CUENCA (Espagne), Festival de musique sacrée. Auditorio, le 24 mars 2016 : Messe en si mineur de JS BACH. Les Arts Florissants, William Christie

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55BACH by BILL. Compte rendu, CUENCA (Espagne, Castilla-La Mancha). 55ème Festival de musique religieuse, Auditorio, jeudi 24 mars 2016. JS BACH : Messe en si mineur. Les Arts Florissants, William Christie. Sommet musical à Cuenca. On l’attendait impatiemment, cette nouvelle lecture de la Messe en si de Bach par William Christie. C’est absolument le bon timing pour le chef fondateur des Arts Florissants. Une première d’autant plus attendue à Cuenca, pour le festival de musique religieuse que le concert inaugure une tournée désormais marquante dans l’histoire de l’Ensemble qui passera par Paris (Philharmonie, ce 26 mars soit demain) puis Versailles (Chapelle royale), avant les autres dates dont à nouveau l’Espagne, à Barcelone en juin prochain.
Immédiatement ce qui frappe c’est l’énergie juvénile que Bill insuffle à son orchestre d’une formidable ductilité expressive et aux chanteurs formant le choeur des Arts Florissants. La vitalité du geste sait être détaillée, analytique sans omettre la profondeur et la justesse des intonations, ce pour chaque séquence. Il en découle une vision architecturale d’une clarté absolue qui éclaire d’une lumineuse façon toute la structure de l’édifice ; comme s’il s’agissait d’en souligner la profonde unité, l’irrésistible cohérence, alors qu’il s’agit d’un cycle que Bach a conçu sur 25 ans, sans concevoir a priori la fabuleuse totalité que nous saluons aujourd’hui.

Dans la Messe en si mineur de Bach, les Arts Florissants signent une lecture jubilatoire, ardente et juvénile,

Bouleversant Bach de Bill

Messe en si de Bach par William ChristieParmi les joyaux de cette réalisation, soulignons l’éblouissante compréhension de la Messe dans sa globalité, comme l’intelligence des enchaînements des séquences solistiques, chorales, instrumentales… car si l’on prend presque toutes les entrées des arias, ce sont les instruments (flûtes, hautbois d’amour, violon…) qui sont aux côtés des chanteurs, particulièrement exposés. Sous la direction de William Christie, les vertigineux contrastes d’un épisode l’autre, se révèlent avec une acuité dramatique exceptionnelle ; chaque choeur d’une exultation jubilatoire, affirme le sentiment d’avoir franchi un seuil dans l’ascension de la montagne. Peu à peu, chaque épisode choral marque les jalons d’une élévation collective, – gradation d’une ascension, emportant musiciens et public, en un continuum ininterrompu de près d’1h30mn.
Le Kyrie initial affirme l’ampleur de la vision à la fois “sereine et généreuse” pour reprendre les mots du Maestro ; et ce sentiment de solennité est enrichi par la profondeur et un souffle irrépressible. Puis les choeurs (Gloria in excelsis Deo, avec l’éclat de la trompette ; Gratias agimus tibi ; Cum Sancto Spiritu…) affirment l’avancée de l’assemblée des croyants : tout un monde nouveau, éblouissant les attend au sommet des cimes évoquées. Maître des contrastes, Bill cisèle l’expressivité mordante des solos, en particulier, à l’inquiétude tenace du contre-ténor (premier air : Qui sedes), la certitude bienheureuse du croyant dans la joie incarnée par la basse (air qui suit immédiatement : Quoniam tu solus Sanctus). Ces contrastes -magnifiquement enchaînés-, relèvent d’une maîtrise absolue de l’éloquence, mais aussi, qualité davantage explicite chez le fabuleux choeur, celle d’une exceptionnelle intelligibilité : maître de la déclamation française, William Christie se distingue plus encore chez Bach, par un souci inouï du texte dont on comprend et saisit chaque mot ; d’ailleurs le travail du choeur est l’autre point fort d’une approche inoubliable : le chef mélange les chanteurs, comme un peintre, sur sa palette, obtenant des couleurs, des accents, des combinaisons d’une étonnante activité linguistique. C’est tout d’un coup l’armée des chérubins qui fourmille dans un ciel miséricordieux, une nuée scintillante et linguistiquement miroitante dont le raffinement n’avait jamais atteint à ce degré de finesse comme d’élégance. Autre temps fort de la Messe, le surgissement de la mort, après le duo Et in unum Dominum Jesum Christum (du Credo) : sur les mots : “Crucifixus etiam pro nobis”, le choeur fait basculer le cycle dans la gravité lugubre, un gouffre noir et sombre sans lumière s’ouvre à nos pieds : dépression collective, amertume imprévue, inquiétude et angoisse… L’impact est foudroyant et la justesse du geste, irrésistible.
L’ensemble des solistes reste convaincant, mais c’est essentiellement la parure orchestrale, la très haute tenue de chaque soliste instrumental (palmes spéciales à la corniste qui accompagne la basse dans le premier air déjà cité) qui convainc. Le choeur est l’autre protagoniste clé de cette réalisation exemplaire : l’exaltation, la justesse, l’articulation, l’élan général qui convoque l’assemblée des croyants s’imposent à nous sans artifice. Et d’une rayonnante ivresse juvénile.
Quant au maestro, son engagement à défendre l’universalité de la partition (d’une vérité oecuménique), sa profonde poésie comme son dramatisme hautement expressif… tout s’accordent à ciseler une lecture essentiellement cohérente et unitaire. Sans omettre nous le soulignons un art remarquable des enchaînements dont la succession des Qui tollis peccatis (grave et intérieur), Qui sedes (pour haute contre), enfin Quoniam tu solus Sanctus (basse) surprend par la ductilité des passages ; un lien d’une indéfectible plasticité reliant les épisodes l’un à l’autre, comme s’il s’agissait des volets d’un même et seul retable. Tour à tour, l’auditeur passe de l’interrogation profonde à l’exultation contagieuse en une continuité bouleversante par sa sincérité. L’expérience est exaltante et mémorable ; elle a fait l’événement à Cuenca ; en fin de concert, le public conquis a réservé une ovation légitime et tenace au formidable ensemble des Arts Florissants. C’est en effet le grand retour de William Christie à Cuenca, depuis plus de 10 années. Programme en tournée (Paris, Philharmonie le 26 mars 2016 ; Versailles,  Chapelle royale, le 27 mars ; Barcelone, le 16 juin ; Leipzig, le 19 juin…), à ne pas manquer. Voir les dates sur le site des Arts Florissants.

Compte rendu, concert. CUENCA (Espagne), 55ème Festival de musique religieuse. Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232. Katherine Watson, Tim Mead (contre-ténor), Reinoud van Mechellen (ténor), André Morsch (basse). Les Arts Florissants (Choeur et Orchestre). William Christie, direction

CUENCA, le quotidien du Festival 2016

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55CUENCA (Espagne). Le Quotidien du 55ème Festival de musique sacrée.  Retrouvez ici chaque jour, l’actualité du premier festival de musique sacré en Espagne, le temps de notre séjour 2016, soit 4 jours, les 22, 23, 24 et 25 mars 2016. Nous revoici à Cuenca, perle architecturale de la province de Castilla La Mancha, écrin rêvé, aux contours inédits, posé sur son rocher et qui accueille cette année pas moins de 16 concerts, chacun fruit d’une programmation musicale particulièrement choisie, réfléchie, conçue par la directrice artistique Pilar Tomas dont l’intelligence accorde le génie des lieux à un choix de partitions souvent remarquable. Le rythme des concerts (pas plus de deux par jour), la situation des programmes qui investissent les nombreuses églises de la cité historique, sans omettre le vaste Auditorio qui accueille les grands concerts sacrés font de Cuenca, l’un des festivals de musique sacré les plus singuliers et mémorables d’Europe.

