES*, RAMEAU
10. LES TOURMENTS  I  AGITATA INFIDO FLATU, VIVALDI
11. LA FOI  I  CUM DEDERIT, VIVALDI
12. LES REGRETS  I  ERBARME DICH, BACH
13. LE PLAISIR  I  ONE CHARMING NIGHT, PURCELL
14. LA FIERTÉ  I  DOMERÒ LA TUA FIEREZZA, HAENDEL
15. LE JEU  I  PLACIDETTI ZEFFIRETTI**, PORPORA
16. LA LÉGÈRETÉ  I  PLACIDETTI ZEFFIRETTI***, PORPORA
17. LE DOUTE  I  IF LOVE’S A SWEET PASSION, PURCELL
18. LA VENGEANCE  I  OMBRA CARA, HAENDEL
19. LES LARMES  I  SON NATA A LAGRIMAR**, HAENDEL
20. L’ABANDON  I  DITE OHIMÈ, VIVALDI
21. LA LIBERTÉ  I  LASCIA CH’IO PIANGA, HAENDEL

VOIR le TEASER vidéo ADN BAROQUE :

Compte rendu, opéra. Théùtre des Bouffes du nord, le 21 novembre 2014. Puccini : Mimi, scÚnes de la vie de BohÚme. Frédéric VerriÚres, Bastien Gallet. Guilaume Vincent

DVD. Puccini: un sĂ©duisant Trittico (Opus Arte)Le soir tombe bien plus tĂŽt dans les brumes de novembre.  Paris s’enguirlande peu Ă  peu des phares et klaxons, mais au dessus de tout ce bouillonnement luisent les mansardes couronnĂ©es de zinc.  Ces tĂ©moins des heures famĂ©liques et inspirĂ©es des bohĂšmes d’hier, demeurent studieuses et souvent tout aussi prĂ©caires.  C’est au cƓur des spectres de Murger, entre le mĂ©tro aĂ©rien et les voies du Nord que le ThĂ©Ăątre des Bouffes du Nord a ouvert ses portes ce soir.  A l’affiche : « MIMI ». Une rĂ©verbĂ©ration vers ces ScĂšnes de la Vie de BohĂšme qui semblent demeurer encore et toujours dans l’ñme de Paris.  RĂ©solument moderne, la fantaisie lyrique de cette production fait intervenir Ă  la fois la musique contemporaine, la pop, le thĂ©Ăątre.  L’univers riche de la crĂ©ation au sens brut du terme.

 

 

Nouvelle « MIMI », une révolution lyrique et scénique

 

mimi-puccini-bouffes-du-nord-2014MIMI c’est d’abord l’articulation d’un mythe opĂ©ratique. Loin de l’hommage, du clin d’Ɠil simpliste, de la parodie superficielle, de la rĂ©Ă©criture sacrilĂšge, c’est une piĂšce Ă  l’état pur, une expĂ©rience forte d’une nouvelle Ă©nergie.  CrĂ©ation totale d’une Ă©quipe engagĂ©e et talentueuse, MIMI jaillit sur scĂšne comme un oriflamme d’une gĂ©nĂ©ration qu’on entend peu sur les scĂšnes conventionnelles.  La partition de FrĂ©dĂ©ric VerriĂšres est d’une grande inspiration. MĂȘme si ça et lĂ  des longueurs sont sensibles, le tout est d’une grande cohĂ©rence.  Nous sommes face Ă  une superposition d’ombres, de dentelles Ă  la fois dĂ©licieuses, mystĂ©rieuses, passionnĂ©es.  Les retours Ă  Puccini sont comme une ligne de crĂȘtes qui ponctuent le cours de l’intrigue sans se dĂ©naturer.  Un trĂšs beau travail de dialogue et de renouveau. Le livret de Bastien Gallet demeure assez intense, malgrĂ© des petits Ă©cueils de modernisme Ă  outrance qui n’apportent que du gag. La cohĂ©rence est maintenue malgrĂ© tout.

La mise en scĂšne de Guillaume Vincent retrace une intrigue qui met l’accent sur l’humanitĂ© des personnages. Le public s’identifie immĂ©diatement avec les uns ou les autres, et surtout quand on a vĂ©cu en papillon de nuit, ce parcours initiatique de la vie parisienne Ă©tudiante.  La jeunesse finalement se manifeste par un sol jonchĂ© de matelas qui reprĂ©senteraient le manque de repĂšres concrets, l’instabilitĂ© de la situation des apprentis artistes. Ces mĂȘmes matelas sont la pyramide funĂ©raire qui avale Mimi Ă  la fin de la piĂšce, comme une victime inerte de la prĂ©caritĂ© et de la passion.

