ISIS de Lully

PARIS, TCE, ven 6 dĂ©c 2019, 19h30. En version de concert, l’un des opĂ©ras les moins connus de Lully et pourtant l’un des mieux Ă©crits… qui d’ailleurs ne devrait pas s’appeler ISIS mais IO, la nymphe aimĂ©e de Jupiter et qui dĂ»t Ă©prouver la haine jalouse et donc la sadisme de Junon, l’Ă©pouse officiel du Dieu des Dieux. A travers son prĂ©texte mythologique, la partition Ă©gratigne quelques protagonistes de la Cour de Louis XIV dont surtout la favorite en titre, La Montespan qui se reconnut Ă©videmment dans le rĂŽle infect de Junon et … obtint du Roi pour se venger l’exil du poĂšte librettiste Quinault. Le TCE Ă  Paris affiche une version de concert d’un ouvrage majeur de Lully qui avant Rameau au XVIIIĂš (dans son dernier opĂ©ra Les BorĂ©ades de 1764), met en scĂšne la folie amoureuse, la haine divine et la torture…

LIRE ici notre critique du cd ISIS de Lully dont la distribution est celle du spectacle parisien : ISIS de LULLY par Les Talens Lyriques

LULLY isis ROUSSET critique cd opera classiquenewsCD, critique.LULLY : ISIS / Io. Talens Lyriques, Ch Rousset (2 cd APARTE – juil 2019). AprĂšs Bill Christie et Hugo Reyne, tous d’eux ayant diffĂ©remment rĂ©ussi leur propre lecture d’Atys(respectivement en 1987 et 2009), sommet de l’éloquence et du sentiment XVIIĂš, Les Talens lyriques et leur chef Christophe Rousset poursuivent une sorte d’intĂ©grale des opĂ©ras de Lully chez ApartĂ©. Un dĂ©fi redoutable et un courage immense
 tant les plateaux sont difficiles Ă  rĂ©unir, et le rĂ©pertoire toujours Ă©cartĂ© des scĂšnes lyriques. Qui programme aujourd’hui le Florentin anobli / naturalisĂ© par Louis XIV ? On s’étonne d’une telle situation, qui d’ailleurs vaut pour le baroque en gĂ©nĂ©ral : mĂȘme Rameau, le plus grand gĂ©nie dramatique et orchestral du XVIIIĂš peine Ă  dĂ©fendre sa place Ă  chaque saison nouvelle, en particulier Ă  l’OpĂ©ra de Paris. Que l’on ne nous parle pas d’équilibre et de diversitĂ© des programmations. Le Baroque est de moins en moins jouĂ© au sein des thĂ©Ăątres d’opĂ©ras en France. Donc rĂ©jouissons nous de ce nouvel opus Lully par Ch Rousset.

Pourtant, soit qu’il soit question de la prise ou de l’économie du geste gĂ©nĂ©ral, la petitesse du son ne cesse ici d’interroger : on sait que les effectifs requis pour les crĂ©ations devant la Cour et le Roi, ne craignaient pas l’ampleur ; d’ailleurs toutes les gravures le reprĂ©sente : l’orchestre Ă©tait plĂ©thorique. Ce qui laisse imaginer un tout autre son Ă  l’époque
 Pourquoi alors ce format sonore si Ă©troit et serrĂ©, d’autant que le traitement final souhaitĂ© lisse tout relief. Pas d’aspĂ©ritĂ©, ni de timbres dĂ©finis: un juste milieu qui attĂ©nue toute disparitĂ© et tend Ă  unifier la globalitĂ© vers une uniformitĂ© dĂ©sincarnĂ©e. S’agirait-il alors d’une autre raison ? La vision propre au chef qui en phrases courtes, certes prĂ©cises mais systĂ©matiques jusqu’à la mĂ©canique, sonne sĂšche ; des tempos parfois trĂšs prĂ©cipitĂ©s soulignent une lecture nerveuse
 et finalement dĂ©vitalisĂ©e. Voici un Lully Ă©troit et mĂ©canisĂ© qui manque singuliĂšrement d’ampleur, de souffle, de respiration. Tout ce qu’ont apportĂ© et cultivĂ© autrement et par un orchestre et un continuo plus palpitant, les prĂ©cĂ©dents dĂ©jĂ  citĂ©s : Christie et Reyne. Pas sĂ»r que les dĂ©tracteurs et critiques d’un Lully trop affectĂ©, sophistiquĂ©, et finalement artificiel, ne changent d’avis aprĂšs Ă©coute de cet album. Lire la critique complĂšte d’ISIS de Lully par Les Talens Lyriques

Compte-rendu critique. OpĂ©ra. BEAUNE, LULLY, Isis, 12 juillet 2019. Les Talens lyriques, ChƓur de Chambre de Namur, C Rousset.