 

 

ESPAGNE, Castilla La Mancha : festival de Cuenca 2016De surcroît pendant la Semaine Sainte, où les processions se succèdent jour après jour, l’offrande musicale s’intensifie, tient le festivalier en haleine. Les lieux font le festival : même Salzbourg ne dispose pas d’une telle diversité de lieux en un site aussi resserré. Certes il faut avoir les genoux bien accrochés et tenir le rythme c’est à dire monter et descendre les rues pavées, étroites  ; quitter une chapelle ou la cathédrale puis descendre vers l’Auditorio, découvrir la sublime église San Miguel ou les rayonnages quasi abstraits qui forment l’abside de La Merced, la plupart des bâtiments offrant une vue inouïe alentour… Sans omettre les hôtels perchés sur le rocher donnant directement sur les collines environnantes;  sculptées, aux formes organiques tels que le peintre Patinir les a peint à sa façon : un paysage minéral et naturel d’une beauté à couper le souffle. Voilà qui compose le cadre du festival sacré de Cuenca. Pour cette 55ème édition, le Festival de Cuenca met à l’honneur l’Allemagne, avec l’ensemble Vocalconsort Berlin, en résidence.

 

 

Toutes les infos sur le Festival de Cuenca 2016 (Espagne) / 55è édition de la SMR, Semana de Musica Religiosa de Cuenca / Du 19 au 27 mars 2016

 

 

CONCERTS événements à ne pas manquer :

 

Vendredi 25 mars, VENDREDI SAINT
Espacio Torner, 12h

Leipzig Quartet
Beethoven : Quatuors opus 133, opus 131
Kurtag : Officium breve opus 28

20h30, Auditorio
Récital Scarlatti, Vivaldi et Ferrandini (ll pianto di Maria)
Ann Hallenberg, mezzo soprano
The English Concert / Harry Bicket, direction

 

Concerts déjà vus, sujets d’un prochain compte rendu :

Premier soir, mardi 22 mars 2016, premier concert lors de notre séjour. Spectacle dramatique et musical inspiré par le texte de Cervantès, La Conquête de Jerusalem par Godefroy de Bouillon, réalisation sous la direction artistique de Juan Sanz. Les musiques de Francisco Guerrero, Mateo Flecha, Juan del Enzima rythment le drame médiéval, véritable geste sacré. En terre espagnole où le Reconquista a tant marqué l’histoire locale, entendre par exemple le Muezzin sur les remparts de Jerusalem prend un tour frappant… C’est une immersion dans l’écriture dramatique de Cervantes, dans une réalisation très fluide et vivante où la musique (c’est notre seule réserve) reste confinée à un rôle de pure illustration fugace, d’intermède entre deux tableaux, de mise en contexte en séquances trop courtes. On aurait imaginé une pantomime musical pour le dernier combat (tragique) entre le chrétien Tancrède et la musulmane Clorinde… Prochaine critique complète à venir.

 

 

Mercredi 23 mars, MERCREDI SAINT
17h, Eglise San Miguel. La Grande Chapelle, Albert Recasens
Sebastian Duron : Lamentations / Semaine Sainte à La Chapelle Royale vers 1700

20h30, Eglise de La Merced. SOS : Songs of Suffering
Lamentations de Jérémie
Alonso Lobo, Thomas Tallis, James Wood (né en 1953)
Commande du festival SMR de Cuenca, 55ème édition

 

 

JEUDI 24 MARS 2016, Jeudi Saint à Cuenca
12h
, Cathédrale : Chapelle de l’Esprit Saint
Froberger, Weckmann
Christian Rieger, clavecin et orgue

20h30, Auditorio
Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232
Les Arts Florissants. William Christie, direction

Messe en si de Bach par William ChristieC’est le temps fort du Festival de Cuenca 2016. “Bill” revient à Bach, en explorant la ferveur plurielle que Bach a déposé dans son testament sacré ; un cycle qui malgré sa genèse chaotique, fondée sur le recyclage de partitions précédentes, à travers un processus de collage long et compliqué, révèle aujourd’hui sa profonde unité, son souffle ardent qui approche les Passions selon Saint-Mathieu et Saint-Jean. La formidable ductilité des choeurs des Arts Florissants, le sens dramatique du chef fondateur, William Christie dont la maîtrise de l’éloquence baroque n’est plus à prouver font de ce grand retour à Bach, l’événement de ce printemps. William Christie défend les splendeurs de ce cycle au sein d’une tournée importante dans toute l’Europe. Cuenca en est l’une des étapes majeures, au moment de la Semaine Sainte, en un temps où la réflexion et la méditation sur la Passion et la Mort de Jésus s’imposent…. C’est même avant Paris (Philharmonie) et Versailles, avant Barcelone en juin prochain, que William Christie fait un grand retour à Cuenca où il offre la première date de la tournée Bach. Evénement majeur. A Paris (Philharmonie, le 26 mars 2016 ; Versailles, le 27 mars ; Barcelone, le 16 juin, Leipzig, le 19 juin…) LIRE notre compte rendu complet de La Messe en si mineur de JS BACH par Les Arts Florissants / William Christie à Cuenca, le 24 mars 2016.

 

 

 

 

Festival de Cuenca 2016

cuenca-cathedrale-570ESPAGNE. Festival de Cuenca : 19>27 mars 2016. C’est l’un des plus anciens festivals de musique sacrée en Europe, un Salzbourg ibérique ayant lui aussi sa ville haute, ses superbes églises posées sur un pic rocher qui offre une vue vertigineuse sur la nature environnante (digne du peintre Patinir). Le Festival de Cuenca (dans la région de Castilla-La Mancha) qui s’appelle aussi en espagnol “Semana de musica religiosa de Cuenca” / Semaine de musique religieuse”, parce qu’il se déroule pendant la Semaine Sainte (donc sur le rythme des nombreuses processions dans la vieille ville) a tout pour plaire : le charme d’un bourg historiquement très riche ; des églises préservées intactes et d’une grande diversité dont la sublime Cathédrale (et ses multiples chapelles du gothique au baroque tardif), un environnement éblouissant et aussi une gastronomie locale à découvrir absolument à condition de connaître évidemment les bonnes adresses (et de commander sa table quelques jours avant, Semaine Sainte oblige : les espagnols convergent vers le vieux Cuenca pour y mesurer et pour y vivre cet esprit de fièvre collective et d’intense expérience musicale au temps du Festival de musique sacrée).

cabeceraSMRC2015-1Pour sa dernière édition, la directrice artistique Pilar Tomas, véritable âme du festival a choisi l’Allemagne comme pays invité, avec le Vocalconsort de Berlin comme artiste résident. On ne sera donc pas surpris d’y écouter, en liaison avec le calendrier liturgique pascal (du lundi au samedi saint, après le week end des Rameaux), plusieurs oeuvres germaniques médiévales, renaissantes et baroques. La 55 ème édition du festival de Cuenca du 19 au 27 mars promet donc d’être particulièrement convaincante. Parmi nos coups de coeurs de cette édition très prometteuse : le programme Duron sublimé par La Grande Chapelle et Albert Recasens le 23 mars ; évidemment le programme phare défendu en 2016 par Les Arts Florissants et William Christie : la Messe en si mineur de Bach, le lendemain 24 mars ; enfin, le concert du Samedi saint (dans la Cathédrale de Cuenca, le 26 mars défendu par l’ensemble en résidence cette année : Vocalconsort Berlin (James Wood, direction), arche emblématique de la programmation du Festival : entre musique ancienne et création : Hector Parra (1976) : Breathing (création mondiale, commande du festival de Cuenca) puis Missa a 4 de William Byrd. Eclectique, multiple, mais singulièrement cohérente, la direction artistique à Cuenca, grâce à Pilar Tomas, a incarné un modèle du genre, entre pertinence, rythme, poésie et diversité. Festical incontournable, coups de coeur CLASSIQUENEWS 2016.

