Armida de Haydn à Clermont-Ferrand

centre-lyrique-clermont-ferrand-logoClermont-Ferrand, Opéra. Haydn : Armida. Les 25 et 26 février 2015. Musulmane envoûtante, Armida est une enchanteresse puissante et véhémente mais démunie face à l’amour que lui inspire le beau croisé Renaud. D’après la fable héroïque et sentimentale, La Jérusalem Délivrée du Tasse, le chevalier chrétien la voit en ennemi mais le miracle des sentiments fait basculer la fatalité des armes vers la réconciliation finale. Le dernier opéra que compose Haydn pour la Cour de son patron à Esterhaza, soit en 1783, est contemporain des prouesses du jeune Mozart : Idomeneo et L’Enlèvement au sérail.

Armida de Haydn en tournéeLa metteure en scène Marianne Clément imagine ici en guise de front guerrier, une confrontation actuelle et sociétale : les pro et les anti mariage pour tous. Armida est un homme dont Rinaldo est tombé amoureux; Idreno, le roi sarrasin (oncle d’Armide) est lui farouchement contre les gays… Si les décors n’ont pas convaincu nos rédacteurs, en revanche la distribution séduit et convainc : le soprano vif argent de Chantal Santon, familière des partitions du dernier baroque et du premier classicisme (celui des Lumières) étincelle dans le rôle titre masculinisé ; et son partenaire Juan Antonio Sanabria fait un Rinaldo tendre, palpitant, profond. A la hauteur de la partition d’un Haydn aussi efficace et délicat, raffiné et dramatique que Mozart. Evènement à l’Opéra Théâtre de Clermont Ferrand. LIRE la critique de notre rédacteur Emmanuel Andrieu à l’Opéra de Reims, le 16 janvier 2015.

Haydn : Armida à l’Opéra de Clermont Ferrand : les 25 et 27 février 2015, 20h. Drame héroïque en trois actes d’après Le Tasse.

Prochaine production à l’Opéra Théâtre de Clermont Ferrand, Lucia di Lammermoor de Donizetti, les 12, 14 mars 2015 avec Burcu Uyar dans le rôle de Lucia…

Compte-rendu, opéra. Reims. Opéra, le 16 janvier 2015. Haydn : Armida. Chantal Santon, Juan Antonio Sanabria, Enguerrand De Hys, Laurent Deleuil, Dorothée Lorthiois, Francisco Fernandez-Rueda. Mariame Clément, mise en scène. Julien Chauvin, direction.

haydn-joseph-portrait-perruqueAprès L’Empereur d’Atlantis de Viktor Ullman la saison passée, c’est l’Armide de Joseph Haydn que l’Arcal – la compagnie de théâtre lyrique et musical fondée par Christian Gangneron en 1983 (désormais dirigée par Catherine Kollen) – a retenu comme titre cette année. Étrennée en octobre dernier au Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, c’est à l’Opéra de Reims que la production – signée Mariame Clément – continue sa tournée, avant Massy, Besançon ou encore Clermont-Ferrand. Armida, dans la production dramatique de Haydn, c’est un peu comme La Clemenza di Tito dans celle de Mozart : alors que toute son évolution montre une dramatisation progressive du buffa, un rôle croissant de l’orchestre et des ensembles vocaux plus développés, avec, notamment, de superbes finales, Armida est, comme La Clemenza di Tito, un retour aux conventions de l’opera seria : le bouffe n’y a aucune part, les récitatifs secs abondent. Est-ce la raison pour laquelle cet opéra, le dernier que Haydn ait écrit pour Esterhaza, en 1783 (ce qui le situe chronologiquement juste après Idomeneo et Die Entführung aus Serail) – et qui contient tant de pages sublimes qui ne le cèdent en rien aux grands opéras de Gluck et de Mozart – reste si ignoré ?

 

 

 

 

 

Pro et anti gays…

 

 

 

armida reims (6)Pour cette histoire de croisés et d’ensorceleuse ensorcelée par l’amour, cent fois mise en musique, et qui remonte, au moins, à la Jérusalem délivrée du Tasse, Mariame Clément n’a pas choisi la reconstitution historique, mais décidé de transposer l’action de nos jours, en substituant aux guerres de religion (pourtant d’une brûlante et douloureuse actualité) le combat entre les « pro » et les « anti » Mariage pour tous. Armida est ici un homme, dont Rinaldo est tombé amoureux, au grand dam de ses compagnons d’armes et du Roi sarrasin Idreno, farouchement anti-gay. Si l’idée peut se défendre – même si on la trouve, à titre personnel, quelque peu réductrice -, on sera beaucoup plus circonspect sur la banalité et la laideur de la scénographie, qui entre en constante opposition avec la beauté de la partition.