Compte-rendu critique. OpĂ©ra. BEAUNE, LULLY, Isis, 12 juillet 2019. Orchestre Les Talens lyriques et chƓur de Chambre de Namur, Christophe Rousset. Christophe Rousset poursuit, Ă  Beaune, son cycle Lully, avec l’une des partitions les moins jouĂ©es et les plus riches musicalement du compositeur. Une distribution qui frise l’idĂ©al et un orchestre Ă  son meilleur. On se frotte les mains, l’opĂ©ra est dĂ©jĂ  en boĂźte.

Isis brillamment ressuscité

lully_portrait_mignard_lebrunOn pouvait entendre le cĂ©lĂšbre chƓur des trembleurs dans la belle anthologie qu’Hugo Reyne avait consacrĂ© Ă  La Fontaine, avant que le chef ne l’enregistre pour son propre cycle dĂ©diĂ© Ă  Jean-Baptiste Lully. Nul doute que la lecture de Christophe Rousset, Ă  en juger par le magnifique concert bourguignon, se hissera au sommet de la bien maigre discographie de ce chef-d’Ɠuvre. La cinquiĂšme tragĂ©die lyrique du Florentin passa Ă  la postĂ©ritĂ© sous le nom d’« opĂ©ra des musiciens », prĂ©cisĂ©ment en raison de l’opulence et du raffinement de la partition. Outre le chƓur des Peuples des climats glacĂ©s, dont on connaĂźt la fortune, l’Ɠuvre compte moult merveilles, de la plainte de Pan, dans le mĂ©tathĂ©Ăątre du 3e acte, la superbe descente d’Apollon au Prologue, la scĂšne onomatopĂ©ique des forges des Chalybes, ou encore le trio des Parques dans la scĂšne conclusive de l’opĂ©ra. On rĂȘve toujours Ă  une version scĂ©nique de cette Ɠuvre moins riche en pĂ©ripĂ©ties que les autres tragĂ©dies lyriques : le merveilleux baroque se nourrit aussi des effets visuels des machines et des costumes qui participent Ă  la stupeur quasi constante du spectateur.
La distribution rĂ©unie dans la chaleur moite de la CollĂ©giale Notre-Dame est proche de l’idĂ©al. On pourrait regretter qu’étant donnĂ© le nombre Ă©levĂ© de personnages, les interprĂštes, qui endossent plusieurs rĂŽles, ne parviennent pas toujours Ă  les bien diffĂ©rencier, mais la plupart sont relativement secondaires. Le rĂŽle-titre est magnifiquement incarnĂ© par Ève-Maud Hubeaux qui, par la prĂ©sence, l’engagement dramatique et la couleur de la voix, a la grĂące touchante d’une VĂ©ronique Gens : Ă©locution idoine et projection solidement charpentĂ©e sont des qualitĂ©s Ă©galement distribuĂ©es ; on les retrouve chez Cyril Auvity, merveilleux Apollon Ă  la voix cristalline, d’une fluiditĂ© et d’une puretĂ© qui forcent le respect, capable de pousser la voix dans les moments de dĂ©pit, sans perdre une once de son Ă©loquence maĂźtrisĂ©e. En Jupiter et Pan, Edwin Crossley-Mercier dispense toujours la mĂȘme Ă©lĂ©gance vocale ; si la voix semble parfois un peu Ă©touffĂ©e, la diction est en revanche impeccable ; il est un Jupiter trĂšs crĂ©dible dans sa duplicitĂ© avec Junon, et la dĂ©ploration de Pan au 3e acte est l’un des moments bouleversants de la soirĂ©e. Philippe EstĂšphe, entre autres en Neptune et Argus, est une trĂšs magnifique rĂ©vĂ©lation : un timbre superbement ciselĂ©, un art de la dĂ©clamation trop rare : dans l’acoustique par trop rĂ©verbĂ©rĂ©e de la Basilique, pas une syllabe ne s’est perdue dans les volutes romanes du bĂątiment. MĂȘmes qualitĂ©s chez le tĂ©nor Fabien Hyon, Mercure espiĂšgle et dĂ©cidĂ© : les quelques duos avec Cyril Auvity ont provoquĂ© une rare jouissance vocale qu’on aurait souhaitĂ© voir se prolonger. Chez les hommes, le seul point noir est le HiĂ©rax d’Aimery LefĂšvre : la voix est lĂ , le timbre n’est pas dĂ©sagrĂ©able, loin s’en faut, mais ces belles compĂ©tences sont gĂąchĂ©es par une diction engorgĂ©e : on a peinĂ© Ă  suivre sa dĂ©clamation, si essentielle dans le thĂ©Ăątre du XVIIe siĂšcle. Aucun faux-pas chez les autres interprĂštes fĂ©minines : la Junon de BĂ©nĂ©dicte Tauran, d’une faconde elle aussi impeccable et qui ne tombe pas dans le piĂšge de la colĂšre excessive : la tragĂ©die lyrique doit, Ă  tout instant, rester une Ă©cole de rhĂ©torique, et les interprĂštes l’ont bien compris : la mezzo moirĂ©e d’Ambroisine BrĂ© s’y soumet avec Ă©lĂ©gance, dans ses deux rĂŽles (principaux) d’Iris et de Syrinx, tandis que les deux nymphes de Julie Calbete et Julie Vercauteren (superbe duo), complĂštement avec rĂ©ussite cette trĂšs belle distribution.
On saluera une nouvelle fois les nombreuses et excellentes interventions du ChƓur de Chambre de Namur ; Ă  la direction, Christophe Rousset anime les forces alliciantes et roboratives des Talens lyriques, avec une passion raisonnĂ©e : la prĂ©cision des tempi est toujours au service de l’éloquence du geste et de la parole, et dans ce rĂ©pertoire, il est dĂ©sormais passĂ© maĂźtre.

