vendredi, décembre 9, 2022

Richard Strauss, Salomé (1905) Opéra de Paris, du 18 septembre au 18 octobre

A ne pas rater

Richard Strauss s’affirme sur la scène lyrique à l’âge de 41 ans, avec son opéra Salomé. Certes il y eut avant ce premier chef-d’œuvre indiscutable, quelques essais : Guntram en 1894 et Feuersnot en 1901. Surtout, plusieurs cycles symphoniques dont le prétexte dramatique constitue autant de préparation à la peinture musicale des passions humaines : « Don Juan » (1889),  « Ainsi Parlait Zarathoustra » (1896), « Une vie de héros » (1899) sont des poèmes symphoniques qui affûtent ses dispositions de futur créateur lyrique. Strauss a pu ainsi parfaire ses possibilités expressives, sollicitant tout l’orchestre selon ses intentions dramatiques. Il manie déjà le principe du leitmotiv, tout en raffinant constamment son orchestre. Voilà qui explique, qu’au moment de composer sa Salomé, l’auteur dispose d’une sensibilité aiguë dans l’art de peindre climats historiques et psychologiques. Sa riche texture harmonique, aux audaces spectaculaires, exprime un monde brutal et convulsif mais incandescent dont les fulgurances produisent de superbes tableaux chromatiques.

Dans l’opéra, Strauss y cristallise la fascination du morbide, cette période crépusculaire d’une civilisation corrompue  qui, tout en étant consciente de sa déchéance, se laisse prendre par la contemplation des signes avant-coureurs d’une nouvelle ère. Le monde proclamé par le Prophète Jean-Baptiste est inévitable, mais pour toute réaction, le monde de l’Antiquité païenne, incarné par Hérode/Herodiade/Salomé, préfère tuer le représentant de cet ordre à venir. Crime dérisoire qui montre par sa cruauté, la petitesse d’une société déjà perdue et dont Jochanaan ne cesse de dénoncer la perversité.

Lecteur d’Oscar Wilde, en particulier de sa pièce Salomé qui précède son opéra, Strauss y mêle au décor historique de fin du monde, l’histoire de deux individus, Salomé/Jochanaan. Le compositeur se montre particulièrement fin à peindre l’attraction érotique que suscite auprès de la Princesse de Judée, la figure et le visage du Prophète. Le musicien se montre ainsi fidèle à la prose de Wilde qui s’est concentré sur les pulsions érotiques qui nourrissent le désir de l’adolescente (elle est âgée de 16 ans) envers Jochanaan. L’être spirituel s’affirme sous les yeux de la jeune femme, tel une créature fatale, dont le physique s’avère irrésistible : un comble pour un homme de foi !

L’opéra et l’exceptionnelle matière de l’orchestre prennent appui sur ce contraste du mystique et du sensuel. Ils expriment aussi le point de vue de Salomé, sa progressive excitation, son hystérie communicative, sa faculté à vivre une attraction qui devient obsession et folie.

Strauss, s’approprie totalement le texte de Wilde, adapté pour la scène par Hedwig Lachmann. Drame musical en un acte, la partition dépeint scrupuleusement chacune des étapes de cette dévoration au féminin, dans un style apocalyptique : l’hystérique Salomé se montre irrésistiblement attirée par le Prophète ; son désir flamboyant (la danse des sept voiles qui est un sommet symphonique où la jeune femme danse devant le roi Hérode pour obtenir de lui, la tête de Jochannan) la consume littéralement. Elle use de tous les artifices pour atteindre son objectif, comme manipuler celui qui l’aime en vain, Narraboth (qui d’ailleurs se suicide). Ainsi amour et mort s’accordent tout au long de l’opéra.
Possédée par un sentiment qui la dépasse, Salomé suscite l’horreur de son entourage qui l’extermine ni plus ni moins. Salomé est créé à Dresde le 9 décembre 1905.

Cd
Böhm, 1970. Difficle de surpasser l’énergie électrique de cette lecture légendaire qui restitue à l’opéra de Strauss, sa nervosité érotique et vénéneuse. Böhm des grands jours dirige avec une ardeur communicative les effectifs de l’Opéra de Hambourg, dans cet enregistrement direct, réalisé le 4 novembre 1970. Le duo Salomé/Jochanaan est d’une somptueuse vérité grâce à Gwyneth Jones/Dietrich-Fischer Dieskau. Le baryton germanique incarne cette alliance de sensualité racée et d’hallucination visionnaire qui produisent le désir de la Princesse. Un duo de rêve … et d’horreur qui atteint le sublime. D’autant plus que les autres rôles sont tout aussi convaincants. 2 cd Deutsche Grammophon.

Actualité
Opéra national de Paris, Bastille. Du 18 septembre au 18 octobre. Mise en scène : Lev Dodin. Direction musicale : Hartmut Haenchen. Catherine Naglestad (Salomé), Chris Meritt (Hérode), Evgeny Nikitin (Jochanaan/Jean-Baptiste), choeurs et orchestre de l’Opéra national de Paris. Consultez la fiche de la production sur le site de l’opéra de Paris.

Illustration
Avant Wilde et Strauss, le peintre Gustave Moreau dès les années 1870 a été fasciné par le mythe de Salomé.

- Espace publicitaire -spot_img
- Sponsorisé -
Derniers articles

POITIERS, TAP. Ensemble JUPITER, Léa Desandre… Venise baroque (13 déc 2022)

POITIERS, TAP. 13 déc 2022 : JUPITER, Léa Desandre… Venise baroque. Le TAP propose un Noël à Venise :...
- Espace publicitaire -spot_img

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img