 

 

 

 

En voici nos 12 temps forts :

Samedi de la Passion, 19 mars 2016 (concert 1)
Eglise San Miguel, 19h
Concert Vivaldi : Salve Regina, Motet in furore, Laudate pueri
Roberta Mamelli, soprano
Modo Antiquo. Federico Maria Sardelli, direction

Dimanche des Rameaux, 20 mars 2016 (concert 2)
Eglise San Pedro
Wolfgang Rihm (1952) : Vigilia, 2006
Singer Pur
Ensemble Musikfabrik

Lundi Saint, 21 mars 2016 (concert 3)
Salla de Camara, Teatro Auditorio à Cuenca, 17h
Cantates de Jean-Sébastien Bach
Accademia del Piacere
Fahmi Alqhai, direction

idem (concert 4)
Eglise San Miguel, 20h30
Jean-Sébastien Bach : Sonatas et Partitas pour violon
BWV 1001 à 1006
Christian Tetzlaff, violon

Mardi Saint, 22 mars 2016 (concert 6)
Teatro Auditorio, 20h30
Miguel de Cervantès, 1547-1616
La Conquête de Jerusalem par Godefroy de Boullon
Musiques de Guerrero, Flecha, Juan del Enzima, …
La Danserye
Capella Prolationum
Compania Antiqua Escena
Juan Sanz, mise en scène

Mercredi Saint, 23 mars 2016 (concert 7)
Eglise San Miguel, 17h
Sebastian Duron : Semana Santa en la Real Capilla, vers 1700
(Psaume, Lamentations, Villancico de Pasion…)
La Grande Chapelle
Albert Recasens, direction

Eglise de la Merced, 20h30
SOS : Songs of Suffering
Lamentation de Jérémie
Oeuvres de Lobo, Tallis, James Wood (1953)
Vocalconsort Berlin
James Wood, direction
Arnim Fries, projection vidéo

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014Coup de coeur de classiquenews 2016 :
Jeudi Saint, 24 mars 2016 (concert 10)
Teatro Auditorio, 20h30
KATHERINE WATSON, soprano
EMMANUELLE DE NEGRI, soprano
TIM MEAD, contre-ténor
REINOUD VAN MECHELEN, tenor
ANDRÉ MORSCH, basse
Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232
Les Arts Florissants
William Christie, direction

Vendredi Saint, 25 mars 2016 (concert 12)
Teatro Auditorio, 20h30
Récital Scarlatti, Vivaldi, Albinoni, Vivaldi
Giovanni Battista Ferrandini : Il pianto di Maria
Ann Hallenberg, mezzo soprano
The English Consort
Harry Bicket, direction

Samedi Saint, 26 mars 2016 (concert 13)
O Celestial Medicina
Canciones, Villanescas spirituelles de Guerrero
Armonia Concertada
Maria Cristina Kiehr, soprano
Sara Agueda, harpe double

Cathédrale de Cuenca, 20h
Hector Parra (1976) : Breathing
(création mondiale, commande du festival de Cuenca)
William Byrd : Missa a 4
Vocalconsort Berlin
James Wood, direction

Dimanche de la Résurrection, 27 mars 2016 (concert 16)
Eglise de la Asuncion, Tarancon, 18h
Sebastian Duron : El Blando Susurro
Cantadas y tonadas sacras
Raquel Andueza, soprano
La Galania

Ne pas manquer aussi :
Visite acoustique au Musée du Trésor de la Cathédrale
Dimanche des Rameaux, Jeudi, Vendredi et Samedi Saint
Visiter le site du festival de Cuenca 2016, 55ème Semana de Musica Religiosa

 

 

 

 

 

cabeceraSMRC2015-1Renseignements, informations pratiques sur le site du Festival de Cuenca 2016, 55è Semana de Musica Religiosa de Cuenca (Castilla La Mancha, Espagne)

 

 

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Rencontre – Entretien avec Pilar Tomas, directrice du Festival de Cuenca (Espagne)


tomas pilar tomas
Actrice majeure de la culture en Espagne, Pilar Tomas a fait du festival de Cuenca (Semana de musica religiosa de Cuenca SMR) l’un des festivals de musique sacrée les plus marquants parmi les offres européennes actuelles. Il ne s’agit pas simplement de développer une programmation musicale dans la cité historique de Castille véritable joyau architectural d’une rare cohérence. CUENCA est devenue une référence en matière artistique mais aussi l’exemple d’une exceptionnelle activité dont le propre est de susciter un questionnement très fécond sur le thème du sacré, associant les concerts dans les églises ou dans l’auditorium (Auditorio) aux autres disciplines notamment celles liées à l’image (peintures, vidéo, cinéma. …). Le festivalier sait alors qu’il va vivre pendant la Semaine Sainte un cheminement impressionnant qui se précise de concerts en programmes avec une intelligence rare et un rythme envoûtant ; cette exigence artistique dont classiquenews a rendu compte plusieurs années durant explique la réussite du Festival de Cuenca grâce au profil atypique de sa directrice artistique. Généreuse, entière, passionnée, Pilar Tomas est une personnalité qui compte en sachant acclimater l’exigence  du sens et le goût de la découverte à la notion même de festival. Elle a su renouveler l’expérience musicale à sa source. Le divertissement et la délectation y ont cours autant que la réflexion et l’éducation. Vivre Cuenca au moment du dimanche Pascal reste un temps fort de l’agenda européen. Entretien avec une grande dame de la musique.

 

 

 

Quelle sont les points forts de votre carrière avant votre arrivée à la tête de la Semana de Música Religiosa de Cuenca?

Mon travail de gestionnaire de la musique a commencé en organisant plusieurs  séries et cycles de concerts pour la Radio Nationale d’Espagne. Après cette expérience particulièrement formatrice, j’ai pris la direction de la Fundación Caja Madrid, - aujourd’hui disparue. Je pilotais alors non seulement l’organisation des concerts mais également la recherche, l’édition et la diffusion du patrimoine musical.

 

 

 

Quelles sont les points clés de la réussite de votre projet artistique au sein de la Semana de Música Religiosa de Cuenca?

Le bagage antérieur a été déterminant pour mon projet en tant que directrice de la Semana de Música Religiosa de Cuenca. Dans les années 60, nous avons créé l’Institut de Musique Religieuse, ce travail pionnier a été déterminant pour la sauvegarde du patrimoine et pour créer les inventaire des archives musicales espagnoles.

Le sens majeur du Festival de Cuenca repose sur  la qualité des artistes invités ; je reste concaincue que seule une programmation exigeante a toutes les chances de fidéliser les publics. Nous abordons un vaste répertoire dans la Semana, du chant grégorien aux commandes de musique contemporaine. Plusieurs de nos commandes de musique contemporaine ont reçu par la suite de nombreux prix nationaux.

