Cd, critique. BOCCHERINI : 5 Sonate pour violoncelle / Bruno Cocset / Les Basses RĂ©unies (1 cd Alpha, Vannes 2017)

boccherini-basses-renuies-vol-2-bruno-cocset-clic-de-classiquenews-cd-critique-review-cdCd, critique. BOCCHERINI : 5 Sonates pour violoncelle / Bruno Cocset / Les Basses RĂ©unies (1 cd Alpha, Vannes 2017). VIOLONCELLE INTIMISTE… Il est tout Ă  fait logique et naturel que le violoncelliste Bruno Cocset s’intĂ©resse Ă  un gĂ©nie de l’instrument, lui-mĂŞme violoncelliste virtuose et compositeur idĂ©al pour la musique de chambre et donc de son instrument : Luigi Boccherini. La volontĂ© d’expressivitĂ© comme d’intĂ©rioritĂ© et d’élĂ©gance, affirme une Ă©criture qui ne manquant jamais de caractère voire d’humour et mĂŞme d’autodĂ©rision parodique, se rapproche de l’excellence d’un Joseph Haydn, – l’aĂ®nĂ© de Boccherini de 11 ans. D’ailleurs les deux compositeurs qui firent tant pour la musique instrumentale (- sans cependant Ă©galer la tendresse Ă©blouissante d’un Mozart), Ă©changèrent une riche correspondance dans les annĂ©es 1780, Ă  redĂ©couvrir.
Le programme du cd regroupe une collection de 5 Sonates pour violoncelle, diversement accompagnées (en trio avec pianoforte / ou clavecin, et violoncelle II), ou en duo (avec un second violoncelle / ou un pianoforte)… tout cela relève d’une période riche et féconde, où derrière la virtuosité évidente, dans l’écriture du violoncelle solo, s’affirme aussi la claire volonté d’innover, de faire évoluer le genre chambriste, comme les ressources expressives de l’instrument vedette.
L’intĂ©rĂŞt du recueil vient de ce jeu dialoguĂ©, très fouillĂ© et ciselĂ©, maĂ®tre des nuances qui s’établit immĂ©diatement entre le violoncelle soliste et la partie du continuo, calibrĂ©e et articulĂ©e avec soin, en une conversation oĂą chaque partie dĂ©fend une Ă©galitĂ© d’intonation comme d’expressivitĂ©. L’expĂ©rience de Boccherini lui-mĂŞme dans le jeu collectif et filigranĂ©, quand il jouait Ă  Milan, avec les violonistes Manfredi et Nardini; l’altiste Cambini : une formation lĂ©gendaire qui en dit long sur le niveau des instrumentistes, justifie le partie du cd. De ce mĂ©tier d’oĂą dĂ©coule probablement une Ă©coute idĂ©ale, – encore renouvelĂ©e quand Boccherini joue avec le mĂŞme Manfredi Ă  Paris (1767-1768, au Concert Spirituel), se prĂ©cise une sensibilitĂ© unique pour l’association des parties, pour les timbres associĂ©s aussi dont tĂ©moigne le choix de Bruno Cocset : le violoncelliste Ă©tabli Ă  Vannes Ă  prĂ©sent, fondateur du VEMI / Vannes Early Music Institute, propose de savants et irrĂ©sistibles meslanges : appareillant son violoncelle enchanteur (restitution du « Bel canto » de Boccherini, par Charles RichĂ©, 2004), aux timbres spĂ©cifiques du pianoforte (avec marteaux en bois, percussifs, percutants / et en cuir doublé…), du clavecin ou d’un second violoncelle… Une quĂŞte esthĂ©tique et sonore qui fait vibrer diffĂ©remment le violoncelle selon son environnement instrumental. L’option est jubilatoire en ce qu’elle invite Ă  l’imagination et Ă  la redĂ©couverte mĂŞme d’un format sonore, d’une nouvelle proximitĂ© physique avec l’instrument – dispositif et rĂ©alisation encore « magnifiĂ©s » par le choix de la prise de son. On dĂ©guste donc la vitalitĂ© contrastĂ©e de ces 5 Sonates, prolongement d’un premier cd, dĂ©jĂ  dĂ©diĂ© au compositeur nĂ© Ă  Lucca (Italie, 1743) et mort en terres ibĂ©riques (Madrid, 1805).

 
 
 

Boccherini : maître du chant instrumental

 
 
 

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Prenons l’exemple des deux derniers ouvrages, les plus tardifs (Sonate G 12 et G 13) : la G13 Ă©blouit par un chambrisme tĂ©nu, allusif, comme une Ă©pure ciselĂ©e ; rien de tapageur dans l’écriture de Boccherini plutĂ´t la recherche d’un chant certes dĂ©liĂ©, articulĂ©, mais Ă©tonnamment pudique et porteur dune grande vie intĂ©rieure : en un duo dĂ©pouillĂ© et pourtant très dense sur le plan sonore, l’ Allegro met en lumière cette voix souple et prĂ©cise du violoncelle si proche de la parole, en une Ă©lĂ©gance encore plus introspective que celle de Haydn Ă  Vienne. Bruno Cocset exploite toutes les qualitĂ©s de son instrument royal, Ă  la sonoritĂ© particulièrement chaleureuse et aussi très fine, riche en vibrations harmoniques avec les instruments partenaires (douce langueur, divin abandon du Largo central).
Son agilité habitée pas seulement technicienne, capable de chants et contrechants, magnifiquement énoncés, sait associer éloquence et vivacité en un jeu toujours très volontaire et nuancé, entre volubilité  et virtuosité.

Puis la G12, apporte une couleur sonore plus riche encore ; Ă©videmment le trio composĂ© ici, du violoncelle 2 et du piano, partenaires du violoncelle soliste, sonne plus sĂ©ducteur que le duo G13. L’Allegro moderato est aimable et virtuose, il contraste avec la sombre et noble profondeur du Grave central, moment suspendu. Le Minuetto conclusif ne manque pas de caractères ni de nuances que les interprètes font surgir avec une belle subtilitĂ© expressive, sachant accorder Ă  chaque section, le sentiment  et l’intensitĂ© qui sont en jeu.

CLIC D'OR macaron 200De façon générale, on admire ici autant la prouesse technicienne du violoncelliste vedette, que l’originalité et la sensibilité de sa proposition interprétative, qui rétablit cette élégance défricheuse et expérimentale d’un Boccherini, égal en invention et nuances à Haydn et Mozart. On est déjà impatient d’écouter le prochain opus que Bruno Cocset, lui aussi, curieux autant qu’orfèvre, voudra bien consacrer à d’autres oeuvres du génial Boccherini. Ce cycle Boccherini est désormais le plus passionnant à suivre, parmi ceux récemment réalisés.

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BOCCHERINI. Sonate per il violoncello, Vol. 2 (G 1, 2, 5, 12 et 13) – Les Basses RĂ©unis, Bruno Cocset (1 cd Alpha / enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Vannes, 2017)

BRUNO COCSET, CELLO
EMMANUEL JACQUES, CELLO CONTINUO
MAUDE GRATTON, PIANOFORTE
BERTRAND CUILLER, CLAVECIN