Nouvelle Clémence de Titus par Pierre-Emmanuel Rousseau

titus opere de rennes annonce critique pe rousseau classiquenewsRENNES. MOZART : La ClĂ©mence de Titus. 2 – 8 mars 2020. PE ROUSSEAU que nous avions quittĂ© Ă  Tours pour une excellente et puissante recrĂ©ation des FĂ©es du Rhin d’Offenbach (en français) aborde Ă  Rennes puis Nantes, le dernier serai de Mozart, La ClĂ©mence de Titus de 1791. La ClĂ©mence n’est pas la faiblesse d’un pouvoir effĂ©minĂ©e ; c’est la force d’un politique vertueux qui se maĂźtrise. VoilĂ  emprunt des idĂ©aux des LumiĂšres et de la francmaçonnerie, le message du compositeur, parvenue Ă  la fin de sa carriĂšre, Ă  l’adresse du nouvel empereur Habsbourg, Leopold II, aussi couronnĂ© Roi de BohĂšme (qui l’ignore superbement d’ailleurs
). Mozart avait raison en choisissant l’empereur romain Titus, modĂšle avant tous, « dĂ©lice du genre humain ». VOIR aussi notre reportage vidĂ©o de la crĂ©ation des FĂ©es du Rhin d’Offenbach Ă  l’OpĂ©ra de Tours, par Pierre Emmanuel ROUSSEAU et Benjamin Pionnier.

 

 

 

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RENNES, Opérarennes-opera-titus-classiquenews-concert-opera-critique-classiquenews
Lundi 2 mars 2020 – 20h
Mercredi 4 mars 2020- 20h
Vendredi 6 mars 2020 – 20h
Dimanche 8 mars 2020 – 16h

 

 

RÉSERVEZ VOTRE PLACEboutonreservation
directement sur le site de l’OpĂ©ra de Rennes
https://www.opera-rennes.fr/fr/evenement/la-clemence-de-titus

 

 

 

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puis,
NANTES, Théùtre Graslin
Dimanche 15/03 – 16h
Mardi 17/03 – 20 h
Jeudi 19/03 – 20 h
Samedi 21/03 – 18 h
Lundi 23/03 – 20 h

 

 

 

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Nicolas KrĂŒger, Direction musicale
Pierre-Emmanuel Rousseau, Mise en scÚne, décors et costumes
Opéra seria en deux actes, composé en 1791 sur un livret de Metastase, adapté par Caterino Mazzola.
Durée 2h40,
entracte inclus. opéra chanté en italien, surtitré en français.

Orchestre symphonique de bretagne
(Grant Llewelyn, directeur musical)

chƓur de chambre mĂ©lisme(s)
Gildas Pungier, direction

Jeremy Ovenden
Tito Vespasiano, empereur romain

Roberta Mameli
Vitellia, fille de l’empereur dĂ©posĂ©, Vitellius

Olivia Doray
Servilia, sƓur de Sextus

José Maria Lo Monaco
Sesto, jeune patricien romain

AbigaĂŻl Levis
Annio, jeune patricien romain

Christophoros Stamboglis
Publio, capitaine de la garde prétorienne

 

 

 

 

 

 

 

La Clémence, affaire politique ou acte sincÚre ?

 

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titus-clemence-de-titus-mozart-atelier-lyrique-de-tourcoing-opera-annonce-presentation-par-classiquenews-critique-classiquenewsDans la Rome antique, dĂ©vorĂ©e par la jalousie et l’ambition, Vitellia demande Ă  son soupirant Sesto d’assassiner l’empereur Titus. Le 5 septembre 1791, Mozart achĂšve la composition de La ClĂ©mence de Titus, soit exactement 3 mois jour pour jour avant sa mort 
 Impressionnante force de travail de la part d’un auteur fatiguĂ©, surmenĂ© mĂȘme, qui Ă©crit aussi son autre chef d’oeuvre contemporain, et dans un genre opposĂ©, soit en allemand, le singspiel La FlĂ»te enchantĂ©e. La ClĂ©mence respecte les codes du genre opera seria : Ă©lĂ©vation morale du sujet, castrat dans le rĂŽle titre
 Le gĂ©nie mozartien renouvelle le genre ; s’éloigne des artifices et des formules ; cultive l’essence et la caractĂ©risation des situations comme des caractĂšres.
L’auditeur y dĂ©tecte subtilitĂ© de l’Ă©criture orchestrale, contrastes rythmiques, importance des ensembles – mais surtout dans les enjeux dramaturgiques propres Ă  chaque personnage. A l’exacerbation des sentiments et des passions, dĂ©jĂ  trĂšs ciselĂ©s dans son seria prĂ©cĂ©dent et l’un des premier Lucio Silla, Mozart ajoute dans La ClĂ©mence, ce qu’il avait inaugurĂ© dans Idomeneo, autre seria novateur, un nouveau souffle symphonique. L’orchestre peint des paysages dramatiques somptueux et pourtant Ă©conomes (l’incendie du Capitole qui clĂŽt l’acte I, et aprĂšs lequel Titus est donnĂ© pour mort)

