CD, compte rendu critique. Salieri : Les DanaĂŻdes (Christoyannis, van Wanroij, Rousset, 2013)

salieri danaides rousset christoyannis van wanroij critique compte rendu classiquenews CLIC de juin 2015CD, compte rendu critique. Salieri : Les DanaĂŻdes (Christoyannis, van Wanroij, Rousset, 2013). Cela cravache sec et tendu dès l’ouverture oĂą le chef C. Rousset plus incisif que jamais emporte tout abandon galant, tout italianisme sensuel, au profit d’un expressionnisme tendu et Ă©lectrique, soulignant combien ce Salieri de 1784 doit au style franc et frĂ©nĂ©tique de Gluck, rĂ©pond aussi au goĂ»t pour la grandeur tendue, la froideur terrifiante et spectaculaire des passions … raciniennes. L’Ă©poque est Ă  l’Ă©clectisme europĂ©en, le goĂ»t savant des Lumières qui après le dĂ©part du Chevalier Gluck (1779), grand rĂ©formateur de l’opĂ©ra français dans les annĂ©es 1770, entend renouveler son apport. Dans le sillon du nĂ©oclassicisme gluckiste, les Ă©trangers Ă  Paris, germaniques (Jean ChrĂ©tien Bach, Vogel…), italiens surtout (Piccinni et Sacchini), nordiques (GrĂ©try,Gossec), avant Cherubini et Spontini, rĂ©gĂ©nèrent ainsi d’un sang neuf, entre suavitĂ© et ardeur martiale (dĂ©jĂ  prĂ©rĂ©volutionnaire) la langue lyrique parisienne, en particulier dans le genre de la tragĂ©die lyrique. Salieri participe Ă  la fertilisation du terreau français des Lumières Ă  quelques annĂ©es de la RĂ©volution : son style est lui aussi europĂ©en, constamment Ă©lĂ©gant, poli, d’un raffinement alliant la rythmique bondissante des symphonistes germaniques, la dĂ©licatesse et le raffinement français, la virtuositĂ© italienne. Salieri d’un souci mozartien sait servir chacune des sensiblitĂ©s avec un art consumĂ© de l’Ă©quilibre esthĂ©tique. Avec d’autant plus de mesure et de raffinement que son sujet est sanglant et particulièrement effrayant, renouvelant la lyre tragique sacrificielle, atroce, sanguinaire, terrifiante, celle des meurtres en nombre dans le sillon de ce fantastique conçu par les Antiques, Euripide, Eschylle, Sophocle et dont Racine avait sur la scène du théâtre classique (parlĂ©) prĂ©servĂ© la tension sublime. De toute Ă©vidence, le public des Lumières aimait se faire peur Ă  l’opĂ©ra. Et la partition des DanaĂŻdes satisfait idĂ©alement ce dĂ©sir et cette attente.

Familiers de la collection discographique (OpĂ©ra Français / French Opera), dĂ©diĂ©e Ă  l’opĂ©ra français des Lumières,  les chanteurs ici rĂ©unis composent un collectif particulièrement scrupuleux de la langue et de cette expressivitĂ© Ă©motionnelle. L’articulation et l’intelligibilitĂ© sont leurs qualitĂ©s communes, exceptionnellement dĂ©lectables, apport mĂ©ritant de cette production, partagĂ©es aussi par un choeur riche en finesse et subtilitĂ© (les excellents Chantres du CMBV Centre de musique baroque de Versailles qui avaient dĂ©jĂ  participĂ© avec la mĂŞme qualitĂ©, Ă  l’opĂ©ra Renaud de Sacchini, immĂ©diatement antĂ©rieur en 1783 des DanaĂŻdes de Salieri).

 

 

 

Après Renaud de Sacchini de 1783, voici en 1784, la suite plus frĂ©nĂ©tique encore de l’opĂ©ra des Lumières, parfaitement gluckiste…

Salieri frénétique et sanguinaire

 

 

Le DanaĂĽs du baryton Tassis Christoyannis est d’une impeccable prĂ©cision, naturelle et timbrĂ©e, subtile et mĂŞme crĂ©dible : il excelle Ă  exprimer l’autoritĂ© du père, faussement bon et pacificateur au dĂ©but, puis vĂ©ritable instigateur de l’horreur croissante qui s’empare de la scène. Judith van Wanroij et Philippe Talbot incarnent la lyre amoureuse, plus tendre qui contraste avec la terreur environnante. Ils accordent leurs timbres complĂ©mentaires, clairs et cristallins, en un duo constamment enivrĂ©, Ă©lĂ©gant, Ă©perdu (I, IV). Et comme nous l’avons dit avant, fort d’une intelligibilitĂ© qui sert l’impact du texte.

