STREAMING opéra, critique. R. STRAUSS : Capriccio, Dresde. Nylund, Thielemann, le 23 mai 2021

Capriccio-camilla-nylund-critique-opera-thilemann-dreden-critique-opera-classiquenewsOpĂ©ra, critique. R. STRAUSS : Capriccio, Dresde. Nylund, Thielemann, le 23 mai 2021. Production ambitieuse qui met en scĂšne l’époque contemporaine et celle baroque des protagonistes : les deux artistes crĂ©ateurs, le poĂšte et le compositeur, Olivier et Flamand, en dialogue et conversation avec leur mĂ©cĂšne, la comtesse Madeleine. Strauss exploite toutes les ressources de l’opĂ©ra pour aborder le thĂšme rĂ©current (dans toute l’histoire du genre), de la primautĂ© entre paroles et musique. Qui doit conduire l’autre ? Qui prĂ©vaut ? le sous titre pourtant donne un indice : « Prima la musica e poi le parole » / D’abord la musique puis les paroles ; le compositeur entendait donc dĂ©fendre sa vocation, son art (comme Rameau, la musique d’abord !). Sur le prĂ©texte d’une joute entre les deux crĂ©ateurs, la Comtesse propose que chacun traite le sonnet (« Kein andres »  d’aprĂšs Ronsard, noyau de toute la partition) ; elle entend dĂ©partager ce qui ne peut l’ĂȘtre, car Ă  l’opĂ©ra, le texte est aussi essentiel que la musique, contredisant la hiĂ©rarchie pourtant dĂ©fendue par le fondateur du genre, Monteverdi qui a conçu des dramma in musica, c’est Ă  dire des textes mis en musique. La musique doit-elle ĂȘtre servante du verbe ? Toute la question est lĂ .
L’ultime scĂšne (Ă  2h04), superbement introduite par le chant du cor, profond, grave et noble, comme un crĂ©puscule qui s’accomplit, pose la forme adulĂ©e par Strauss : une conversation en musique, comĂ©die qui porte le texte qu’articule la divine musique. Ainsi dans ce final Ă©blouissant et mordorĂ©, la Comtesse ne sait que prĂ©fĂ©rer : la puissance du verbe, l’incantation de la magie musicale ? La question reste ouverte en fin d’action.
Si la directon de Thielemann, dirigeant un orchestre viscĂ©ralement straussien,- comme c’est le cas de Munich, reste lisse parfois liquoreuse sans rĂ©ellement exprimer le trouble ni l’ambivalence d’une musique qui parle et suggĂšre, la mise en scĂšne est en revanche plus claire et efficace, entre rĂ©alisme et poĂ©sie, exploitant les accents purement comiques de cette rĂ©flexion musicale sur la musique et le thĂ©Ăątre (divertissement dansĂ© et duo de chanteurs italiens, puis intermĂšdes des serviteurs, dans l’esprit des piĂšces de MoliĂšre, sources essentielles chez Strauss, depuis sa collaboration avec le poĂšte librettiste Hofmannsthal). Dans le rĂŽle central de la comtesse, Camilla Nylund affirme une belle sincĂ©ritĂ© expressive, un timbre Ă©tincelant, rayonnant, souple qui se montre digne de ses augustes consoeurs qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©e dans un rĂŽle fĂ©minin parmi les plus subtils et attachants du rĂ©pertoire (Schwarzkopf, Fleming
). Convaincant. Dresde, filmĂ© en avril 2021.

VOIR et REVOIR

VOIR Capriccio de Richard Strauss sur le site de l’OpĂ©ra de Dresde, ici :
https://www.semperoper.de/streaming/capriccio.html

Sur le site ARTEconcert, en replay jusqu’au 17 juillet 2021
https://www.arte.tv/fr/videos/103827-000-A/capriccio-de-richard-strauss/