D’ailleurs tout l’opĂ©ra est un vaste incendie psychologique qui embrase et consume chaque protagoniste ; tous souffre en solitaire ; chacun Ă©touffe, entravĂ©. La tension, l’urgence se prĂ©cipitent enfin pour se libĂ©rer dans la clĂ©mence impĂ©riale enfin rĂ©alisĂ©e Ă  la fin de l’action.

Pierre-Emmanuelle Rousseau s’intĂ©resse au poids Ă©motionnel des hĂ©ros ici ciselĂ©s par Mozart : Vitellia est une patricienne dĂ©vorĂ© par la haine et la revanche : sur cette rive, elle emporte et manipule son amant Sesto qui doit assassiner l’Empereur Titus ; lequel aime le jeune homme. La nouvelle production dĂ©voile l’autre facette de Titus qui fut un despote violent, et qui doit alors, au moment de l’action, parce qu’il est fatiguĂ© par l’exercice du pouvoir, laissĂ© une image vertueuse ; d’oĂč la clĂ©mence qui surgit tel une Ă©pĂ©e, dans ce monde barbare et cynique. « Il se construit une statue pour l’éternitĂ©. Perdant toute humanitĂ©, il n’est plus que le corps politique du roi. Il est dans un autre espace-temps, celui de la postĂ©ritĂ©. BĂątisseur, il va prĂ©senter une maquette d’un nouveau quartier d’affaires, et de bĂątiments publics, lors de sa premiĂšre intervention. C’est cette maquette qui se consumera lors de l’incendie du Capitole », indique le metteur en scĂšne.
L’acte II qui est celui oĂč les masques tombent, reprĂ©sentant un paysage de cendres (aprĂšs l’incendie) oĂč la vĂ©ritĂ© doit dĂ©voiler les intentions de chacun. Pour autant cette clĂ©mence, est-elle sincĂšre ? N’est ce pas Ă  nouveau une manipulation politique ?

Mozart fusionne en une efficacitĂ© exceptionnelle, musique et drame, opera seria et tragĂ©die Ă  la Racine. L’épure rayonne et inspire sa musique la plus incandescente.
Pour Ă©chapper Ă  l’entrave qui Ă©touffe chaque protagoniste, Mozart cĂ©lĂšbre la gouvernance par l’amour : idĂ©al maçonnique.

 

 

Approfondir

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LIRE AUSSI notre dossier TITUS, délice du genre humain

LIRE aussi notre COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opĂ©ra. TOURCOING, le 7 fĂ©v 2019. MOZART : La ClĂ©mence de Titus. Duffau, Tilquin, Boucher, 
Olivier, Schiaretti. Tourcoing, fabrique lyrique unique

VOIR aussi notre reportage vidĂ©o CrĂ©ation mondiale des FĂ©es du Rhin d’Offenbach par Pierre Emmanuel ROUSSEAU et Benjamin PIONNIER Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Titus mozartien Ă  Saint-Etienne et Ă  Strasbourg

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)Saint-Etienne,Strasbourg. Mozart : La ClĂ©mence de Titus. 6>27 fĂ©vrier 2015. CrĂ©puscule Ă©blouissant. AprĂšs Lucio Silla, Idomeneo, Mozart revient Ă  la fin de sa courte existence au genre seria : la ClĂ©mence de Titus incarne les idĂ©aux moins politiques qu’humanistes du compositeur qui Ă©crit aussi simultanĂ©ment en un tourbillon vertigineux son autre chef d’Ɠuvre, mais sur le mode comique et popualire, La FlĂ»te enchantĂ©e, en 1791. Au soir d’une fabuleuse carriĂšre oĂč le gĂ©nie des LumiĂšres pressent les prochaines pulsations de l’esthĂ©tique romantique, Titus reste l’opĂ©ra le moins connu et le moins estimĂ© du catalogue mozartien. A torts.