salieri-portrait-classiquenews-les-danaides-1784-antonio-salieriEn architecte affĂ»tĂ©, Antonio Salieri compose un opĂ©ra dont le rythme reste trĂ©pidant : oĂą a t on vu des actes aussi courts, comme expĂ©ditifs ? Les divertissements et ballets de l’Ă©poque de Rameau, alanguissements hors de l’action proprement dite sont Ă©cartĂ©s. Pourtant tout s’il n’Ă©tait le sujet, tend Ă  s’alanguir ici vers l’Ă©lĂ©giaque et le dĂ©licat mais acclimatĂ© au cadre europĂ©en des biensĂ©ances : Salieri semble inflĂ©chir sa nature, et faire la synthèse d’un Gluck enclin pourtant Ă  la sensualitĂ© (le rĂ´le d’Hypermnestre, dĂ©loyale aux ordres de son père, y pourvoit). Le compositeur se montre aussi voisin aussi des compositeurs tendus et frĂ©nĂ©tiques du Sturm und Drang.
Très vite, le lugubre sanguinaire du II -quand DanaĂĽs relativise le climat pacificateur des mariages en nombre, et vise la duplicitĂ© de son frère Egyptus, fait sombrer l’opĂ©ra dans l’horreur et la transe sanguinaire collective partagĂ©e par toutes ses filles bien conditionnĂ©es : une prĂ©figuration des dĂ©bordements de la RĂ©volution et de la terreur (!). Tant d’atrocitĂ©s, de panique cannibale ont marquĂ© voire scandalisĂ© l’audience quoique saisit les plus rĂ©servĂ©s.

Une seule ose dĂ©fier l’ordre du père et son appel au massacre, Hypermnestre inspirĂ©e par l’amour (pour LyncĂ©e), elle prĂ©fère fuir le lieu du futur massacre des Ă©poux (festin fatal de la fin du IV oĂą percent les cris d’agonie des jeunes hommes massacrĂ©s par leurs promises) quitte Ă  troubler son fiancĂ© (III). Et au soir de la mise Ă  mort par les DanaĂŻdes de leurs Ă©poux, elle s’Ă©vanouit de douleur coupable (IV).  Tout le V trempe et plonge dans le frĂ©nĂ©tique le plus terrifiant : tableau infernal des supplices des DanaĂŻdes et de leur père Danaus Ă  l’agonie – attachĂ© Ă  son rocher oĂą un vautour lui dĂ©vore les viscères(!), expiant leurs terribles forfaits. Salieri ne nous Ă©pargne rien : musicalement, chaque tableau exprime la vive horreur du sujet.
Branchu-Vestale-caroline-branchu-soprano-hypermnestre-des-danaides-de-salieri-en-1784-classiquenewsLe rĂ´le d’Hypermnestre offre un superbe rĂ´le Ă  la soprano requise, exigeant des qualitĂ©s tragiques amples, entre hĂ©roĂŻque digne et pathĂ©tique tendre. L’individualitĂ© d’Hypermnestre jaillit dès le III.  Les airs s’enchaĂ®nent de scène en scène : Le Barbare ! il me fuit ! au III : marque la rĂ©sistance de la fille face Ă  la cruautĂ© et la folie de son père qui a motivĂ© Ă  la haine toutes ses autres filles. Puis c’est son errance horrifiĂ©e “OĂą suis-je” qui ouvre le IV… Elle est tiraillĂ©e entre l’horreur que lui inspire son père et sa tendresse pour LyncĂ©e. C’est bien le rĂ´le le plus passionnant avec l’Armide de Sacchini l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente et bientĂ´t, MĂ©dĂ©e de Cherubini (ou celle prĂ©cĂ©dente de Vogel dans La Toison d’or). Sur une articulation affĂ»tĂ©e, s’exhale l’humeur vaine des passions exacerbĂ©e dont les accents ont la grandeur et le mordant des bas reliefs antiques : l’Ă©poque est bien Ă  ce nĂ©o classicisme oĂą la droiture de certaines hĂ©roĂŻnes, leur tendresse naturelle (voyez Alceste et IphigĂ©nie chez Gluck) se dressent contre le folie collective. Judith Van Wanroij reste ferme et prĂ©cise dans airs et rĂ©citatifs (III, IV), digne et ardente sur les traces des grandes cantatrices (dessus) de l’Ă©poque, d’abord Sainte-Huberty puis Caroline Branchu (qui impressionne tant Berlioz dans les annĂ©es 1820). De notre point de vue, ce sont essentiellement les deux rĂ´les antagonistes du père (Danaus) et de la fille qui sont les plus saisissants : le DanaĂĽs de Tassis Christoyannis apporte un relief saisissant dans leur duo, vrai moteur du drame.

