COFFRET CD, événement. CARLO MARIA GIULINI : The complete recordings on Deutsche Grammophon (42 cd Deutsche Grammophon)

giulini-carlo-maria-complete-recordings-box-set-coffret-cd-classiquenews-cd-review-cd-critique-cd-concerts-opera-Complete-Recordings-On-Deutsche-Grammophon-Decca-Coffret-Edition-LimiteeCOFFRET CD, Ă©vĂ©nement. CARLO MARIA GIULINI : The complete recordings on Deutsche Grammophon (42 cd Deutsche Grammophon). Deutsche Grammophon regroupe ici les tĂ©moignages du travail de Carlo Maria Giulini (1914-2005) ; de 1965 (Symph 40 et 41 de Mozart Ă  Londres) Ă  la 3è de Brahms – Ĺ“uvre fĂ©tiche, enregistrĂ©e en mai 1990, Ă  Vienne avec les Wiener Philharmoniker, Musikverein, GroĂźer Saal), soit un accompagnement par le disque de 25 ans, un quart de siècle, en compagnie d’un chef exigeant, esthète, mĂ©ditatif, d’une incroyable intelligence dramatique, donc faisant crĂ©piter dans l’élĂ©gance et l’introspection le drame contenu dans opĂ©ras (Ă©videmment) mais aussi pages orchestrales. Giulini dirige ici les plus grands orchestres (sauf français) en Italie, Grande-Bretagne, Autriche, Allemagne et aux USA : Santa Cecilia, Scala de Milan, Philharmonia Orchestra, Wiener Symphoniker, Wierner Philharmoniker, Berliner Philharmoniker, aux USA : Chicago Symphony Orchestra, Los Angeles Philharmonic… confĂ©rant Ă  tous, une tradition d’excellence grâce Ă  sa discipline devenue rĂ©fĂ©rentielle (comme peut l’être celle d’un Karajan, d’un Kleiber – Carlos-, Abbado…).

D’abord violoniste puis altiste, CMG / Carlo Maria Giulini se passionne pour la direction d’orchestre en particulier dans le genre lyrique. Expérience accomplie par le trentenaire en juin 1944 (la 4è de Brahms, une vocation lyrique et donc symphonique pour un compositeur qu’il servira toute sa vie). Deutsche Grammophon réédite en un coffret nécessaire pour tout mélomane, les enregistrements du chef né en 1914 (comme Fricsay ou Kubelik) réalisés par la marque jaune et aussi pour Decca, label frère. Il en résulte une collection de prises, en studio et live, d’une portée musicale et spirituelle, incontournable. Car pour le maestro, la musique est avant tout un acte mystique. Son geste ample, profond, fouille chaque partition, lui confère une respiration noble, méditative, d’un galbe spécifique. Il est vrai que c’est Toscanini qui écoutant les tempi du jeune chef dans un ouvrage inconnu alors, Il Mundo della luna de Hyadn, reste médusé et prend alors son cadet sous sa protection. Chef lyrique, Giulini dirige La Traviata à la Scala dans la mise en scène de Visconti avec Maria Calas en 1955 : production mythique qui assoit sa stature de très grand chef d’opéra. Il a 41 ans. C’est l’artiste esthète qu’engage Walter Legge pour la firme EMI.
Comme Karajan, Giulini choisit toute la distribution, impose le temps des répétitions, exige, contrôle… pour le meilleur. Un idéal sinon rien. Combien d’autres maestros ont su affirmer leur tempérament et leur pertinence grâce à cette exigence artistique (les meilleurs : Fricsay, Kubelik, Carlos Kleiber, et jusqu’à Abbado, …). Giulini incarne donc une façon de travailler, la recherche de la perfection semée d’élégance et d’urgence, désormais reconnaissable et mémorable. Quand le chef ne trouvera plus les conditions nécessaires , il renoncera définitivement à l’opéra (en 1968, à la scène mais pas au studio), pour s’intéresser surtout à l’écriture symphonique.

CLIC D'OR macaron 200Le coffret Giulini par Deutsche Grammophon soit 42 cd, permet de suivre l’évolution de son travail, à l’opéra  : 3 Verdi d’anthologie : Rigoletto (1979, Vienne), Il Trovatore / le Trouvère (Rome, 1984), Falstaff (Los Angeles, 1982), dont l’énergie et le sens du détail réalisent des lectures qui frappent immédiatement par le son hyperélégant, fin, subtil, furieusement dramatique de l’orchestre : un modèle du genre.