 

 

 

Crépuscule éblouissant

 

 

titusLa musique y est d’un raffinement crĂ©pusculaire sublime aux enchaĂźnements remarquables…  A l’acte I par exemple, tout s’enchaĂźne magnifiquement dans sa phase conclusive du N° 9 au N° 12 : servitude aveugle de Sesto, hystĂ©rie dĂ©semparĂ©e de Vitellia (trio « Vengo » N°10), remord de Sesto (recitativo accompagnato N°11) et chƓur de l’incendie du Capitole, marche funĂšbre rĂ©vĂ©lant la mort supposĂ©e de Titus (finale en quintette N°12). On n’a guĂšre entendu de pages aussi sublimes que les trois derniĂšres scĂšnes de l’acte I. Mozart y mĂȘle en gĂ©nial dramaturge, la solitude des coupables (Sesto/Vitellia), le tableau de la Rome incendiĂ©e, et le chƓur de dĂ©ploration pleurant la mort de l’Empereur. Cette double lecture annonce dĂ©jĂ  le XIXĂšme siĂšcle : intimitĂ© des hĂ©ros souffrant, clameur du chƓur qui restitue le souffle de l’épopĂ©e et du mythe antique.
A l’acte II, mĂȘme parfaite gestion du renversement dans l’évolution du personnage de Vitellia par exemple et que nous avons prĂ©cĂ©demment Ă©voquĂ©. Jusque-lĂ  insensible, froide manipulatrice, intĂ©ressĂ©e et politique. Il faut qu’elle entende l’air « S’altro che lagrime » de Servillia qui tout en prenant la dĂ©fense fervente de son frĂšre Sextus, reproche Ă  Vitellia sa « cruauté ». C’est la priĂšre d’une sƓur (Servilia est la sƓur de Sesto), exhortant celle qui maltraite son frĂšre Ă  le dĂ©fendre qui est la clĂ© dramatique de l’Acte II. AprĂšs avoir entendu Servillia, Vitellia n’est plus la mĂȘme : dans le grand air qui suit (sans ici l’artifice du secco), la transformation s’opĂšre dans son cƓur. Renversement et transformation. Voyant la mort, elle Ă©prouve enfin compassion et culpabilitĂ© accompagnĂ© par l’instrument obligĂ©, un sombre et grave cor de basset. Elle avouera tout Ă  Titus :  comment elle feignit d’aimer Sesto pour le manipuler ; son dĂ©sir de vengeance et le complot qui devait tuer l’Empereur.
Avant cette confrontation avec Servillia qui lui renvoie sa propre image, elle Ă©tait une autre. L’on serait tentĂ© de dire, Ă©trangĂšre Ă  elle-mĂȘme. Et cette transformation est d’autant plus profonde que l’air qui l’a suscitĂ© (S’altro che lagrime dĂ©jĂ  citĂ©) est court. Autre fulgurance.
Et plus encore : Mozart fait succĂ©der Ă  cette transformation miraculeuse, l’entrĂ©e de l’Empereur dont chacun attend la sentence quant au sort de Sesto. Marche d’une grandeur solennelle, lĂ  encore d’une sublime romanitĂ©, l’apparition de l’autoritĂ© impĂ©riale fait contraste avec le monologue de Vitellia oĂč l’on pĂ©nĂ©trait dans l’intimitĂ©, jusqu’au trĂ©fonds de son Ăąme, coupable et compatissante.