La mĂ©canique presque trop sèche de l’orchestre tire la performance vers une agitation dĂ©sincarnĂ©e et rien que frĂ©nĂ©tique qui Ă©videmment Ă©lectrise constamment la grandeur terrifiante des tableaux, surtout dans l’enchaĂ®nement des deux derniers actes : IV (le festin massacre) et le V (la victoire de LyncĂ©e / Pelagus et la chute des DanaĂŻdes, promis aux flammes de l’enfer : comme Don Giovanni de Mozart). Le spectaculaire des “dĂ©corations” (selon la terminologie de l’Ă©poque) jointe Ă  l’exacerbation des passions font un spectacle total qui on le comprend allait marquer le jeune Berlioz, futur auteur des Troyens : de Salieri Ă  Berlioz, la lyre de Gluck avait trouvĂ© ses plus ardents disciples dans l’admiration des grands mythes antiques.
Le nerf, la hargne dĂ©fendus par Les Talens Lyriques sont d’une indĂ©niables efficacitĂ©, servie de surcroĂ®t par deux interprètes convaincants (LyncĂ©e ou Plancipe sont des ajouts sans plus de profondeur). Salieri, pilotĂ© depuis Vienne par Gluck lui-mĂŞme, avait tout pour rĂ©ussir son coup : ses DanaĂŻdes semblent assurer Ă  la fois la suprĂ©matie expressive comme la revanche du Chevalier Ă©vincĂ© voire humiliĂ© par un dĂ©part prĂ©cipitĂ© de France en 1779. Les coupes des actes de plus en plus courts, le principe mĂŞme d’une surenchère dramatique subtilement canalisĂ©e illustrent mieux que les deux IphigĂ©nies, la maĂ®trise nĂ©oantique de Gluck, tout en Ă©tant fidèle Ă  l’esthĂ©tique de son théâtre.

CLIC D'OR macaron 200C’est donc un CLIC de classiquenews, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation par le disque de ce sommet lyrique des Lumières. Pour autant, le geste du chef pour affĂ»tĂ© qu’il soit, rĂ©duit d’autant l’idĂ©e et les effets globaux que l’ouvrage pourrait aussi produire avec plus de rondeur comme de profondeur. La pointe sèche et tranchante de la lame (qui s’expose en couverture et que brandissent toutes les jeunes Ă©pouses prĂŞtes Ă  massacrer leurs maris) supplante tout autre registre expressif. Une autre direction toute aussi tendue sans pourtant ĂŞtre aussi carnassière et parfois hystĂ©rique pourrait y rĂ©ussir tout autant. Mais alors il faudrait compter sur un talent aussi fin et troublant que celui de l’excellent Tassis Christoyannis, DanaĂĽs, plein de fougue et de profondeur. Ne serait-il pas le vĂ©ritable hĂ©ros de cette production ? De toute Ă©vidence, nous avons une relation père / fille aussi passionnante que plus tard celle exprimĂ©e par Verdi (Boccanegra/Amalia, Gilda/Rigoletto…) ou Wagner (Wotan / Brunnhilde). Le germe romantique couve chez ce Salieri fortement gluckiste.

 

 

 

CD. Compte rendu critique. Antonio Salieri (1750-1825) : Les Danaïdes, 1784. Tragédie lyrique en cinq actes, livret de François Bailli du Roullet et Louis-Théodore de Tschudi. Créée à l’Académie royale de musique, le 26 avril 1784. Hypermnestre : Judith van Wanroij, Lyncée : Philippe Talbot, Danaüs : Tassis Christoyannis, Plancippe : Katia Velletaz, Pélagus / Officier : Thomas Dolié. Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction.  Enregistré à l’Arsenal de Metz, les 29 et 30 novembre 2013. 2 CD Palazzeto Bru Zane ES1019 – Durée : cd1, 72’28 + CD2, 35’58.

