jeudi, décembre 8, 2022

Strasbourg. Palais de la musique et des congrès, salle Erasme. Vendredi 24 octobre 2008. Mendelssohn-Bartholdy, Haydn, Dvorak. Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Walter Weller, direction

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Poèmes Fluviaux
Le 24 octobre dernier, Strasbourg la rhénane s’habilla de couleurs danubiennes le temps d’un concert. A la tête de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, Walter Weller nous entraîna donc dans une remontée musicale des plus convaincantes le long du mystique Danube, fleuve berceau et inspirateur de la tradition Mitteleuropa, au confluent des influences germaniques et slaves.

Walter Weller, l’héritier

Héritier de la glorieuse école austro-hongroise qui mieux que Walter Weller pouvait porter cette musique ? Né à Vienne le 30 novembre 1939, l’actuel chef de l’orchestre national de Belgique est un pur produit de la musique viennoise. Enfant prodige du violon, ce jeune homme pressé brûle les étapes. Il n’a pas vingt deux ans quand il devient Premier violon solo de la Philharmonie de Vienne en 1961, pupitre qu’il tiendra onze ans durant. Curieux de tout, il se met à la musique de chambre puis à la direction d’orchestre, recevant le savoir de grands chefs tels que Karl Böhm et Josef Krips qui deviendra son mentor. Il a même l’honneur de faire ses débuts de chef à la tête de la Philharmonie de Vienne en 1966. Personnalité méconnue car éloignée du star système ambiant, Walter Weller n’a sans doute pas eu la carrière qu’il mérite. Il n’en demeure pas moins une des figures artistiques les plus intéressantes de notre temps. Pédagogue né, il fut notamment professeur de musique de chambre à l’Académie de musique de Vienne entre 1964 à 1966, mettant à profit cette expérience et ce vécu au service de la musique. On ne peut que se féliciter du choix de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg d’en faire son invité.

Le pari gagné de l’OPS

Faisons d’entrée amende honorable, plus intéressé par la deuxième partie de concert consacrée à Dvořák, nous n’attendions pas des merveilles de la première. Car le répertoire choisi n’y était pas celui de prédilection de l’OPS, bien plus à l’aise dans la musique romantique et post-romantique. Mais Walter Weller doit être un de ces chefs qui font feu de tout bois. Car si la Sinfonie pour cordes n° 10 – qui servait de mise en bouche musicale – est une œuvre raffinée et plaisante, elle n’en demeure par moins une œuvre de jeunesse de Mendelssohn (1809-1847) qui était encore à quatorze ans aux balbutiements de son art. Pourtant le chef autrichien parvint à attirer notre intérêt de façon assez surprenante. Usant à merveille du soyeux des cordes de l’OPS, il fit montre d’une patience de tous les instants pour ne pas brusquer cette musique si délicate, qu’un simple murmure pourrait faire s’envoler et disparaître. Nous entrâmes ensuite dans le vif sujet avec la 85ème symphonie de Joseph Haydn (1732-1809) dite de « la Reine de France », issue du cycle des six symphonies parisiennes composées entre 1785 et 1786. Elle doit son nom à l’intérêt que lui portait Marie Antoinette dont elle était l’une des œuvres favorites. De nos jours, un orchestre de type classique doit avoir un certain courage pour afficher à son programme de concert une symphonie de Haydn, tant le mouvement baroqueux a acquis le monopole de ce qu’il convient de faire dans ce répertoire. Très vite l’OPS se chargea de dissiper le moindre doute à ce sujet, ne cherchant pas à surjouer ou à rivaliser avec les formations chambristes, préférant au contraire rester fidèle à ses valeurs et s’appuyer sur ses points forts que sont le pupitre des cordes et des vents. Rassurés par le tempo modéré qu’avait judicieusement choisi d’imprimer leur chef d’un soir, les musiciens de l’OPS eurent l’opportunité de laisser libre cours à leurs envies d’aller de l’avant. Ils avaient l’assurance de ne pas se perdre avec Walter Weller à la baguette qui est pour un orchestre comme un fil d’Ariane. Une belle réussite en forme de pied de nez envers tout ceux qui pensent qu’il n’y a pas de vie possible dans ce répertoire à l’ombre des pratiques nouvelles.

La 8ème Dvořák, le chef d’œuvre éclipsé

Véritable césure dans l’œuvre d’Antonin Dvořák (1809-1847) et préfiguration de ce que sera la tonitruante et célébrissime neuvième, la Symphonie n° 8 (1889) avec ses couleurs pastorales n’est pas sans rappeler le poème symphonique Ma Vlast de l’autre grand tchèque, Bedrich Smetana. Fidèle aux inspirations populaires de son temps, elle exalte la beauté de la nature de ces contrées du centre de l’Europe, se distinguant en particulier par une richesse des thèmes orchestraux et sonores. C’est une ode à cette Bohème, à ce pays si cher à Dvořák. La poésie et la finesse architecturale qui s’en dégage la rend plus précieuse à nos yeux que toutes les autres œuvres du compositeur. Walter Weller qui fut l’élève Ernst Moravec et de George Szell semble avoir bien gardé à l’esprit l’enseignement de ses deux illustres maitres. Et cela s’en ressent dans sa direction. Il joua sur les cordes pour mieux faire ressortir les thèmes bohémiens et traditionnels de la partition, surtout dans un adagio de toute beauté plein de cette sensibilité si typique des contrées du centre de l’Europe. C’est une musique qui parle au cœur. La huitième de Dvořák est en effet une des ces œuvres qui ont le pouvoir de mettre en valeur les qualités d’un orchestre, de le faire briller. Devant son public, l’OPS ne manqua pas une si belle occasion de s’illustrer à nouveau et de montrer à qui en doutait encore qu’il était en progrès permanent. Weller opta pour lecture pleine de brio et d’enthousiasme dans Allegro con brio et bien sur le Finale, régalant mêmes nos oreilles y en versant du miel venu de Bohême pendant l’Allegretto grazioso.
Gageons qu’avec de tels chefs à ses commandes, l’OPS grandira bien vite et qu’il nous réserve un avenir prometteur. A l’issue du concert, la satisfaction des musiciens était visible et faisait plaisir à voir, les applaudissements qu’ils réservèrent à Walter Weller qui leur rendit la politesse en disait long sur la richesse de l’expérience commune qu’ils venaient de vivre. Ceux qui voudront prolonger l’expérience avec Walter Weller d’une part et l’OPS d’autre part pourront se tourner vers deux disques. Le premier dans lequel Weller rend hommage à Bohuslav Martinů (1890-1959) chez Fuga Libera (FUG 531). Enfin bien sûr l’OPS sous les ordres de son directeur Marc Albrecht qui vient de sortir un remarquable SACD d’œuvres orchestrales de Richard Strauss chez Pentatone (PTC 5186 310).

Strasbourg. Palais de la musique et des congrès, salle Erasme. Vendredi
24 octobre 2008
. Félix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1947): Sinfonia pour cordes n°
10, en si mineur. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 85, en si bémol majeur,
La Reine. Antonin Dvorak (1841-1904): Symphonie n° 8, en sol majeur, opus 88.
Orchestre Philharmonique de Strasbourg, Walter Weller direction

Illustrations: portrait du chef Walter Weller (DR)

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