Nous croisons également d’autres disciplines, plusieurs de nos projets interagissent  avec la littérature ainsi que les arts visuelles par le biais des nombreuses expositions organisées vidéo dans les diverd lieux mis a dispositiin pour le festival pascal : video, photographie, projection, installations, productions éclectiques dont la pluralité des champs et des formes investis suscitent le questionnement et invite à une réflexion et une participation sur le sens des oeuvres exposées à la période concernée, en l’occurrence à Cuenca, la Semaine Sainte.
Alites

La présence du répertoire médiéval, jamais programmé auparavant dans un grand festival en Espagne et celle de la musique de chambre, nous a permis de diffuser un répertoire inhabituel et novateur. Il sagit toujours de susciter la découverte ; dans cette même dynamique, nous soutenons les jeunes artistes et les solistes confirmés qui ont eu peu d’opportunité de jouer en Espagne.

J’ai également mis en Å“uvre un partenariat entre le Festival et les responsables des patrimoines architecturaux de la Région (Castilla La Mancha), car on ne saurait maintenir et développer une programmation musicale sans l’inscrire de façon cohérente dans son territoire;  nous avons pu établir une coopération fructueuse qui nous a permis de réaliser des concerts dans les lieux insolites et les aidant à les faire connaître tels le Monastère de Uclés, Alarcón, Parroquia de San Clemente, Basílica de Villanueva de la Jara….

 

 

 

Quelles sont vos plus importants partenaires, ceux qui ont vraiment compté pour la construction de votre projet à Cuenca?

Ma gestion à la tête de la SMRC a coïncidé avec la plus grande crise financière qui a traversé le pays depuis ces 10 dernières années. Sans aucun doute les partenariats établis avec la Radio Nacional, Televisión Española, Antena 3, Tele 5 nous ont permis de rayonner bien au-delà de notre public présent au festival.

 

 

 

Quelle est le point principal de votre apport à Cuenca, votre marque de fabrique en quelque sorte ?

Deux aspect m’ont particulièrement préoccupés et motivés : les rencontres avec les professionnels autours de notre thématique pour une meilleure clarification du fil rouge thématique propre à chaque édition. Et le soins particulier apporté pour chaque interprétation des Å“uvres choisies ; en temps de crise c’est toujours plus facile de reprendre des Å“uvres plus grand public, or nous avons pu garder une qualité internationale et nous avons toujours déniché de nouveaux talents et défendu malgré les contraintes, les répertoires originaux et inédits.

En tant que protagoniste de la vie culturelle et musical européenne, quels sont vos conseils pour mieux inscrire et developper la musique dans la société d’aujourd’hui?

Je n’ai pas de leçon à donner mais plutôt des pistes de réflexions ; je pense que nous devons assumer chacun nos défis avec honnêteté. Il faut une force de conviction sans faille pour garder certaines valeurs et une forte volonté pour continuer à transmettre certaines valeurs culturelles. Il est de notre devoir de mettre en relation la culture et l’éducation pour essayer de dépasser certaines habitudes   qui conduisent directement, inectablement vers  l’ignorance.

Seuls la culture et l’éducation ont la capacité de favoriser un développement humaniste. Je suis contre l’idée que seule la culture rentable a sa place dans notre société ; l’Art ne doit être assujettie à sa rentabilité. Une vision humaine de notre société, un regard fraternel envers les générations futures, voilà le fil conducteur de mon action.

 

 

 

Propos recueillis en septembre 2015.

 

 

 

Compte rendu, festival. Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha). Les 17, 18, 19 avril 2014. 53ème SMR Semana de Música religiosa de Cuenca. Récital Natalia Valentin, Office des Matines par Schola Antiqua et The Tallish Scholars

cuenca-2014-bandeau-logo-53-semana-580Cuenca 2014. La réussite d’un festival tient outre à la qualité artistique des programmes présentés (une constante surprenante ici depuis presque 10 ans), surtout à la cohérence développée et défendue au sein des lieux où il prend place. La multitude d’églises et de sites favorables à l’expérience du concert, – instrumental, vocal, choral-,  à Cuenca (concentrés dans la ville ancienne, constituant le bourg vieux et historique, perché sur le rocher) est spécifiquement idéale pour créer un climat magique. A nouveau cette année, cette alchimie combinatoire est devenue réalité ; ce miracle entre musique et architecture confirme la place du festival de musique sacrée à Cuenca, au moment de la Semaine Sainte, parmi les plus saisissants au monde. Le festival a certes plus de 50 ans, ce qui en fait le plus ancien des événements de musique en Espagne (et en Europe), mais il a su, grâce au discernement de sa directrice artistique actuelle, Pilar Tomas, préserver une très forte identité musicale qui sait s’appuyer sur les ressources locales.
Comme toujours, le Salzbourg de Castille La Manche, à moins d’1 h en train de Madrid, captive cette année par le respect de ses fondamentaux : rythme, cohérence, complémentarité entre les programmes présentés et donc interaction pertinente avec les sites investis.

 

 

 

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Jeudi 17 avril, à l’église de Santa Cruz (l’église est désaffectée, aujourd’hui écrin pour les événements culturels), est un vaisseau lumineux dont les fenêtres hautes plongent à vide sur la vallée alentour, offrant une vue splendide sur les collines environnantes. La pianofortiste Natalia Valentin y présente à 12h30, un récital de musique romantique française principalement dédié à Charles-Valentin Alkan dont 2013, dans l’ombre de Wagner et Verdi avait marqué le centenaire. Le Liszt français du piano a été défendu par l’interprète tout au long de l’année 2013 et donc jusqu’au printemps 2014, lors d’une tournée événement (intitulée ” Mysticisme et Spiritualité “) où Natalia Valentin restitue le feu mystique et l’intense dramaturgie spirituelle d’un musicien solitaire, exigeant, plus tourné vers Mozart que Wagner, évidemment inspiré, hautement flamboyant, dont les crépitements fervents n’empêchent pas une suractivité parfois narrative, sublimée cependant par une très haute virtuosité et des audaces harmoniques souvent savoureuses.
C’est dire le défi d’un tel programme pour un pianiste, d’autant plus sur un pianoforte (dont Natalia Valentin est aujourd’hui l’une des plus sensibles spécialistes). Jouant de la réverbération du lieu, de la mécanique de l’instrument (un Érard de 1853, parfaitement préparé pour l’occasion), la claviériste se montre une étonnante interprète, combinant des qualités trop rares aujourd’hui pour ne pas être distinguées : délicatesse d’un jeu perlé et sensible, rayonnante musicalité intérieure, sûreté de la main gauche, flexibilité poétique de la main droite, le tout conférant à ce récital exceptionnellement abouti tant sur le plan de la construction et des pièces choisies (donc de leur enchaînement) que du style de l’interprète, une profondeur entre élégance et… intériorité voire troublante gravité.