 

 

 

LIRE, APPROFONDIR : Renaud de Sacchini par Les Talens Lyriques : critique du cd et reportage rĂ©pĂ©titions vidĂ©o ; reportage vidĂ©o de l’opĂ©ra RENAUD de Sacchini (grand reportage de 12 mn © CLASSIQUENEWS.TV : entretien avec BenoĂ®t Dratwicki, directeur artistique du Centre de musique de Versailles, la place des Italiens en France, le bel canto dans Renaud, l’hĂ©ritage de Gluck dans Renaud…)... L’opĂ©ra français Ă  l’Ă©poque des Lumières, Ă©volution de la tragĂ©die lyrique sous l’influence de Gluck…

 

 

Illustrations : Antonio Salieri, Caroline Branchu dans le rĂ´le de La Vestale de Spontini (DR)

 

Armida de Joseph Haydn en tournée

OpĂ©ra en tournĂ©e. Haydn : Armida. 16 janvier > 10 mars 2015. D’après La JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e, Armida de Haydn reste une perle lyrique mĂ©connue, jalon contemporain du théâtre mozartien et dĂ©jĂ  prĂ©romantique. Armide, princesse des Sarrazins, est aimĂ©e du chevalier chrĂ©tien Renaud. Celui-ci lui promet son soutien dans la guerre imminente qui devrait les opposer. Mais Ubaldo et Clotarco, guerriers des Croisades, amis de Renaud, le rappellent Ă  sa foi et Ă  ses serments. De plus, lui seul dĂ©tient le pouvoir de briser le myrte magique d’Armide. TiraillĂ©s entre devoir et sentiments, Renaud, tout comme Armide, sont dĂ©chirĂ©s par la douleur amoureuse.

haydn-joseph-582-420-grand-portrait-classiquenewsAprès Lully et Gluck, deux auteurs qui ont mis en musique le livret de Quinault Ă  Paris, Joseph Haydn pour la Cour autrichienne d’Ezsterhaza, traite la lyre hĂ©roĂŻque, sentimentale et tragique du mythe d’Armide, mythe de l’impuissance amoureuse : Armide comme Renaud incarnent le poison d’un sentiment qui les mène inĂ©luctablement Ă  leur perte.  Chez Gluck dĂ©jĂ , l’ambivalence des sentiments d’Armide formait le noyau de l’action : en une scène vĂ©ritable d’exorcisme, menĂ© par la haine, Armida voulait Ă©chapper Ă  l’amour et l’arrachant de son cĹ“ur… mais c’Ă©tait mourir et la femme amoureuse ne pouvait totalement rĂ©pudier son aimĂ©.. Ici, rappelĂ© Ă  son engagement guerrier, Renaud a percĂ© l’intimitĂ© de la magicienne avec d’autant plus de puissance qu’il sait comment briser le  myrte magique de la princesse. Les comĂ©dies dans le genre buffa de Haydn sont bien connues et d’autant plus explorĂ©es que l’auteur reconnaissait son infĂ©rioritĂ© dans le genre grave et tragique comparĂ© Ă  son cadet Mozart. De fait, les comĂ©dies de Haydn sont mieux estimĂ©es depuis l’intĂ©grale signĂ©e par Antal Dorati (Il Mundo della luna…).  DĂ©jĂ  le Cercle de l’harmonie et son chef JĂ©rĂ©mie Rhorer avaient abordĂ© l’Infeldelta Delusa de 1773 en janvier 2009. Les opĂ©ras de Joseph Haydn ont Ă©tĂ© le sujet d’un dossier spĂ©cial sur classiquenews.

Avec Armide, il s’agit de redĂ©couvrir le tempĂ©rament unique et singulier d’un compositeur de cour qui sut rĂ©concilier Ă©lĂ©gance et profondeur, gravitĂ© et justesse poĂ©tique.  Comme un Ă©cho aux troubles Ă©motionnels du couple protagoniste, Haydn et son librettiste traitent aussi le fil amoureux qui unit d’autres ennemis : Zelmira, tombĂ©e amoureuse de Clotarco, s’emploie Ă  contrer les noirs desseins du roi sarrazin Idreno… La guerre entre Sarrazins et ChrĂ©tiens paraĂ®t bien faible contre les sentiments qu’amour tisse entre les ĂŞtres de deux clans affrontĂ©s.