On suit aussi, surtout, l’approfondissement de Giulini dans le domaine symphonique et concertant. RĂ©pertoire germanique (austro-allemand Ă©videment), de Mozart (Concerto pour piano n°23 avec Vladimir Horowitz ; symphonies 40 et 41 : les plus anciennes prises, Ă  Londres avec le New Philharmonia en octobre 1965) et Beethoven (en 1978 : Concertos et Symphonies 1, 3, 5, 6, 9), surtout Brahms (1 et 2 par deux orchestres : Los Angeles Phil et Wiener Phil. ; 3 et 4)… Le “souffle Giulini”, entre noblesse et profondeur, architecture et intĂ©rioritĂ©, se mesure Ă©galement chez Bruckner (symphonies 7, 8, 9… aussi nĂ©cessaires, fondamentales que celles par Gunter Wand, son ainĂ© et autre BrucknĂ©rien de poids), et chez SCHUBERT dont il est l’un des pionniers Ă  dĂ©montrer fondamentalement l’introspection et l’ampleur structurelle, c’est Ă  dire le gĂ©nie (Symphonies 4, 8, 9). Giulini fut aussi un malhĂ©rien convaincu bien que trop confidentiel (Symphonie n°9, Das lied von der Erde / Le chant de la terre). 

Le coffret DG Ă©claire aussi ses lectures d’œuvres sacrĂ©es (la spiritualitĂ© et l’éloquence du silence n’étant jamais Ă©loignĂ©es de chaque interprĂ©tation) ; ainsi se distinguent ici les Requiem de FaurĂ©, de Verdi, Ein deutsches Requiem de Brahms ; comme le Stabat Mater de Rossini.

Les amateurs de piano symphonique, retrouverons ses lectures des Concertos de Chopin (n°1 avec Zimerman, 1978 avec le Los Angeles Philh.)
Autre volet Ă©loquent, l’écriture française telle qu’elle se dĂ©tache par son sens des couleurs et un Ă©quilibre soignant la transparence : Ravel (Pavane, Ma Mère l’Oye, Rhapsodie espagnole), Debussy (La mer), – Ravel et Debussy rĂ©alisĂ©s en 1979 avec le Los Angeles Philh. -, FaurĂ© dĂ©jĂ  citĂ© ; mais aussi Franck (Symphonie en rĂ©)…

A Ă©couter aussi parmi ses plus anciens enregistrements ici, la cantate An die Nachgeborenen, de Gottried von Einem – preuve d’une belle ouverture de rĂ©pertoire-, avec Dietrich Fisher-Dieskau (Wiener Symphoniker, Vienne GroĂźer Saal, nov 1975), Tableaux d’une exposition de Moussorgski (1976) et Britten (SĂ©rĂ©nade pour tĂ©nor en 1977, les deux compositeurs avec le Chicago Symph Orch). Toujours, ses respirations qui semblent jaillir du sĂ©pulcre, cette grandeur jamais grandiloquente, cette sincĂ©ritĂ© qui tend Ă  l’introspection (on comprend que Giulini ait pu influencer Myunh Wun Chung… ). Que du très très bon. Coffret incontournable. Un must. CLIC de Classiquenews

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CLIC D'OR macaron 200CD, coffret, événement. CARLO MARIA GIULINI : The complete recordings on DEUTSCHE GRAMMOPHON (and DECCA) - 42 cd Deutsche Grammophon : 1965-1990 / CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019. Réf.: 0289 483 6224 0.

CD. Coffret Giulini in Vienna (15 cd Deutsche Grammophon).

giulini in vienna deutsche grammophonCD. Coffret Giulini in Vienna (15 cd Deutsche Grammophon). 2014 est l’annĂ©e des cĂ©lĂ©brations de grands chefs : après Kubelik, le Karajan straussien, voici pour son centenaire (nĂ© en 1914), Giulini in Vienna. A la tĂŞte du Simphoniker et du Philharmoniker, Carlo Maria Giulini se dĂ©voile en 15 cd d’une portĂ©e esthĂ©tique et d’une profondeur artistique indiscutables.
L’italien qui grandit Ă  Bolzano c’est Ă  dire dans le Tyrol encore très nettement germanophone, cultive depuis toujours une fascination pour les grands romantiques allemands : Beethoven, Brahms, Bruckner, les 3 “B” de Giulini sont ici ses favoris, lui permettant d’atteindre le grand frisson symphonique, surtout chez Brahms et plus encore chez Bruckner oĂą le colossal rejoint l’intime millimĂ©trĂ© avec des couleurs Ă©blouissantes de tension intĂ©rieure, et une lumière solaire qui surgit de l’ombre inquiĂ©tante. Ses Bruckner sont en cela plus captivants encore que ses Brahms dont voici une intĂ©grale exceptionnelle. Il y ouvre des perspectives inexplorĂ©es avant lui, crĂ©ant des passages mordorĂ©s, peignant en plans multiples atteignant des Ă©tagements et une spatialisation inouĂŻe. Les 3 dernières symphonies de Bruckner (7,8 et 9 enregistrĂ©es avec le Philharmoniker de Vienne entre 1984 et 1988) affirment une intensitĂ© d’apocalypse pourtant très finement ciselĂ©e d’un esthĂ©tisme lĂ  aussi solaire. Une hauteur de vue qui rejoint celle d’un autre immense wagnĂ©rien : Gunter Wand.