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Compte-rendu. Beaune, Festival d’OpĂ©ra Baroque et Romantique, Lully, Isis, 12 juillet 2019. Ève-Maud Hubeaux (Thalie, Io, Isis), Cyril Auvity (Apollon, 1er Triton, Pirante, Erinnis, 2e Parque, 1er Berger, La Famine, L’Inondation), Edwin Crossley-Mercier (Jupiter, Pan), Philippe EstĂšphe (Neptune, Argus, 3e Parque, La Guerre, L’Incendie, Les Maladies violentes), Aimery LefĂšvre (Hierax, 2e Conducteur de Chalybes), Ambroisine BrĂ© (Iris, Syrinx, HĂ©bĂ©, Calliope, 1Ăšre Parque), BĂ©nĂ©dicte Tauran (Junon, La RenommĂ©e, MycĂšne, MelpomĂšne), Fabien Hyon (2e Triton, Mercure, 2e Berger, 1er Conducteur de Chalybes, Les Maladies languissantes), Julie Calbete et Julie Vercauteren (Deux Nymphes), Orchestre Les Talens lyriques, ChƓur de chambre de Namur, Christophe Rousset (direction).

CD, Ă©vĂ©nement, critique. SAINT-SAËNS : Ascanio, 1890 (Tourniaire, 3 cd B records, / GenĂšve, 2017)


ASCANIO critique cd annonce review par classiquenews St-Saens-ASCANIO-parution
CD, Ă©vĂ©nement, critique. SAINT-SAËNS : Ascanio, 1890 (Tourniaire, 2017, 3 cd B records)
. Le label B-records crĂ©e l’évĂ©nement en octobre 2018 en dĂ©diant une Ă©dition luxueuse Ă  l’opĂ©ra oubliĂ© de Saint-SaĂ«ns, Ascanio, crĂ©Ă© en mars 1890 Ă  l’OpĂ©ra de Paris. C’est aprĂšs le grand opĂ©ra romantique fixĂ© par Meyerbeer au milieu du siĂšcle, l’offrande de Saint-SaĂ«ns au genre historique, et comme les Huguenots de son prĂ©dĂ©cesseur (actuellement Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille), un ouvrage qui s’inscrit Ă  l’époque de la Renaissance française sous la rĂšgne de François Ier, quand le sculpteur et orfĂšvre Benvenuto Cellini travaillait pour la Cour de France. Saint-SaĂ«ns sait traiter la fresque lyrique avec un sens maĂźtrisĂ© de la couleur et de la mĂ©lodie : d’autant que, au moment oĂč il fait reprĂ©senter Ascanio, le genre, objet de critiques de plus en plus sĂ©vĂšres, se cherche une nouvelle forme, capable de prĂ©senter une vĂ©ritable alternative au wagnĂ©risme ambiant. AprĂšs Etienne Marcel (1879), Henri VIII ( 1883), Ascanio revitalise un sujet français et historique, tout en prenant rĂ©fĂ©rence au Benvenuto Cellini de Berlioz qui a prĂ©cĂ©dĂ© et dont lui aussi, la carriĂšre Ă  l’OpĂ©ra sera brĂšve.