 

titus250L’artiste Ă©pouse les idĂ©aux les plus modernes et retrouve mĂȘme l’insolence de Figaro. Dix jours avant la crĂ©ation de l ‘Ɠuvre, le 27 aoĂ»t 1791, Leopold II signe avec le Roi de Prusse, la « dĂ©claration de Pillnitz » qui est un engagement d’intervention militaire immĂ©diate en cas d’action inspirĂ©e par l’esprit de la RĂ©volution et par le jacobinisme ambiant. Dans ce contexte oĂč les souverains de l’Europe dĂ©sirent renforcer leur autoritĂ© et donner une image positive de la monarchie, l’opera seria Titus apporte une illustration plus qu’opportune. La preuve Ă©loquente de la dignitĂ© du prince, magnanime et clĂ©ment. Une sorte de manifeste a contrario de la RĂ©volution, qui atteste de la grandeur et des vertus du pouvoir monarchique.  Toute la poĂ©sie de MĂ©tastase sert cet idĂ©al politique.
Or Mozart donne sa propre vision de la grandeur politique. La romanitĂ© sublime de son opĂ©ra, en particulier le final des deux actes (l’incendie du Capitole au I ; l’arrivĂ©e de l’Empereur aprĂšs le rondo de Vitellia au II), ne laisse en vĂ©ritĂ© aucun doute sur la fragilitĂ© des ĂȘtres, qu’il soit prince ou simple individu. Il a fait Ă©clater le carcan d’un art de servitude, seulement attachĂ© Ă  la propagande monarchique. C’est pourquoi sa dramaturgie transcende le seul cadre politique. Son propos est plus universel, il est humaniste. En chaque personnage, il voit son double : son frĂšre, en proie aux doutes, terrifiĂ© par la mort, soumis aux lois de la VĂ©ritĂ© pour laquelle tout homme libre est celui qui pardonne, et finalement renonce. Il fait des hommes, les proies d’un jeu d’équilibre prĂ©caire oĂč la folie menace toujours la raison. Rien avant lui n’avait Ă©tĂ© dit avec autant de clarté : il peint l’homme et la femme tels qu’en eux-mĂȘmes : immatures, impulsifs, contradictoires, solitaires. Tout ce que leurs rĂŽles hĂ©roĂŻques, leur stature, leur rang empĂȘcheraient de voir. Le paradoxe et la grandeur de l’opĂ©ra seria tiennent Ă  cela, avec ce que Mozart apporte de gĂ©nie : des ĂȘtres qui se dĂ©sireraient divins et sages mais qui ne sont que faibles et pulsionnels.

 

Il est temps de rĂ©estimer le dernier seria de Mozart. C’est l’enjeu des productions prĂ©sentĂ©es en ce dĂ©but d’annĂ©e, en fĂ©vrier 2015 Ă  Strasbourg et à  Saint-Etienne, soit deux productions distinctes qui relancent la question de la rĂ©habilitation d’un opĂ©ra majeur mĂ©connu…

 

Opéra de Saint-Etienneboutonreservation
Les 25, 27 février, 1er mars 2015
Reiland, PodalydĂšs
Allemano, Hache, Bridelli, Savastano, Brull, Palka

Opéra national du Rhin, Strasbourgboutonreservation
Les 6,8, 17,19,21 février 2015
Spering, McDonald
Bruns, J. Wagner, d’Oustrac, Skerath, Radziejewska, Bizic

 

 

LIRE nos dossier sur La Clémence de Titus, le dernier seria de Mozart (1791).
Un opéra humaniste

Discographie de La Clemenza di Tito (Kertesz, Gardiner, Harnoncourt, Jacobs, Mackerras…)
Illustrations : Mozart ; portrait de Titus ; Joseph II et son frĂšre LĂ©opold, futur empereur et commanditaire de l’opĂ©ra La ClĂ©mence de Titus de Mozart (DR)