Pianoforte en transe poétique

natalia-valentin-recital-pianoforte-cuenca-2014-alkanC’est assurément le cas dès la pièce d’ouverture, – mise en bouche finement sélectionnée (rappelant que le compositeur Salbourgeois fut un modèle pour Alkan), la sublime Fantaisie en ré mineur K397 d’un Mozart, d’une tendresse et d’une douleur secrète irrésistible. Révélant dans les failles ouvertes de prodigieux contrastes, cette intensité juste qui frappe immédiatement le cÅ“ur comme l’âme de l’auditeur. Les climats du récital sont ainsi aussitôt annoncées, défendues, magistralement incarnées où le clavier maîtrisé est révélateur d’étonnants vertiges mystiques et spirituels.
Même sentiment de liberté ici palpitante dans le Mendelsohnn (Rondo Capricioso opus 14) dont Alkan partage la confession juive et le confort d’une origine familiale plutôt aisée ; la pièce majeure de ce programme riche en découvertes demeure le sommet d’une inspiration à la fois dramatique c’est à dire intensément narrative… et mystique (Super Flumina Babylonis) : scène de massacre et cris impuissants des victimes évoquées où le jeu de Natalia Valentin n’est pas seulement éblouissant par sa facilité technicienne, il ouvre des climats poétiques infinis, sachant aussi clarifier la densité de l’écriture, restituant l’équilibre et la lisibilité des plans sonores, en particulier les jalons de la construction harmonique. Une telle sonorité, une telle interprétation se montrent bénéfiques et enthousiasmantes s’agissant d’un compositeur encore inconnu du grand public et pourtant respecté de son vivant par tous ses pairs, dont Liszt, et reconnu par eux, comme un pianiste-compositeur génial.
La pianiste insiste en fin de concert sur la coopération de la fondation Bru-Zane de Venise (Centre de musique romantique française) pour la réalisation de ce programme alliant découverte et accomplissement poétique, et pour l’accompagnement de toute la tournée Alkan 2012-2013-2014 (le concert sera redonné au Musée romantique de Madrid le 23 avril). Il n’est pas d’exemples mieux réussis de révélation musicale comme d’approfondissement interprétatif. Certes il est des pièces plus académiques, voire pompeuses : le jeu tout en finesse de la pianofortiste sait en dévoiler cependant le miroitement intérieur, l’activité expérimentale, et cette quête des hauteurs invisibles qui rapproche Alkan, de Liszt et de Scriabine.

Le premier disque de Natalia Valentin était dédié aux Bagatelles de Beethoven (romantisme élégantissime là encore, dévoilant pourtant s’agissant de l’auteur de l’Eroica et de la 9ème symphonie, plusieurs pièces méconnues : le défrichement toujours). Gageons que l’extrême sensibilité de la musicienne ne se dévoile à nouveau au concert, au service de musiciens ou d’oeuvres méconnus. Sa curiosité la conduit à élargir encore le répertoire pour l’instrument : en témoigne aussi pendant le récital à Cuenca, la pièce ” El Peregrino ” du compositeur ibérique Martín Sánchez-Allú (1823-1858)  dont la pianofortiste annonce de prochains prolongements au concert comme au disque… Maîtrisant parfaitement l’exercice solitaire, Natalia Valentin fait attendre d’autres réalisations comme concertiste. Le cercle des interprètes réellement convaincants sur le pianoforte est restreint.  De toute évidence, un immense talent à suivre désormais.

matines-cuenca-2014Matines du Vendredi Saint. L’un des temps forts du festival de Cuenca 2014 est aussi la restitution cette année de l’Office Divin du Vendredi Saint, soit le lendemain, vendredi 18 avril, initiant un long cycle de prières ritualisées en 8 ” épisodes “, rythmant toute la journée afin de recueillir et méditer le sens spirituel des événements christiques transmis par la tradition : ce Vendredi Saint, le Christ fut crucifié et expira sur la croix. Il n’est pas de moment plus intense sur le plan sacré que cette journée dramatique, avant évidemment l’aube salvatrice du Dimanche de la Résurrection. C’est également dans la réalisation des concerts, toute une symbolique de l’ombre du doute à la lumière de la vérité révélée : l’office des ténèbres qui s’appuie en partie sur les Lamentation de Jérémie, dresse alors un périple méticuleusement rythmé de la nuit au jour, passage suprême vers la lumière finale.
Ainsi à 7h30 (pour les Laudes), puis 10h (Prima et tercia), midi (Sexta), 15h (Nona), 17h (Ad Missam pre sanctificatorum), 19h30 (pour les Vêpres), enfin 22h30, la chapelle du Saint-Sacrement attenante au cloître de la Cathédrale de Cuenca accueille les festivaliers qui traversent le corps de la Cathédrale pour y écouter deux formations chorales associées pour cet événement : Schola Antiqua (Juan Carlo Asensio, direction) et The Tallis Scholars (Peter Philipps, direction).
Le périple musical et liturgique (respectant l’extinction progressive des bougies du candélabre placé à gauche de la scène, bougie après bougie aux moments phares de la cérémonie) a commencé en réalité dès minuit et jusqu’aux premières heures du matin pour les Matines ; il fait alterner deux ensembles vocaux: plénitude très fluide et naturelle du chant grégorien pour Schola Antiqua (comprenant aussi des solos caractérisés), et finesse de la polyphonie Renaissance tardive signée Tomas Luis de Victoria, celle contemporaine du peintre Greco (particulièrement fêté en Espagne en 2014 pour le 400ème anniversaire de sa mort). Précis, articulés, fervents, les solistes des Tallis Scholars expriment ainsi l’exhortation spirituelle et la plainte régulière des Lamentations du prophète Jérémie dont l’appel à la conscience morale et l’autocritique sont remarquablement restitués. Pour nourrir la matière musicale du programme, Peter Philipps a puisé dans l’Officium Hebdomadae Sanctae de Victoria, paru à Rome en 1585 : une concordance de lieu subtilement amenée car El Greco est passé par Rome, après Venise et avant son séjour ibérique.
Outre la qualité des chanteurs, le lieu ajoute aussi à la réussite du rituel (très)matinal. Pour l’occasion, le festival a fait installer dans la galerie du cloître menant à la chapelle, plusieurs meubles bas portant une rangée de bougies, comme autant de jalons lumineux dans les Ténèbres, marquant là aussi le parcours progressif vers la révélation promise. Il faut décidément venir à Cuenca pour vivre ce vertige à la fois musical et spirituel, très subtilement ” scénographié ” par l’équipe de la SMR Semana de Música religiosa. Car plus globalement, le temps du séjour dans la cité, au moment du festival, chaque concert à l’échelle de la Semaine Sainte, constitue aussi une étape dans le parcours du festivalier, faisant passer l’auditeur qu’il soit croyant ou non, du temps de la réflexion à celui de la méditation, confronté au Mystère de la musique, comme à celui de la Résurrection finale.

Compte rendu, festival. Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha). Les 17, 18, 19 avril 2014. 53ème SMR Semana de Música religiosa de Cuenca. Récital Natalia Valentin, Office des Matines par Schola Antiqua et The Tallish Scholars.

Illustration : Le Couronnement d’épines par Dirck Van Baburen. Le Christ à la colonne par Caravaggio (DR). Toutes les photos de concert à Cuenca 2014 : © S. Torralba 2014 pour la SMR (53ème Semana de Musica religiosa de Cuenca 2014).