 

 

 

trouble des genres, guerre amoureuse…

Armida : l’opĂ©ra du doute

 

Armide-Renaud-Hayez-home-582-420-haydn-armidaLes victimes de l’amour… DatĂ©e de 1784, et en cela dĂ©jĂ  prĂ©romantique, Armide peint des ĂŞtres profonds, en souffrance (comme Mozart Ă  la mĂŞme Ă©poque avec Idomeneo… il ira plus loin encore avec le crĂ©puscule ardent de la ClĂ©mence de Titus en 1791) dont le trouble efface les types vocaux du baroque triomphant pour lequel la seule virtuositĂ© vocale exprime l’intensitĂ© des affects. Ici règnent le doute, le soupçon, la perte des Ă©quilibres, une nouvelle sensibilitĂ© introspective et sa caractĂ©risation spĂ©cifique. L’esprit des Lumières colore la partition d’une intelligence sentimentale inĂ©dite, que partage aussi Mozart dans tous ses opĂ©ras.  Elle dĂ©voile la fragilitĂ© des cĹ“urs quand ils sont sous l’emprise de l’amour. L’Ă©chiquier des intrigues s’y transforme en labyrinthe oĂą la folie et la dĂ©pression menacent. Une telle prĂ©cision servie par une musique subtile et raffinĂ©e (tout Haydn) se prĂŞte naturellement Ă  un jeu collectif qui doit d’abord s’appuyer sur un travail d’Ă©quipe. La souffrance et la solitude d’Armida abandonnĂ©e, les longues et incessantes hĂ©sitations de Rinaldo (en vĂ©ritĂ© le vrai hĂ©ros de l’opĂ©ra quand par exemple c’est plutĂ´t Armide qui est la protagoniste du Renaud de Sacchini, partition quasi contemporaine de 1783 !) sont les facettes d’un drame Ă©conome, particulièrement touchant et moderne. La mise en scène de Marianne ClĂ©ment fait rĂ©flĂ©chir sur l’expression confrontĂ©e des genres en une guerre elle aussi Ă©quivoque, armĂ©e et tendue : c’est un monde nouveau et plus nuancĂ© qui se prĂ©cise entre « la » femme sĂ©ductrice et « le » hĂ©ros vertueux. L’intelligence de Haydn du fait de sa seule musique fait imploser les cadres convenus : sa vision plus nuancĂ©e nous touche. C’est une conception proche finalement de l’opĂ©ra vĂ©nitien (Monteverdi, Cesti, Cavalli…) oĂą la frontière des genres bouge en permanence : Handel n’a t il pas fait chanter son Rinaldo par une femme ?

 

 

 

Joseph Haydn : Armida
Drame héroïque en 3 actes. Livret inspiré de La Jérusalem délivrée de Torquato Tasso
(Eszterhaza, 1784)

Chantal Santon, soprano : Armida, princesse magicienne
Juan Antonio Sanabria, ténor : Rinaldo, chevalier croisé
Dorothée Lorthiois, soprano : Zelmira, fille du sultan d’Egypte
Laurent Deleuil, baryton : Idreno, roi sarrazin
Enguerrand De Hys, ténor : Ubaldo, chevalier croisé
Francisco Fernández-Rueda, ténor : Clotarco, chevalier croisé

Le Cercle de l’Harmonie
Julien Chauvin, direction

Opéra chanté en italien, surtitré en français
Marianne Clément, mise en scène

Calendrier de la tournée
La production d’Armida a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e Ă  saint-Quentin en octobre 2014.

Création le 10 octobre, Scène nationale de Saint-Quentin-en-Yvelines
Opéra de Reims, vendredi 16 janvier 2015 à 20h30
Opéra de Massy, vendredi 23 janvier 2015 à 20h
Théâtre d’Orléans, Scène nationale, mercredi 11 février 2015 à 20h30
Scène nationale de Besançon, jeudi 19 février 2015 à 20h
Centre lyrique Clermont-Auvergne, mercredi 25 février 2015 à 20h
Centre lyrique Clermont-Auvergne, vendredi 27 février 2015 à 20h
L’apostrophe – Théâtre des Louvrais scène nationale de Cergy-Pontoise et du val d’Oise, jeudi 5 mars Ă  19h30
L’apostrophe – Théâtre des Louvrais scène nationale de Cergy-Pontoise et du val d’Oise, samedi 7 mars 2015 Ă  20h30
Le Moulin du Roc, Scène nationale de Niort, mardi 10 mars 2015 à 20h30

+ d’informations sur le site de l’Arcal