Compte-rendu, OPERA. SAINT-ETIENNE, Opéra le 29 déc. 2018. ROSSINI, Il Barbiere di Siviglia, Orch. Symph. Saint-Etienne Loire, M. Spotti / P.-E. Rousseau

Compte-rendu, OPERA. SAINT-ETIENNE, OpĂ©ra le 29 dĂ©c. 2018. ROSSINI, Il Barbiere di Siviglia, Orch. Symph. Saint-Etienne Loire, M. Spotti / P.-E. Rousseau. Reprise de la production strasbourgeoise crĂ©Ă©e en octobre dernier (et dĂ©jĂ  critiquĂ©e sur CLASSIQUENEWS : PE ROUSSEAU, Rossini : Le Barbier de SĂ©ville, septembre 2018) avec une distribution totalement renouvelĂ©e, ce Barbiere est une merveille de grĂące, d’intelligence et un plaisir des yeux permanent. Si la distribution est inĂ©gale, elle brille par un jeu d’acteurs Ă©poustouflant. Une rĂ©ussite totale Ă  mettre Ă  l’actif du jeune metteur en scĂšne Pierre-Emmanuel Rousseau.

SĂ©millant Barbiere

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Sur le plateau, un dĂ©cor plus vrai que nature qui nous transporte dans une SĂ©ville authentique. Des murs latĂ©raux d’un beau rouge presque pompĂ©ien, supportent un balcon en fer forgĂ© posĂ© sur un cul-de-lampe en pierre blanche, et deux portails, Ă©galement en fer forgĂ©, se font face. Au fond, un immense mur tapissĂ© de carreaux bleu et blanc en arabesques. Un dĂ©cor magnifique qui reproduit un patio sĂ©villan des plus sĂ©duisants. Les costumes, qui Ă©voquent l’Espagne du XVIIIe siĂšcle, Ă©galement signĂ©s par Pierre-Emmanuel Rousseau, sont splendides et semblent tout droit sortis d’un tableau de Goya. Avec un tel respect de l’Ɠuvre, la transposition, moderne ou mĂ©taphorique, se rĂ©vĂšle inutile (comme dans la dĂ©cevante production berlinoise du Deutsche Oper qui se jouait au mĂȘme moment) : l’opĂ©ra-bouffe est un genre qu’il faut prendre au sĂ©rieux et dont il faut respecter les codes.
Sur scĂšne, la direction d’acteurs fonctionne Ă  merveille, y compris pour les ensembles (comme le chƓur initial et ses capes virevoltantes façon « corrida »). Tout est traitĂ© avec une grande fluiditĂ©, malgrĂ© le rythme frĂ©nĂ©tique de la musique. On a apprĂ©ciĂ© tout particuliĂšrement le baryton Daniele Terenzi dans le rĂŽle de Figaro : une voix puissante et magnifiquement projetĂ©e, une diction impeccable (son « Largo al factotum » est exemplairement rĂ©ussi) et un acteur comique hors-pair, notamment dans sa confrontation avec Almaviva Ă  la guitare ou dans la scĂšne « Che invenzione ». Le Comte est incarnĂ© par le tĂ©nor Matteo Roma, dont les qualitĂ©s d’acteur (ses minauderies au clavecin) compensent un timbre pas toujours Ă  l’aise dans l’aigu et manquant parfois de prĂ©cision. Mais quand il adopte un registre de tenorino (comme dans la « chanson de Lindoro »), le rĂ©sultat est beaucoup plus convaincant. La mezzo israĂ©lienne Reut Ventorero, qui remplaçait Giuseppina Bridelli initialement prĂ©vue, s’en tire fort bien, malgrĂ© des graves peu sonores. Sa voix lĂ©gĂšre manque parfois de chair, mais la technique est sans faille, et elle montre une grande aisance dans le registre aigu (“ Una voce poco fa ”), tandis que son jeu dĂ©roule toute une palette de sentiments, de l’espiĂšglerie Ă  la tendresse, en passant par le charme dont elle joue pour duper un Bartolo dĂ©calĂ©. Ce dernier est fort bien dĂ©fendu par FrĂ©dĂ©ric Goncalves, qui a aussi bien le physique que la voix de l’emploi. Il est aidĂ©, dans sa stratĂ©gie de contrĂŽle de Rosina, par le maĂźtre de musique Basilio au physique de mort-vivant inquiĂ©tant, cheveux Ă©bouriffĂ©s, maigreur macabre et gestes instables. Dans ce rĂŽle stimulant, le baryton Vincent Le Texier dĂ©ploie des graves efficaces ; l’instabilitĂ© du geste accompagne celle du chant sans jamais que l’intelligibilitĂ© du texte n’en pĂątisse (superbe « aria della calunnia »), mĂȘme si l’on sent parfois que l’italien n’est pas son idiome naturel. Parmi les deux rĂŽles secondaires, la Berta de Svetlana Lifar est d’une drĂŽlerie permanente : muette pendant une bonne partie du spectacle, quand elle se met Ă  chanter, sa voix de matriochka russe Ă  l’amplitude vocale impressionnante fait mouche Ă  chaque instant. Plus effacĂ© en revanche le Fiorello et l’officier de Ronan NĂ©dĂ©lec, mĂȘme s’il est loin de dĂ©mĂ©riter.
Dans la fosse, le jeune chef italien (25 ans) Michele Spotti dirige avec verve et prĂ©cision l’Orchestre de Saint-Etienne-Pays de Loire, qualitĂ©s que l’on retrouve dans le ChƓur Maison. Au final, une rĂ©ussite mĂ©morable.

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Compte-rendu critique. OpĂ©ra. SAINT-ETIENNE, ROSSINI, Il Barbiere di Siviglia, 29 dĂ©cembre 2018. Matteo Roma (Il Comte Almaviva), Daniele Terenzi (Figaro), Reut Ventorero (Rosina), FrĂ©dĂ©ric Goncalves (Bartolo), Vincent Le Texier (Basilio), Svetlana Lifar (Berta), Ronan NĂ©dĂ©lec (Fiorello, Un ufficiale), Pierre-Emmanuel Rousseau (mise en scĂšne, dĂ©cors et costumes), Natascha Ursuliak (reprise de mise en scĂšne), Gilles Gentner (lumiĂšres), Laurent Touche (chef de chƓur), ChƓur lyrique Saint-Etienne Loire, Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire, Michele Spotti (direction).