Compte rendu, festival. Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha). Le 19 avril 2014. Rameau: Grands Motets. Orchestre et choeur Les Siècles. Maria Bayo, Véronique Bourin, Erwin Aros, Arnaud Richard… Bruno Procopio, direction.

cuenca-2014-bandeau-logo-53-semana-580Les grands motets de Jean-Philippe Rameau sont l’équivalent pour le XVIIIè des Vêpres de Monteverdi au XVIIè : une œuvre personnelle révélant les possibilités les plus invraisemblables de son auteur (génial) et aussi dans sa démesure expérimentale, un sommet offert à l’histoire de la musique sacrée baroque (où a t on vu précédemment une telle liberté dans les formes et les combinaisons vocales comme chorales en France à cette époque ?). En traitant un genre marqué par l’esprit Grand Siècle et Versaillais, illustré avant lui par Lully, Dumont, Delalande, Rameau s’empare donc très tôt d’un rituel royal ambitieux dont il fait par sa trempe et sa fougue, un laboratoire d’idées et d’effets inédits. Mondonville après lui s’en souviendra créant après lui, d’autres grands motets d’un souffle souverain eux aussi… Il reste incroyable cependant que leur genèse soit mystérieuse: pour quel mécène, à quelle occasion les Motets furent-ils composés et créés ? Où et à quelles dates précises ? Nul ne le saura jamais sans doute. Datés avant l’installation de Rameau à Paris (1722), et donc avant sa carrière fulgurante comme compositeur d’opéras à la cour de Louis XV, les Grands Motets concentrent cette furie inventive propre au créateur, alors tâcheron dans plusieurs églises et cathédrales de France : Rameau excelle apparemment comme organiste doué, au talent improvisateur reconnu (à Dijon, Lyon, Clermont-Ferrand…). Comme le peintre Nicolas Poussin à Rome démontre une manière de frénésie imaginative qui révolutionne la peinture académique néoclassique du XVIIème (avec cette sensibilité si particulière à la couleur et à la nature), Rameau réalise ici dans les 3 motets concernés, un manifeste de ses possibilités les plus audacieuses pour l’orchestre, les solistes, le chœur. Rien n’égale dans ce corpus écrit avant les opéras, l’ampleur de vue, le dramatisme lyrique et exacerbé, l’invention formelle associant duos, trios, quatuor, solistes et choeur, relief instrumental (en particulier l’harmonie des bois : flûtes, hautbois, bassons…). L’invention et le raffinement défendu par Rameau reste saisissant en innovation et en trouvailles irrésistibles. C’est peu dire que les Grands Motets confirment le génie architectural de Rameau, son œuvre de théoricien, son immense sensibilité dramatique, sa sensibilité de poète du sentiment ici au service de la ferveur. Ici, la théâtralité, le spectaculaire, l’ivresse tendre et la sensualité italienne s’y développent avec un sens du raffinement, de la grandeur, absolument inouï.

 

 

Rameau restout XVIII gravureAutant dire que le cycle est l’un des plus complexes à réaliser. Si les deux premiers joués ce soir sont les plus anciens (Deus noster refugium et Quam dilecta, probablement écrits à Lyon dans les années 1713-1715), In convertendo, le plus magistral du triptyque pour nous, et repris au Concert Spirituel en 1751, en reste la pièce maîtresse, tant par l’inspiration musicale que l’ambition de sa structure (en particulier le choeur final, à la fois redoutable et spectaculaire). Il serait le volet central et principal d’un triptyque déjà grandiose par son agencement général.

 

 

Fureurs du Rameau prélyrique

En trop peu de temps de répétition, le chef francobrésilien Bruno Procopio assure l’un des concerts les plus convaincants du festival de Cuenca 2014. Il réunit ici l’orchestre français sur instruments anciens, Les Siècles, en effectif resserré (soit moins de 15 instrumentistes), auxquels il a choisi le concours du violoniste Patrick Bismuth (premier violon) avec lequel il a enregistré une version récente des Pièces de clavecin en concerts (1 cd Paraty).

 

 

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Le jeune maestro confirme ses affinités avec la verve, la majesté, l’immense invention d’un Rameau ici particulièrement loquace et éloquent, raffiné et flamboyant. Articuler le texte latin, en exprimer l’ampleur dramatique, la finesse des accents tendres (solistes) ou fulgurants, réussir la combinaison entre instruments (surtout les bois somptueusement insolents : saluons les musiciens des Siècles ici, autres vedettes du concert), choeur, chanteurs solistes (associés en duos, trios, quatuors) est un défi permanent, d’autant que le compositeur ne laisse jamais le prévisible s’installer : il ose tout, surprend, redouble d’images expressives, de contrastes saisissants. Les solistes conviés honorent tous l’éclat et la profondeur de partitions saisissantes : le choix de Maria Bayo, diva ibérique célébrissime en Espagne et qui fait l’événement de cette soirée à Cuenca, – hier subtile et incandescente Calisto (dans l’opéra éponyme de Cavalli sous la direction de René Jacobs, en une production lyrique signée Wernicke, devenue à juste titre légendaire) assume de son côté, toute l’ivresse lyrique de ses parties de soprano coloratoure avec son tempérament propre, un timbre charnel immédiatement repérable, des aigus non forcés puissants qui de facto réalise totalement cette présence de … l’opéra à l’église.
Les autres solistes sont solides et plutôt bien chantants : Arnaud Richard affirme sa noblesse grave de baryton-basse aguerri ; Véronique Bourin, en seconde soprano, excelle en une implication justement dosée ; le ténor ou haute-contre chilien Erwin Aros confirme sa flexibilité tendre à l’élocution soignée (aboutissement de ses années de formation au sein du CMBV Centre de musique baroque de Versailles) dans les airs qui demeurent les plus beaux et les plus élégants du cycle.

 

 

maria-bayo-cuenca-2014-Rameau-procopioAu clavecin ou debout pour diriger les pages chorales, le chef Bruno Procopio récidive son aisance musclée, alliant précision et fougue après un précédent Rameau réalisé à Caracas avec l’Orchestre Simon Bolivar (mais sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas ” pages symphoniques tirées des opéras et ballets de Rameau, 1 cd Paraty). Le geste est sûr, d’une efficacité au rythme soutenu, parfois trop rapide à notre goût, précipitant ainsi le détail, minimisant le souffle et la détente intériorisée… au profit de l’énergie la plus conquérante. Mais c’est bien un Rameau fougueux et même furieusement novateur ici qui s’exprime dans toute sa liberté, son originalité, un tempérament irrésistible qui préfigure déjà toutes ses réussites à l’opéra. Impétueux, vif, solaire, le jeune maestro frappe un grand coup à Cuenca : son concert est particulièrement applaudi par le public ibérique, heureux de (re)découvrir la vitalité éblouissante du Rameau le plus inventif, le plus prometteur, le plus jubilatoire. De sorte que ce concert à Cuenca, est un superbe jalon de l’année Rameau 2014.

 

 

bruno-cuenca-les-siecles-bruno-procopio-Rameau-grands-motetsCuenca (Espagne, Castilla La Mancha). Le 19 avril 2014. Rameau: Grands Motets. Orchestre et choeur Les Siècles. Maria Bayo, Véronique Bourin, Erwin Aros, Arnaud Richard… Bruno Procopio, direction.

