vendredi, décembre 9, 2022

Richard Strauss: Arabella, 1933. Jordan, Arturo MarelliParis, Opéra Bastille. Du 14 juin au 10 juillet 2012

A ne pas rater

Richard Strauss


Arabella
(1933)

Paris, Opéra Bastille
Du 14 juin au 10 juillet 2012

9 représentations

Avec Renée Fleming, Arabella
Philippe Jordan, direction
Marco Arturo Marelli, mise en scène

Arabella est un vaudeville viennois post romantique et nostalgique où le flot ininterrompu de la musique exprime plus que le chant et le texte, l’itinéraire amoureux de deux soeurs; l’une (Zdenka) se sacrifiant pour le bonheur de son aînée : Arabella. Car c’est ici, encore comme toujours dans les opéras straussiens, le thème central de la métamorphose qui opère ses charmes ravageurs. Arabella rencontre un bien beau parti dans la personne de Mandryka, jeune aventurier fortuné dont les manières rustiques, pas assez polissées seront néanmoins adoucies par l’amour qu’il suscite et qu’il éprouve lui-même.

Alors Président de la Reichmusikkammer, Strauss qui a perdu son librettiste favori (Hugo von Hoffmannsthal, auteur du livret d’Arabella, décédé en 1929) conçoit la partition comme un formidable hommage au beau chant, l’expression d’un idéal classique qui aura encore un nouvel éclat avec Daphné (1938). C’est aussi l’adieu à une civilisation raffinée, un ordre ancien destiné à mourir inéluctablement: Mandryka incarne la jeunesse neuve appelée à régénérer le sang poussiéreux de la vieille Autriche qu’incarne la famille viennoise d’Arabella et de sa soeur cadette.

Côté rôles, les plus grands barytons ont souhaité aborder le personnage de Mandricka au bon moment (Fischer-Dieskau inégalé comme Hans Hotter avant lui, Georges London, percutant; Thomas Hamspon subtil…); peu d’interprètes réussissent à tirer le profil psychologique hors de la caricature et du cliché (exactement comme le personnage du cousin de la Maréchale, le baron Ochs dans Le Chevalier à la rose; le croate demi paysan y vit une succession d’épisodes qui bouleversent en profondeur son identité pourtant très affirmée et volontaire; inexpérimenté, cet apprenti amoureux éprouve l’école de l’amour avec une franchise très attachante; sa colère en se sentant trahi, souligne la distance qui le sépare des convenances et de l’éducation strictement viennoise dont Arabella et sa famille incarne les valeurs sociales; toute la subtilité et la finesse du duo Strauss/Hoffmannsthal se concentre ici, dans l’activité troublante de rôles dignes du théâtre. Phrasé, nuances…, l’art du chanteur est ici proche du lied, car le verbe doit demeurer intelligible porté par un orchestre chatoyant et flamboyant, d’une permanente activité.

Sensualité frémissante des cordes, chant savoureux aux joyaux poétiques ténus, Arabella tire la révérence d’un Strauss définitivement nostalgique; témoin impuissant et détruit de l’histoire germanique abonnée au drame le plus barbare: après la première guerre, la chute de l’Empire, Strauss est l’un des compositeurs les plus frappés par la seconde guerre. Avec Arabella, Strauss amorce un repli de plus prononcé hors d’un monde en perdition. C’est le chant du Titanic.

Richard Strauss
Arabella, 1933

Philippe Jordan, direction
Marco Arturo Marelli, mise en scène

Paris, Opéra Bastille, jusqu’au 10 juillet 2012. Réserver votre place sur le site de l’Opéra national de Paris
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