CD, critique. WAGNER : TANNHÄUSER (Bayreuth 2014, Kober, Breedt, Kerl, Nylund
 2 cd OPUS ARTE

wagner tannhauser bayreuth 2014 kerl youn nylund cd critique cd review par classiquenews opus arte 1533643822443171_resize_265_265CD, critique. WAGNER : TANNHÄUSER (Bayreuth 2014, Kober, Breedt, Kerl, Nylund
 2 cd Opus Arte). Encore une fois, s’agissant de cette production, on ne dĂ©taillera pas la mise en scĂšne (affligeante et vulgaire signĂ© Sebastian Baumgarten : VĂ©nus enceinte, Elisabeth hystĂ©rique et suicidaire
 comme s’il n’y avait que les hommes de moins pires quoique que le hĂ©ros soit ici
 fortement alcoolisĂ©) ; une vision qui est rĂ©appropriation outranciĂšre, qui a la vertu de plus en plus familiĂšre et courante Ă  prĂ©sent de dĂ©naturer et manipuler l’opĂ©ra de Wagner. IntĂ©ressons nous surtout Ă  la rĂ©alisation musicale dont tĂ©moigne ce coffret, rendant compte des reprĂ©sentations de l’étĂ© 2014.
Heureusement le disque nous Ă©pargne les dĂ©lires visuels Ă  tout va. Les chƓurs maison sont
 impliquĂ©s, justes. MĂȘmes les seconds rĂŽles comme le pĂątre, tous les chevaliers sans exception, suscitent des incarnations concrĂštes, convaincantes (entre autres, Thomas Jesatko en Biterolf ; Lothar Odinius en Walther von der Vogelweide.), autant de piliers de scĂšnes de thĂ©Ăątre riche en passionnantes confrontations

Rival impuissant de TannhĂ€user et qui aime en secret la belle mais inaccessible Elisabeth, Wolfram von Eschenbach brille d’une Ăąme sincĂšre et tendre grĂące au baryton Markus Eiche qui fait un poĂšte Ă©perdu, enivrĂ© dans sa sublime Romance Ă  l’étoile


Saluons aussi le Landgrave Hermann, basse spectaculaire et caverneuse Ă  souhait de Kwangchul Youn.
EntitĂ© vĂ©nĂ©neuse et plutĂŽt attractive, genre sirĂšne dominatrice, la VĂ©nus de Michelle Breedt (qui chantait dĂ©jĂ  en 2009 aussi BrangĂ€ne dans Tristan und Isolde ici mĂȘme, et avec quel poids, quelle intelligence dramatique), se distingue par sa puissance et son intensitĂ©.
Plus droite et affirmĂ©e que souple et ambivalente, l’Elisabeth de Camilla Nylund s’accorde finalement bien de la vision hystĂ©rique et radicale que lui prĂȘte le metteur en scĂšne. Il fallait faire avec. La soprano s’en tire trĂšs honnĂȘtement.
Plus mesurĂ© qu’à son habitude, le tĂ©nor Torsten Kerl incarne un TannhĂ€user, passionnĂ©, parfois tendu, et mĂȘme fatiguĂ© pour son rĂ©cit, ultime priĂšre, imploration d’une Ăąme usĂ©e (effectivement elle l’est bien au sens littĂ©ral), mais d’une tĂ©nacitĂ© qui force l’admiration. Aspirant Ă  l’extase solitaire, le poĂšte qui a connu les dĂ©lices charnels, s’embrase, se consume, de l’orgie initiale Ă  la foi la plus Ă©purĂ©e, dĂ©sireux du renoncement, que seul Kundry dans le thĂ©Ăątre wagnĂ©rien (Parsifal), porte elle aussi Ă  ce point de non retour. Le tĂ©nor s’efforce et rĂ©ussit dans un rĂŽle impressionnant. Qui exige et demande sur la durĂ©e, en intensitĂ© et en aplomb.

Dans la fosse, le chef Axel Kober explore l’appel Ă  l’humilitĂ© et Ă  la contrition, avec une Ă©lĂ©gance trĂšs souple, exploitant les qualitĂ©s d’un orchestre maison, d’une plasticitĂ© expressive et ductile, Ă  toute Ă©preuve. Le maestro relĂšve les dĂ©fis d’une partition aussi lyrique que 
 symphonique. Et de ce point de vue, Wagner, quel orchestrateur. Convaincant.

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CD, critique. WAGNER : TANNHÄUSER (Bayreuth 2014, Kober, Breedt, Kerl, Nylund
 2 cd OPUS ARTE).

WAGNER : TANNHÄUSER (1845 – 1875)
Livret de Richard Wagner

Choeur du Festival
Chef de choeur : Eberhard Friedrich

Orchestre du Festival
Direction musicale : Axel Kober

Bayreuth, Festspielhaus, août 2014
Mise en scĂšne : Sebastian Baumgarten