jeudi, décembre 8, 2022

Richard Wagner: Le Vaisseau Fantôme, 1843. DeckerParis, Opéra Bastille. Du 9 septembre au 9 octobre 2010

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Richard Wagner


Le Vaisseau fantôme
, 1843


Paris, Opéra Bastille
Du 9 septembre au 9 octobre 2010



Peter Schneider, direction
Willy Decker, mise en scène

Première manifestation du génie romantique et lyrique de Wagner où le compositeur se fait aussi librettiste associant réalité, rêve et fantastique. Dans l’opéra créé à Dresde le 2 janvier 1843, la scène se fait théâtre magique au terme duquel les protagonistes qui pensaient être maudits, se retrouvent grâce au pouvoir de l’amour. Par l’action de la machinerie théâtrale et grâce au pouvoir de la musique qui dévoile les forces souterraines de la psyché (trop contenues jusque là), le caché fait surface: le hollandais volant qui chaque 7 ans accoste sur la terre pour y trouver un ange terrestre, exprime sa souffrance, sa solitude, son désir d’absolu (Wagner lui-même?). A l’extrémité émotionnelle de la scène, la jeune Senta, fille du marchant petit bourgeois Daland, rêve d’une autre vie et s’empare de la légende du voyageur maudit dont sa nourrice chante depuis son enfance, la douce image. Wagner inaugure avec le Vaisseau Fantôme, son premier opéra en musique continue, quand ses ouvrages précédents étaient plutôt bâtis sur l’exemple du grand opéra à numéros et airs isolés de Meyerbeer et Rossini, empruntant aussi à Weber.
En définitive, parce qu’il s’agit d’un prodigieux engin à métamorphose, l’opéra réalise la fusion de la réalité et du rêve: ici, se croise et se rencontre la quête du Maudit, le rêve de Senta.

Fidèle à lui-même, Willy Decker imagine le cadre de l’action en images simples et monumentales qui font surgir avec clarté les éléments clé du drame: cadres, portes… tout suggère la révélation du songe et des visions. Ce pourrait être le surgissement explicite du rêve de Senta. Romantique et ardente, la jeune femme rêve à celui qui saura la comprendre et l’emmener loin, ailleurs. Jusqu’à la mort, elle se livre sans soupçon, ni hésitation: elle permet que s’interrompt le cycle enchaînant l’âme du Wanderer. Voici la formulation romantique de l’amour d’après Wagner. Développement finalement heureux (puisque les deux âmes fusionnent à la fin, au dessus des eaux!) car dans les opéras qui suivent, l’amour demeure inaccessible et même impossible: Lohengrin, tout dieu qu’il soit, ne peut trouver un tel amour pur et entier: il choisit mal sa partenaire : Elsa. Toute romantique qu’elle est, comme Senta, la jeune princesse du Brabant, ne partage pas avec l’héroïne qui la précède, son abnégation aveugle, sa loyauté absolue, trop naïve et trop manipulable…
Dans la fosse, l’orchestre de Wagner se convulse; sa houle déverse des torrents symphoniques inoubliables dans lesquels le compositeur inscrit un souvenir réel, celui difficile et spectaculaire de son voyage tourmenté, sur l’océan déchaîné, frêle voyageur d’un navire chahuté, faisant route de Riga vers Londres en 1839.

Illustration: Richard Wagner (DR)
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