Jérémie Rhorer dirige La Clémence de Titus de Mozart

mozart-portrait-xixParis, TCE. Mozart: La ClĂ©mence de Titus: 10>14 dĂ©cembre 2014. Avec La ClĂ©mence de Titus (1791) Mozart signe son dernier opera seria, composĂ© simultanĂ©ment Ă  La FlĂ»te enchantĂ©e, fĂ©erie maçonnique mais surtout grand opĂ©ra popualire en langue allemande. Avec Titus, Wolfgang nous laisse l’un de ses opĂ©ras les plus crĂ©pusculaires, d’un symphonisme nouveau qui dĂ©voile combien l’auteur Ă  la fin de sa vie, est capable d’un renouvelement spectaculaire de la forme thĂ©Ăątrale. La performance est d’autant plus impressionnante qu’elle rĂ©pond Ă  un cadre officiel… Une commande contraignante n’entame en rien l’inspiration artistique. En Ă©crivant son nouveau sedia pour le nouvel Empereur, le compositeur veut aussi renouveler le genre lyrique. Il Ă©tait tout Ă  fait naturel que dans cette voie rĂ©formatrice, Mozart traite avec rĂ©gularitĂ© la « grande machine », le genre noble et officiel, parfaitement structurĂ©, trop peut-ĂȘtre. Et quand lui Ă©choit la commande impĂ©riale de surcroĂźt sur le registre seria, la tentation est trop forte. L’esprit de la revanche aussi car la Cour et l’Empereur, c’est-Ă -dire le goĂ»t viennois d’alors, n’a guĂšre applaudi son talent depuis l’EnlĂšvement au SĂ©rail (1782). Et c’est essentiellement Prague qui a cĂ©lĂ©brĂ© Ă  juste titre la rĂ©ussite de ses derniers opĂ©ras, Les Noces et Don Giovanni
  En ne se maintenant qu’à peine quinze soirĂ©es, Cosi, crĂ©Ă©e au Burgteater de Vienne, est un Ă©chec amer.
Tout indique contre ce que l’on pense et ce que l’on ne cesse d’écrire, que le genre seria l’intĂ©ressait depuis toujours et ce au plus haut point. Avec Titus, Mozart tout en abordant une forme « difficile », retrouve un thĂšme qui lui est cher : celui de la clĂ©mence, de la gĂ©nĂ©rositĂ©, du pardon et du renoncement (valeur maçonnique inspirĂ©e des LumiĂšres). Certes il y redĂ©finit la structure, adapte sa propre dramaturgie tissĂ©e dans l’étoffe de la vĂ©ritĂ© humaine. Il offre Ă  nouveau une rĂ©forme du seria, dĂ©jĂ  abordĂ©e dans IdomĂ©nĂ©e ; une reconsidĂ©ration personnelle qui romperait avec conventions et contraintes pour rĂ©tablir le naturel.
D’ailleurs, le public d’opĂ©ra depuis le XVII Ăšme siĂšcle, applaudit sans faiblir les drames vivants mĂȘlant comique et hĂ©roĂŻque, passion amoureuse et tragĂ©die selon la formule dĂ©jĂ  rĂ©volutionnaire en son temps qu’a Ă©laborĂ© le pĂšre de l’opĂ©ra, Claudio Monteverdi dans ses ouvrages vĂ©nitiens (Ulisse et Poppea).  C’est l’une des raisons qui a fait le succĂšs du buffa dont les chefs-d’Ɠuvre ne sont pas exempts de leçon philosophique, parfois trĂšs cynique sur le genre humain. Doublant l’hĂ©roĂŻsme souvent tragique des protagonistes, les seconds plans commentent l’action principale avec une ironie voire un cynisme dĂ©capant.
Un siĂšcle plus tard, sur la voie tracĂ©e par Monteverdi, Mozart incarne une exigence semblable. Il partage le mĂȘme idĂ©al, alliant bouffon et sĂ©rieux, qui permet une alliance harmonique entre le texte et la musique, entre la vraisemblance et l’expression Ă©difiante, et toujours merveilleuse des caractĂšres. Or dans Titus, il doit aborder un genre oĂč toute situation comique est bannie. Seul l’hĂ©roĂŻsme Ă©difiant des caractĂšres et des situations sont de mise. Paradoxe du propos, la fin doit ĂȘtre selon la tradition du lieto finale, heureuse, morale, rassurante. Le seria est dont un dĂ©fi pour le compositeur.

 

 

 

 

Mozart : La Clémence de Titus
opera seria, 1791
Paris, TCE. Les 10,12, 14,16 18 décembre 2014
Jérémie Rhorer, direction
Denis PodalydĂšs, mise en scĂšne
Avec Kurt Streit, Karina Gauvin, Julie Fuchs, Kate Linsay, Julie Boulianne, Robert Gleadow… Le Cercle de l’Harmonie

Lire notre dossier spécial La Clémence de Titus

Mozart : les enchaßnements de génie

Mozart: enjeux de Titus

Mozart: Titus, une modernité faite seria

Mozart: Titus, l’opĂ©ra du futur ?

Mozart: nouvelle estimation de Titus

Voir notre discographie de la Clémence de Titus de Mozart