 
 
 

Ascanio 1890
L’opĂ©ra romantique historique version Saint-SaĂ«ns

 
 
 

saint saens camille portrait pour classiquenews camille-saint-sans-1Pourtant, la partition recĂšle une tentative raffinĂ©e de cultiver le style français, en particulier dans les divertissements donnĂ©s par François Ier Ă  Charles Quint son cousin, pour lesquels citent de rĂ©els motifs mĂ©lodiques du XVIĂš et que Saint-SaĂ«ns enrichit selon sa propre sensibilitĂ©. Pour autant, sous le masque et le decorum d’un grand opĂ©ra romantique renaissant, Ascanio est surtout un drame amoureux oĂč Saint-SaĂ«ns traite toutes les nuances du sentiments amoureux et du dĂ©sir, jusqu’au sacrifice ultime
 grĂące en particulier Ă  la diversitĂ© des relations amoureuses qui se trament pendant l’action : dĂ©sir de la duchesse d’Etampes pour le jeune et bel apprenti de Cellini, Ascanio. Amour d’Ascanio pour Colombe d’Estourville. DĂ©sir de Cellini pour la mĂȘme Colombe, alors qu’il est en relation avec sa maĂźtresse et modĂšle en titre, la si dĂ©sirable (et si jalouse) Scozzone


Jamais Saint-SaĂ«ns n’a semblĂ© mieux inspirĂ© par la lyre amoureuse que dans Ascanio. Dont il fait une sorte d’écho aux vertiges Ă©rotiques de 
 Samson et Dalila. En rĂ©ponse Ă  tant d’élans amoureux, le stratagĂšme de la Duchesse (maĂźtresse de François Ier) se rĂ©vĂšle aussi barbare qu’abject, suscitant la mort de Scozzone victime sacrificielle Ă  la hauteur d’une Gilda (Rigoletto de Verdi).
 
 
 

chef d’oeuvre intimiste et postwagnĂ©rien

 
 
 
ComposĂ© Ă  Alger, et créé  en 1890 Ă  l’opĂ©ra de Paris, Ascanio est le 7Ăšme ouvrage lyrique du compositeur et une nouvelle lecture personnelle de l’histoire de France, une sorte de clin d’oeil aux Huguenots de son prĂ©dĂ©cesseur Meyerbeer (1836) mais a contrario du torrent de terreur qui marque l’ouvrage de Meyerbeer, Saint-Saens prend prĂ©texte d’un Ă©pisode antĂ©rieur, pour aborder en nuances subtiles, toutes les teintes mordorĂ©es d’Eros, sous le rĂšgne de François Ier soit l’annĂ©e 1534 quand Meyerbeer et son pessimisme viscĂ©ral choisissent l’annĂ©e du massacre de la saint BarthĂ©lemy soit 1572 (avec tableaux collectifs fracassants qui atteignent considĂ©rablement l’idylle fragile, tĂ©nue nĂ©e entre le Huguenot Raoul et la catholique Valentine).
Par son sujet et la prĂ©sence du sculpteur Cellini,  Saint-SaĂ«ns se rĂ©fĂšre aussi directement Ă  l’opĂ©ra Benvenuto Cellini de Berlioz premier opĂ©ra romantique historique, plus proche d’un thĂ©Ăątre intimiste avec grandes pages purement symphoniques (et dialogues parlĂ©s qui ralentissent l’action) que vĂ©ritable Grand OpĂ©ra Ă  la française.
Pour incarner cette poĂ©tique amoureuse surtout fĂ©minine Saint-SaĂ«ns imagine un somptueux trio de chanteuse, chacune Ă©tant finement caractĂ©risĂ©e dĂ©jĂ  sur le plan des timbres et tessitures. Colombe est un soprano lĂ©ger; Scozzone, la maĂźtresse jalouse de Cellini, un ample et charnel contralto, la soeur de Dalila ; quand la figure hautaine et cruelle de le duchesse d’Étampes, est confiĂ©e Ă  une mezzo dramatique.
Pilote exemplaire de cette rĂ©surrection, Guillaume Tourniaire rĂ©tablit cette Ă©chelle des tessiture comme il restitue la version originelle de l’opĂ©ra tel qu’il a Ă©tĂ© conçu par Saint-SaĂ«ns, c’est Ă  dire en 7 tableaux. L’invention et cette volontĂ© de coller Ă  l’histoire, en respectant le style de la Renaissance se lit clairement Ă  l’acte III ou Saint-SaĂ«ns prolonge l’entente entre François Ier et l’empereur par un ballet qui cite les airs et rythmes des musiques du XVI Ăšme qu’il a pu compiler et rĂ©adapter Ă  partir de ses recherches Ă  la bibliothĂšque nationale. Le pastiche nĂ©o renaissance voisine avec Massenet quand ce dernier parodiait le style Grand SiĂšcle dans l’acte de l’opĂ©ra de sa Manon. Saint-SaĂ«ns excelle dans ce ballet en une orchestration suave et raffinĂ©e  qui reprĂ©sente entre autres Apollon Phoebus Ă  la lyre, cĂ©lĂ©brant la encore le dĂ©sir et son accomplissement amoureux, aux cĂŽtĂ©s d’Amour et de PsychĂ©. Saint-SaĂ«ns est un contemplatif sensuel et il le montre idĂ©alement dans ce passage hautement caractĂ©risĂ© en 12 Ă©pisodes (peut ĂȘtre moins dans les intermĂšdes extrĂȘmes « entrĂ©e » et « apothĂ©ose » (final), au style ronflant et plutĂŽt pompier, Ă©poque oblige.