Solaire Giulini

Le seul compositeur italien est ici Verdi (2 cd sur 15): enregistrĂ© en 1979, le Rigoletto de Giulini est d’un dramatisme Ă©lĂ©gantissime, incandescent et fulgurant comme son Don Giovanni, et servi par une distribution idĂ©ale : Placido Domingo (le duc), Piero Cappuccilli (Rigoletto), surtout Ileana Cotrubas en Gilda, ardente, embrasĂ©e, d’un angĂ©lisme filiale Ă  couper le souffle. Quel style pour chaque protagoniste.

Plus anciens, les Liszt de 1976, Concertos 1 et 2 avec Lazar Berman, ne sont pas les plus convaincants, ils confirment néanmoins le geste ample et souple, toujours noble et racé du chef mais avec un orchestre qui sonne un peu court (Simphoniker) et un piano certes virtuossisime mais trop extérieur et souvent sophistiqué que la captation met malheureusement un peu trop en avant.

L’autre joyau avec les Bruckner et Rigoletto reste chez Brahms, le superbe Requiem aux arrĂŞts suspendus, d’une intĂ©rioritĂ© et d’une profondeur irrĂ©sistibles : le live de 1987 prĂ©cise l’art d’un Giulini, maĂ®tre des architectures chorales, sachant en esthète aussi perfectionniste et exigeant que Karajan, ciseler le dĂ©tail et nourrir les arches colossales avec ce souci des phrasĂ©s, absolument confondant. Avec Giulini, il semble que c’est ici toute l’humanitĂ© qui joue son destin : une pleine conscience que les deux solistes ont totalement intĂ©grĂ© (Andreas Schmidt et Barbara Bonney, cette dernière capable d’enivrer son grand air enchantĂ©, hallucinĂ© qui s’Ă©lève en lĂ©vitation : “Ihr habt nun Traurigkeit”). L’orchestre semble battre l’ocĂ©an, suscitant une houle de crĂ©ation du monde.
Le cycle Brahms enregistrĂ© de 1989 Ă  1991 bĂ©nĂ©ficie d’une prise exceptionnellement fouillĂ©e qui Ă©tincelle dans la suractivitĂ© maĂ®trisĂ©e de la 4ème, saisie sur le vif. La direction fourmille de dĂ©tails, en couleurs et nuances de timbres sans que jamais l’allant ni l’Ă©quilibre structurelle ne soient diluĂ©s. Giulini fouille très loin l’Ă©nergie et ce bouillonnement tragique qui est coeur de la malĂ©diction brahmsienne. Le chef tend jusqu’au dĂ©chirement les contrastes et trouve dans les passages plus apaisĂ©s, un sentiment de pure sĂ©rĂ©nitĂ© extĂ©nuĂ©e (avec une rondeur des bois et des cuivres confondantes de noblesse caressante). La 4ème est de ce point de vue totalement stupĂ©fiante.
Des 3 concertos pour piano de Beethoven (tous enregistrĂ©s en live avec le Simphoniker et un partenaire de galère et de triomphe, Arturo Benedetti Michelangeli en 1979), les deux premiers sont les plus emblĂ©matiques : mozartiens dans cette articulation Ă©lĂ©gantissime mais traversĂ©s par une urgence dramatique que le piano de Michelangeli, astucieux et mĂŞme facĂ©tieux, d’un style enivrant-, sait exalter, dans des rubatos et une libertĂ© du jeu interprĂ©tatif, magistralement inventifs. Une connivence magistrale (les deux avancent main dans la main, portĂ©s chacun par le balancement de l’autre jusqu’Ă  Ă©tirer le tempo ou suspendre la mesure au-delĂ  de tout) qui fait aussi la rĂ©ussite du 5è Empereur : n’Ă©coutez que la magie embrasĂ©e de son mouvement central, Adagio un poco mosso : solaire, irradiant. D’une ivresse gorgĂ©e de tendresse. Un must absolu (avec en prime, le toucher facĂ©tieux du pianiste très inspirĂ© lĂ  encore grâce au soutien indĂ©fectibal que sait lui assurer le maestro).
Beethoven, Brahms, Bruckner : et dans l’ordre magicien : l’Empereur, le Deutsches Requiem et la 4ème ; puis de Bruckner : les 8ème et 9ème, enfin Rigoletto au sommet : voici l’inoubliable Giulini viennois. Bouleversant.

CD. Coffret Giulini in Vienna. 15 cd Deutsche Grammophon.