Musicalement, Armida exige beaucoup des chanteurs. La jeune soprano française Chantal Santon, au timbre riche et expressif, a la présence dramatique, la flamme et les moyens vocaux d’Armida. Elle trouve en Juan Antonio Sanabria (Rinaldo) un partenaire à sa hauteur : timbre suave, aigus glorieux et virtuosité à l’avenant font de ce ténor canarien un talent à suivre. Tous d’eux sont entourés d’autres jeunes chanteurs remarquables, à commencer par Enguerrand de Hys (Ulbado), favorablement remarqué dernièrement (malgré sa courte apparition) dans l’Otello rossinien au TCE, et qui semble également promis à un bel avenir. De son côté, Dorothée Lorthiois (Zelmira) possède l’ampleur vocale exigée par sa partie (et une belle maîtrise de la ligne vocale), tandis que Laurent Deleuil (Idreno) se montre parfaitement convaincant dans le rôle du méchant de service.

Formation nouvelle (avec des musiciens essentiellement issus du Cercle de L’Harmonie) dirigée (dans les deux sens du terme) par le talentueux violoniste français Julien Chauvin, La Loge Olympique s’avère remarquable, la soirée durant, par la précision rythmique, l’articulation, le souci de la couleur : ils ont été les justes triomphateurs – avec l’équipe vocale, de cette résurrection d’Armida.

 

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Compte-rendu, opéra. Reims. Opéra, le 16 janvier 2015. Haydn : Armida. Chantal Santon, Juan Antonio Sanabria, Enguerrand De Hys, Laurent Deleuil, Dorothée Lorthiois, Francisco Fernandez-Rueda. Mariame Clément, mise en scène. Julien Chauvin, direction.

 

Illustrations : © Enrico Bartolucci

 

 

Armida de Joseph Haydn en tournée

Opéra en tournée. Haydn : Armida. 16 janvier > 10 mars 2015. D’après La Jérusalem délivrée, Armida de Haydn reste une perle lyrique méconnue, jalon contemporain du théâtre mozartien et déjà préromantique. Armide, princesse des Sarrazins, est aimée du chevalier chrétien Renaud. Celui-ci lui promet son soutien dans la guerre imminente qui devrait les opposer. Mais Ubaldo et Clotarco, guerriers des Croisades, amis de Renaud, le rappellent à sa foi et à ses serments. De plus, lui seul détient le pouvoir de briser le myrte magique d’Armide. Tiraillés entre devoir et sentiments, Renaud, tout comme Armide, sont déchirés par la douleur amoureuse.

haydn-joseph-582-420-grand-portrait-classiquenewsAprès Lully et Gluck, deux auteurs qui ont mis en musique le livret de Quinault à Paris, Joseph Haydn pour la Cour autrichienne d’Ezsterhaza, traite la lyre héroïque, sentimentale et tragique du mythe d’Armide, mythe de l’impuissance amoureuse : Armide comme Renaud incarnent le poison d’un sentiment qui les mène inéluctablement à leur perte.  Chez Gluck déjà, l’ambivalence des sentiments d’Armide formait le noyau de l’action : en une scène véritable d’exorcisme, mené par la haine, Armida voulait échapper à l’amour et l’arrachant de son cÅ“ur… mais c’était mourir et la femme amoureuse ne pouvait totalement répudier son aimé.. Ici, rappelé à son engagement guerrier, Renaud a percé l’intimité de la magicienne avec d’autant plus de puissance qu’il sait comment briser le  myrte magique de la princesse. Les comédies dans le genre buffa de Haydn sont bien connues et d’autant plus explorées que l’auteur reconnaissait son infériorité dans le genre grave et tragique comparé à son cadet Mozart. De fait, les comédies de Haydn sont mieux estimées depuis l’intégrale signée par Antal Dorati (Il Mundo della luna…).  Déjà le Cercle de l’harmonie et son chef Jérémie Rhorer avaient abordé l’Infeldelta Delusa de 1773 en janvier 2009. Les opéras de Joseph Haydn ont été le sujet d’un dossier spécial sur classiquenews.