Illustrations : © S.Torralba pour la SMR Cuenca 2014

Festival SMR Cuenca 2014, Semana de musica religiosa :12>20 avril 2014

SMR-CUENCA-2014-folletoEspagne. SMR Cuenca 2014 : 12 > 20 avril 2014. 21 concerts à Cuenca jalonnent une semaine exceptionnelle de découvertes et d’accomplissement musical. Il n’est pas un festival en Europe comparable à Cuenca pendant la Semaine Sainte. Dans la province de Castilla La Mancha à seulement 1h15 en train de Madrid, la ville Cuenca concentre dans son village ancien perché entre deux rivières, un site éblouissant composé de nombreuses églises et d’une Cathédrale remarquablement bien conservée. Chaque année le festival musical a lieu pendant la semaine sainte : il en jalonne les étapes ferventes, alliant beauté patrimoniale, offre musicale et dévotion locale.
Les processions dans les ruelles du village haut confère à la Semaine de programmation musicale, un climat fervent et progressif qui va crescendo jusqu’au Lundi de Pâques, celui de la Résurrection.
CLIC D'OR macaron 200Cette année à nouveau, les concerts et la thématique à l’honneur font circuler une ambiance à la fois concentrée et hypnotique à laquelle le festivalier ne peut que souscrire. Pilar Tomas, directrice artistique sait y préserver la qualité et la cohérence des concerts, mêlant les disciplines (associant photographie, peinture, sculpture et musique), faisant dialoguer les genres et les formations pour mieux inspirer l’acte musical qui est en jeu. Fidèle à ses programmations précédentes, le festival propose de multiples concerts dans les nombreuses églises du bourg, à l’Auditorio (le théâtre municipal), à la Cathédrale, joyau sacré de la Castille. Concerts habituels qui animent les lieux sacrés par des chants liturgiques et les grandes oeuvres du répertoire religieux : Messes, Leçons de Ténèbres pour les Mercredi, Jeudi et surtout Vendredi Saints, Passions (de Bach selon la tradition à Cuenca : Saint-Jean par Franz Brüggen, mercredi 16 avril à 20h30), motets, mais aussi grande formations symphoniques et cette année, point d’orgue, en relation avec l’année Jean-Philippe Rameau 2014 : le concert du dimanche 19 avril 2014 (20h30) à l’Auditorio : Les Grands Motets (Maria Bayo, Véronique Bourin, sopranos ; Edwin Aros, ténor. Orchestre Les Siècles et Bruno Procopio, direction). Soit au total, 21 concerts alliant pertinence du répertoire choisi et beauté des lieux qui les reçoivent. Cuenca est bien l’un des meilleurs festivals européens de musique sacrée. Voir tous les programmes

 

CUENCA 2014

53ème SMR Semana de Musica religiosa de Cuenca

festival de musique religieuse pendant la Semaine Saintes

4 nuits à Cuenca

Nous recommandons plus particulièrement votre séjour du 16 avril au soir jusqu’au dimanche 19 au soir (4 nuitées à Cuenca) : lire ici notre sélection des concerts événements 2014, du 16 au 20 avril : La Saint-Jean de Bach par Frans Bruggen, Alkan par la pianofortiste Natalia Valentin, Office au temps du Greco, Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio

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CLIP vid̩o : Festival SMRC Cuenca (Espagne) 2013 РSemana de Musica Religiosa de Cuenca 2013

logo_cuenca04CLIP vidéo. Temps forts du festival de Cuenca 2013. Chaque année au moment de la Semaine Sainte, quelques jours avant Pâques, le festival de musique sacrée de Cuenca offre un programme exceptionnel marqué par la diversité des formes musicales, l’exigence, l’ouverture vers les répertoires. Toutes les églises anciennes et la Cathédrale du centre historique sont investies par les programmes alliant chÅ“ur, piano, musique de chambre, Passions et oratorios, grandes formations, créations et pour les Mercredi, Jeudi, Vendredi Saints, les Leçons de Ténèbres invitant à la réflexion le temps de la Passion…  Temps forts de la 52ème édition du festival de Musique Sacrée de Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha), du 23 au 31 mars 2013 : La Grande Chapelle, Albert Recasens, direction – La Fenice, Jean Tubéry, direction – Création mondiale de Magna Mater de Maria de Alvear (1960) … En 2014, la SMRC, la Semana de Música Religiosa de Cuenca a lieu du 12 au 20 avril 2014. La SMR Cuenca n’est pas seulement le plus ancien festival de musique d’Espagne : c’est aussi le plus captivant des festivals de musique sacrée en Europe. En lire +, découvrir les temps forts de l’édition 2014, 53ème édition

Festival SMR Cuenca 2014, Semana de musica religiosa :12>20 avril 2014

SMR-CUENCA-2014-folletoEspagne. SMR Cuenca 2014 : 12 > 20 avril 2014. 21 concerts à Cuenca jalonnent une semaine exceptionnelle de découvertes et d’accomplissement musical. Il n’est pas un festival en Europe comparable à Cuenca pendant la Semaine Sainte. Dans la province de Castilla La Mancha à seulement 1h15 en train de Madrid, la ville Cuenca concentre dans son village ancien perché entre deux rivières, un site éblouissant composé de nombreuses églises et d’une Cathédrale remarquablement bien conservée. Chaque année le festival musical a lieu pendant la semaine sainte : il en jalonne les étapes ferventes, alliant beauté patrimoniale, offre musicale et dévotion locale.
Les processions dans les ruelles du village haut confère à la Semaine de programmation musicale, un climat fervent et progressif qui va crescendo jusqu’au Lundi de Pâques, celui de la Résurrection.
CLIC D'OR macaron 200Cette année à nouveau, les concerts et la thématique à l’honneur font circuler une ambiance à la fois concentrée et hypnotique à laquelle le festivalier ne peut que souscrire. Pilar Tomas, directrice artistique sait y préserver la qualité et la cohérence des concerts, mêlant les disciplines (associant photographie, peinture, sculpture et musique), faisant dialoguer les genres et les formations pour mieux inspirer l’acte musical qui est en jeu. Fidèle à ses programmations précédentes, le festival propose de multiples concerts dans les nombreuses églises du bourg, à l’Auditorio (le théâtre municipal), à la Cathédrale, joyau sacré de la Castille. Concerts habituels qui animent les lieux sacrés par des chants liturgiques et les grandes oeuvres du répertoire religieux : Messes, Leçons de Ténèbres pour les Mercredi, Jeudi et surtout Vendredi Saints, Passions (de Bach selon la tradition à Cuenca : Saint-Jean par Franz Brüggen, mercredi 16 avril à 20h30), motets, mais aussi grande formations symphoniques et cette année, point d’orgue, en relation avec l’année Jean-Philippe Rameau 2014 : le concert du dimanche 19 avril 2014 (20h30) à l’Auditorio : Les Grands Motets (Maria Bayo, Véronique Bourin, sopranos ; Edwin Aros, ténor. Orchestre Les Siècles et Bruno Procopio, direction). Soit au total, 21 concerts alliant pertinence du répertoire choisi et beauté des lieux qui les reçoivent. Cuenca est bien l’un des meilleurs festivals européens de musique sacrée. Voir tous les programmes

Festival de Musique sacré à Cuenca

le Salzbourg espagnol

Temps forts de la programmation Cuenca 2014
CUENCA (Espagne) : festival de Pâques 2014Le festival s’ouvre avec les cours d’initiation au chant grégorien, une opportunité pour les amateurs et les festivaliers de vivre la musique sacrée dans les lieux pour laquelle elle a été conçue. Notre premier coup de coeur est le concert de la Capilla Cayrasco dans la Cathédrale de Cuenca (le dimanche 13 avril, 22h, concert 2) : In dévotione (Eligio Luis Quinteiro, direction) : œuvres de Lobo, Patiño, Hidalgo. En liaison avec l’année GRECO 2014 : concert d’Il Pegaso lundi 14 avril à 17h (Cathédrale : El Greco à Venise, l’essor des motets de chambre à Venise, œuvres de Martinengo, Willaert, Andrea Gabrielli, Monteverdi…). Mardi 15 avril : El agua del llanto avec la soprano Marta Almajano à l’Eglise San Miguel (17h : œuvres de Juan Hidalgo, Kapsberger, Del Vado, Francisco Guerau), puis création commande du festival à 20h30 à l’Eglise de la Merced (Codetta / TAC : Atelier Atlantique contemporain, œuvres de Morton Feldman, et une nouvelle oeuvre de Klaus Lang, commande de la SMR Cuenca 2014).