L’ensemble Court-circuit prĂ©cis et multicolore, Ă©tonnant de nuances dans les pages pucciniennes, est menĂ© par un Jean Deroyer plutĂŽt engagĂ©. Une phalange musicale qui offre la part belle aux cuivres et aux bois pour offrir une ambiance lisse et racĂ©e, entre le brass band et l’harmonie.  Parfois d’une inquiĂ©tante sobriĂ©tĂ©, Court-circuit nous porte vers une musique aux contours saillants, Ă  la brutalitĂ© subtile qui ponctue notre temps.

Le cast est dominĂ© par la figure enflammĂ©e de CamĂ©lia Jordana. TransfigurĂ©e d’idole pop Ă  « cousette » tendance, CamĂ©lia Jordana nous rĂ©vĂšle la fragilitĂ©, l’insouciance insolente de cette Mimi Ă  double tranchant.  Elle est tour Ă  tour une silhouette et une flamme, une idĂ©e et une sensation.  HabituĂ©s Ă  des Mimi martyrs,  CamĂ©lia Jordana nous secoue avec efficacitĂ© et passion dans une Mimi terriblement fĂ©minine, belle Ă  s’y brĂ»ler. VĂ©ritable Ă©gĂ©rie de la rĂ©volution lyrique, que la musique contemporaine ne la quitte plus, nous en redemandons.  D’ailleurs elle nous a propulsĂ©s vers le paroxysme de l’émotion avec sa derniĂšre scĂšne,  dans une subtilitĂ© d’approche, une mort symbolique et bouleversante, un souffle coupĂ© et la force du silence qu’elle a rĂ©ussi Ă  cueillir en un soupir.

Face Ă  elle une Ă©quipe lyrique de grande qualitĂ© avec une Mimi 2 lyrique, incarnĂ©e avec Ă©motion et un panache absolu par Judith Fa. Une Musette espiĂšgle et truculente campĂ©e par la libertine Pauline Courtin. Le Marcel enthousiasmant de jeunesse et d’élĂ©gance de Christophe Gay, courtise en permanence les difficultĂ©s de la double partition sans y succomber.  Christian Helmer demeure trop juste nĂ©anmoins, il se rĂ©vĂšle un Rodolphe un brin terne, la voix est belle mais pas de flamme.

Personnage ajoutĂ© par le livret, mais d’une richesse extraordinaire c’est la Comtesse Geschwitz de Caroline Rose.  Spectaculaire dans ses scĂšnes de dĂ©bauche et dĂ©bordant de comique dĂ©cadent. A la lisiĂšre des hĂ©roĂŻnes d’Otto Dix,  Caroline Rose aurait pu rĂ©veiller les parfums subtils de Marlene Dietrich au milieu des ocĂ©ans passionnants de Puccini et de VerriĂšres. Caroline Rose nous rĂ©vĂšle une actrice et une chanteuse enthousiasmante.

Comment dĂ©crire une rĂ©volution ? Si la comparaison est hors sujet, le sort voulut que MIMI cohabite Ă  Paris avec une reprise sempiternelle de la trĂšs sage BohĂšme de Puccini. Mais l’avenir est en marche,  MIMI sonne le glas du spectacle lyrique des tenants de la convention.  Que le public de Paris prenne position, aprĂšs MIMI rien ne sera comme avant.

Compte rendu rédigé par notre envoyé spécial Pedro-Octavio Diaz

 

 

 

 

Compte rendu, opéra. Théùtre des Bouffes du nord, le 21 novembre 2014. Puccini : Mimi, scÚnes de la vie de BohÚme. Spectacle librement inspiré de La BohÚme de Giacomo Puccini Frédéric VerriÚres (partition), Bastien Gallet (livret). Guillaume Vincent. Avec :

Camélia Jordana (Mimi 1)

Judith Fa ( Mimi 2)

Pauline Courtin (Musette)

Christophe Gay (Marcel)

Christian Helmer (Rodolphe)

Caroline Rose (La comtesse Geschwitz)

Ensemble Court-circuit. Jean Deroyer, direction

Mise en scÚne : Guillaume Vincent