Avec Armide, il s’agit de redécouvrir le tempérament unique et singulier d’un compositeur de cour qui sut réconcilier élégance et profondeur, gravité et justesse poétique.  Comme un écho aux troubles émotionnels du couple protagoniste, Haydn et son librettiste traitent aussi le fil amoureux qui unit d’autres ennemis : Zelmira, tombée amoureuse de Clotarco, s’emploie à contrer les noirs desseins du roi sarrazin Idreno… La guerre entre Sarrazins et Chrétiens paraît bien faible contre les sentiments qu’amour tisse entre les êtres de deux clans affrontés.

 

 

 

trouble des genres, guerre amoureuse…

Armida : l’opéra du doute

 

Armide-Renaud-Hayez-home-582-420-haydn-armidaLes victimes de l’amour… Datée de 1784, et en cela déjà préromantique, Armide peint des êtres profonds, en souffrance (comme Mozart à la même époque avec Idomeneo… il ira plus loin encore avec le crépuscule ardent de la Clémence de Titus en 1791) dont le trouble efface les types vocaux du baroque triomphant pour lequel la seule virtuosité vocale exprime l’intensité des affects. Ici règnent le doute, le soupçon, la perte des équilibres, une nouvelle sensibilité introspective et sa caractérisation spécifique. L’esprit des Lumières colore la partition d’une intelligence sentimentale inédite, que partage aussi Mozart dans tous ses opéras.  Elle dévoile la fragilité des cÅ“urs quand ils sont sous l’emprise de l’amour. L’échiquier des intrigues s’y transforme en labyrinthe où la folie et la dépression menacent. Une telle précision servie par une musique subtile et raffinée (tout Haydn) se prête naturellement à un jeu collectif qui doit d’abord s’appuyer sur un travail d’équipe. La souffrance et la solitude d’Armida abandonnée, les longues et incessantes hésitations de Rinaldo (en vérité le vrai héros de l’opéra quand par exemple c’est plutôt Armide qui est la protagoniste du Renaud de Sacchini, partition quasi contemporaine de 1783 !) sont les facettes d’un drame économe, particulièrement touchant et moderne. La mise en scène de Marianne Clément fait réfléchir sur l’expression confrontée des genres en une guerre elle aussi équivoque, armée et tendue : c’est un monde nouveau et plus nuancé qui se précise entre « la » femme séductrice et « le » héros vertueux. L’intelligence de Haydn du fait de sa seule musique fait imploser les cadres convenus : sa vision plus nuancée nous touche. C’est une conception proche finalement de l’opéra vénitien (Monteverdi, Cesti, Cavalli…) où la frontière des genres bouge en permanence : Handel n’a t il pas fait chanter son Rinaldo par une femme ?

 

 

 

Joseph Haydn : Armida
Drame héroïque en 3 actes. Livret inspiré de La Jérusalem délivrée de Torquato Tasso
(Eszterhaza, 1784)

Chantal Santon, soprano : Armida, princesse magicienne
Juan Antonio Sanabria, ténor : Rinaldo, chevalier croisé
Dorothée Lorthiois, soprano : Zelmira, fille du sultan d’Egypte
Laurent Deleuil, baryton : Idreno, roi sarrazin
Enguerrand De Hys, ténor : Ubaldo, chevalier croisé
Francisco Fernández-Rueda, ténor : Clotarco, chevalier croisé

Le Cercle de l’Harmonie
Julien Chauvin, direction

Opéra chanté en italien, surtitré en français
Marianne Clément, mise en scène

Calendrier de la tournée
La production d’Armida a été créée à saint-Quentin en octobre 2014.

Création le 10 octobre, Scène nationale de Saint-Quentin-en-Yvelines
Opéra de Reims, vendredi 16 janvier 2015 à 20h30
Opéra de Massy, vendredi 23 janvier 2015 à 20h
Théâtre d’Orléans, Scène nationale, mercredi 11 février 2015 à 20h30
Scène nationale de Besançon, jeudi 19 février 2015 à 20h
Centre lyrique Clermont-Auvergne, mercredi 25 février 2015 à 20h
Centre lyrique Clermont-Auvergne, vendredi 27 février 2015 à 20h
L’apostrophe – Théâtre des Louvrais scène nationale de Cergy-Pontoise et du val d’Oise, jeudi 5 mars à 19h30
L’apostrophe – Théâtre des Louvrais scène nationale de Cergy-Pontoise et du val d’Oise, samedi 7 mars 2015 à 20h30
Le Moulin du Roc, Scène nationale de Niort, mardi 10 mars 2015 à 20h30

+ d’informations sur le site de l’Arcal