Enfin dans le dernier tableau, le compositeur se montre fin dramaturge capable de gĂ©rer l’action lyrique en un prĂ©cipitĂ© tragique Ă  l’issue… sanglante et sacrificielle. Dans la chĂąsse relique monumentale ciselĂ©e par l’orfĂšvre Cellini git le corps asphyxiĂ© de sa maĂźtresse trop jalouse mais qui contre le plan de d’Etampes, sauve in extremis la jeune innocente Colombe.

Le frĂ©missement Ă©motionnel est exprimĂ© chacun selon son tempĂ©rament par les interprĂštes: la sincĂ©ritĂ© de l’amoureuse Scozzone, Ă©tonnante figure et trĂšs convaincante car idĂ©alement intelligible aux couleurs fauves (la jeune voix d’Eve-Maud Hubeaux) ; l’orgueil blessĂ© et haineux, d’une Duchesse outragĂ©e, maladivement jalouse et vaniteuse (charnelle et sinueuse Karina Gauvin); autour des fĂ©lines endiablĂ©es, radicales, les hommes sont presque trop lisses et fragiles (dans la conception pas dans le chant) mais le caractĂšre qu’insufflent les chanteurs, savent Ă©paissir et approfondir chacun leur personnage d’autant que tous savent articuler un français impeccable qui renforce le relief et l’acuitĂ© des situations : Bernard Richter fais un tendre Ascanio sans affectation et Jean François Lapointe rehausse l’humanitĂ© du gĂ©nĂ©reux et passionnĂ©e Cellini, lion mais surtout cƓur compatissant qui doit s’incliner devant l’amour partagĂ© de son aide et principal assistant, Ascanio. Le baryton canadien quĂ©bĂ©cois Jean-François Lapointe, comme sa consoeur Gauvin confirme l’excellence et la permanence d’une somptueuse Ă©cole du chant francophone outre Atlantique.

À Guillaume Tourniaire revient le mĂ©rite immense d’avoir rĂ©aliser la production de la version originale complĂšte d’un opĂ©ra majeur d’un SAint-SaĂ«ns Ă  la fois sensuel et amoureux dont le gĂ©nie sait acclimater le wagnĂ©risme de son temps en une langue au verbe intimiste, Ă  la sensualitĂ© Ă  peine rentrĂ©e, qui rappellent Ă  bien des Ă©gards le dramatisme de Massenet. InterprĂ©tation impeccable. RĂ©vĂ©lation majeure. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’Automne 2018.
 
 
 

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Redécouverte majeure grùce au disque. Parution annoncée le 12 octobre 2018. Guillaume Tourniaire, direction. Enregistrement réalisé à GenÚve en nov 2017, restitution du manuscrit original et complet (7 tableaux) de 1888.

Distribution
Jean-François Lapointe – Bernard Richter – Ève-Maud Hubeaux – Jean Teitgen – Karina Gauvin – ClĂ©mence Tilquin – JoĂ© Bertili – Mohammed Haidar – Bastien Combre – Maxence Billiemaz– RaphaĂ«l Hardmeyer – Olivia Doutney‹Choeur de la Haute Ă©cole‹de musique de GenĂšve‹Choeur du Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve‹Orchestre de la Haute Ă©cole de musique de GenĂšve
+ d’infos sur le site du label B records

http://www.b-records.fr

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