CUENCA 2014

53ème SMR Semana de Musica religiosa de Cuenca

festival de musique religieuse pendant la Semaine Saintes

4 nuits à Cuenca

Nous recommandons plus particulièrement votre séjour du 16 avril au soir jusqu’au dimanche 19 au soir (4 nuitées à Cuenca) : lire ici notre sélection des concerts événements 2014, du 16 au 20 avril : La Saint-Jean de Bach par Frans Bruggen, Alkan par la pianofortiste Natalia Valentin, Office au temps du Greco, Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio

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Rameau 2014. Bruno Procopio dirige les Grands Motets

procopio_bruno_chemise_bleueRAMEAU 2014. Bruno Procopio dirige les Grands Motets à Cuenca (Espagne), le 19 avril 2014.  Le Chef français aborde la flamme théâtrale des Grands Motets de Jean-Philippe Rameau : un volet sacré dans l’inspiration du compositeur français qui prélude à ses accomplissements lyriques. Le concert clôt le festival de musique sacrée à Cuenca en avril 2014. Interprète remarqué, toujours exigeant de Rameau, le jeune chef et claveciniste Bruno Procopio doit à ses racines latines (il est né brésilien), un feu caractérisé, habile autant à la finesse qu’à l’énergie communicante. Comme claveciniste, il a enregistré les Pièces pour clavecin en concerts, renouvelant l’inventivité et la liberté d’une partition concertante majeure ; comme chef, il a dirigé à Caracas, les instrumentistes de l’Orchestre Simon Bolivar : une expérience musicale qui fut un défi s’agissant de musiciens qui découvrait alors le baroque français (et sur instruments modernes)… En avril, Bruno Procopio participe aux célébrations Rameau 2014, offrant une nouvelle lecture des Grands Motets, en clôture du festival de Pâques à Cuenca (SMR, Semana de Musica religiosa de Cuenca, Espagne, le 19 avril 2014), l’un des plus grands festivals européens de musique sacrée. Entretien exclusif pour classiquenews.com.

Quelle vision souhaitez vous transmettre de Rameau en 2014 ?

J’ai commencé à aborder ce grand compositeur au disque en 2013, quand j’ai fait paraître deux albums que lui étaient dédiés, l’un comprenant les Å“uvres orchestrales en dirigeant les Soloists of Simón Bolívar Symphony Orchestra du Venezuela ; l’autre avec l’intégrale des Pièces de clavecin en concerts. En clôture de la Semana de Musica religiosa de Cuenca, ce 19 avril 2014, j’aborde pour la première fois l’intégrale des Motets de Rameau avec l’orchestre Les Siècles (chÅ“ur et orchestre), une formation que j’admire depuis des années, fondée par le chef François-Xavier Roth. Pour moi, Rameau est sans doute le meilleur compositeur français du XVIII ème siècle et l’un de mes préférés dans toute l’histoire de la musique. Rameau est un mélange d’art savant comme de profond enracinement du langage “français” insufflé par Lully et ses contemporains.  Rameau reste encore un compositeur méconnu du grand public français, j’espère que 2014 permettra de réparer cette injustice.

A travers ses Grands Motets, en quoi Rameau renouvelle t-il le genre ?

Tous les Motets ont été composés dans sa jeunesse, avant son arrivé à Paris en 1722. La voix affirmée du compositeur est déjà présente dans les trois Motets mais un parfum du sud (l’Italie) est bien présent dans la forme (comme l’attestent les duos, trio, les airs de virtuosité). Le langage musical est très personnel, éminemment français dans le traitement des ornements. Il est étonnant de voir comment ce jeune compositeur a posé déjà tous les jalons de son style en tant que compositeur dans ses grands motets. C’est comme s’il était pressé de montrer ce dont il est capable, et il y réussit à merveille. Dans le plus court des Motets (Quam Dilecta), Rameau arrive à placer avec naturel la polyphonie chorale, des soli virtuoses, un trio. En à peine vingt minutes, la partition offre un éventail complet de ses moyens expressifs. Le motet le plus important (In Convertendo) a été repris par ses soins au Concert Spirituel au printemps 1751. Malgré un important remaniement de l’Å“uvre pour l’occasion, la critique a été sévère, et le public apparemment déçu. En sachant que l’Å“uvre comporte l’une des pages les plus réussies de la musique sacrée française, grâce à ses chÅ“urs fabuleux, par sa diversité ausi, la critique nous semble ingrate et déplacée, mais parfois il faut bien trois siècles pour qu’un chef d’Å“uvre soit reconnu à sa juste valeur.

Bruno Procopio : les Grands Motets de Rameau à Cuenca (Espagne)

Est-il pour vous ce grand symphoniste qui prépare déjà Berlioz, par son goût de la musique pure et des couleurs instrumentales ?

Au XVIIIème siècle chaque musique a sa fonction, même si parfois elle doit être mondaine, donc je ne pourrais pas parler de musique pure dans l’absolu. En tout cas, sa musique pour orchestre reste avant-gardiste dans le traitement harmonique et dans l’originalité du traitement de la forme. Comme dernier survivant d’un style ancré dans les 17ème et 18ème siècles, le plan qui lui est propre est celui de la Suite de Danses. Berlioz est l’héritier de la nouvelle mode, celle des véritables symphonistes français, tels Gossec, Méhul, Lesueur… Si mes souvenirs son bons, Berlioz cite une seule fois Rameau dans ses écrits. Malgré les 50 ans qui séparent la disparition de Rameau et les toutes premières Å“uvres de Berlioz, il y a bien une nette rupture de point de vue.

Mais le génie de Rameau fait d’un apparent passéisme, la voie ouverte à de nouvelles aventures musicales. Rameau pour moi a la même importance et il reste aussi marginal que Carl Philipp Emanuel Bach à son époque. Après Rameau, la Suite de danse sera supplantée par la musique italienne, quant au style Sensible créé par CPE, il n’est qu’un appendice compris uniquement par ses admirateurs les plus proches et non des moindres : Mozart, Haydn, Beethoven.

Jouer Rameau sur instruments d’époque ou sur instruments modernes apporte quel bénéfice pour un chef et pour les musiciens d’orchestre ?

Je pense que Rameau reste difficile même pour un baroqueux averti : le langage est vraiment sophistiqué et la vocalité n’est pas habituelle, donc il faut une grande connaissance du style pour apprivoiser les tournures propres au langage de Rameau. Concernant les Grand Motets, il y a une grande profusion d’ornements que nous devons étudier de prêt pour savoir s’ils sont des “coulés ou des appoggiatures » par exemple, donc des notes jouées avant le temps, ou sur le temps.

Parmi les chefs qui vous ont précédé, quel serait celui qui a le mieux compris et servi l’esthétique de Rameau ? Et pourquoi ?

Je pourrais en citer plusieurs, mais celui qui aura vraiment marqué l’interprétation, c’est William Christie avec ses innombrables disques dédiés à Rameau. Je les écoute régulièrement ; ils ont été très formateurs pour moi. L’élégance et l’équilibre de ses enregistrement sont un exemple pour tous les musiciens qui souhaitent aborder cette culture musicale.

Bruno Procopio dirige les Grands Motets de Rameau, à Cuenca (Espagne), en clôture du festival de musique religieuse, SMR Semana de Musica Religiosa de Cuenca, le 19 avril 2014, 20h (Auditorio). Les Grands Motets de Rameau. Maria Bayo, soprano. Solistes, chœur et orchestre Les Siècles. Bruno Procopio, direction.